‹ La politique allemandeChapitre 5 sur 68 · NÉCESSITÉ DE LA FLOTTE DE GUERRE · texte numérisé non relu

NÉCESSITÉ DE LA FLOTTE DE GUERRE

difiés du tout au tout, depuis que la protection continentale, que nous assurait notre armée, ne suffisait plus pour garantir l'activité industrielle du pays contre les perturbations, les empiétements et les attaques venant du dehors. Il fallait qu'une flotte de guerre vînt prendre place à côté de notre armée, afin que nous pussions jouir à notre aise des fruits de notre travail national.

Lorsqu'au printemps de 1864 l'ambassadeur d'Angleterre à Berlin appela l'attention du ministre-président d'alors sur l'émotion que soulevait en Angleterre la marche en avant de la Prusse contre le Danemark et laissa tomber incidemment cette observation que, si la Prusse ne s'arrêtait pas, le gouvernement anglais pourrait être contraint à des mesures belliqueuses contre elle, M. de Bismarck-Schœnhausen lui répliqua :

« Ah ! que prétendez-vous donc nous faire ? En mettant les choses au pire, vous pouvez tout au plus lancer quelques obus sur Stolpmûnde ou Pillau. » Bismarck avait raison à ce moment-là. Pour l'Angleterre, maîtresse des mers, nous étions quasiment inattaquables, parce que nous n'étions pas vulnérables sur mer. Nous ne possédions ni une grande marine de commerce, dont la destruction pût nous atteindre d'une façon sensible, ni un commerce maritime digne de ce nom, dont nous eussions à redouter l'interruption.

Il en est tout autrement aujourd'hui. Nous sommes devenus vulnérables sur mer. Nous avons confié

à la mer des valeurs de plusieurs milliards, et avec elles le sort heureux ou malheureux de plusieurs millions de nos compatriotes. En ne nous souciant pas à temps d'assurer la protection de cette précieuse et indispensable propriété nationale, nous courions le risque de nous la voir enlever un jour, sans que nous pussions nous y opposer. Et nous ne serions pas seulement retombes, au point de vue politique et économique, dans la béate existence d'un Etat purement continental. Nous aurions même été réduits à la triste extrémité de ne pouvoir ni occuper, ni nourrir chez nous une partie considérable de notre population si dense. Une crise économique eût été la conséquence de cet état des choses, crise économique qui pouvait dégénérer en catastrophe nationale.

Construction de la flotte de guerre.

La construction d'une flotte suffisante pour la défense de nos intérêts maritimes était devenue unequestion vitale pour la nation allemande depuis l'année 1891. L'empereur Guillaume II le reconnut,, et, pour atteindre ce but, il a mis en œuvre toute la puissance de la Couronne' et toute l'énergie de sa' propre personnalité. C'est là son grand mérite devant l'histoire. Ce mérite est. encore rehaussé par cette circonstance que le chef suprême de l'Empire intervint en faveur de la création de la flotte allemande au moment où le peuple allemand se voyait obligé de décider de son avenir et où, d'après les cal-

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