‹ La politique coloniale sous l'ancien régime [microforme]Chapitre 25 sur 126 · RE RE LE · texte numérisé non relu

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l'expansion coloniale et commerciale de l'Europe, nous conseillerions de parcourir la bibliographie de (out ce qui fut publié à son sujet de la fin du svt siècle à celle du xvn°, tant en Allemagne et en Angleterre qu'en Hollande et en France. Son résultat avait été de partager l'Europe en deux camps : l'Espagne et le Portugal d'un côté, toutes les autres nations de l'autre Cette question des droits exclusifs conférés par le pape aux Espagnols et aux Portugais était si européenne, si capitale pour les peuples, que, dans les pays que nous venons de nommer, pendant deux siècles, 1! n'y eut pas de légiste, de philosophe, d'homme de loi ou de controversiste un peu en renom, qui fût arrivé à la gloire, sans avoir essayé de la traiter en se plaçant à un point de vue nouveau, ou avec des arguments encore inédits.

Bref, la crainte d’un mal avait fait tomber le pape dans un pire,

Dans l'intention assurément jouable de couper court à toute guerre entre les Espagnols et les Porlugais à propos de leurs pos:essions d'outre-mer, sans y réfléchir et sans s'en douter, il avait créé un élat de choses dont, vingt-cinq ou trente ans plus lard, le résultat devait être de mettre l'Europe entière en conflit d'intérêts avec ces deux peuples.

Quoi qu'il en soit donc, cette bulle fut cause qu'à

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partir de 149%, l'Europe ne pouvait espérer de communiquer librement avec les Indes qu'à la con- | dition d’obliger le Portugal et l'Espagne à y consen- : tir, c’est-à-dire qu'après avoir brisé les résistances

que ces deux pays lui opposaient à ce sujet.

Avec le Portugal, l'affaire n'avait pas été longue.

Le) Le] Dès les premi'res années du xvne slele, vaincu par la Hollande, il avait été mis dans l'impossibilité de , [

soutenir les armes à la main sa prétendue souveraineté sur toutes les contrées à l'est de la ligne des

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Açores. A partir de cette époque, les Indes proprement dites et la Chine pouvaient donc être regar- {1 décs comme ouvertes, dans la réalité, à tous les R commerçants et à tous les aventuriers européens, | 1 sans distinction de nationalité.

Mais, si quelques batailles navales avaient suffi pour obtenir ce résultat, on comprend qu'il avait

été loin d'en être de même avec l'Espagne, incomparablement plus forte sur mer et qui, d’autre part,

jouissait en Europe d’une puissance qu'il n'aurait pas

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été prudent d'affronter,

L'Espagne était si peu disposée à renoncer à

tous ses droits sur les pays à l’ouest de la ligne,

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qu'elle saisissait, au contraire, toutes les occasions

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possibles de les affirmer avec la plus inébranlable

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monde qu'elle n’entendait pas les laisser périmer en quoi que ce fût, comme en dépit de ses défenses, des ét nts hollandais, anglais, mais surtout français, allaient fonder des «habitations » de l’autre côté de l'Océan, de temps en temps elle faisait partir des escadres avec mission de parcourir Îles côtes du continent américain et les îles, et de détruire toutes les colonies qui avaient pu sy fonder en violation de ses droits. C'est même dans une exptdition de ce genre, sous Charles IX, qu'un établissement très prospère, créé par des Français dans les Florides, avait été impitoyablement anéanti : tous les ho’ nes pendus, les plantations détruites, les InaisO ülées, Tout Européen non Espagnol que les Espagnols rencontraient dans ces parages était en principe considéré par eux comme forban et, sans plus de façons, traité immédiatement comme tel.

Si la situation avait été modifiée du côté des Indes orientales, c'est-à-dire au regard des possessions porlugaises, on voit que pour l'Europe, du côté des Indes occidentales, elle était aussi mauvaise que possible ; et nous le répétons, vu la puissance de l'Espagne, il n’y avait pas à compter l'améliorer par la force des armes, On conçoit en conséquence dans quel embarras devaient se trouver sur ce point Ics nations européennes.

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Sous Francois 12", sous Francois IE, sous Charles IX, sous Henri I, de nombreuses démarches, dont la France, toujours chevaleresque, avait pris linitialive, avaient bien été tentées auprès de la cour d'Espagne, dans le but de lui tirer quelque adoucissement à cet élat de choses; lequel était d'autant plus préjudiciable à toute l'Europe occidentale qu'il y avait alors chez ses peuples une tendance marquée à une émigration dans la direction de VAmérique, Mais tout avait été en pure perte. Les Espagno's s'étaient absolument refusés à entendre à rien,

La seule concession que Henri IV avait réussi à leur arracher de ce côté, et encore W'avait-eile été qu'en faveur de la France, consistait en un article secret du traité de Vervins (1998). Et cet article Ya montrer combien lPEspagne prétendait rester inflexible dans le maintien intégral de ses droits.

I spécifiait simplement en effet que, dépassé une ligne tirée de l’île de Fer, la plus occidentale des Canaries, et rejoignant les deux pôles, ligne que lon appela Qla ligne des Amitiés », tout serait à la force ; en d’autres termes, que toute tentative des Français au delà de cette ligne serait à leurs risques et périls et que les dommages qu'eux ou les Espagnols

éprouveraient là-bas du fait les uns des autres n'in-

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flueraient en rien sur les relations des deux pays en Europe : aucun des deux gouvernements ne pouvant jamais adresser de ce chef la moindre réclamalion à l'autre,

On S'imaginerait peut-être aujourd'hui que cet article n'était dans le fond qu'un leurre et qu'il représentait peu de chose, puisqu'en allant commercer ou coloniser au delà de cette ligne, un Français avait tout à craindre de l'Espagne. EU cependant cette puissance était alors si redoutable, que cette concession fut regardée à époque comme une victoire considérable.

Chacun estima, en effet, que c'était beaucoup que la France n'eût rien à souffrir sur son propre terriloire de ce que ses enfants aventureux iraient tenter de l'autre côté de cette ligne des Amitiés, qui, trentesept ans plus tard, par un édit de Louis XIE, devait devenir noire méridien ef par la suite celui de tout le monde civilisé. En résumé, c'était le champ ouvert à laudace, c'était la faculté accordée aux Français de tout entreprendre là-bas, pourvu qu'ils fussent en état d'y résister aux Espagnols et, st ces derniers venaient Îies y attaquer, de les repousser.

À propos de cette ligne des Amitiés, qu'on nous permette une remarque. Îlest rare qu'en parcourant histoire militaire du xvu et môême du xvinr siècle,

on n'ait pas été fréquemment surpris du grand nombre d'hommes de mer de premier ordre qui existaient alors, et surtout de la foule de corsaires audacieux et capables qui s'élançaient de nos ports de Normandie ou de Bretagne, chaque fois que la France entrait en guerre avec une puissance maritime. Plusieurs se sont même souvent demandé pour quelle raison ce que nous appellerons la marine privée, en courage, en intelligence pratique ou en capacités, dépassa presque toujours à cette époque la marine proprement dite de l'État. Eh bien, la réponse est des plus aisées: tout était dans cetarticle

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secret du traité de Vervins édictant, au delà du méri-

dien de l’île de Fer, l’état de guerre entre les navires nos espagnols et les navires français !. ba

Il est de la dernière évidence qu'avec lobli- se gation, pour nos navires marchands qui allaient lib

naviguer dans ces parages, de rester sur un perpétuel qui-vive et d’être toujours prêts à lutter contre les Espagnols, tous les armateurs avaient été conduits à ne vouloir que des équipages aguerris, et des capitaines non moins versés dans l’art des combats que

1. Lire dans notre troisième partie, Notice n° 1, page 176, un document officiel de l’époque, attestant qu'en juillet 1634, l'état de guerre, entre les vaisseaux de la France et de l'Espagne

qui commerçaient aux Indes occidentales, était encore au plus haut degré d’acuité.

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dans celui de la navigation. Et, d'autre part, comme. de l’autre côté de la ligne des Amitiés, il suffisait de s'emparer de quelque bon galion espagnol pour en être le légitime proprictaire, puisque aussi bien en Espagne qu'en France il était regardé comme de ne prise, il est inutile de faire ressortir quel atiment la perspective de semblables aubaines devait offrir à l'imagination des marins de tous nos petits ports, et combien il y avait là de quoi centupler leur audace, Somme toute, en ce qui concerne notre marine privée, l’article secret du traité de Vervins avait fait, de la partie de l'Océan située par delà la ligne des Amitiés, une immense arène où nos navires marchands avaient constamment à combattre, et où en tout temps des corsaires pouvaient se former, acquérir de l'expérience et donner toute liberté et toute carrière à leur tempérament,

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Négociations entamées par la Franee avee la Papauté, pour lui faire accorder à nos colonies sa protection contre l'Espagne, — Caractère en apparence exclusivement catholique donné à nos établissements coloniaux. — Clauses insérées dans les chartes à ce sujet. — Plus tard, ces clauses restèrent les mêmes; mais elles étaient alors dirigées contre les protestants, en raison de leurs sympathies pour leurs coreligionnaires anglais et hollandais. — Exception faite en faveur des juifs. — En résumé, la France s'est trouvée, au xiIxe siècle, dans des conditions cent fois plus favorables qu'au xvri° pour fonder des colonies,

Ainsi, outre que l'intérieur des terres où nous étions disposés à aller fonder des colonies était encore à connaitre, toutes ces terres relevaient de lx Couronne espagnole, laquelle S'opposait absolument à ce que nous Y fissions des établissements,

Cependant, du moment que nous signalons les difficultés que les pays des Indes occidentales offraient à une politique coloniale de la France, il y

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