LES SEULS TRAITAIS
Ia Qq^U^. (k leip^ik oite les eiitraUs d'un quvragç de M* Bivî^chow, que uou§ devrions lire çn e^tieir, w ce n'^** tait p^s de rallemaod d'i^bord, et si, ensuitf, il ^taitpq^ sible à un vaincu de supporter longtemps certains outrages. ^. de Bismarck y est i^cçus^ de trop d§ condescendance pour la France. Il en est accusé pendant toute U guerre, et surtout k Theure du traité de paix. « Cet homme sait vaincre, dit-il, mais il m sait pas prQiiter 4e Ja victoire. »
M. Qirschow est un disciple de MacbiaveU mai^ il va 4roit au but. Ce qu'il veut, il le dit... U appelle les ebeises par leur nom , et ne s'amusie pas ï parler de ta Bible en préchant l'iaee^die et le pillage. Pour iui, eiaq oyA- Uards sont «ue coatribution, dérisoire ; la Pru^e devait garder Belfort, occuper la Franche-Comté... C'est te. V^ vktis du barbare 1 Oj» seat, dans ces pages« je ue sais quoi d'implacable, cette cruauté (roide et fatale du Prussien devant laquelle il fs^ut laisser toute espérance l... Mais, chose étrange 1 si eA liw&t ce Uvre on s'indigne toiQoius, on trouve rarement un seul mot à répondre !
Toute son argamentation repose sur notre situation politique, qui permettait à la Prusse d'imposer sa loi , quelle qu'elle fût. Pour M. Birsehow,le succès de la lutté n'était pas douteux. Il ne s'occupe point des batailles, ne prononce même pas le nom de M. de Moltke : c Sous peine de mort, dit-il, la France était conds^mnée à la victoire à perpétuité; puisqu'au premier revers, le parti républicain était là, qui, tout ea criant la guerre k outrance^ devait se joindre de fait à Tennemi. Un pa^ s qui, au seuil d*une guerre formidable, se trouve dans une telle situation, est irrévocablement perdu 1 i ^ussi» lorsqu'à la veille de Sarrçbruck, TEurope émerveillée des cbaf^ts da la Marseillaise, crojiait au réveil d'un grand penple» H. Birschow affirme que chacun se réjouissait à Qerlip^ comme à la voix d'un allié prochain. — Laissez-le^ chaur ter, disait M. de Qisimarck ; ce^ geuH^ feront la moitié de l^a l).çsogne, et h, no^re preoiièrç victqire ils ^ront tou9 pour nous.
Là où j[e n^ suis plus de l'ayis de K. ^irscliow, c*e&t quand il reprocha au ministre prussi^ de n^ s'être pas serv\ dci c^tte situation, et de n'avoir pas assez mis en oeuvre se^ alliés les républicains. Qu'eu espiérait-U 4one, mon Dieu!».. U faudrait pourvut être raisounable, çt ue pas trop exiger des gfiuf l Et, vraiment, quapd on lit ces doléances, on ae demaude &^ A|. j^irschow n'a pas tout oublié ! Qu'il nous dise donc le jour et l'heure où les rér publicains put délaissé la cause de la Prusse? Qu'il relise donc l'bistoire de cette lamentable guerre! Dès natre première déf^itç, il le» verra copmenc^r cet(e ^ile de luanifestaUauS) de menaces et d'émeutes, qui devaient absorber le pouvoir et paralyser à jamais la défense nationale! , Quand la province coiumençait à s'organiser, et que nos
armées allaient devenir redoutables à rennemi, il a suffi à la Prusse d'envoyer Cluseret et ses autres émissaires pour soulever nos grandes villes, arborer le drapeau rouge, taire fusiller les préfets, arrêter les généraux, .et semer si bien la terreur que, devant un si grand péril , personne n'a plus songé à l'étranger !...
Maintenant peut-il nier qu'à Paris les services rendus n'aient été incalculables ? Je reconnais queTémeute, commandée pour le 30 octobre, a été en retard ; et chacun sait que M. de Bismarck, impatienté, demandait toujours à M. Thiers s'il n'avait pas reçu certaines nouvelles. Mais il s'agit de savoir qui était coupable ; et jusqu^à preuve du contraire, je croirai plutôt à la négligence des émissaires prussiens qu'à la mauvaise volonté des révolutionnaires.
Seulement, l'irritation de BJ. Birschow est telle que l'esprit s'arrête à d'étranges suppositions. Peut-être les sacrifices faits par la Prusse ont-ils été considérables?... peut-être certains républicains n'ont-ils pas rempli toutes les conditions de leur marché?... Il est bien évident que, lorsqu'on ne connaît pas les engagements pris, il est trèsdifficile d'apprécier les choses. Seulement, j'en demande pardon à M. Birschow , mais je sais bien que si j'étais juge, je trouverais que tous les milliards que nous allons donner à la Prusse ne suffiraient pas encore à payer de tels services I
Maintenant, le grand reproche que M. Birschow adresse au ministre prussien, c'est d'avoir hésité le jour du triomphe de la Commune. Ce n'est pas qu'il n'admire comment l'affaire a été conduite : cette émeute républicaine, commandée au moment où nous allions signer le traité, et permettant à M. de Bismarck de nous imposer des
conditions infiniment plus dures!... Seulement, il trouve qu'après avoir mené la France au bord de Tabîme, on aurait dû l'y précipiter tout à fait, ou lui arracher des lambeaux de sa chair et la laisser sur la route, à demi morte et incapable de nuire à jamais !
Selon lui, il était très-facile de soulever la province. Lyon et Marseille n*attendaient qu'un signal pour se joindre à la Commune de Paris. Il accuse M. de Bismarck de s'être laissé.arrêter par la crainte du socialisme, et il reproche amèrement à la démocratie française de n'avoir pas rempli son programme. Je reconnais que jamais nation n'a été si près de sa perte; mais enfin, tout en ne voulant pas défendre les républicains, je me demande en toute sincérité si, à leur tour, ils ne seront pas en droit de reprocher à la Prusse son ingratitude. Jamais un parti n'a plus fait pour l'étranger !
To^us les journaux de la démocratie ont, de près ou de loin , soutenu la Commune; non-seulement les journaux extrêmes, mais ceux qui s'appellent honnêtes et modérés : c'est le Siècle qui a hâté la démolition de nos monuments; il a été suivi par le Temps^ la Vérité, enfin tous ! Les députés de l'extrême gauche, qui n'avaient jamais fait entendre une parole de blâme, n'ont retrouvé la voix que pour prêcher l'indulgence!... Et peut-être, avant de se plaindre, M. Birschow devrait-il se demander s'il ne fallait pas un véritable courage pour défendre les hommes qui venaient d'assassiner nos généraux et qui allaient incendier notre capitale !...
D'ailleurs, que la Prusse ait bonne mémoire!... Où serait-elle donc aujourd'hui^ si, au lendemain de Sadowa, le parti républicain ne l'avait soutenue contre les intérêts de la France, au mépris de notre honneur, au mépris
des traités ? Aussi, que cette oatioii prenne garde ! 0ar , quelle que soit leur bonne volonté, si, après tant de services rendus, e)le n'est pas encore satisfaite, peut-être \^ républicains eux-méme^ trouveront-ilsi à 1^ fiUt qu'il est bien amer de servii^ Tét^ang^r \—
E|;, con^me j^chevais de lirç ce journal, pi'e^ feux sw| tawbéa sur une brocbure qu'un de nos génér^u^ yl^ d*écrife pour ^ disculpeji^ du crime de trabisqu. Car^ U n^ faut P^S oublier qu*è Qette heurç » la plupart de eeu^ qui ont commandé un corps d*armée ou défendu uuu place de guerr^ coiupa^aissent camop^ accusés deyant ç§ tribunal révolutionnaire, ou les républioaius Içs traînent depuis unanl
{It alors, je V^^ou^» quelque préparé que Von soit | tous les scandales et à toutes les foliea de notre époque», j'ai trouvé que la mesure était çf^mble. IHqu Qi^U I W^ nos démocrates aient été les alliés de la Prusse, que l'ennemi les ait toujours trouvés prêts ai le servir... on est tel* lement fait aux tuirpitude^ de ce parti que rieu w peul plus surprendre l Wai^ quand un ^onge que ce sont df tels Itomme^ qui obligent nos braves généraux ^ venir s^ jufi^tiûer, le coeur ^ soulève et on finit par dire : ^on \ c'ep est tropl... Âb! il y a une cbose que noua aurions dft crier d*un bout de la France à Tautre : c'est que ceux qui depuis uu an n'ont parlé que de trahison, ceux qui ont calomnié notre vaillante armée, outragé tous les partis, sont LES SEULS QUI ONT TRAHI 11
A mesure que la lumière se fait sur les événeeaepts de cette lugubre guerre, on voit qu'il y a eu des défaillances, de$ fautes commises, mais qu'en fait de triton , il D*y en a au qu'uuu seule^» celle des r4publi«
caias. Trahison si éclatante que ^ ponr eux, le désastre âa Sedan ^é^ une victoire, et que la France n'oubliera jamais les chants de. trion^phe qui insultaient aux maltieurs de la Pfitri^ ! Alors que chacun sacrifiait tout à son pays» eux, profitant du désastre pour état^lir yiolemn^eat lewf gouYerqement sur no$ ruines, arrachaient des armes dont il$ De devaient se servir que contre la France, et commençaient cette série de troubles et d'émeutes doqt \^ Jim^sQ atteijid^it le signal. Tous les partis se sont noblQmeqt conduits : orléanistes , légitimistes, bonapartistea» QU% oublié leurs rancunes e^ leurs espérances pour hq songer qu'i^ la Frai^ce... Un s^ul n*a rièq aigris, rien oublié, et c'est lui qui accuse l
Jamais, peut-ôtre, pareil spectacle n'a été donné l«'. Pendant six mois on a vu Bretons et Vendéens, yétérana de la garde et soldats du Christ, ^e bs^ttre à travers la boue, dans les oieiges, sans munitions, sans vivreç^ iasultés dans leur foi* menacés dans leurs convictions^ accuséa chaque jour de (rahisqig^ et dévorant tous les outrages parce qu'ils av^ent encore plus d^amour pour la France que de mépris pour ce gouvernement. Et pendant qu'ils se biittaient, pendant que nos malheurei^ses provinces étaient ravagées par le fer et le fe^, un seul parti ne son* geait qu'^ trahir, organiser l'émeute, paralyser la défense !... Et c'est devant lui qu'il nous faut comparaître l
Oui, l'histoire dira, et on ne voudra pas le croire, qu'après six mois de cette formidable lutte, les mêmes hommes qui avaient tant parlé de guerre h outrance, ont commencé, vis-à-vis de l'ennemi et avec sa complicité, cette effro^le insurrection qui devait nous faire rouler au fond de l'abime ! L'histoire dira que.) laiour où la Prusse,
cpii xk'àjM^ iu mmyk h visngeainea m iH^^ % vxmlu
renverser nos monuments et brûler nos palais, elle a cherché dans ce parti cent cinquante mille valets pour exécuter ses ordres, et qu'elle les a trouvés aussitôt. Ce sont eux seuls qui porteront le poids de l'épouvantable traité de Francfort l Ce sont eux qui, pendant trois mois, ont prolongé le supplice de nos prisonniers!... Voilà ce q^u'il faut dire et faire connaître dans nos campagnes! Voilà ce qu'il faut .répandre dans le monde entier! Pour moi, qui n'ai jamais eu d'illusions sur ce parti, je le laisserais se débattre dans cette boue, qui est son seul champ de bataille. Mais quand je vois des honnêtes gens descendre au point de se justifier vis-à-vis de tels hommes, je trouve que vraiment cela ne peut plus se supporter. Il est temps qu'un tel scandale finisse ! Il est temps qu'on réduise ces hommes au silence ! Et chaque fois qu'ils oseront nous parler de tribunal pour nos généraux, pour nos magistrats, pour les honnêtes gens qui ont toujours fait leur devoir, nous devons leur dire : — Mais il n'y a que vous à juger ici, car vous seuls avez trahi la.Frauce !
Oui, vous avez trahi, et ce sera votre éternelle honte. Oui, vous avez trahi, ne l'oubliez pas, c'est ce qui tuera votre parti pour jamais. Si, malgré ses massacres, 93 est resté grand dans l'histoire, c'est qu'il a chassé l'étranger et sauvé la patrie. Mais, pour vous, il n'y a plus ni honneur, ni patrie, ni famille, et vous ne pouvez même vous écrier comme le barbare : « Dirons-nous aux os de nos pères : Levez-vous et marchez devant nous?... » car vos seules passions, c'est la haifie, l'envie et tous les appétits déchaînés ! Aussi, ma consolation au milieu de tant de honte, c'est que vous êtes perdus ! C'en est fini, la France est dégoûtée !...
Chaque parti revient de cette lamentable guerre, tenant
haut son drapeau. Vous seuls devez courber la tète, car vous avez roulé le vôtre dans la boue ; vous -avez été les complices de l'étranger; et, quelle que soit votre audace, toutes les fois que v(ms voudrez reparaître sur la scène, on aura le droit de vous crier : — Silence aux trattres !
LES HOMMES DE BORIIE VOLORTI
M juillet.
Je reçois bon nombre de lettres. Dans la plupart, on me dit des sottises, ce qui fait que, dès la première ligne, je jette le billet, disant : Je sais ce que c'est. Dans les autres, on me dit des choses agréables ; et alors, tout en sachant ce que c*est, je contmae jusqu'au bout. Or, je viens d'en recevoir une, qui n'est ni un éloge, ni une sottise, qui est simplement une question... mais une question embarrassante.
— Monsieur, me dit-on, vous qui jugez si bien les autres, ne pourrait-on savoir quelle est votre opinion ?
Et, là-dessus, de me récrier : Voilà un maître sot, qui ' a la prétention de me lire, et qui, après m'avoir lu, vient me demander ce que je pense !...
Puis^ peu à peu, le papier me tombe des mains, et je me répète machinalement : Mais au fait, quelle est donc mon opinion ?. . . Puis, après avoir réfléchi, je me dis : Tiens ! c'est vrai, je n'en ai pas I
Et je suis resté plus d'une heure à songer...
Mais alors, après avoir longuement médité, je me suis dit : Mon Dieu, ce qui m'étonne, ce n'est pas de n'en
pomt «YOîi*, o'eskt de voir que ^out le monde e» a uoe I Et vraimput, comment fuit-on pour f^voir uqç opioiQQ } Comment cela se passe^t-il ? Je ne parle pus du droit divin g\\i e;»t ui^^ sorte de dogme que )'od yous enteigui avec tes yérités de la religion» ni dp Tidée républicainf qui, cl^ez nous, n'est qu'une r^yoltç des déclas^ési 491 envieux, en ^q mot de tous ceux qui ^nt méconteots de la sociétji. Jtlais, les autreS| qu'^t-ce qui nous )ei donne?
Ce qui m'^y^H trompé, dans ces deriiiers terops^ ç*f|8t qt|e me sentant animé d'une sorte de passiqu, j^avaispria cela pour une opinion politique. 9(ais, en ^ réfléçhissaati je T9ia qu^ çç n'était que t'o^nion de n'ètrf) pas maugé, et de m Refendre cQutre eena qy^i #r ont . si grande envie)
Et mêmeii \l faut que je youPi hm ^»e confidence : quand je suis sorti du f:ollé|[e pour entrer dans lf| vie, j'^ vu quf tous les bomio^ 9tu milieu desquels je roe XvQUr^ vsâa ftvai^nt non^seulement leur idéei mais qu'ils y te« noient »i fortement qtie c'est h peine a'ilft peuvaient supt porter celle des autres. -Et alors, je me diss^is ; Yoilà des gens qui, sans doute, put été n^éHç à de graves étéotr mi^nts; c'est là ce qui leur a donné c§8 convictions trdentes, çt qnand j'y s^ai m^Ié comme eux« il m'en arri<^ vera sans doute autant. J|[^is, le jqnr où j'^l rencontré mes camarades dQ collège, qvi, eu^^ n'avaient epcore été mêlés à rien, quelle n'a pas été ma surprise de les trouver tous pourvus d'une opinion ) Je pe sais comment ils avaient fait^ mais il n'y en ^vait p^s un qui n'eût décoyi-* vert la sienne. Ceux-ci étaient orléanistes, ceu$-ià bon^^ part^stecif les autres légitimistes ^ • *
M inilieu de tpus ç^§ gouyeçnemfli^t* m W«wt pas^^
deyant nous, je ne vous dirai pas ce qui leur en avait fait choisir un, et ils ne me semblaient pas bien le savoir euxmêmes; mais, ce qu'il y a de certain, c'est que, s'ils ne me donnaient pas de raisons, au moins ils me disaient des choses désagréables, dès que j'élevais un doute sur l'infaillibilité de leurs principes. Et alors, je rentrais tout confas au logis, disant : Mais, il n'y a pas à dire, ça ne peut pas durer plus longtemps comme ça, il faut que je me fasse aussi mon opinion.
Et pour cela je reprenais notre histoire... Seulement, vous Tavouerai-je? Dès que je me mettais à lire, je perdais le peu d'opinion que j'avais commencé à avoir!... car, si je m'enthousiasmais pour Austerlitz, j'arrivais bientôt à Waterloo ; si je saluais le drapeau des Bourbons, il me conduisait à la loi du sacrilège ; et si je me laissais séduire par la liberté de Juillet, elle me menait tout droit à la paix de 1840... Par exemple, il n'y a qu'un gouvernement pour lequel je n'avais jamais ni surprise, ni doute, ni illusion, c^était le gouvernement républicain* Pour celui-là, je n'avais même pas besoin de lire et de comparer, sachant d'avance que du commencement à là fin c'était une suite de ruines, de forfaits et de désastres...
Hais, après cela, je me retrouvais toujours sans opinion comme avant, ce qui, je l'avoue, me faisait une assez méchante situation au milieu de tous mes amis qui en étaient si bien pourvus. D'autant plus qu'il y a une chose que vous avez peut-être remarquée : c'est que, quand on est ainsi, on reçoit les coups de tous ceux qui ont des convictions, sans avoir personne avec soi pour vous défendre.
Celle que j'aurais préférée, c'est l'opinion légitimiste. Elle m'apparatt comme la plus noble. Et, au milieu de
nos ruines et de tous les appétits déchatnés, ce drapeau de Tbonneur qui a été porté si haut pendant cette guerre, est celui à Tombre duquel j'aurais voulu marcher. Si je le pouvais, si nous étions au temps des fées, et qu'il y eût un moyen de me rendre légitimiste comme un Breton bretonnant, je serais le plus heureux du monde, et je me dirais : Me voilà enfin avec la paix d'esprit ! La société s'en arrangera comme elle pourra, et le progrès aussi, mais moi j'ai mon afraii*e ! Et, si la bonne fée pouvait, en même temps, me rendre catholique comme au moyen âge, je n'aurais plus rien à désirer, ayant le sentiment d'être comme immobile sur un rocher au milieu de tout ce qui croule et de tout ce qui passe...
Mais la fée n'est pas là, et jusqu'à sa venue il me faut bien rester comme je suis. Le jour où Henri V reviendrait, je respecterais son gouvernement; si je pouvais être utile, je le servirais avec honneur, et, par-dessus tout, j'apporterais toujours mon appui à la cause de l'ordre et des lois. Mais de là à être ce qu'on appelle légitimiste il y a loin. J'en demande bien pardon à M. de Villemessant; décidément, pour cela, il faut avoir été pris tout petit; j'ai déjà essayé^ je ne peux pas 1 Ce n'est pas ma faute. C'est la faute du tempsroù je suis venu. C'est la faute de l'immortelle révolution qui a si bien tout détruit, que dès mon enfance ne m'étant promené qu'à travers des ruines et, depuis ce temps, ayant vu jeter par terre le peu qui était resté debout, je me suis bientôt trouvé sans espérance et sans foi. Tout ce que je pourrai faire c'est de tacher de mourir bon catholique, ce qui n'est pas déjà chose facile à nous autres enfants du siècle, qui pouvons dire avec le poète 4
Je sois veoa'trop tard dans un monde trop vieux!.. .
Bh âttéfidant et éti espièrant éô f6tii, je lii'cflfbréérât de i\ne cri honnête éitôyen, reprenant tottjbiiw; tùùn histoire pour KhMnsti^ttirè, itiais sans espioiy d'arriver à me faire une opinion; car, â mesure que je lis» je \ùiA qtie tous les goavernementâ ont fait dés fliute^ et eommis dés ieriaies, et que la plupart ont péri par lèôrâ eteèîr, je vois que ée !$ont précisément ceux qui nous ont promis le plus dé liberté qui nous eil ont donné lé ihoin^à, et que èëux (fui nous ont dôiitié le plus de gloire nous ont eûsnite âoitftné le plus de honte, le vois que la plupart des homâles sont faibles, incapables, promettant alors quiis Sont dans l'opposition ce qu^ils Ue peuvent Jamais tenir le jour où ils sont au pouvoir. Aussi, quand J'arrive à la dernière page, je ne crois plus à rien; et, en fait d'opinion, je le répète, il ne m'en reste qu'une : c'est que, de tous, le gouvernement démocratique est le plus exécrable, parce qu'avec les autres il y a encore du mélange, et comme un temps d*arrêt dans l'ordre et dans la paix, tandis qu'avec lui, c'est ime série de hontes et de crimes, et que, vraiment, c'est comme l'abominatioU de la désolation ! Et, pour moi, je te dis très-sincèrement, je trouve que tous les forfaits accumulés des monarchies et des empires ne peuvent pas se comparer aux seules années de la Convention, de 48 et de 71.
Cependant, me direz--vous, quand on est comme vous et qu'on ne s'attache à aucune UioUarchie, on est forcément républicain !
Vous avei peut-être raison et on me l'a déjà dît. l! est possible que depuis ma naissance je sois comme M. Jourdain, et que je fasse de la république sans le savoir et surtout sans le vouloir. Ce gouvernement est, du reste, le plus rationnel et le plus sensé ; ter, de voir toqoute qua-
nàm mHHDaa d'hotnmel aller eUercter une Aitiille |HHir vtliir leel goiiyeiHôf , cela semble absurde, tant il est difficile de croire que ces quaradte milHens d'hommes soient ihcAmbles de se gouverner eux-mêmes I Mais les réptàblicatns n'ayant absolument dégoûté de là Ré|>ttbUqùe, il faut fouptant bien que Je eherehe autre eltose, et je me trouve dans une étrange Mtuatioîi, a jaut borruur d'utî goivcffw Éunem sâus atoir d'altachemeut peur les »utre»*
JUSQU'A AOUT^ ordre }k erds qu'il fisut garder lu Repu- MivLê, e*ésf>»à-âlre gardei* le mot sAns avoir la ckoee. V9ue RépulUique avec des iusUCutious monarebiftuos» dus inommÉ d'ordre« êï à Vexduêim i» 4(m les ripuMinrt^. Et Ottsulto, ifuand la France se seru entèUdU(r sur ùii nom, j^endre quelqu'un. Moi, fa m^est éfsl, m^s il kie faut queiqu^un. iMtme la Uberté ; je voui la liberté do la presse, lu liberté de là iHbdne^ et fe sais qu'avec lUB répul^icains od va tout droit à la démagogie d'abord, à ta dictature ensuite. On m'a bien dit qu'ils voulaient éHéugèr ; muis, ël j'en juge par le régime que non» a ttiriiiil lu Oimmdne et par l'état de siège qui a suivi, ce É'est pas encorô des républicains du Jour que Ton dbvra précisénient attendre la liberté.
De plus, Je crois qUe nous fie soihmes pas d'un tempérament à supporter les secousèes de ces élections perpétuelles; que dans notre pays il y a trop d'envies, de béiées et d'ambitions, et qu'enfin de toutes les Républiques, lu meilleure poor nous est encore la monarebie oonstitutlounellé.
Je rencontre autour do iuoi des personnes qui; sans cesse, me parlent Soit dès nobles vertus du comte de Gbdmbord, soit des qualités brillantes des princes d'Orléans. Mon Dieu, jo ne demandas pas mieux que de le
croire, et le jour où la majorité de mon pays e^boisira Tun de ces princes, je serai le plus heureux des hommes. Mais, jusque-là, qu*on me le pardonne, nos malheurs sont tels que je ne puis vraiment songer qu'à la France ; et je me demande même comment, devant tant de désastres, on peut conserver assez de liberté d'esprit pour ne se préoccuper que d'une famille royale. . .
Je n'aime que mon pays. C'est décidément ma seule passion. Pour lui, je suis prêt à accepter toutes les monarchies et toutes les républiques du monde, à rencontre des gens qui sont toujours prêts à sacrifier le pays tout entier soit à une famille princière, soit à leur pe^uple souverain. De là, peut-être, mon horreur pour la démocratie, ayant remarqué que, de tout temps, les républicains sont ceux qui, même en face de l'étranger, n'hésitent jamais à exposer le salut de la France pour le triomphe de leur parti. Je voudrais que ia Chambre ne fût pas divisée comme la Rose des vents^ et, si j'étais député, je ne connaîtrais ni droite, ni centre, ni gauche, je voudrais m'asseoir partout. Dès qu'une loi me semblerait bonne, je ia voterais de suite sans me demander d'où elle vient, et lorsqu'un crime aurait été commis, je ne saurais pas si le coupable s'abrite derrière mon drapeau.
Et tenez, si j'avais tout ce qui me manque : l'autorité du talent, la situation et le nom, je voudrais créer un parti... le pai*ti des gens qui n'en ont pas. Et je leur dirais : Aujourd'hui que nos illusions sont détruites et que nous ne pouvons avoir comme nos pères d'attachement pour certaines familles, aujourd'hui que les Napoléons nous ont dégoûtés de la gloire et la démocratie de la liberté, vous, qui n'avez d'autre foi et d'autre espérance que de sauver votre pays, vous, qui aimez la France plus
que tout au monde, venez ici ; nous allons former un parti. •• le parti des hommes de bonne volonté, le parti des citoyens qui, en fait de drapeau, ne connaissent que celui de la patrie. Ici, il n*y aura ni orléanistes, ni bonapartistes, ni autres ; il n'y aura que des Français, des hommes d'affaires, réunis pour s'occuper des intérêts de la nation. Chacun oubli^a ses haines et ses rancunes. On n'y prononcera pas de grands discours, et on n'exclura qu'une seule espèce de gens, les démocrates, qui sont bien commodes/ cependant; car, en votant absolument le contraire de ce qu'ils conseillent, aussi bien visà-vis de l'étranger que vis-à-vis du pays, on est à peu près sûr de ne pas se tromper.
Mais, celui qui pourrait tenir ce langage, ne viendra point. Et, pendant ce temps, je continuerai à n'être pas considéré comme un homme politique, tandis que le monsieur qui passe à i^ôté, à qui c'est bien égal, et qui, la moitié du temps, ne sait même pas de quoi il est question, aura une sérieuse position dans le monde, parce que, derrière lui, on pourra dire : il a une opinion.
NOIll C'EiST TRDP ^ORT
On me Tarait bien dit, mais^ Je n^avais pas voulu té e>oire. Bt, à l'époque où nous sommes^ on ne devrait }ftmàfs répondre : &est impossible ! Oui! on me Tavait dtl : Si Vous leur pardonner aujourd'hui, ils vous menacei*ont demain!... Mais, alors, qela semblait ai monàtftieux!...
Mos soldats se battaient encore dans les rues, au loin les lueurs de l'incendie, les bruits de la fusillade!... De minute en minute, passaient des courriers qui nous jetaient les sinistres nouvelles : « Les Tuileries n'existent plus!... Le Louvre est en feu !... j» J'étais là, sur les débris de ma demeure, regardant passer ces colonnes dMnsurgés qui défilaient dans la boue... Ils avaient l'air si misérable ! Ils imploraient tellement la pitié de nos soldats !
Ah ! quelle époque ! Le Siècle, caché derrière M. Thiers, ' tâchait d'obtenir son pardon en maudissant ses amis de la veille ; la démocratie courbait la tête et gardait le silence... et je me disais : C*est affreux ! mais au moins nous voilà débarrassés de la révolution pour longtemps !
— Vous vous trompez, me répondait-on, les hommes qui n*ont pas été tués aujourd'hui, reviendront demaiu; leurs journaux reparaîtront, et tout recommencçra comme avant.
— Mais c'est de la démence, disais-je. Voyez donc Paris en flammes! Devant un pareil forfait il n'y a qu'une chose à redouter : la réaction !
— La réaction! ah ne soye? pas si généreux! Si vouj leur pardonnez, eux ne vous pardonneront pas. Vous ne connaissez pas ces hommes ! Ils sont faits au crime, ()ui est comme une tradition dans leur parti. Hien ne peut les abattre ! et, avant trois mois, vous les verrez revenir plus audacieux et plus menaçants que jamais.
Et je n'ai pas voulu le croire !
Alors, le Siècle^ qui était agenouillé, trçiyiblant aux pieds du pouvoir, peu ^ peu a repris confiance, et s'est avancé sans bruit, s'abrîtant toujours derrière M. Thiers. Il a parlé d'abord des républicain^ de l^ordrç, puis des r^dieaux, puis de la grande révolution, pui§, pour s'égayer, il a commencé une série d'articles sur les ruines ^e Paris; ce oui était, du reste, d'une bonne çidministration, puisque après avoir gagné de l'jirgent en demandant 1q renversement de la çolQnne, il en gagnait encore en .racontant quelle figure elle faisait après qu'on l'avdt démolie. Puis, voyant tpujpiirs qu'on le laissait pariç^i il nous a dit que les Tuileries étaient mal faites» que iios palais expiaient Jeiirs crimes : il s'est plaint de Tétat de $iége, a dénoncé ]^ réaction j f ngn, sç déipa^quant toat 4 coup, le voilà qui rentra ^V^ §Pène et qui npus menace !
C'çst par lui que ^'lE^pprenils que le Journal officiel veut tradûir<^ ^^Xpmç pre,§se, devaigit la justiçç- h l^e fais
ce qui s'est passé ; et le Figaro est là pour se défendre. Mais, vraiment, il y a une chose que je serais curieux de voir : c'est un journal tratné devant les tribunaux pour avoir, sur la foi d* autrui , raconté un crime que, par extraordinaire, les républicains n'avaient pas commis encore. Seulement, avant déjuger les journaux qui s'embrouillent dans les forfaits de ^Internationale, il faudra bien juger ceux qui ont hâté la démolition de Paris ! ceux qui ont acclamé la Commune ! ceux qui ont dit que le triomphe de notre armée serait un désastre 1 qui ont crié de faire cuire Versailles dans son jus ! Oui ! il faudra d'abord juger ceux-là !... Mais qui donc rédige le Journal officiel ? peut-on le savoir? Gomment ! voilà l'organe du gouvernement qui n'a pas eu un mot pour flétrir certaine presse dont la complicité avec les assassins a été flagrante ! et la preipière menace qu'il fait entendre c'est contre ceux qui ont toujours défendu Tordre et les lois!...
Quels sont donc les hommes qui écrivent de pareilles choses et qui s'entendent si bien avec les gens du Sièclet Après cela, qui peut le dire?... Sait-on qui est resté de ce gouvernement sorti de la rue? De tous ces hommes qui ont pris le pouvoir en septembre, qui ont été délivrer des assassins à Mazas et porter des drapeaux d'honneur à Belleville, qui peut dire ceux qui sont fusillés, ceux qui sont au bagne et ceux qui nous gouvernent encore !
Et, d'ailleurs, avons-nous le droit de nous plaindre? Et n'est-ce pas ce que Paris a voulu?... La prédiction s'est accomplie ! Les hommes que l'on n'a pas déportés quand noms rentrions dans Paris en flammes, les vojlà qui nous gouvernent, ils administrent notre ville, ils sont tout-puissants I... Hottu, Lockroy, Bonralet, Ranc!...
Rane, qni a fait arrêter Chaudey, et que le Siècle acclame aujourd'hui, parce qu*au milieu de leurs victimes et de leui*s assassins, ces genf^-ià eux-mêmes ne peuvent plus s*y reconnaître!...
Êtes- vous contents, Parisiens?... Est-ce bien là ce que TOUS Yonliez? Sont-ce là les citoyens éclairés, les hommes d'expérience et d'affaires que vous cherchiez pour administrer votre ville ? Ah ! qui peut nier que de pareils noms vont faire renaître la confiance, ramener le crédit et rétablir voâ affaires I Décidément, Paris est toujours la grande ville!..., la fille de 9S et de 48!... Intelligente population, va !... que tu es spirituelle et superbe ! et bien faite pour étonner le monde !
Quand nos pauvres soldats nous disaient sur les barricades : c Laissez, laissez ! tous ceux que nous n'aurons pas tués ici, reviendront nous fusiller encore et peut-être nous gouverner un jour. » Ah ! ils avaient trop raison ! Le soir du combat, on ne parlait que de déporter les assassins, c'était comme une proscription en masse...
Et où sont-ils maintenant, ceux qui ont déchaîné cette effroyable guerre?... Les uns nous administrent, les autres vont bientôt sortir de prison pour s'asseoir sur les bancs de la Chambre I... Ya-t-on juger quelqu'un, seulement ?... Du reste, moi je demande qu'on ne juge personne. Pourquoi condamner ceux-ci et ménager ceux-là? Comment s'y reconnaître pendant que nos ministères, nos préfectures, nos parquets sont encore remplis des hommes sortis de l'écume de septembre?...
Et puis, nous donnerions à l'Europe un trop lamentable spectacle ! car, il ne nous reste plus assez d'énergie pour punir! On n'entendrait parler que de clémence et de pardon!... Quel est leur crime après tout? Ils n'ont
t9i\ que (QiEisaerer les otages, ^rûl^r ^^ iqoitié de la T|Ue et piller nos demeures !...
Allqns, allons, pardonnons-leur!... Il f$iut bien rfispecter le suffrage universel, et ne pas flétrir |^s hompes 4ont leç çomplicç^ ont l'iion^eur d's^lminiçtrer notrç capitale { îlt d'î^ille^i^rs, prenons gî^rde ! cay po^§ q^\ parlpiis l^e plémeiica,! litieniôt cç sera à nf>us d'inoplocpr notre Pfirdoii* Péj|à, YQilà le Sièclç qui nou§ menace. 4^1^^^ pçu, lea incendiés paraîtront ^^^^i^t leà ii\c^^4iaire§, et le$ Y^çtinpie^ seroqt jugées par leiurs bour)*çaui^ ! |Aai9 là, ^r9,i(^ent^ ditesi^fnoi si voi^s é|çs contents, Parisiens? En ^yezryQi^^ asse^ fl^s démocrates et des pétral^urj^ ^es disciples du Siècle et des incç^p^i^ire? î
« Grève donc, société! » disait Augier en sa fameuse CQmédie. Oui, toi q}\\ n'a3 plusj ni foi, ni conscience, ni énergie, pi seqtiment du crime, toi qui n*as même plus l'instinct de la conservation, crève, société, on ne te regrettera p^s! Seuleipent, les honnêtes gens finiront par sortir d'ici, parce que la place n'y çst plustenable et que }e dégoût vous monte aux lèvres. Dans ce pêle-mêle oii roulent confondus magistrats et assassms, çin ne sait plus PU se p^^endr^t ^t ^^ s®"^ q\xQn finirait par perdre la cons^çjen.çe et la raison.
P,\ii,i^ nous (a^dV4 abandonner cette ville! Et, pendant ÇQ tçiçftps,. continue?, \ous autres... Continuez, bourgeoi?y imWciles jqui, écra^sé^ vingt fois, revenez toujours ébranler l'édifice qui va encore crouler sur votre tête! CoJïtinuez, commerçai^ts qui, ne pouvant vivre que par 1 prdï;e, laissez toujours 1-e pouvoir aux hommes de désordre et de pillage 1 Çon^p^esç,. citoyens qui ave?, cinq npUHav<*s ^ payeA" à l'emiemi^ ej qui v€ine? de découvrir la
bonne manière pour rétablir la confiance et sauver le pays ! Et tous, surtout, députés de la gauche et du centregauche, démocrates, libéraux et libérâtres, faites de la popularité et cherchez à plaire à la multitude !
Seulement, prenez garde! car le jour où vous aurez encore démuselé la populace, peut-être faudra-t-il .vous défendre vous-mêmes et ne plus compter sur Tarmée ; car, cette armée si vaillante et si fidèle qui, après huit mois d'une effroyable guerre, est accourue vous sauver, pourrait trouver que la besogne e^t trop lourde et trop rebutante à la fin ! Et, entre cette troupe de bandits qui revient toujours à l'attaque et cette troupe de fous qui la déchatnent, et d'imbéciles qui regardent faire, elle pourrait déclarer que o*en est trop, et que tous ces gens*!^ ne valent pas le sang répandu I
LACHEZ LES BÊTES !
2 août.
— Mes amis, préparons-nous! l'état de siège va bientôt finir. C'est la démocratie qui le demande, et tous ses journaux avec elle. A cela, il y a, disent-ils, plusieurs raisons : d*abord, « cela donne à la ville un air refrogné et tremblant; et puis ce déploiement de forces militaires et de prisonniers traversant nos rues entretient des inquiétudes qu'il faut dissiper à tout prix. »
Je ne sais pas si, chez vous, cela entretenait des inquiétudes, mais, tout ce que je puis vous dire, c'est que quand je voyais arrêter les coquins qui ont mis le feu à ma demeure et pillé mes voisins, cela me rassurait, bien au contraire; et que, peu à peu, cela me donnait l'espoir que les affaires allaient enfin reprendre. Quant à l'air refrogné qu'avait pris Paris, il est bien certain que je ne lui trouvais plus la physionomie animée que lui avait donné la Commune ; mais enfin je vous avoue que j'aurais vécu longtemps comme cela..., ce qui, parait-il, est encore un héritage de l'Empire.
Car c'est inouï tout ce qui nous vient de l'Empire ! C'est lui qui a inventé le spectre rouge, la plus risible des
chimères ! CVst Ini qui a inspiré an penple l'idée de ces dénonciations qu'avaient toujours ignorées les républiques ; et c*est lui enfin qui aurait ruiné la France si le Gouvernement du 4 septembre n*y avait mis bon ordre et ne nous avait tirés de là pour nous mettre dans une situation véritablement bien prospère.
« L'état de siège, nous dit^on, est accepté par certaine c presse qui n'est jamais plus à son aise que sous les « régimes d'exception. Et même, rien de plus curieux c que la conscience béate et la sereine apathie des con- « servateurs quand ils sentent la ville fortifiée et gardée « par des soldats. Aucune expérience ne les éclaire. Ces ff braves gens n'ont jamais assez d'un état qui les dispense « de veiller eux-mêmes à leur sûreté. »
Ce journal-là a raison. L'état de siège ne me gênait pas. Pour moi, je l'avoué à ma honte, je n'étais jamais si heureux que lorsque j'entendais des patrouilles parcourir la ville et quand je n'étais pas forcé d*aller me défendre moi-même. Je suis, sans doute, un triste citoyen, et il est probable que chez moi le grand ressort est cassé pour jamais , mais mon plus grand bonheur était de voir les gendarmes et les sergents de ville se promener devant ma maison pour l'empêcher d'être pillée encore une fois. Je les respecte comme les premiers de nos fonctionnaires, je les aime comme les meilleurs de mes amis.
Il est vrai de dire que, depuis quinze ans que j'habite Paris, ils n'ont jamais arrêté ni moi ni aucun des miens. Et, je ne sais pourquoi, en vérité, ils s'obstinent toujours à faire leurs arrestations dans le parti démocratique au lieu d'alterner un peu. Il y a là un abus auquel on devrait mettre ordre au plus vite; abus si criant que le Siècle a pu dire avec raison : Gomment pourrions-nous
aller voter^ la moitié de nos électeurs est en prisoi^i et l'autre moitié Q'pse plus sortir!
Ilaipteuant, il ç^t regrettal)le que, pendant que cela dopif^ à la YiUo un air réfrogfié et tremblant, cela ipe doçne à mo^i pet ajr béat et serein dont parle le journal... Je ne le savais pas; mal^i c^ que je sentais bien, c*Q$t qf)e cçla me ]*assura|t beaucoup. Encore, sans ^opte, un Writage de Fîlmpire, qui pi'a tant parjé ^u çpqctre rouge, qu^, ma fqi! j'ai (ii|i par y croira.
La presse républicaine a bean ina dire qne c noua avons ft Fhonneiir d'ateister à Teffondrement dq vieux monde, « et que, si noua sommes effrayés dés ruines matérielles, € o*98t qne, nous autres réactionnaires^ nous n'allons c point au fond des cboses, ne regardant jamais que la « surface , tandis que les penseurs ne voient là qu'une c §rand^ sut abondance de vie., é «
Mon Di6u ! ]é ne disetite pÀs. G'e^t, sans doute, un trfes-gi^atid honneur pour tnoi d'assister à reffondreibent du viedi mondé, tnaîsi, te qu'il ^ â dé certain c'est qtie, èont^aiï^ement h ce que dit ce jdtlï*nai, quand je isufs i*ehtl*ê à Paris et que j'ai Voulu contempler la surface de hHà de^letl^é Je n'éil ai plus vii qtie le fond, et, en allant àti plUls pt*6fbhd des élioses j*ài vu (ju'oh aVâlt totit bu d&nS Ih èavé, tout pillé danb la milisoh et qtie le reste avait été brûfé. Maintenant il est certëiti que je ne suis pas un pensettr, et ((ue, h la manière dé tous les réaétionliftlre^, j^ai M malbeureulc corps que je Voudrais bien t>oiiVoir abritei^ et nourrir quelque part ; et même, si c*ést t^ossible, garantit* contre les balles et le pétrole.
Evidemment, c*est toujours là un héritage de TEmpIre; mais je vous annonce que si Je croyais qu'il y a encore à
Paris une surabondance de vie pâréiilé à cellB qui Viéhi d* éclater^ quel que soit l'honneur d'assister à Teffondrement du vieux monde, je partirais tout de suite, laissant derrière moi les penseurs d'abord, puis les bourgeois que ioutes ces choses réjoûtsiàent tellement, putu li^^ àctéurs de la comédie qui ne demabdetit pa§ miettt qtie dé rê- (iommencer, enfin tous ceux qui yièiihetlt de noifîniet Mm. Rancy Mottu, et qui ne lès ont pa^ cholàiiâ pour rien!
Car, il ï a une chose qu'il faut bien ndds dire à là fia : Puisque, après l'incendie de là ville, les Parisiens ont encore voté le pétrole, je né dais pàâ pourquoi nous aurions la rage de revenir faire la chaîne pour éteindre le feu... Il ne faut pas disputer des goûts, et, quand on aime ça, il n'y a rien à répondre, c Si j'aime à être battue!... i dit Martine rossée par Sganarelle. « Et si nous aimons à être brûlés?... » ont bien le droit de nous dire les Parisiens. Seulement, je ferai comme Victor Hugo : je m'en irai bien loin, sur un rocher, me demander quel est pour le penseur le doute titanesque entre la canaille sublimée et la populace inconsciente, parce que, voyez-vous, si je restais à Paris, la fumée m'empêcherait de bien distinguer les choses.
Du reste, encore un peu de patience. Si la République nous a effrayés jusqu'ici, c'est que nous ne Vavons pas laissée grandir. Toute petite, c'est une enfant terrible qui casse et brise tout sans le vouloir... Mais ensuite elle a des vertus incomparables qui feront le bonheur de l'humanité. ^ Laissez-la vivre trois ans, nous dit-on, et alors vous verrez ! » Ce journal-là doit avoir raison. Seulement je voudrais bien commencer par la troisième année. Le malheur, c'est qu'en France on a toujours commencé
par la première, et qu'une fois qu'on a vu celle-là, on n*a jamais voulu entendre parler des autres !...
N'est-ce pas que tout cela est très-gai?... Et, au milieu de nos tristesses, quand on a un instant d'abattement, il n'y a vraiment qu'à prendre un de ces journaux pour que le rire vous revienne aux lèvres ! A quoi donc est-ce que je songeais l'autre jour? Se met-on en colère à notre époque ?'Bali! prenons-le gaiement, et assistons en philosophe à la fin de la comédie.
— Grâce ! disent tous les journaux de la démocratie, assez de victimes, de douleurs et de misères !
— Grâce ! répètent les journaux de Prusse et d'Angleterre, cette fois encore s'entendant avec leurs amis les républicains.
Voyons, ministres du 4 septembre, pardonnez aux hommes du 18 mars ! c'a été un instant d'oubli, c*est de la surabondance de vie ! C'est pour les crimes de dé^ cembre qu'il faut réserver la rigueur des lois, mais ne doit-on pas toujours pardonner les erreurs du peuple souverain? Allez ! supprimez l'état de siège, rendez-nous la liberté de la presse et la liberté de réunion, et le Rappel et la Marseillaise y et les manifestations de la rue, et toutes les gardes nationales en armes. . . Maintenant n'y aurait-il pas quelque chose à faire? Voici le docteur Blanche dont le nom vient d'être acclamé à Paris. « Je n'ai pas de couleur politique, » a-t-il dit dans sa profession de foi. Évidemment, cet homme avait son intention. Il a étudié la folie, il nous connaît, et il voit ce qui se passe... Nommons-le président, et puis que cela finisse ! Venez , docteur, vos pensionnaires vous atten-
dent. Il n'y a que vous qui saurez nous gouverner, car, nous sommes tous fous, vous le savez bien!
Et, ne vous récriez pas, mes amis; n'y mettons pas de fausse honte, il y a longtemps que toute TEurope le sait!... et le moyen de lui cacher la chose?... Voyons, est-ce qu'ils ne sont pas fous les ministres qui, condamnant d'infortunés soldats pour avoir obéi à la Commune, déclarent que ce n'est pas un crime d'avoir dirigé cette assemblée? Est-ce qu'ils ne sont pas fous ceux qui, le lendemain du jour où ils ont été incendiés, votent tout de suite pour les incendiaires? Et les députés qui, après avoir chassé la Chambre souveraine en septembre, viennent juger ceux qui ont voulu les renverser à leur tour?. . . Et les bourgeois imbéciles qui , à peine sauvés par nos soldats , préparent une nouvelle émeute pour les faire massacrer encore une fois? Et les ruraux qui , après avoir condamné la République avant la Commune, sont devenus tout à coup républicains quand ils ont vu brûler Paris?... Est-ce que tous ces gens-là ne sont pas fous?...
Ah ! il n'y a qu'une seule espèce qui ait gardé sa raison. Ce sont les hommes de Belleville et de Montmartre ! Respectez-les, docteur! Ceux-là savent ce qu'ils veulent, et ils le savent bien ! L'Internationale marche ! . . • Le flot monte et s'avança !... Ecoutez! l'entendez-vous qui arrive?... « Nous avons le nombre et nous avons « l'audace, le triomphe est certain. Que tous les souve- « rains tombent assassinés ! que les palais et les temples « s'écroulent; et pour forcer les travailleurs affamés à € prendre part à la guerrey mettons le feu aux fabric ques, aux ateliers et que le vieux monde dispac raisse! »
— no -
k Dansez, fîlles Carpeaux, » disait un écrivain célèbre» lé jour ou tombait la colonne. Allez, mes filles» menez la fête ! ce sera la fête des fous!... plus belle que celle du moyen âge! Au lieu de la grande salle el de Quasimodo, ce sera tout Paris, bourgeois et manants ! Au lieu des écoliers de la Ba/oche ce seront tous les enfants de Voltaire, les hommes sans patrie et sans Dieu, qui vout enfin achever la grande révolution!...
Et vous, ministres, pour finir Torgie, oavrez les cachots et lâchez les prisonniers!... car alors la fête des fous finira par une fête plus belle que celle des Césars!. •• Ils n'avaient que quelques victimes enchatnéesi et ici ce sera Tamphithéâtre entier qui sera livré aux bêtes ! les gardiens d'abord, puis les assistants, puis la cité entière. «. démocrates et libéraux ! et ceux qui ont chéri le peuple ! et ceux qui se sont toujours prosternés devant lui! et tous ces fous qui le caresseront encore au moment où ils seront dévorés !... Tout cela à la lueur des incendies, au bruit des palais qui s'écroulent, et à la vue du vieux monde qui s'engloutira pour jamais!...
Allons ! lâchez les bétes, et que la fête commence !