ÉPILOGUE
s'entre-déchirer , que ce groupement, capable de tenir tête à tout développement de concurrence et de puissance dans le Nouveau Monde, cesserait d'avoir des chances. Encore est-il permis de supposer que les velléités de tueries au sein des familles du vieux continent seraient contrariées, non seulement par la politique générale étrangère et toute cette clameur ofRcieuse et même quasi-officielle qui monte de moins en moins confuse et de plus en plus écoutée en faveur du désarmement des peuples et de l'arbitrage, mais encore par une politique internationale se montrant aussi conciliante que possible dans le champ des intérêts matériels.
Des traités, conclus pour peut-être douze ans, prenant fin à une échéance uniforme, dans lesquels les participants se concéderaient les uns aux autres le traitement de la nation la plus avantagée, donneraient aux rapports la confiance et la consistance. Nul Etat contractant ne serait contraint d'abandonner dans les conventions à intervenir son individualité économico-financière. Il suffirait à chaque j^ays de se rallier, d'après sa situation duodécennale périodique, au système de traités le plus concordants possible, sous la clause protectrice générale de la nation la plus favorisée.
En cela on irait aussi avant tout au-devant de l'Angleterre, sans s'offrir toutefois à elle démuni de tout abri tutélaire. L'Angleterre ne saurait
passer de traités allouant des faveurs de tarif, du moment que de façon générale il n'existe plus chez elle de droits protecteurs. Mais le traitement le plus favorable, qu'elle-même concède à tous grâce au libre-échange sans réserve qu'elle pratique, on pourrait le lui octroyer, afin de la retenir dans une politique commerciale si précieuse à l'Allemagne dans le Royaume-Uni et dans tout le monde colonial qui relève de lui. Jusqu'ici le Royaume-Uni ne s'est pas prêté k la formation d'un bloc britannique universel [Greater Britain), parce qu'il se rend compte que ses propres colonies agricoles ne seraient pas durablement acquises à cette combinaison, ainsi qu'il est permis de l'inférer de toute la marche du développement des tarifs coloniaux au cours de la dernière période décennale. La Grande-Bretagne appartient à Tancien monde, et, par elle comme par la gigantesque possession de colonies semi ou entièrement tropicales acceptant son autorité, elle serait destinée à donner un appui incommensurable à la politique commerciale suivie par l'ancien monde vis-àvis du nouveau. Cet ordre de choses serait on ne peut plus efficacement secondé par un régime mercantile libéral au centre de l'Europe.
Un pareil régime ne saurait manquer — on s'en flatte, non peut-être sans raison — de faire des prosélytes dans le reste de l'Europe. Il serait propre, non seulement à maintenir côte à côte et à rap-