ÉPILOGUE
du traitement mutuel de la nation la plus favorisée pour un temps plus ou moins long. Ce furent les négociateurs français, MM. Thiers et Pouyer- Quertier, acquis aux doctrines ultra-protectionnistes, qui, au milieu de l'accablement de leur nation, auraient travaillé pour la cause qui leur était chère et qu'ils jugeaient apparemment liée aux intérêts supérieurs de la patrie. Ils préférèrent offrir Tassujettissement de la France au traitement le plus favorable vis-à-vis de l'Allemagne jusqu'à la consommation des siècles plutôt que la continuation d'un traité de commerce libéral pour une période prolongée avec accompagnement de la clause de la nation la plus favorisée. Quelque humiliante qu'ait pu être, pour la contrée vaincue, l'inscription dans un traité de paix de cette astreinte à perpétuité, nos négociateurs y ont néanmoins tenu la main avec l'espoir de pouvoir indéfiniment conditionner le tarif français de telle sorte qu'il ne donnât prise d'aucun côté. En ce sens ils tendaient, à perte de vue, à l'Allemagne, suivant leur propre expression, « le verre vide » de l'octroi du traitement le plus favorable. De fait, à l'heure présente, sinon déjà dès 1871, la politique douanière de la France se trouve avoir évolué à ce point, que le traitement concédé n'empêche pas le verre d'être vide. Mais il n'est pas probable que les choses restent en l'état. Plus d'un symptôme autorise à penser que la France délaisserait
au besoin le régime commercial dû à ses délégués, pour rompre une chaîne éternelle . Les Allemands, qui sont revenus à résipiscence pour leur compte, mais ne se soucient pas d'être les victimes de leur conversion récente, seraient certainement disposés à nous relever d'une stipulation qu'ils s'appliquent à trouver encore plus mortifiante pour nous qu'elle ne l'est en réalité, afin sans doute de nous en inspirer le profond dégoût. Notre intérêt national pourrait bien être d'ailleurs d'accord ici avec leur invite.
S'ils parvenaient de la sorte à faire entrer contractuellement, avec ou sans la France, l'Europe continentale de l'ouest et du centre dans un système modérément libéral ou modérément protecteur et à se ménager par l'Angleterre le monde colonial, ils se flattaient de n'avoir, durant des siècles, rien à redouter de la future grandeur titanesque des Etats- Unis et de la Russie (supposée encore récalcitrante), surtout si l'antique culture conservait sa sève.
Il ne se trouverait peut-être pas à la longue beaucoup de Français refusant à leur pays de faire partie de la combinaison ou de s'associer aux tendances qu'elle doit favoriser, si d'autres, qui y doivent également prendre place, consentaient à rendre notre collaboration honorable et possible. Quand on voit aussi bien que les Allemands où est l'intérêt commun, il faudrait avoir le courage de conseiller, à qui de droit, de lui faire les sacrifices nécessaires.