‹ La Politique d'émigration de l'ItalieChapitre 43 sur 113 · RENE · texte numérisé non relu

RENE

un assez grand nombre de missionnaires (1). En mars 1928, alors que l'entente entre le Quirinal et le Vatican n’était pas encore réalisée, l’œuvre fut dissoute au point de vue religieux, comme nous l’apprend la Revue de l'Immigration de mars 1928 : « La Sacrée Congrégation Consistoriale a notifié aux missionnaires de l’'Opera Bonomelli une décision, d’après laquelle est dissous le corps des missionnaires Bonomelliens.

L’Opera se propose l'assistance religieuse, matérielle et morale des immigrés italiens ; cependant, en raison des influences gouvernementales exercées sur les actions et les méthodes de l'œuvre, cette grave mesure a-été prise par le Saint-Père.

En France, l’œuvre fonctionnait à Lyon, Marseille, Reims, Annecy, Chambéry, Hayange, Jœuf, Longwy, Moyeuvre-Grande, Saint-Claude. L’œuvre, en tant qu’institut reconnu d'utilité publique, n’est pas dissoute par la décision pontificale. Elle peut subsister comme institut laïque, et quasi-gouvernemental, mais

“Ja décision de la Congrégation Consistoriale lui a retiré ses

missionnaires, dont le Saint-Siège se réserve d’utiliser, sous une autre forme, la précieuse activité. »

L’Opera Bonomelli exerce surtout son activité en France. Dans toutes les villes où elle a des agences, elle organise le dimanche des Offices en italien, offices qui — tout en conservant chez les Italiens la foi religieuse — ont pour but de leur faire conserver la foi nationale. La devise de l’Opera, ainsi que l’indique le nom de son organe (2), semble être « Dieu et Patrie ».

En plus des prêtres de l’œuvre Bonomelli, les Italiens, en France, sont secourus par d’autres ecclésiastiques italiens, répandus dans les régions de la France où il existe un grand nombre d’immigrants. Sur l'initiative de l'Evêque pour l’'Emigration, les futurs ecclésiastiques italiens, se destinant aux pays étrangers, suivent même un cours spécial pour apprendre leurs

(1) En outre de ces œuvres, il en existe un certain nombre d’autres, dont a principale est l’œuvre « Cardinal Ferrari ». Cette œuvre s’occupe de l’assistance matérielle, morale et religieuse aux émigrants, mais son but est religieux et non politique. Comme on le lit dans L’Etranger Catholique en France (Nov. Déc. 1928) ; « L’œuvre du Cardinal Ferrari, suivant les instructions qu’elle a reçues et qui ont été précisées récemment, s’emploie à faire œuvre catholique avant tout, et tient compte — suivant les lois de la morale chrétienne — des devoirs que chaque citoyen est dans l’obligation d’assumer vis-à-vis de sa patrie. On peut affirmer hautement que toutes ses méthodes d'éducation et d’assistance s’inspirent de l’esprit chrétien, et mettent les principes de l'Evangile en première ligne : les œuvres de cet Institut seront françaises à Paris, argentines à Buenos-Ayres, et italiennes à Rome et à Milan. »

(2) Patria.

devoirs et leurs moyens d'action vis-à-vis des émigrés. Il y & de ces prêtres, notamment dans les diocèses d’Auch, d'Agen et de Toulouse, en France. Ils aident les curés français, mais ont surtout pour but d'entretenir chez les émigrés italiens l'amour de la patrie. . |

En outre, il avait été un moment question, vers mars 1929 — mais cela fut démenti, et par VOsservatore Romano (1) et par les faits eux-mêmes — de nommer dans le Midi de la France, dans un diocèse français, un évêque italien qui aurait dirigé, mieux que Mgr Torricelli, chargé actuellement de cette fonction, la mission de lutter contre l'assimilation, que les prêtres italiens exécutent parmi leurs fidèles. Il est évident que rien ne s'OpPOsait, surtout en l'absence d’un Concordat, à la nomination d’un évêque de nationalité italienne en France, puisque Mgr Pelz, évêque de Metz (2), est Luxembourgeois. Cependant, le seul diocèse vacant à l’époque dans le Midi (Tarbes et Lourdes) fut donné à Mgr Gerlier. Les faits ont done démenti ces bruits ; mais rien ne prouve, maintenant que le Quirinal et le Vatican sont réconciliés, qu’ils ne se vérifieront pas un jour prochain.

Ainsi, la religion elle-même lutte contre l'assimilation et la dénationalisation des Italiens qui se trouvent à l'étranger.

D'autre part, les consuls, qui — ainsi que tous les agents consulaires — sont maintenant tous italiens, en vertu d’un des premiers décrets rendus par le Gouvernement fasciste (décret du 26 octobre 1922) se sont efforcés de grouper le plus possible leurs nationaux. Ainsi, pour empêcher que des éléments de désagrégation ne s’attaquent à l’unité de la colonie italienne en Belgique (15.000 personnes dont 7.000 travailleurs du sous-sol), M. Giurati, Consul général à Bruxelles, y a fondé un foyer italien, qui a des agences dans d’autres villes de Belgique. En même temps, pour faciliter la tâche des Consuls, leur nombre a été très considérablement augmenté, et il ne se passe Pour ainsi dire pas de mois, sans que le Bollettino del Ministero degli Affart Esteri ne nous annonce la création de plusieurs nouveaux postes consulaires.

Les Italiens à l'étranger sont groupés, et ont de nombreux journaux ; d’après un recensement, il y avait, en 1925, 282 jour- . naux ou revues de langue italienne paraissant à l'étranger :

(1) Organe officiel du Saint-Siège.

(2) Où le Concordat de 1804 est cependant toujours en vigueur, et où — par suite — l’évêque est un fonctionnaire français.

en France, 15 ; en Alsérie, { ; en Tunisie, 5 ; en Suisse, 5 ; en Allemagne, 2 ; en Belgique, 2 ; en Autriche, ! ; en Hongrie, 2 ; en Bulgarie, { ; en Tchécoslovaquie, 1 ; en Roumanie, 2 ; en Grande-Bretagne, 5 ; en Espagne, 4 ; en Suède, 1 ; en Grèce, 2 ; en Turquie, 2 ; en Palestine, 1 ; en Egypte, 1 ; aux Etats-Unis, 160 ; dans la province d'Ottawa, 1 ; dans les possessions anglaises d'Amérique, 4 ; au Brésil, 30 ; au Chili, 2 ; au Pérou, 3 ; au Mexique, { ; en Uruguay, 2 ; au Vénézuela, 2 ; en Argentine, 21 ; en Chine, 1 ; en Océanie, 2.

Un certain nombre de ces journaux sont d’inspiration fasciste. Citons entre autres, parmi eux, la Nuova Italia, qui est publiée en France, et qui fut fondée par Bonservizi, assassiné par un antifasciste. D’autres journaux, au contraire, comme la Libertà. sont nettement d'inspiration anti-fasciste et luttent contre le régime actuellement établi en Italie; mais tous, quelles que soient les différences politiques qui les séparent, ont un même idéal, celui de conserver l’italianité de leurs lecteurs et de lutter contre leur assimilation par les peuples au milieu desquels ils vivent.

D'autre part, le Gouvernement italien s’efforce d’aider ses nationaux immigrés en développant parmi eux l'assistance. Sur ce point, l’œuvre du Gouvernement fasciste n’est pas entièrement nouvelle ; c’est ainsi qu’en 1909, un certain nombre d’hôpitaux italiens, établis à l'étranger, recevaient des subventions du fonds d’émigration (1) :

Santa-Fé, Hôpital Italien. ............ : 3.000 lires Rosaria, Hôpital Italien Garibaldi. ..... 1.000 » Cordoba, Hôpital Italien............... 40.000 » St-Paul, Hôpital Italien Umberto 197... 18.000 » New-York, Benevolent Italian Institut.. 35.000 » » Colombus Hospital......... 10.000 »

Chicago, Colombus Hospital............ 10.000 » Lugano, Hôpital Italien................ 3.000 » Carouge, Dispensaire d'Enfants. ....... 500 »

Ces hôpitaux n’ont pas seulement pour but de secourir les Italiens malades ; mais,comme le disait en 1911 ,le Consul général italien à New-York : « Ce qui manque à New-York, ce n’est pas tant un hôpital pour les Italiens qu'un bon hôpital italien, entendu — non pas tant comme endroit de secours pour nos

(1) 90.500 Lires en 1909.

émigrants, que comme une affirmation nationale et patriotique, — un hôpital dans lequel l'Italien se trouve dans son milieu propre, et sente toute la sollicitude de la patrie lointaine. »

Le décret du 8 avril 1920 a institué, près du Commissaire Général à l'Émigration,une Commission des Assurances sociales pour les Emigrants italiens à l'étranger. Cette commission à pour but (art. 1°7) : a) d'étudier les mesures destinées à COOrdonner l’action des divers offices et œuvres qui, à l'étranger, s'occupent, au profit des émigrants italiens et de leurs ayantdroits, d'assurance sociale, soins médicaux, hospitalisation, etc. ; b) d’examiner les questions concernant l’affiliation aux instituts italiens, et, selon les lois italiennes, des travailleurs ayant émigré dans les pays où il n’existe pas de lois à ce sujet ou bien dans les pays où les ouvriers italiens sont exclus, en tout ou en partie, du bénéfice de ces lois ; c) de donner des avis sur les clauses des projets de traités de travail concernant les assurances sociales ; d) de préparer les projets de règlements prévus en matière d’Assurances sociales dans les traités de travail.

(art. 2). Font partie de cette Commission : le Commissaire Général à l'Émigration, président, le directeur général du Travail et de la Prévoyance sociale ; le directeur général du Placement et du Chômage ; le directeur général du Crédit ; le directeur de l'Office des Actuaires près du Ministère de l'Industrie, du Commerce et du Travail ; le directeur général des Affaires privées et le directeur général des Affaires politiques du Ministère des Affaires Etrangères ; le directeur général de l'administration civile du Ministère de l'Intérieur pour ce qui concerne l'assistance médicale et l’hospitalisation ; le directeur général de la Caisse nationale des Assurances sociales ; le directeur général de la Caisse nationale des Assurances pour les Accidents du travail et deux commissaires de l’Émigration.

Le budget de cette Commission est fourni par le fonds d’émigration (art. 3).

D’autre part, le Gouvernement italien lutte contre les lois étrangères, notamment la loi française du 10 août 1927, qui déclare français

(Art. 1er, $ 2).« Tout enfant légitime né en France d’un père qui lui-même y est né » ; et français — sous faculté de répudiation à leur majorité : «1° tout enfant légitime né en France d’une mère étrangère qui elle-même y est née ; 20 tout enfant naturel né en France de parents étrangers, lorsque celui dont ils ne devront pas suivre la nationalité... est lui-même né en

4 France » ; et (Art. 4) : «tout individu, né en France, d’un étranger, s’il est domicilié en France à l’âge de 21 ans ».

Le Gouvernement italien aide en conséquence les familles italiennes résidant à l'étranger (1) ; et le Commissaire Général à l'Émigration, sous le régime fasciste, fit partie du Conseil de Protection de la Maternité et de l'Enfance (2). D’autre part, des voyages gratuits vers l'Italie sont offerts aux Italiennes enceintes pour que les naissances de leurs enfants aient lieu sur le territoire italien; et, par suite, pour mettre obstacle aux lois et moyens dénationalisant les jeunes Italiens. D’autre part, une propagande d’italianité a été inaugurée par la section du Parti National Fasciste de la province de Varesina, chez les émigrants rentrant l'hiver en Italie, en vue de leur inculquer des sentiments dignes de l’italie moderne, et les empêcher de se 4 dénationaliser.

L’on paye également aux enfants des émigrés des voyages -en Italie pour qu’ils apprennent à connaître la mère-patrie.

Ils sont groupés par les soins des associations d’Avant-Gardistes fascistes, qui comprennent plus de 120.000 membres. On orga- - nise, pour eux, des réunions et des fêtes. En particulier, le À 4er août 1929, à Rome, M. Mussolini et M. Turati ont assisté à une de ces réunions et ont pris la parole. À Milan, vers la même époque, toutes les autorités municipales ont reçu ces enfants

d’émigrés, et leur ont offert une collation.

En ce qui concerne l'instruction, dans certains pays, notamment en Tunisie, le Gouvernement italien a obtenu de pouvoir créer des écoles italiennes (3). En France, en vertu du principe de la liberté, il peut en être ouvert avec une simple autorisation administrative (4). Pour régler le statut des écoles italiennes à l'étranger, une loi fut votée le 22 décembre 1910. Cette loi indiquait que : « le Gouvernement pourvoira à la diffusion de la langue et de la culture italiennes à l’étranger, en fondant et en maintenant les écoles et autres institutions d’enseignement d'État, en aidant et en subventionnant les écoles et autres

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(1) Citons en particulier l’œuvre « Les fils du Littorio », créée par M. Mussolini, en vue d’assurer la tutelle des jeunes Italiens à l’étranger.

(2) L’Œuvre Nationale pour la Maternité et l'Enfance, d’accord avec les secrétaires des Faisceaux à l’étranger, s’occupe des enfants d’Italiens à l'étranger, pour leur donner les soins et l’assistance, que la Mère-Patrie leur doit.

(3) Le budget italien de 1930 prévoit pour leur fonctionnement une somme de 8.000.000 de lires.

(4) Leur nombre est d’ailleurs très faible.

institutions d'enseignement coloniales ou privées (art. 12). ».….. « Le Gouvernement instituera et maintiendra à l’étranger, aux frais de l'État, des écoles maternelles (garderies d'enfants), des écoles primaires, des écoles secondaires, et éventuellement des écoles supérieures (art. 3). » La loi indique ensuite comment fonctionneront ces écoles et établit, en vue de leur administration, un Conseil central des Ecoles à l'étranger, placé près le Ministère des Affaires Etrangères. Ce Conseil fut supprimé par le décret du 19 avril 1923 ; mais le Gouvernement fasciste, loin de vouloir diminuer par là l'importance qu’il attachait aux écoles,a voulu au contraire prouver le rôle qu’illeurattribuaït (1), puisque c’est maintenant du Ministère des Affaires Etrangères, dirigé alors par M. Mussolini, que dépend lorganisation et le contrôle des écoles à l'étranger ; et le Gouvernement fasciste est bien décidé à augmenter encore leur puissance d'action, puisque c’est lun des meilleurs moyens qu’il possède de lutter contre la dénationalisation de ses nationaux. C’est ainsi que la loi du 19 décembre 1926 a créé un Institut de culture italienne à l'étranger, qui (art. 1°r) « est chargé de diffuser la langue et la culture italiennes » par (art. 4) des cours, des publications, des traductions, des informations, ete. De même, parlant en 1927 des écoles italiennes à l'étranger, M. Mussolini disait : « J’envoie à nos écoles à l’étranger un cordial salut, avec l’espoir qu’elles continueront avec ordre et discipline leur travail assidu, profitable à l’œuvre fasciste, et élèveront le cœur de la jeunesse. » Le Gouvernement fasciste, en développant ainsi, comme dans les autres domaines, la politique que les Gouvernements antérieurs avaient effleurée, et en l’aidant par de nouveaux et puissants moyens, COMME l'« Institut national pour le Crédit aux Travailleurs italiens à l'étranger » a réalisé ainsi une œuvre dont le Popolo d’lialia du 14 août 1927 disait : « Les Italiens résidant à l'étranger ne sont plus abandonnés à eux-mêmes. Une vaste organisation surveillée et dirigée par l’État les soutient et les protège. Leurs rapports avec la patrie sont chaque jour plus étroits, grâce à l’activité des faisceaux, qui représentent

(4} L'ordre du jour proposé par le député Pellizzani et voté par la Champre des Députés en 1922 (Atti Parl. C. D. Lig. XXVI.Discussioni, p. 6.145) est rédigé ainsi qu’il suit : La Chambre affirme la nécessité pour la politique gouvernementale de favoriser l'expansion spirituelle de la nation à l'extérieur et de favoriser le maintien intégral de la nationalité italienne des émigrants, au moyen du développement et de la multiplication des écoles au delà des frontières.

Manifestation organisée en l’honneur d’enfants d’émigrants.

(Dans le médaillon, M. TuraATr prononçant un discours devant eux.)

Défilé dans les rues de Milan d’enfants d’émigrants encadrés par des avant-gardistes.

— au delà des Alpes et de l'Océan — lIdée Nationale, qui a rendu à l'Italie la conscience de sa force et la foi dans son avenir. « Renforcer et rendre plus vivants les rapports entre les émigrés et l'Italie (1), pour que les Italiens ressentent en tous lieux la présence de leur patrie, telle est la tâche que le fascisme a entreprise dès le jour où il s’est élevé au pouvoir.

« Les Italiens à l'étranger constituent une force imposante, destinée à exercer une influence extraordinaire sur ce siècle, qui sera le siècle de la grandeur italienne. Il ne dépend que de nous d’avoir conscience de notre valeur, en vue d’une politique organisée et à longue portée. »

(1) Pour faciliter le retour des émigrés, afin qu’ils reprennent contact avec la patrie, des tarifs réduits spéciaux existent sur les compagnies de navigation italiennes. C’est ainsi que, depuis le 2 mars 1928, les compagnies Lloyd Latino et Transports Maritimes délivrent des billets d’une validité de deux ans, dont le prix n’est que de 384 pesos de Buenos-Avres en Italie et retour — et de 1.350 milreis du Brésil en Italie et retour.

D'autre part, les émigrés rentrés dans leur patrie, et à condition qu’ils aient séjourné plus de deux ans dans le pays d'immigration, peuvent. en rentrant, remmener avec eux deux personnes de leur famille, jusqu’au troisième degré, mais ces dernières ne peuvent pas, à leur tour, emmener avec elles d’autres personnes, après un séjour de retour en Italie (Décret du 17 juillet 1929).

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