PURE LEONE
NS
pour être converti en loi, nous relevons cé qui suit : « Ce projet « est la suite logique de la politique de valorisation de l’émi- « gration dans le cadre général de la politique nationale. Un « des premiers actes du Gouvernement Fasciste fut le décret-loi « du 18 janvier 1923 (1) qui réunit le Commissariat Général à « l’Émigration, organe autonome jusqu’à cette époque, au « Ministère des Affaires Etrangères, dont il est aujourd’hui « partie intégrante. L'idée de cette réforme dérive de cette « pensée que la politique de l’émigration doit faire partie de la « politique internationale générale du pays ; mais le gouverne- « ment italien n’entend pas considérer avec moins de solli- « citude la tutelle et l'assistance aux travailleurs italiens qui « se trouvent en pays étranger. »
Dans la circulaire du 3 juin 1927, la politique nouvelle du gouvernement était expliquée ainsi : « Jusqu’à ce jour, l’émi- « gration permanente causa des pertes au pays : au point de «vue économique, tout ce que la nation a dépensé pour € élever l’émigrant et le mettre en état de produire : au point « de vue militaire, car l’'émigrant ne sera pas soldat dans son {pays ; et enfin au point de vue démographique, car l’émi- « gration prive le pays d’un élément jeune, qui va féconder le: « s0] étranger.
« Nous invitons les Préfets à une surveillance rigoureuse sur « tous les organismes qui s'occupent de l’émigration dans leur « circonscription. Les demandes de passeports doivent être « examinées très sévèrement et ils doivent n'être distribués «que parcimonieusement. Trop de gens vivent. et spéculent « sur l’émigration et l’excitent artificiellement sans besoin. On « doit empêcher de s’occuper d’émigration tous ceux qui le «€ font indûment par désir de gain : maîtres d'école, employés. « Municipaux, etc., et pourchasser sans répit les agences clan- « destines. Les Préfets, les‘maires, les Fascios, les organisations « syndicales, chacun dans la limite de sa compétence, doit «exciter les initiatives locales, pour intensifier la production, « de façon à ce que des travaux utiles et des salaires suffisants « soient offerts aux travailleurs, sans qu’ils soient obligés de « partir en pays étranger. Les Préfets doivent faire comprendre
(1) Jusqu’à cette date, le Commissariat était un organe absolument indépendant. Afin de faire entrer l’émigration dans la politique générale gouvernementale, ce décret-loi stipule (art. 187) : « Un Commissaire Général, dépen- « dant du Ministre des Affaires étrangères, s’occupera de toutes les questions. relatives à l’émigration. »
«à tous les agents placés sous léurs ôrdres que toute province,
« qui saura conserver au pays les bras de ses fils pour son « progrès et sa défense, aura bien mérité de la Patrie.»
Le changement opéré en quelques années dans la politique italienne d’émigration était ainsi complet : alors qu’en 1920, on encourageait l’émigration, en 1927 le Gouvernement s’y Opposait au contraire de toutes ses forces (1) et refusait les passeports de ceux qui voulaient quitter l’Italie. Le Popolo d'Italia montrait les changements subis par la politique italienne dans un article ainsi conçu : « autrefois, l’'émigration — traitée de valve de sécurité — était un motif pour les poètes et pour les peintres. Aujourd’hui, elle a été améliorée. Sa protection, et les conditions hygiéniques, sont meilleures ; les contrats de travail sont respectés et les œuvres privées ou consulaires, ainsi que la « Dante Alhigieri » et les Fascios à l'étranger, rendent moins triste et moins aléatoire le sort de la masse des émigrants. Mais ce n’est pas tout. Notre esprit ne se contente pas de cette amélioration. Le problème restait dans sa gravité. Environ le quart de notre population est au delà de notre frontière. Quand nous entendons parler de chômage, de révolution, d’épidémie, notre esprit s'inquiète, Il y a des nations riches qui, dans ces événements, ne pensent qu’à la diminution de leurs dividendes ; nous, nous pensons à la masse de nos travailleurs, dont la législation étrangère ne s’occupe pas, ou ne s'occupe qu’en dernier lieu. Les plus lointains sont les plus proches du cœur. Il faut une politique diplomatique pour nous assurer les matières premières, et des instituts pour développer nos exportations. L’émigration intérieure, l’amélioration de l'Italie, l’agriculture intensive, les colonies, sont les autres éléments pour nous fournir notre pain. La nation doit devenir une famille. L’émigration est diminuée, le nombre des rentrants augmente, et cependant le chômage reste stationnaire ou diminue. C’est un indice de force. »
Cette politique nouvelle, hostile à l’émigration, était encouragée dans tous les milieux. C’est ainsi que dans le Popolo d'Italia, sous la signature de M. Arnoldo Mussolini, le frère de l’éminent homme d’État italien, est publié, sous le titre : « L'Italie exulte — L’émigration interdite », un article où
(1) Par opposition au décret du 11 décembre 1919, que nous avons mentionné plus haut, nous pouvons citer le traité de commerce Italo-Grec du24 novembre 1926 qui décide que « le traitement des navires nationaux et de la « nation la plus favorisée ne s’étend pas au transport des émigrants » (art. 22),
l’auteur — trouvant que la politique fasciste ne sévit pas encore assez contre le fléau de l’émigration, qui a enlevé tant de bras à l'Italie — demande que l’émigration soit totalement interdite. Ces appels n'étaient pas faits en vain, et la politique, hostile à l’émigration et à tout ce qui pouvait rappeler le temps où elle existait, allait continuer à se manifester de plus en plus vigoureusement.
Nombre de Chômeurs en Italie (Chiffres de la Caisse Nationale des assurances Sociales)
| Nombre de chômeurs
Mois et Années Em | Intermittents En chômage complet Janvier 1927.10 10% 63.716 225.346 Février RS et Ne 56.113 259.059 | Mars Roi Ne 61.699 227.947 Avril MT en AS 54.730 215.316 | Mai ESA RSR ET 59.091 246.441 Juin RE 103.792 214.603 Juillet PRE 125.376 263.091 | Août De Sue 134.251 291.821 BepéemDra ne. 1 ELre 133.568 305.930 Coton Are Te 130.930 332.240 | Novembre 133.420 375.734 Décembre» .: :......: 107.964 414,283 Janvier 1928... 76.327 439,211 Février PNR TRE 58.109 413.383 Mars D Ne ae 47.036 411,785 Avril DATE LE 45,855 356.795 Mai DER ter 45,569 306,629 Juin PROS ve 30,296 247.024 Juillet SE ANNEE A 27.590 234.210 Août et 24.319 248.100 | Septembre » .......... 28.746 268.883 OCIODT RENTREE 25.639 282.379 ISNOvVEMETEM AS ne 24.814 321493 Décembre » 25,11 27.178 863.551 Janvier 1929.......... 16.655 461.889 Février DER RENE à 15.854 489.347 Mars DR re ee 15.846 2957277 Avril DIRE 16.989 257.603 Mai DRE RE 8.713 227-682 Juin DA AU 40.970 193:325 J'uillet ae OPA 13.503 201.368 Août ARR STRESS LE 19.650 216.666 Septembre»: 16.835 228.831 Ottobre pr ee à 47.793 297.882 Novembre » .,........ 19.69% 332.833 Décembre » ...,.....: 24.349 408.748
Après la suppression du Commissariat Général à l’Émigra tion en avril 1927, le Bolleitino della Emigrazione continua à être publié quelques mois (d'avril à décembre) par les soins du Ministère des Affaires Etrangères ; mais, à cette date, il fut supprimé, et depuis l’année 1928, il est confondu avec le Bollettino del Ministero degli Affari Esteri.
Le 18 juillet 1927, le fonds d’émigration fut supprimé ; et, malgré quelques légères protestations, les recettes qui lui étaient affectées furent transférées au budget général, et le budget du Ministère des Affaires étrangères prenait à sa charge toutes les dépenses afférentes au service de l’émigration (1).
Le 23 octobre 1927, le Conseil Supérieur de l’Émigration fut, à son tour, supprimé. Enfin, le 1°7 mars 1928, le passeport spécial pour émigrants fut supprimé ; le nombre des sortes de passeports étant ainsi réduit à deux : les passeports «communis et les passeports « diplomatici ».
En résumé, le 1er mars 1928, il ne restait plus rien, sauf les mesures de protection à l’égard des émigrants, de la politique suivie jusqu’en 1922 par les gouvernements italiens ; la juridiction spéciale a elle-même été supprimée et remplacée par la juridiction ordinaire. Les émigrants eux-mêmes n’existaient plus : il n’y avait plus que des Citoyens Italiens résidant ou allant à l'étranger.
En même temps, le Gouvernement prit une série de mesures pour restreindre et régulariser de plus en plus l’émigration.
En octobre 1927, le tarif spécial ferroviaire n° X, qui assurait une réduction de prix aux ouvriers italiens se rendant à l’étrancer, fut supprimé. Il n’y eut plus aucune réduction de tarif pour ceux qui voulaient quitter l'Italie. Pour ceux, au contraire, qui voulaient y rentrer, une réduction de 50 % du prix detransports fut appliquée. Ainsi, hostilité aux départs, faveur aux retours, telle était la nouvelle politique.
Pour s’opposer aux départs, trois circulaires du 20 juin 1927 (n° 75, 76 et 77) indiquaient que : « afin de discipliner de « manière plus rigoureuse l’exode de ceux de nos compatriotes « qui désirent se rendre à l'étranger, pour travailler, exercer « un petit commerce, ou rejoindre des parents déjà émigrés, les « dispositions suivantes devront être rigoureusement obser- « vées, à partir du 1% septembre prochain, pour la délivrance
(1) En effet en Italie, il y a un budget unique des recettes et autant de’ budgets de dépenses qu’il y a de ministères.
« du certificat d'embarquement assuré : les documents, à « défaut desquels les Questures ne peuvent délivrer de passe- « por pour les pays transocéaniques, ne pourront être donnés « qu’à ceux qui sont munis de garanties de trouver immédia- « tement un emploi ou une assistance certaine dans le pays vers
« lequel ils se dirigent.
« Ils ne pourront donc être délivrés qu’en faveur des ci-
toyens :
« 19 Qui sont en possession d’un contrat régulier de travail, « c’est-à-dire d’un contrat contenant toutes les clauses relatives « à l'emploi des travailleurs, visé par le Consul compétent, et « provenant d’un employeur étranger, ou d’un parent à un « degré supérieur au 3°.
20 Qui sont réclamés par des parents, d’un degré non supé- « rieur au 3°, l’acte de demande étant visé par le Consul com- « pétent. Ces parents privilégiés sont : le conjoint, les enfants, « les parents, les grands-parents, les frères et sœurs, les oncles « paternels et maternels.
« Dans le 2€ cas, il doit y avoir une déclaration affirmant « l'admissibilité, dans le pays étranger, de l'Italien réclamé ».
« Les ouvriers enrôlés individuellement — (circulaire n° 76) — « ne pourront obtenir un passeport qu’en présentant l'original « de leur contrat de travail, visé par le Consul compétent. « Pour ceux qui se dirigent vers la France ou la Belgique, le « contrat doit être visé par les autorités compétentes de ces « deux pays. Pour les autres pays européens, le permis d’y « entrer et d’y séjourner doit être présenté, ce permis ayant été « délivré par les autorités étrangères compétentes, et visé « par les Consuls Italiens. Enfin, pour les pays qui ne réclament « pas de permis, le contrat de travail devra contenir une attes- « tation de l’admissibilité, dans ce pays, de l’ouvrier italien « considéré. »
Le 3 novembre 1927, deux autres circulaires allaient revenir sur la question et restreindre encore les possibilités d’émigration. Les seuls parents qui furent autorisés à faire venir des Italiens furent : le mari, les parents, le fils, le frère -— pour sa sœur nubile ou veuve, les neveux — pour leurs oncles. Telles sont les seules personnes qui puissent rédiger des « atti di chiamata » (1) ; aucune autre ne le peut, sauf certains cas spéciaux
(i) Les parents ne peuvent faire l’objet d’un « atta di chiamata » de la part de leur fils, que s’ils sont âgés ; la sœur ne peut être réclamée par son
exceptionnels, limitativement désignés dans la circulaire. En
particulier, les fiancés ne peuvent jamais se réclamer (1). Les mêmes dispositions sont en vigueur pour les Italiens déjà
| expatriés, qui veulent changer de pays ; et, depuis juillet 1928,
les Italiens qui partent doivent, sur leur demande de passeport, promettre de ne pas faire venir leur famille à l'étranger. Enfin, une circulaire du 13 janvier 1928, luttant contre les représentants d’entreprises de transport qui, malgré toutes les entraves mises à leur activité, étaient en nombre considérable (2), et favorisaient l’'émigration de toute leur influence, décida qu’il n’y aurait plus — et ce, à dater du 17 septembre 1928, qu’un seul représentant de société par circonscription. Pour réduire encore, si possible, l’'émigration, et tout au moins celle des bons ouvriers spécialisés, ou connaissant bien leur
métier, une décision d’avril 1929 du Gouvernement Italien,
portée à la connaissance du Ministère du Travail français, et
communiquée par celui-ci aux employeurs intéressés, vient
d’apporter au recrutement de la main-d'œuvre italienne une modification profonde. |
Jusqu'à présent — et en vertu d'accords conclus entre les Gouvernements français et italien, le recrutement des ouvriers italiens pouvait revêtir trois formes différentes :
1° Recrutement nominatif.
Les employeurs établissaient eux-mêmes, sur formule-type, des contrats (3) individuels, au nom des ouvriers qu'ils désiraient faire venir d'Italie, et avec qui ils s'étaient préalablement mis d'accord.
Après visa du Ministère du Travail français, ces contrats étaient transmis au service de l’Émigration près de l'ambassade
frère que si elle n’a plus d’autre parent (parents, frères ou sœurs) ; enfin, pour empêcher que des familles italiennes ne se reconstituent à l'étranger, il est interdit aux parents qui émigrent d'emmener avec eux leur fille mariée ou leur fils majeur. Pour éviter que le mariage ne favorise l’émigration, il a été décrété que, pour pouvoir user d’un « atta di chiamata », le mariage devait avoir eu lieu avant le départ.
(1) Et une circulaire du 20 décembre 1927 a annulé les demandes délivrées avant le 3 novembre.
(2) C’est ainsi qu’à la séance de la Chambre des Députés du 11. juin 1912, le député Colonna di Cesaro — parlant du fonds d’émigration — disait qu’il y avait en Italie du Sud 13.053 agents d’émigration, dont 2.497 dans la province de Naples, 1.473 en Calabre, 6.936 en Molise, 1948 en Sicile et 199 en Sardaigne.
(3) En réalité, il serait plus exact de dénommer ces contrats « demandes d’ouvriers ». Le contrat n'existe qu’après l’acceptation de l’autre parti, en l’espèce, après approbation par le Ministère des Affaires étrangères.
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