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CONSTRUCTION DE LA FLOTTE DE GUERRE

culs humains, se présentait la dernière possibilité de forger pour l'Allemagne la cuirasse maritime qui lui était nécessaire. Tandis que se construisait notre flotte, il fallait maintenir notre situation sur le continent, éviter une collision avec l'Angleterre, à laquelle nous n'avions encore rien à opposer sur mer, et ne compromettre en rien notre honneur national et notre dignité. La résistance parlementaire, encore très forte à cette époque, ne pouvait être vaincue que si l'opinion publique exerçait une pression persistante sur ce corps constitué. L'opinion publique, dans l'état d'incertitude et de découragement qui régna en Allemagne pendant la première dizaine d'années consécutive à la retraite du prince de Bismarck, ne se laissait mettre en mouvement que si l'on insistait résolument sur les motifs nationaux et si l'on éveillait la conscience nationale.

Le poids qui pesait sur les cœurs allemands depuis la rupture entre celui qui portait la couronne impériale et le colosse qui était allé chercher cette couronne au fond du Kyffhâuser (1), ne pouvait disparaître qu'à une condition : c'est que le peuple allemand, à qui manquaient à cette époque des espérances et des désirs communs, se vît fixer un but nouveau par son empereur, et qu'on lui montrât une place à prendre au soleil, place à laquelle il avait droit et vers laquelle il lui fallait diriger ses efforts.

(1) Château enchanté, où dormait depuis des siècles le légendaire empereur Barberousse, qui ne devait se réveiller qu'à la résurrection de l'Empire.

Mais le sentiment patriotique ne devait pas non plus déborder et troubler de façon irrémédiable nos rapports avec l'Angleterre, contre' laquelle notre force défensive sur mer était encore, pour de longues années, tout à fait insuffisante; car en 1897, comme l'a dit, à celte époque, un juge compétent, nous étions encore sur mer, vis-à-vis de l'Angleterre, comme du beurre au soleil. Rendre possible la création d'une flotte suffisante était la première et grande tâche de la politique allemande post-bismarckienne, tâche immédiate devant laquelle je me vis placé moimême, lorsque, le 28 juin 1897, à Kiel, sur le Hohenzollern, à la même date et au même endroit où, douze années plus lard, je demandai mon congé, je fus chargé par S. M. l'Empereur de la direction des affaires étrangères.

Le 28 mars 1897, le Reichstag avait, en troisième lecture, adopté les propositions de la commission du budget, propositions qui comportaient des réductions considérables sur les demandes du gouvernement relatives aux armements maritimes et aux constructions navales nouvelles ou de remplacement. Après avoir, à la place de l'amiral HoUmann, nommé secrétaire d'Etat de la marine un homme de premier ordre, l'amiral de Tirpitz, le gouvernement publia, le 27 novembre, un nouveau projet de loi navale, qui demandait la construction de 7 vaisseaux de ligne, de 2 grands et de 7 petits croiseurs, qui fixait le terme de la période de construction à la fin de l'exercice budgétaire de 190i et qui assurait à l'avenir le rem-

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