Centralisation du commerce extérieur
Le début de cette quatrième période, qui est toujours en vigueur, se place au début de l’année 1930. Elle est caractérisée par le fait suivant :
19 Les Goslorgs basés sur le principe régional sont remplacées pour le commerce extérieur par des sociétés spécialisées, qui groupent toutes les opérations pour l’importation ou l’exportation sur tout le territoire de l’U. R.S.S$. suivant les différentes branches de production.
On remarquera que certaines de ces sociétés prirent naissance à l’époque de la N. E. P., mais elles avaient pour objet exclusif l'exportation de certains produits. De sorte, que ce qui constitue, principalement, une innovation, c’est l’organisation de groupements pour l’importation. On pourrait en citer un grand nombre : le groupement de métaux et de produits métallurgiques Melalimport); de l'électricité (Electroumport); des textiles (Texil-
import); de métaux non-ferreux (Zvelmelalimport); du livre (Mejdounarodnaïa Kniga) etc.
Quel était le but de cette réorganisation ?
La Vie économique des Soviets, revue bimensuelle publiée par la représentation commerciale de l’U. R. S.S. à Paris dit que « la réorganisation du commerce extérieur avait pour but de remédier aux défauts constatés et de renforcer encore le principe du monopole, base inébranlable du système des relations économiques de l'U. R. S. S. avec les pays étrangers!. »
Quels étaient donc les « défauts constatés » de l’ancien système qui appelaient une réorganisation ?
Il y en avait deux, essentiels :
19 D'une part, l'appareil du commerce extérieur en U. R. $. $. était constamment surchargé par une multitude d'opérations quotidiennes, ce qui était préjudiciable à ses fonctions essentielles de direction, de contrôle, d’élaboration de plans méthodiques.
29 D'autre part, les organes économiques soviétiques à l'étranger étaient, eux-aussi, surchargés, par suite de la nécessité de résoudre sur place quantité de questions d’un intérêt secondaire et de caractère technique. Or, il devint clair que ces questions pouvaient, avec infiniment plus de facilité et une perte de temps moindre, être tranchées en LR Se
Afin de parer à ces inconvénients, il fut résolu :
1° De transformer les sociétés anonymes d'exportation et d'importation en sociétés, faisant partie intégrante du Commissariat du Peuple pour le commerce de |’ U.R. S. S. et possédant, chacune, le monopole pour une branche de production déterminée.
29 De charger ces nouveaux groupements d’une partie importante d'opérations qui jusqu'alors étaient effectuées par le Commissariat du Peuple pour le Commerce: en déchargeant ce dernier, le nouveau système devait lui permettre d’exercer pleinement son rôle d'appareil central de direction et de contrôle.
3° De supprimer à l'étranger et de remettre aux groupements spéciaux près le Commissariat du Peuple pour le Commerce la préparation technique des commandes à
1. La Vie économique des Soviets, Paris, 5 mars 1930 {ne Ili), p. 22.
passer à l’étranger, ainsi que celle des ventes de produits soviétiques destinés à l’exportation.
40 D’améliorer ainsi et de simplifier les méthodes de travail des représentations commerciales de l'U. R. $. $. à l'étranger. 6
50 De réduire considérablement le personnel employé à l'étranger, en supprimant les emplois secondaires et en relevant par contre le degré de spécialisation des agents chargés de diriger les opérations commerciales.
Cette réforme fut réalisée par ordonnance de M. Mikoïan, commissaire du peuple pour le Commerce de l'U. R. S. S. en date du 11 février 1930.
Simultanément, afin de donner plus de souplesse et de rapidité à l’activité des représentations commerciales de PU. R. S. S. à l'étranger, les mesures suivantes furent envisagées, devant être réalisées dans un avenir prochain :
1° Les représentations commerciales n’auraient plus à assurer le placement de petites commandes au fur et à mesure que celles-ci leur seraient transmises de l’'U. R.S.S. Ces commandes qui ne figuraient que pour 3 à 5 % dans le chiffre d’affaires des représentations commerciales nécessitaient un personnel nombreux et représentaient une perte de temps considérable, en raison de leur nombre (jusqu’à 70 % du nombre total des opérations effectuées par les représentations commerciales). Aussi, fut-il décidé qu’à l'avenir les représentations commerciales grouperaient chez elles ces commandes pour les transmettre à de grosses maisons, sous forme d’une ou de plusieurs grosses commandes.
20 D'autre part, ce sont les groupements d'exportation ou d'importation nouvellement formés ou réorganisés qui devront exécuter les opérations d'ordre technique qui, auparavant, étaient à la charge des représentations commerciales, telles que la préparation et la passation des commandes, l’établissement de la spécification définitive des articles vendus dans la langue étrangère correspondante, une partie de la comptabilité, etc. Cette mesure devait permettre de réduire considérablement le personnel des représentations commerciales à l'étranger.
La même ordonnance de M. Mikoïan confiait au Centro-
24 LA POLITIQUE COMMERCIALE DE LU. R,. s. $.
soyouz (Union centrale des coopératives de l’U. R. S. S.) l'importation de produits de grande consommation. Cette importation doit être effectuée par un bureau autonome Spécial; la direction est nommée par le Centrosoyouz, mais doit être agréée par le Commissariat du Peuple pour le Commerce. Cette ordonnance marque déjà fortement l’emprise du Commissariat du Commerce. £
Des mesures prises ultérieurement n’ont fait qu’ac- . Centuer la concentration du commerce extérieur.
Ainsi, en examinant les cinq catégories d'organismes qui au début de la N.E.P. furent investis du droit de commercer avec l'étranger, nous constatons que les particuliers ont déjà perdu ce droit au cours de la seconde moitié de la N.E.P. Les -Goslorg, d’autre part, furent remplacés par les grands groupements dont nous venons de parler. Quant aux organisations coopératives et aux sociétés mixtes, leurs droits furent considérablement amoindris. Aïnsi, les sociétés mixtes, dans lesquelles le gouvernement, possédait généralement 51% des actions, ce qui lui permettait d’en rester le maître, furent liquidées l’une après l’autre. La dernière d’entre elles, la Ratao (Russisch- Oesterreichische Handels Aktien-Gesellschaft), dont le siège social était à Vienne vient d’être liquidée au mois de février
Quant aux unions coopératives qui, à l’époque de la NEP, faisaient des opérations pour des sommes considérables et avaient (tel le Centrosoyous) des bureaux pourvus d’un nombreux personnel dans tous les grands centres européens, ainsi qu'aux Etats-Unis, leur importance à l'étranger aujourd’hui est fort réduite. Toutes les sSuCCUrsales étrangères du Centrosoyous (Union des coopératives) sont fermées, excepté celle de Londres, où elle a été conservée, bien que réduite, en raison de relations étroites avec The Coopérative Wholesale Society (magasins de gros) en Angleterre et en Ecosse qui lui avaient ouvert des crédits considérables,
Pour les mêmes raisons, le Cenirosoyous fut autorisé à
1. Voir à ce sujet, l’article de M. P. Berline : « Coopération sur le marché extérieur», Encyclopdie de l'Erportation Soviétique, 2e édit., Berlin, 1928, Pe 65 et suiv.
conserver des fondés de pouvoir à Paris et à Berlin, afin de pouvoir utiliser les crédits accordés par la coopération
française et allemande. Le magasin de gros des Coopéra-
tives de France a ouvert des crédits jusqu’à concurrence de sept millions de francs pour un délai ne pouvant dépasser neuf mois. Ces crédits ne sont accordés qu'aux Unions des coopératives russes et pour les marchandises qui représentent leur assortiment d'achats ordinaire (cuirs, bonneterie, tissus, etc). Mais le rôle de ce fondé de pouvoir est restreint, les achats et les ventes se faisant, en réalité, par l'intermédiaire de la représentation commerciale.
La banque coopérative de l'U. R. S. S., The Moscow Narodny Bank Lid, qui possédait des succursales à Paris, Londres et Berlin, a été également supprimée.
La concentration du commerce extérieur entre les mains du Commissariat du Peuple pour le Commerce a eu, d'autre part, une répercussion sur les représentations commerciales elles-mêmes. Non seulement, un grand nombre d'opérations d'ordre technique leur fut enlevé, ainsi que nous l'avons vu plus haut, pour être transmis aux grands groupements monopolisés, mais ces derniers ont obtenu le droit d’entrer en relations directes avec l'étranger. Ils peuvent, en effet, correspondre avec des maisons étrangères, leur adresser des offres el des demandes, en un mot, exercer des droits qui jusqu'alors n’appartenaient qu'aux représentations commerciales.
Bien mieux, les maisons étrangères peuvent, à l'heure actuelle, déléguer un représentant à Moscou pour se mettre en contact avec ces groupements accrédités près le Commissariat du Commerce. Fréquemment, des directeurs de grandes entreprises européennes ou américaines se rendent à Moscou, pour y conclure dés contrats. (Toutefois, ces contrats sont rédigés définitivement, signés et enregistrés dans les pays d’origine des firmes étrangères.)
En définitive, la quatrième période de l’évolution est caractérisée par une concentration progressive du monopole du commerce extérieur entre les mains de l'Etat et par le transfert d’une partie d'opérations commerciales de l'étranger sur le territoire de PU. R.S$. ©,