‹ La politique d'un soldatChapitre 13 sur 31 · IM · texte numérisé non relu

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lOBt eoupés \% cou entre eux; et enfin, qaand il n*en est plus reste qu'un seul, qui était Robespierre, Vinforiuné^ ne sachant pins que dire, inventant la fête de l'Être sn« prème, prononçant ces mots mystérieux de trahison que depuis on retroure toujours, a erré misérablement entre les Jaeohins et la Convention, jusqu'à ce qu'on Tait dé* barrasse de la viel...

Et, depuis ce temps, c'est l'histoire éternelle de tous ies révolutionnaires. Tant qu'il y a quelque chose debout, en leur croit une sorte de génie, parce qu'ils sont trèsremarquables pour détruire. Puis, quand une fois ils ont toot abattu et qu'on leur dit : < Maintenant mettez votre idée à la place », on voit qu'ils n'avaient rien à mettre du tout, et qu'ils faisaient cela pour le plaisir. C'est l'histoire de MM. Ledru«Rollin, Garnier-Pagès et autres, à qui la France avait prêté de merveilleux talents tant qu'ils démolissaient le gouvernement de Louis-Pbilippe, et qui une fois arrivés au pouvoir nous ont fait amèrement regretter ce qu'ils avaient démoli. C'est l'histoire de MM. Rochefort et Gambetta, que nous écoutions sérieusement sous l'Empire, et dont le gouvernement nous a fait presque admirer celui des Rouher et des Morny ! C'est, enfin, l'histoire de la Commune!... car, sans elle, les niais auraient pu croire que sur les 150,000 démocrates de Paris se trouvaient quelques êtres intelligents; que ces gens-là avaient encore une idée, une réforme, quelque chose enfin à proposer... tandis qu'il a bien fallu reconnaître que tout leur génie n'avait été que jusqu'à brûler le Louvre, abattre la colonne et assassiner les* otages!

Ce qu'il y a de certain, c'est que tant que nous élèverons nos enfants dans le respect de la grande révolution,

il ne faut pas nous plaindre des malheurs qui crouleront sur nous. La révolution est conséquente avec elle-même, elle est là pour détruire; elle continue son œuvre, et, soyez tranquilles, elle ira jusqu'au bout. La seule idée qu'elle ait apportée dans ce monde, c'est l'envie ! l'envie du pauvre contre le riche, du faible contre le puissant! Et comme le peuple souverain est souverainement imbécile, au lieu d'accepter la supériorité de l'intelligence, du savoir, de Texpérience, le voilà bien convaincu aujourd'hui que c'est à lui à mener les affaires, et vous savez s'il les mène bien !

Et si maintenant vous me demandez ce que je serais sans la grande révolution, je vous répondrai encore que j'aimerais mieux être un honnête laboureur, vivant paisiblement dans son champ, ne connaissant ni Tambition ni la haine, et élevant ses enfants dans le respect de son Dieu et de sou roi, au milieu d'une société où toute chose serait à sa place» que d'avoir l'honneur d'écrire dans ce journal tout ce que vous venez de lire.

UN SliPLE CONSEIL

14 août.'

Livres et brochures continuent de paraître sur l'armée. Chacun la désorganise et la réorganise à sa manière ; et si je remets à en parler de jour en jour, cela ne vient certes pas d'indifférence de ma part, car je jure qu'aucun sujet ne m'intéresse davantage. Mais, qu'on mêle pardonne, j*ai une telle vénération pour notre armée vaincue, pour ces vieilles légions d'Afrique, de Sébastopol et de Solférino, que l'on a menées à un désastre inévitable, que ce n'est qu'avec une sorte de crainte respectueuse que j'aborde cette grande question ! Et à une époque où si peu de choses restent debout, ce n'est pas, je l'avoue, sans un sentiment très-pénible que je vois chacun porter ainsi la main sur l'armée. Je reconnais toutes les fautes commises; mais est-ce une raison, parce que les militaires se sont trompés, pour que ceux qui n'y entendent rien se croient en droit de les accuser et de les conseiller de la sorte ? Cependant, ^omme tous les journaux ne parlent que de cela, je serai bien forcé d'y venir moi-même. Aujourd'hui, je ne veux dire qu'un

mot; donner nn simple conseil que je résumerai ainsi : Pour mener les soldats au feu, et les maintenir longtemps au milieu des souffrances de la campagne, il faut absolument deux choses :

Punir les uns,

Récompenser les autres*

Mon Dieu, cela paraît bien simple, n'est-ce pas ? et pourtant il faut que ce soit très-compliqué, puisqu'on ne le fait presque jamais.

Quand je dis : punir les uns, il ne faut pas entendre paî* là infliger, sans cesse, des punitions à tous ceux qui le méritent^ ce qui serait incompatible avec la vie errante d'une armée en campagne; mais, dès le début de la guerre, au premier acte d'indiscipline, se montrer inexorable et faire un exemple* Qu'à l'instant même le coupable soit traduit devant la coiu» martiale et fusillé en face du régiment. C'est affreux, évidemment. Et je crois mèm€ que pour condamner à mort un malheureux qui, après une vie honorable, n*a eu qu'un instant d'oubli, il faut beaucoup plus de courage et d'énergie que pour affronter le champ de bataille ! Mais c'est l'heure de se rappeler la parole de l'Évangile : t II est nécessaire qu'un homme meure pour tout le peuple. » Oui, c'est nécessaire ! Sealement il faut que le sacrifice soit fait dès le début de la guerre, sous lesyeux des soldats, afin qu'immédiatement on sente la discipline se resserrer et que tous les ressorts se tendent; et non point à la fin de la campagne, alors que ce serait un sang inutilement versé. Il ne faut pas que les juges mesurent le châtiment à la peine commise : l'homme qui a ^lé une poule, ou répondu vivement à un chef ne peut jamais avoir mérité la mort. A vrai dire, ce n'est même pas un châtiment, c'est une nécessité de la

gaerre; et la guerre étaat niie chose barbare et contraire à la nature, exige des lois barbares comme olle«

Maintenant je crois qu'il y aurait encore autre chose à faire. On devrait prévenir les troupes que, la campagne unie, on enverra dans tous les villages les noms des hommes qui ont commis des actes d'indiscipline ou qui ont manqué de courage sur le champ de bataille ; et qu'à la porte de chaque mairie ces noms seront affichés avee une note infamante. Je suis convaincu qae cette menace tnu* jours suspendue sur la tête du soldat serait d'un effst immense, car le plus souvent, quand ces malheureux sont brisés par les fatigues et les privations, il arrive un mo* ment où ni reproches ni menaces n'ont de prise sur eux. Punis par les chefs, humiliés par les camarades, abreu* vés d'outrages par tous, ils arrivent bientôt à un tel point de découragement et de dégoût qu'il semble que tout sentiment d'honneur se soit éteint pour jamais ! C'est alors qu'on les voit, insensibles à la parole du colonel, quitter les rangs le matin de la bataille pour aller men* dier dans les villages et grossir la foule de ces traînards dont nos routes étaient encombrées pendant cette lamentable guerre. Ils se disent, sans doute, que cette vie*1à est excédante, que les souffrances sont au-dessus des forces humaines, que le jour est proche ou la honte sera oubliée avec l'uniforme, et où ils rentreront dans leurs villages reprendre l'outil ou la charrue au milieu de parents et d'amis auxquels ils se donneront le plaisir de raconter leurs hauts faits pendant la veillée. Or, vous imaginez-vous ce que ce serait quand, au lieu de cela, ils sauraient à n'en point douter que la honte ira les poursuivre jusqu'au fond de leurs campagnes, que là, sur la place du village, au milieu de tous ceux qui les connais-

~ lassent, leurs noms seront attachés comme à une sorte de pilori, et que chacun en passant pourra lire au bas des nouvelles du pays : < Tel jour Jacques Ferrand a déserté les rangs et manqué à Thonneur. »

Maintenant, je dis qu'après avoir puni les uns il faut récompenser les autres. Mais c*est là surtout que se rencontrent les plus graves abus et que se dressent les véritables difficultés. Car, généralement, voici ce qui se passe : Le lendemain d'une bataille, les colonels, qui de tous sont de beaucoup les plusjusteSy parce qu'au lien de vivre au loin comme les généraux, ils sont toujours là, responsables, au milieu des troupes qu'ils commandent, les colonels choisissent dans les régiments les officiers et soldats les plus méritants, et demandent pour eux la croix ou la médaille. Or, ainsi que je vous le disais l'autre jour, le malheur est que ce sont bien ceux-là qui sont portés, mais que ce sont les autres qui passent. En réalité, personne n'est coupable, croyez-le bien : les généraux ont toujours l'intention de récompenser ceux qui se battent, mais cela n'aboutit jamais. Cela tient à la vie des armées en campagne : toujours errantes, battant en retraite, fuyant à travers la neige; où tout est livré à l'aventure, où les états se perdent sans cesse; de sorte que pour surmonter de semblables difficultés, il faut véritablement être dans les bureaux et saisir toutes les occasions d'enlever une signature.

Maintenant, me direz-vous, quand les états ne se perdent pas, que se passe-t-il ? Mon Dieu ! c'est bien simple : ils sont envoyés chez le général de brigade, qui, sur la liste, raye un nom pour mettre un officier d'ordonnance, un ami, un protégé... et, permettez-moi de

vous dire , à vous qui tous récriez, que vous en feriez bien autant ! De là, ils montent chez le général de division, qui ne peut rien dire au général de brigade, puisqu^au lieu d*un il en met deyx ! Puis ils arrivent au général commandant le corps d'armée, lequel se plaindrait bien d'un pareil abus s'il n'y tombait de suite comme les autres, jusqu'à ce que le tout aboutisse dans les bureaux du général en chef, qui a plus de protégés à lui seul que tous les généraux réunis!... Cependant, répondrez-vous, il devrait bien rester quelques-uns des noms donnés par les colonels. Vous avez raison; il en reste toujours, mais ceux-là ne passent pas. Je ne peux pas vous dire comment cela se fait; maïs enfin, c'est comme cela.

Jadis on s'en prenait à TEmpire; puis, quand la République est venue, on s'est aperçu que si l'injustice avait été très-grande sous l'Empire, elle était incommensurable sous la République; ce qui est bien facile à comprendre, parce que autrefois, après avoir satisfait les favoris, on récompensait au moins les autres ; tandis que dans l'armée de Gambetta, avec tous les auxiliaires, les étrangers, les frères et amis qui encombraient les états-majors, il n'y avait plus ni règle, ni frein, ni limite !

Du reste, la vérité, c'est que l'injustice fait tellement partie de la nature humaine, que les colonels qui en ont le plus souffert dans leurs régiments, font absolument de même le jour où ils sont nommés généraux ; ce qui me prouve que, moi qui vous parle, si j'avais l'honneur de commander demain une division, je ferais tout à fait comme eux, et qu'à la fin de la campagne j'aurais bien porté les officiers et soldats proposés dans les régiments, mais qu'en réalité il n'y aurait à peu près que mes étatsmajors et mes amis de sérieusement récompensés. Et

qu'on ne me dise pas que tout cela est exagéré, car si à Fheure qa'il est le ministre faisait faire tin grand état snr lequel on mettrait d*abord : les décorations accordées nir les demandes des eoUmeh aux milliers d'officiers qui ont combattu dans le rang, et ensuite tout ee qui a été donné aux autres^ le ministre lui-»même serait effrayé de la proportion. Et si, après cela, on faisait un autre état pour roir ee qui a été donné à la troupe, c'est**àrdire, à eeseentaînes de miile hommes que Ton a menés au feu à trayers ht boue et la neige, et au milieu de souffrances suriin* maiaes, la surprise du ministre serait bien plus grande encore.

Je n'accuse personne. Quand je yois des généraux bo* norables tomber tdus dans le même abus, je me dis que certainement j'y tomberais moi-même ; et, au lien de dénoncer à la manière des répub)i<»tns, )e crois que, lors« qu'on aime son pays, il n'y a qu'une chose à faire :

C'est de chercher ie remède, et certainement il doit y en avoir un*

Il faudrait, ce me semble^ que, dans les récompenses données aux officiers, il y eAt une fraction déterminée à ravance et que Von ne pourrait jamai$ dépasser, pour les officiers d'état-major, les aides de camp, les offieiers d'ordonnance, enfin tous ceux qui, de près ou de loin, approchent les généraux et sont portés en dehors de l'action des colonels ; et que tout le reste fût distribué, sur la proposition des chefs de corps, aux officiers qui sont dans le rang, c'est-à-dire à ceux qui commandent des troupes, couchent sous la tente, souffrent comme leurs soldats et meurent au milieu d'eux. Il faudrait ensuite qu'il y eftt une autre fraction considérable réservée à la troupe; à ces pauvres soldats que Ton a été cher-

cher dans les champs pour les meoer à la mort, d'autant plus que la plupart de ceux-là ne pouvant être récom* pensés par des grades, les médailles et les croix ne devraient pas leur être épargnées. Il faudrait enfin qu'un général en chef eût des pouvoirs assez étendus pour distribuer lui-même» le lendemain d'une bataille, un cortain nombre do ces croix en proportion des hommeatués et blessés la veille.

Et alors, je le demande à quiconque connaît la rie des camps, s*imagine-t-on rencouragement, Télan , Témulatiem donnés aux troupes, quand, au lieu d*entendre parler vaguement de ces éternels étals qui vont commencer leurs étemels voyages pour finir inévitablement par être perdus, les soldats verraient là, an milieu d^enx, un camarade décoré pour être monté à Tassant, et qu'ils pourraient tous se dire ! Encore une bataille, et ce sera mon tour !... Tl ne faudrait pas que le soldat qui a été lancé à Tassant vît son général nommé commandeur, et qu'il attendit pendant toute la campagne une croix qui lui est toujours promise et qui ne lui sera jamais donnée ; et un chef devrait dire, quand on le décore le soir d'une bataille : Je ne porterai eettQ croix que lorsque ceux que j'ai menés au fen auront reçu leur récompense.

Maintenant, qu'onze me dise pas que ces règlements-là existent. Cela m'est bien égal, si on ne les applique pas; je ne connais que le résultat, et il est déplorable! Oui, il y a des règlements, nous le savons tous. Mais la vie errante, l'ahurissement, lei^ alertes perpétuelles ne permettant plus de contrôle, en résumé, chacun fait ce qu*ii vent, tandis que dansée projet il faudrait, à la^n d'une campagne, une sorte de révision. qui ferait que ceux qui

auraient été à la peine se trouveraient enfin à l'honneur.

Encore une fois, je n'accuse personne, Je ne fais pas de politique, je ne m'en prends ni à Napoléon, ni à la République, je n'accuse que le cœur humain. Et comme j'ai mon cœur humain à moi, si j'étais chef je serais bien heureux, à la fin d'une campagne, qu'on m'eût mis en garde contre moi-iQéme, et qu'on m'eût ôté la possibilité de récompenser les familiers qui m'ont rendu des services personnels et d'oublier ceux qui ont souffert et combattu loin de moi. Et si j'étais ministre de la guerre, je serais bien plus heureux encore de pouvoir répondre aux députés de la gauche et de la droite qui viennent chaque jour assiéger les bureaux, et à toutes ces puissances politiques avec lesquelles un gouvernement est bien forcé de compter : (( Quel que soit mon désir de vous être agréable, la loi est là, je ne peux pas ! Les croix de faveur ont déjà été distribuées, et tout ce qui reste appartient de droit aux officiers et soldats qui ont combattu dans le rang, et qui ne peuvent passer que sur la demande de leurs colonels. »

En un mot, je ne voudrais qu'une chose :

D'abord des punitions et des récompenses immédiates.

Ensuite trouver un moyen de mettre un frein à l'injustice.

Je supplie les généraux sous les yeux desquels ces lignes pourraient tomber, de ne pas jeter le livre avec impatience, et de se demander si tout cela n'est pas de la plus rigoureuse exactitude. Qui de nous ne rencontre chaque jour un officier blessé de Frœschviller ou de Sedan qui n'a pas encore obtenu sa croix, tandis que tant

d'autres, hélas ! nous apparaissent avec de nouiwaux rubans?...

[t, à tout prix, il faudrait trouver un remède; Je le dis, c'est un abus fatal à la discipline, lée.

LES RELiaiONS DE LA dCMOCRATIE

« 16 août.

Je viens de lire deux brochures fort curieuses sur le rôle que la franc-maçonnerie a joué pendant la Commune. Ces brochures ne disent pas tout, mais elles donnent certains détails absolument inconnus jusqu'ici. Il faut reconnaître que bien des erreurs ont été répandues sur ces manifestations du Grand-Orient. Contrairement à ce qui a été dit, c'est le 26 avril seulement que la première loge tenait sa tenue extraordinaire en son temple Hie*X. Et, dès le lendemain, une députation était envoyée aux membres de la Commune :

Le frère Thirifoque prenait la parole, et annonçait « que tous les moyens de conciliation ayant été épuisés, « les francs-maçons étaient résolus à planter leurs ban- « nières sur les remparts, et que, si l'armée continuait le « feu, le Grand-Orient déclarerait la guerre au gouverne- « ment de Versailles. — Citoyens, dit-il, la Commune «c est la plus grande révolution qu'il ait été donné au « ni07ide de contempler. Cest le nouveau temple de Sa- « lomon que les francs-maçons ont le devoir de défen- « dre* »

Là-dessus, le citoyen Jules Vallès, dénouant Téobarpe qu'il a^ait au cAté, la remit au frère Thirifoque, et la dé* pntation se retira après avoir enguirlandé sa bannière de fécharpe rouge et fait entendre les triples batteries aux rites Écossais et Français.

Le surlendemain, 39 avril , jour à jamais mémorable, la grande manifestation traversait 'les rues de Paris dans l'ordre, et suivant lés usages prescrits :

D'abord, les chevaliers Rose-Croix, ayant au cou le cordon d'azur;

Puis, les chevaliers Kadosch, portant en sautoir récharpe frangée d'argent;

Ensuite le Royal Arche;

Le Frère Terrible ;

La Prince du Liban ;

Le Chevalier du Serpent d'airain ;

Le sublime maître de l'Anneau lumineux;

Les Grands Écossais de la Voûte sacrée de Jac-^ ques VI ;

Et enfin, les citoyens Félix Pyat, Lefrançais, Frankél, Clément et Potier.

« Tous graves, tous convaincus, » dit la brochure.

Arrivés à. l'avenue Friedland, n* 59, le Grand-Orient tient une nouvelle fentt^, et des estafettes sont envoyés au gouvernement de Versailles pour lui signifier d'avoir à cesser immédiatement le feu. Puis, la colonne se remet en marche, bannières déployées et maillets battants, suivie par une foule immense, aux cris de : « Vive la Commune ! Vive le Grand-Orient l » Parvenus au rempart, les deux Tuileurs s'avancent les premiers, suivis des Neuf sœurs et des Chevaliers de l'Iris. L'Elémosinaire, escorté de ses deux acolytes , dresse l'Equerre vers TOrient, et

les princes du Tabernacle s*étant placés dans la posture consacrée, on voit bientôt les étendards d*azur flotter sur les bastions, mêlés aux drapeaux de la Commune.

L'armée de Versailles a-t-elle été prévenue de oette imposante manifestation? Ce qu'il y a de certain, c'est que rEiémosinaii*e avait déjà dressé trois fois son équerre vers le ciel que des coups de feu se faisaient encore entendre !

' — Puisqu'il en est ainsi, s'écrie le Vénérable, que toute la tribu de Misraïm s'avance et que Ton commence de suite le grand ordre !

Et, lentement, la tribu sacrée s'achemine vers les remparts au milieu de l'admiration universelle : le Frère Terrible, tenant Tépée et la canne croisés, se place à l'Orient ; le prince de Merci se tourne vers l'Occident ; et alors le frère Thirifoque, saisissant de la main gauche Tépée flamboyante, s'écrie trois fois : < Que Tarmée de Versailles pose à l'instant les armes ! car si jamais un de ces étendards était atteint, nous jurons par le grand Architecte de la nature... »

Mais il n'avait pas fini son discours qu'une balle homicide venait frapper l'équerre que tenait le Trinosophe, et jetait une certaine confusion dans les rangs.,.

La foule, muette d'horreur, recule jusqu'à Tavenue de la Grande-Armée...

•;- Us résistent encore, s'écrie le Vénérable ! Faites donc avancer les frères Kadosch !

Et alors, à la vue des frères Kadosch , qui marchent graves et terribles vers les remparts, la foule, convaincue cette fois que la guerre est terminée, pousse des acclamations enthousiastes, et déjà des ballons aux armes ma" çonniques s'élèvent dans les airs pour annoncer àlapro-

vince la fin de la lutte^ quand une fusillade terrible les fait rétrograder de nouveau.

— Horreur 1 s'écrie le Vénérable... Ebbien , puisqu'il en est ainsi, puisque ia réaction ne cède pas, que les cbevaliers de la Voûte sacrée de Jacques VI montrent leur bannière à Tarmée sacrilège !

 cette nouvelle, une émotion Indicible se répand dans Paris ! Un religieux silence règne à travers la foule ^et chacun sent qu'il va arriver là une puissance à laquelle aucune force humaine n'oserait jamais résister.

Lentement» la colonne des chevaliers de Jacques VI s'avance vers les bastions en déployant la grande ban- •nière de Useda. Arrivés au sommet, les porteurs de glaives et d'étoiles joignent leurs épées et font la grande votite d'acier, tandis que la colonne d'harmonie joue l'air de triomphe et que les frères Thirifoque et Fabreguette, mêlés aux citoyens Félix Pyat et Jules Vallès, commencent la Chaîne d'union...

— Houzzé ! houzzé ! crient les frères Kadosçh !

— Mirra ! répondent les chevaliers !

— Vivat ! crie la foule. Vive la Commune ! Vive le Grand-Orient!...

D'où est venu le crime ?. .. Quel est l'officier qui a osé commander le feu sur les chevaliers de Jacques VI, alors qu'ils venaient de faire la grande voûte d'acier?... Un , jour cette trahison sera connue. Ce qu'il y a de certain , c'est qu au moment où le Vénérable, abaissant trois fois sa baguette, annonçait que la paix était faite, voilà un obus qui éclate tout à coup au beau milieu de la voûte d'acier et bouleverse toute la chaîne d'union ! Le Frère Terrible, pris d'une véritable panique, laisse tomber Tépée flamboyante, et s*avançant trop vite vers TOrient, en-

traîne dans sa fuite le Serpent d'airain; tons deux^ suivis du prince du Liban et de l'Anneau lumineux, jettent l'alarme ehes les frères Radosoh... Et bientôt la eonfusion devient telle que tous les chevaliers de la Voûte saorée de Jaor ques VI dégringolant les remparts, déolareut que c'est l'heure d'aller tenir une nouvelle tenue. Ce qu'a été cette ienuey aucune brochure ne l'explique bien. Mais, après une heure de délibération, la feule apprenait qu'une gi<ave mesure avait été prise :

Le Vénérable, considérant le péril extrême de la France, avait décidé que le suprême grand conseil des souverains Grands Maîtres absolus du 90* degré viendraient euxmêmes sur le rempart, et que cette fois, si une balle frappait la bannière, le Grand-Orient oondamnerait M. Thlers à la peine capitale, ainsi qu'il avait été fait pour le rm Guillaume y six mois auparavant,

G*est alors que l'on vit ce que dans aucun temps le peuple de Paris n'avait encore contemplé... « Spectacle à jamais mémorable ! dit la brochure, et bien digne d'une éternelle admiration ! » Tonte la colonne de la puissance suprême du 00* degré, ayant à sa tête le sublime Chevalier Élu, passe muette et grave à travers la foule émerveillée. Arrivé aux pieds des remparts, le Vénérable luimême allume les trois étoiles du grand chandelier d'or, et, saisissant le candélabre d'Orient, le tourne vers rOcoident. La colonne d'harmonie fait entendre les sons du Noachite, pendant que des estafettes vont prévenir à la hâte les troupes d'avant-garde que les bannières qu'elles voient sur les remparts sont celles du suprême grand conseil des souverains Grands Maîtres du 90' degré.

Mais, au moment le plus solennel, alors que le sublime Chevalier Élu venait de saisir le maillet d'or et de l'atta-

cher m cordon d*aiur, voilà une colonne de religieux cliassés d'un couvent voisin qui arrive tout à coup et jette un certain désordre dans les rangs !.«. Il serait difficile d'exprimer les sentiments de mépris que ces hommes de superstition inspiraient à la foule. Plusieurs d'entre eux tenaient encore à la main ce crucifix, emblème de leur idolâtrie^ et, pour quiconque venait de contempler les grandes solennités de la démocratie, il y avait une sorte de provocation de la part de ces hommes à venir ainsi se jeter enti*e les frères Kadosch et les Écossais de la Voûte sacrée de Jacques VI !

La foule justement irritée , des scènes regrettables étaient k craindre. Pour l'apaiser, on lui rappelle qu*uue grande quantité d'otages ont été pris parmi ces hommes, et qu'ils seront iriis à mort si les VersaiUais entrent jamais à Paris. «- Eh bien , qu'ils s'en aillent ! s'écrie la foule. Arrière, hommes de ténèbres! votre temps esta jamais passé ! Aujourd'hui, le peuple est trop instruit , trop éclairé !... Il ne veut plus de vos mystères et de vos ridicules cérémonies !...

Et, là-dessus, tandis que les prêtres chassés, ignominieusement s'enfuient chargés des malédictions de la fouil, la colonne du suprême grand conseil du 90^ degré reprend sa marche triomphale, maillets battants, avec les sept épées croisées sous la voûte d'acier, le frèi'c Thirifoque tournant trois fois le compas vers l'Orient et répétant : Abza ! Abza ! Abza ! pendant que la colonne d'harmonie joue l'air du grand Architecte de la nature.

Enfin la nouvelle se répand que l'armée se déclare vaincue ; un F.\ qui se trouve parmi les officiers de l'avant-garde demande à parlementer de suite avec les membres du Grand-Orient !.,.

Aucun détail ne nous est donné sur ce qui s'est passé, mais il paraît que rien ne pourrait peindre l'attendrissement de la foule, et la stupéfaction des soldats envoyant tout à coup leur officier se placer dans la posture consacrée, tandis que le parlementaire s'approchait un bras tendu vers l'Orient, et l'autre armé de la baguette d'airain !

En apprenant que ce sont les membres suprêmes du 90* degré qui viennent de planter leur étendard, « une c suspension d'armes est immédiatement accordée, et « une députation envoyée auprès du chef de la Répa- « blique. »

Ici encore la brochure se tait sur cette étrange entrevue.

Que s'est-il passé entre les F.*, et le sceptique vieillard ?... Ce qu'il y a de certain, c'est que tous les efforts ont été inutiles : en vain, le Frère Terrible a-t-il frappé trois coups sur la baguette blanche ; en vain, les frères Kadosch se sont-ils avancés vers l'Orient, en formant , sur la tète de M. Thiers, la grande voûte d'acier; en vain, le Serpent d'airain lui a-t-il présenté le maillet de direction , répétant toujours : « Houzzé ! houzzé I » M. Thiers est resté insensible aux prières et aux nynaces ; vingt-quatre heures après, la guerre recommençait plus terrible que jamais.

Chose étrange ! Les auteurs de ces brochures ne s'entendent pas sur la convenance de cette grande manifestation. L'un d'eux, tout en blâmant cette intervention dans les choses politiques, déclare « que la belle robe blanche et le drapeau d'azur de la maçonnerie n*en sont nullement atteints], attendu qu'elle a été, poussée, »

Mais Tautre, tout en reconnaissant la réalité de cette excuse, demande que ceux qui se sont laissé pousser soient punis comme il convient, et « placés entre les deux colonnes du temple dans la posture consacrée. » Je ne vous dirai pas au juste ce que c'est que cette posture-là, mais, d'après ce que Ton m'a montré,.elle ne serait rien moins qu'agréable : les condamnés devant être posés entre la tête de chacal et le crâne de Typhon, juste à l'endroit où Hiram a été assassiné, il y a trois mille ans* . .

Maintenant, que d'autres s'étonnent de cette alliance du Grand-Orient avec MM. Jules Vallès et Félix Pyat ; que d'autres s'indignent en apprenant que le lendemain de l'assassinat de nos généraux et la veille des incendies de Paris, il se soit trouvé dix mille francs-maçons, pour déclarer que la t Commune était le nouveau Temple de Salomon... » pour moi, tout ce qui vient de la démocratie ne me surprend plus, et ne me surprendra jamais. Mais il y a une chose que j'affirme : c'est que, plus tard, quaud on racontera qu'en plein .dix-neuvième siècle, au milieu de cette société railleuse et sceptique qui nç croit plus au Christ et qui croit à peine en Dieu, alors que l'ennemi nous regardait du haut de nos forteresses, la plus sérieuse et la plus lamentable guerre a été interrompue tout à coup, notre armée laissée l'arme au pied, et toute la France mise en émoi parce que le frère Thirifoque, escorté de deux chevaliers Kadosch, allait présenter à H. Thiers le maillet de direction...., eh bien, dis-je, quand Thistoire dira cela, je jure qu'on ne le croira pas!

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