‹ La politique coloniale sous l'ancien régime [microforme]Chapitre 62 sur 126 · NN APP PTE RER · texte numérisé non relu

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Visées auxquelles l'ancienne roxauté avait dù obéir en poussant les Français aux colonies et à la colonisation, — Intérêt considérable qu'elle attachait à cette question. — Obligation qu'elle avait imposée aux compagnies, dans toutes les chartes, de créer un courant d'émigration vers les pass qui leur avaient été concédés, courant d'émigration que la royauté s'était proposé d'alimenter par des facilités et des encouragements donnés aux migrants. — Pourquoi nous mavons eu alors que des colonies de peuplement,

Les compagnies avaient un tel intérêt à la prospérité de leurs colonies et au développement de la colonisation, qu'il semblerait qu'une fois constituées, l'ancien régime aurait pu se reposer sur elles pour le reste, Il est clair, en effet, qu'elles paraissaient encore plus directement intéressées que lui à posséder des colonies riches, prospères et peuplées, Eh bien, au contraire, il s'était si peu fié à leur initiative, et au soin qu'elles devaient avoir de leurs dividendes,

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Nous allons examiner la plupart de ces dispositions dans leurs détails et leur ensemble, Mais quand nous en aurons fait complètement sentir l'esprit, on sera frappé de l'importance extraordinaire que Louis XII, pour les avoir imaginées, avait nécessairement dû attacher à l'expansion de la France au dehors et à la colonisation.

Il est visible, en effet, que, dans sa politique coloniale, Louis XII dut obéir à des préoccupations de premier ordre. Rechercha-t-il dans la possession de colonies étendues, adonnées à la culture, la possibilité d'approvisionner de première main son royaume de toutes ces denrées coloniales, sucres, épices, bois précieux, bois des isles, ete que nous avions eu jusque-là l'habitude de recevoir des Hollandais, des Espagnols, des Anglais, des Portugais. et même des Danois? C'est fort probable; car, au

xvne et au xvint siècle, un des axiomes les plus

observés de l'économie politique était de se suflire à soi-même et d'acheter le moins possible à l'étranger. Ne serait-ce pas plutôt que ce roi et chacun de ses successeurs après lui avaient vu, dans les acquisitions coloniales, autant d’agrandissements de la Couronne, dont la gloire rejaillirait sur-eux ? La chose est encore possible. Pour nous cependant, le grand moûf et le seul réellement vrai qui ait existé en cette circonstance, c’est que, dans ces établissements d'outre-mer, la royauté française poursuivait un vaste plan politique.

Ce n'est pas à coup sûr par une vaine sentimentalité qu’elle avait donné le nom de Nouvelle France au Canada, celui de France Septentrionale aux territoires de l’Amérique du Nord situés au nord et au midi des Grands-Lacs et du Saint-Laurent, et dont le Canada faisait partie, celui de France Méridionale à la partie sud des États-Unis, celui de France Équinoæiale à la Guyane ct aux Antilles, celui de France Orientale à toutes les colonies qu'on nourrissait l'espoir de fonder dans la mer des Indes, et dont Madagascar devait être le centre. On aurait également tort de croire qu’il y avait eu le moindre souci confessionnel dans l'interdiction à toutes les compagnies de laisser s'installer sur leurs territoires des étrangers, ou, ce qui était tout un à ses yeux,

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des Français appartenant à la R. P, R. Non, ce qu'elle désirait dans le sens absolu du mot, c'était que ses possessions, dans les contrées hors d'Europe, fussent moins des colonies que des prolongements mêmes de la mère patrie, c'est-à-dire des contrées dont les habitants étant à peu près exclusivement d'origine française, seraient soumis aux lois de la France et ne feraient qu'un avec elle

Aussi est-il certain que l'occupation ainsi comprise de ces pays lointains dut répondre dans l'esprit de Louis XIE à des desseins politiques élevés, et il n’est pas douteux qu'il n'entendit préparer par là certains moyens d'exécution, dont ceux qui viendraient après lui auraient à user. En quoi consistaient ces desseins ? Nous nous laisserions entrainer . trop loin si nous prétendions les définir ici. Mais, au moins, nous pouvons dire qu'on a été chercher des raisons bien loin, lorsqu'on s'est demandé comment il se faisait que la France n'ait eu que des colonies de peuplement, à une époque où tous les autres peuples, au contraire, voyaient purement et simplement dans les possessions coloniales des sources d'opérations commercioles et d'échange. Elle n’a eu et ne pouvait avoir que des colonies de peuplement, par le motif très simple que c'était seulement par le peuplement de leurs colonies que

les compagnies avaient la possibilité de réaliser des bénéfices, etaussi par cet autre, qu'il n'y avait qu'avec des colonies de peuplement que le gouvernement de Ja France pât travailler au succès final de projets qu'il caressait en secret.

Dans ces conditions, on conçoit qu'avec la préoccupation des intérêts politiques qui l'agitaient, Louis XHE ne devait guère être disposé, pour ce qui regardait le peuplement des coionies, à dépendre du bon vouloir des compagnies ou de ce qu'il leur plairait de faire, On doit donc s’expliquer sans peine la présence dans toutes les chartes qu'il octroya, d'une clause spéciale par laquelle, dans un délai fixé, chaque compagnie était tenue d'enrôler, de transporter et d'établir un nombre déterminé de colons dans les territoires à elle concédés ,

ILest de la dernière évidence que le consentement des compagnies devait d'autant mieux être acquis d'avance à une disposition de ce genre, que toutes, comme opération principale, se proposaient d'organiser la colonisation sur la plus large échelle. On doit convenir néanmoins qu'une pareille inserlion dans les chartes, en tant que condition de l'octroi de la concession, ne fait que s'ajouter à tout ce que l’on sait déjà pour mettre en parfaite

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