ÉPILOGUE
moins accessibles leurs marchés d'approvisionnements en vivres. De la sorte on verrait sans doute la fin des violences que, sous forme de prohibitions et de droits protecteurs excessifs, TEurope occidentale a eu à endurer de la politique commerciale de la Russie et de T Amérique, et qu'il lui faudrait sans doute endurer encore, le cas échéant.
Aussi, rien qu'à entrevoir l'éventualité de l'association douanière interbritannique, l'eau en vient à la bouche de certains Allemands, qui y rattachent une ère de splendeur pour l'Europe centrale et tout particulièrement • pour l'empire dont ils relèvent. Par l'accord de la Bretagne universelle et de TEurope centrale, le monde européen-germanique^ que cet accord dégage essentiellement, et ses colonies ne seraient-ils pas armés en effet contre les coups de tête russes et américains ? Des représailles collectives, exercées vis-à-vis des produits de l'agriculture et de l'élève du bétail de provenance russe et américaine en réponse à un prohibitionnisme industriel brutal, n'auraient-elles pas facilement raison de mesures analogues aux tarifs Mac Kinley? Le monde européen-germanique, appuyé avec ses colonies sur la Scandinavie, les Pays-Bas, F Autriche-Hongrie, l'Italie saurait diriger le reste du monde dans les voies du fair Irade,
Si cette perspective est grisante pour nos voisins teutons, ils ne ferment cependant pas les
yeux — reconnaissons-le dans T intérêt de leur clairvoyance — sur le revers de médaille qu'elle présente à l'Europe centrale et qui, suivant le mode de réalisation de Funion britannique universelle, les frustrerait d'une partie des avantages entrevus. Voilà au cœur de TEurope, avec T Allemagne, r Au triche-Hongrie, l'Italie, la Suisse et la Belgique, et en plus les Pays-Bas, des contrées qui naguère se sont enlacées dans un réseau de conventions douanières. Ce sont des pays où l'industrie et le commerce sont plus ou moins florissants et qui en partie aussi sont simultanément adonnés à l'agriculture intensive et à l'élève rationnelle du bétail. Or, depuis bientôt cinquante ans, le marché de l'Angleterre n'a cessé de leur être complètement ouvert sans contre-prestation, et les conditions qui leur étaient faites dans les colonies anglaises leur étaient communes avec la métropole britannique. Pendant près de cinquante ans, ils se sont familiarisés avec ce beau côté du free-trade anglais, pour le plus grand embellissement de leur existence. Devant cette habitude se poserait maintenant, pour l'Europe centrale et aussi, notamment pour l'élève du bétail, en Allemagne, la question d'être ou de ne pas être, suivant que le lien interbritannique de faveur s'en tiendrait à des droits modérés sur les moyens de subsistance ou muerait en un ZoUverein véritable avec pleine liberté douanière au dedans. Déjà la compétition