LES CHAMBELLANS OU PEUPLE
28 août.
Des républicains venant un jour à rencontrer un chambellan des Tuileries, dirent à haute voix devant la foule : <c Regardez tous! voilà un laquais de décembre! » et l'homme ainsi désigné au mépris public disparut à la hâte dans les avenues du palais...
Eh bien, une fois dans ma vie j*ai vu une fête de décembre. J'ai vu le souverain environné de sa cour, avec cette haie de chambellans qui l'escortaient partout comme un demi-dieu. Et me rappelant d*oii sortait cet homme, ce que j'ai éprouvé, je ne le dirai pas ; mais il est certain que cette nuit-là, j'ai senti que le ciel ne m'avait pas fait pour un tel métier. Et toujours je me suis rappelé, comme une triste vision, ces fantômes habillés de pour^ pre, muets, immobiles autour d*un autre homme, épiant ses moindres gestes; celui-ci attendant pour ouvrir une porte, celui-là surveillant les apprêts d*un festin!...
Et, cependant, s*ll y a là un grand abaissement de la dignité humaine et une servitude douloureuse à confem-
pler, au moins cette seryitude s'adresse-t-elle à des in* telligences; Ai la tête est toujours courbée, elle ne s'incline que devant des ministres, des diplomates et des princes ! Il est une servitude dont on ne parle jamais, bien plus lamentable encore, et dont la cour de Versailles vient de nous révéler retendue. Avez-vous suivi ce triste drame où Tacteur, entré jadis en scène avec les grelots de la folie, s'en va enchaîné dans un cachot. . . • mais pour nous revenir bientôt, porté en triomphe, et avec lui tous les autres? Et ce ne sera pas encore le dernier acte de cette tragédie plus longue que celle de Shakespeare ! Hamlet, fou sans le savoir, jouait la folie pour venger son père ; cette bande de fous sinistres, condamnée à la démence révolutionnaire, joue son rôle dans un drame commencé il y a quatre7vingts ans, et qui, je le crains bien pour notre pauvre France, n'est pas près de finir ! Je ne connais pas de leçon plus haute que le spectacle de l'esclavage auquel ces hommes se sont volontairement condamnés, tantôt, pour sauver leur tète, murmurant au pied du tribunal des paroles plaintives et désolées, tantôt, se tournant vers le public, la voix vibrante, la tête haute et superbe pour sauver leur popularité :
— Ce n'est pas moi qui ai écrit ces lignes, murmure Rochefort.
— Et cet article incendiaire, signé de vous?...
— C'est violent, grossier... mais conciliatoire, ajoutet-il à voix basse.
— Vous avez demandé la démolition de l'hôtel de M. Thiers?
— C'est vrai.. . mais, j*ai du métier^ et, si je l'avais réellement voulu, je l'aurais demandé autrement.
— Vqus avez ai^çité a^ Hift^^<5?e 4fis otetg$§ î
— Mon Dieu I j'ai dit cela... eomme j^aâràis éit aut^e ehose !...
II a dît cela comme il aurait dit autre chose !... Mais, à peine ces timides aveux sont-ils échappés, qu'il pense au peuple... le peuple qui est là, qui l'écoute, qui le regarde!!., tyran implacable, qui rie le lâcherai! pas au pied de l'échafaud. — Tu nous appartiens ! lui crie-t-on; c'est nous qui f avons pris dans un théâtre de faubourg et qui t'avons porté si haut !... Tu as aujourd'hui une occasion suprèrhe d'outrager la loi, la religion, la société... Parle ! Parle donc !... Et le misérable se débat entre le tribunal qui demande sa tête et ce peuple qui ne lui permet pas de la défendre !
Oui, je crqis qu'on n'^ p^s as§ez réfléchi ^ i'qscJ^yajB de tous ces hQmpo^3 qui ont fai); tant de fpa]. à la franf^, ipais dont Texi^te^ce a été si laqenfahle af^ssj ! i(s^n^ les ^utf*es partis, qn s'adresse h des intelligçncp^, è dea fiffv^ (jqués de raisoi|. Panç la démpcpatip, rien 4e pa^ei). li^, il np faut ni le travail, ni l'expérience, ni le génie... Joutes ces choses itéraient in;puissant€|s ! Il j^*j a qu'un paître : le peuple ! la béte qui ne raisonne pas et à la(||]^l|e }\ t^\\X plaire, h^ hè\e qui n'atjiwpt |ii argunient% qj réplique, parce qu'elle ne comprend pas ! On parle ^^ rpscljifvage des palajç ! . , . ^^\^ ôfrp Jp çjï^pil)ellan du ppuple , degcispdr^ dans sa fps§p..., se rouler d^ns )^ im%f pour endosser sa livrée ! . . . lui sacrifier sa liberté, sop jn4épe^4^nce aupoifit d*all6r prendre ses ordres çh^pe JQUr... Et si vous saviez quels ordres !... Si Ton savait pe qu'on en^eifd d^ns ces r^unjons op i| dicte ses vplpntés, expose ses idées mv la question sociale, la solidî^rilé, r^|)p{|t|op
fl^ cajnm.t. ot OH» ^08 p9tq0 d«l niQrt, U f9Ut écouter
-rrr Çft iiî^Q , ?0H^ v^Hà 4q»« ^^^M vé^fAiQmm^ BflUr fiYqir 4^f99da }a vie d^ Troolm ? 4it RoobQfqpt ji Flour^n^t ^a |0p46ypaii| da^i octolir^...
VfflU du iflrfire ^t «'^yçiu«nrt tout W ^m U spryjtufle m
bien lourde ! On croit toujours que ces hoiqmeHI^ goa* ium^\ }e pepplp; c'est UQp pr^^^r- H ï ^ ^ Pari§ cent mille hHe^ férpceîi qui ^Q^\ prêtes pflnr tops les i^^vmg^ ! Pi^s gi;'e))e§ sqnf déc^atnéçs» elleç spivent celui qui H^ie Umm%, l^i|r$ Instincts ; mMSi si pelui'|à résistait pp 4Qpri H !5Pï*§H déyfïré le lepdeffiwp pt reippl^pé par W autrp. fiOrsqpo flç^cbefprt 4is^H W trjbupftl qu'il ftYW* tepu Ip pppple dans sa maip, il se yanta|t, f*ipfortqpé ! Et, popr l'hlstplrp, rje» qp spra coipp^rabip m §^pplice de cp joyeqx vaq(Jevil{jste ^optfeé là par ^ypptpre» écrlyant d'abord ces pages p[(orteIle§ popr fairp du brui^ , épouvapté dp son œovre, t^cbpnf 4e se dégager epsqUe, retpwh^pt plp» b»s pt se 4^b^t$PPt opmp^e pp cpn4&mR^> p^f ce qp-au fond il ny^it ppur l
Oui, il ^yait peur. Qp Ip sept k Pb^Que page dp M(^t d*0r4vÇ' Pè$ qp'pp éclair 4e sentiment Ipi reyient, tout 4e suite il pppsp au pppple, et, pppr n'être p(^; dévoré lq|-m0pie, i| lui jette pn p^torp 1^ demeure de M- Tbiew,
ipcolftppe, Ifis p^gps... p^sl l§ Cppïp)ppp ayftjt continué, tpujours poursuivi pftr cptt§ îpepte affapiép, il lui aurait livré tppt Paris!...
Pt 4iFP que îpps les bpuin^es d'ÉUt 4o septerpbre ont
été obligés 4e passer p^r là!... c^r, dans la dépioeratie, op ii'arrivp p^s autrement. Qp^nd vous wriez toute la science et tout le génie du monde, il f§ut 4*^bQrd servir
le peuple, et de là vient que le dernier ministre qui nous reste de ce détestable gouvernement, les pieds pris en* core dans cette fange, n*ose ni bouger, ni donner un ordre, parce qu*à chaque pas on lui crie : « Tais-toi, laquais ! tu nous a servis un jour ! » Cela les regarde du reste ; mais, tout ce que je demande, c'est qu'ils ne parlent ni de liberté, ni d'indépendance, eux, les plus soumis des hommes !
Ah ! ne dites rien ! n'outragez pas les chambellans de Décembre, car vous avez fait un plus misérable métier que tous les autres ensemble ! Vous êtes les véritables esclaves des temps modernes, et les esclaves de la pire chose qui soit au monde : l'inintelligence. L'esclave antique obéissant au citoyen romain, c'était le barbare subissant le joug d'êtres supérieurs à lui, et vous, mille fois plus à plaindre, vous, citoyens libres, vous avez cherché le joug des barbares modernes, et c'est volontairement que vous vous êtes soumis à une chose que vous méprisez et qui est incapable de vous comprendre ! Et, pour moi, je le jure sur mon honneur : si j'étais condamné à servir, j'aimerais mieux être à la suite de tous les souverains de l'Europe, et même de ceux qu'on appelait les « fléaux de Dieu, » Gengis-Khan, Tamerlan ou Attila... que d'entrer au service de ce peuple ; parce qu'avec un souverain, quelque barbare ou insensé qu'il soit, il y aurait encore une heure où je pourrais lui faire entendre raison, tandis qu'avec le peuple cette heure-là n'est jamais venue et ne viendra jamais ! Il n'y a pas de prise sur lui ; c'est cette foule inerte qu'un vent de hasard soulève sans qu'elle sache pourquoi, et qui détruit tout sur sa route, ainsi que la tempête inconsciente et désordonnée de la matière!...
Anjourd'hui, les palais sont déserts... ces chambellans qne j'avais aperçus dans un jour de fête ont quitté leur liyrée, et l'homme qu'ils servaient se promène seul sur la terre d'exil» avec le souvenir de ce qu'il a été... Mais le peuple, lui, ne sera jamais seul ! Il ne manquera pas de * chambellans, sa cour ne sera point déserte!... D'autres reviendront en foule se courber devant lui ! Et déjà, au lendemain de nos pillaîges et de nos massacres, voilà de jeunes chambellans qui lui arrivent, et dans la Chambre et dans la presse, ardents à le servir et à suivre sa loi ! Quelques-uns, pourtant, trouvent la besogne amère et la tâche un peu lourde. . • L'un d'eux a osé pousser comme un cri de révolte ! . • •
Ah ! qu'il prenne garde ! — Tu recules? Le dégoût te monte aux lèvres?... A genoux, misérable! à genoux dans la boue! Allons, plonge*toi... plus bas !... plus bas encore !... Toi, l'homme libre, le superbe démocrate, tu n'es qu'au début de l'épreuve 1 ... Ne dis pas un mot !... On ne raisonne pas ici : on adore cette fange !... D'ailleurs, si le métier est dégoûtant, il est profitable aussi. Dans cette fange on se déshonore, mais on ne se noie jamais ! Point de naufrages; la boue vous porte, et, tôt ou tard, on revient à la surface . Ne te laisse pas effrayer par les condamnations des assassins de la Commune, tous ces hommes-là reparaîtront !...
Oui, ils reviendront ! ils reviendront tous, ne l'oubliez pas !... Et ceux qui sont déportés, et ceux qui ont été tués^ et ceux dont on a vu le cadavre^ et les quarante mille qui ne sont pas encore partis. Un jour ou l'autre il y aura une amnistie. Un gouvernement, pour se rendre populaire, celui-ci peut-être, déclarera que les crimes de la Commune sont pardonnes. On laissera dans les prisons
l'homme ^\ a Vblé p^'^'t hoilMt* %m Mtm \ Mié Ëëtix qui, payés pat* rétrangék*, ont dëtriiit Pàrfê, iiDiid bei^ôtit rendus. Et, de tout ce qtii ft été dli J^ëhdâtit ces tWstes débatS) te que Tôti bkui'mti^àil pDu^ àâutër isa tëtè , sera mis en oublia ei il ne reàterft ({ûé lëfi aùpef bes pàMleà qui ont été prononcées pout* le tHompttll dâ relOtilr.
Et maintenant) si tous poutiiefe penser qtte J'ai dé là haine pour eè peuple, je tous É*ép0&âi^i6 i^de Je fi'fti \(ûé du mépris potti* ses chàmbëllÉité et Mes flfttteUk*»^ et de Ift pitié pour lui ; mai^, taftt i^u'il sera ati»9i îgtidMit et itttet ineapable, je irépéfôrài toUjtdtira àvee Mi GUiiOt : i IVM peur ie ptmpiei rimpar lui. »
LES FRANCHES MA(OllliES
2 septembre.
Je ne pouvais m'atteadre à rémotion que sonlèveraient dans le public mes révélati(ms sur la mort d'Hiram et le crime de Jubelas^ Jubelos, Jubelum. Pour moi qui connais ces terribles mystères depuis mes joyeuses années de soldat, je ne prévoyais pas la stupeur et même l'incrédulité que rencontreraient ces récits absolument véridi^ ques. — Vous en dites trop ou pas assez, m*écrit-on aujourd'hui... Et que voulez-vous que je fasse ? Savez- vous le nombre des mystères, vous qui me les demandez ? J*ai là le livre de Latuile avec les notes de son père et les fantastiques gravures. Que choisir au milieu de tant de merveilles ?
Enfin, si vous le voulez, nous allons le feuilleter ensemble :
Ce qu'il faut reconnaître dès le début, c'est la manière triomphante dont l'auteur prouve que la franc-maçonnerie se perd dans la nuit des temps!... Une statue de Bacchus, retrouvée avec la main droite sur la poitrine et
la gauche plus bas, démontre à n*ea pas douter que ce dieu en faisait déjà partie. De plus, on a retrouvé dans Philon d'Alexandrie, que les Ësséniens d*Egypte étaient décorés du tablier blanc, et qu'ils portaient la main droite élevée au-dessous du menton, et la gauche pendante sur le côté, mais un peu plus bas que Bacchos. Particularité bien précieuse à relever, dit le livre ; car, le signe qu'elle indique, concorde avec la pose attribuée par Macrobe à Vénus en pleurs après la mort d* Adonis ; et, chacun sait aujourd'hui que cette pose sacrée est celle de toutes les momies du Thibet.
Maintenant, comment de Bacchus et des momies du Thibet cette pose sacrée est-elle arrivée jusqu'à nous, je ne vous l'expliquerai pas bien. Et il faut reconnaître que, malgré les ançiotations du père de Latuile, les explications du livre sont quelque peu confuses et nébuleuses. Ce qui paratt hors de doute c'est que : dans les mystères d'Eleusis, THiérophante qui, vous le savez, n'est autre que le Demi-Ourgos, la Dadouque son second ministre, et l'Epibome qui figure la lune, avaient tous les trois le bras droit placé comme Vénus ; que, de là, le secret est arrivé à Numa Pompilius, ensuite à Athelstan, roi d'Angleterre, et, enfin, aux frères de Jean qui, sous prétexte de guérir le mal de saint Antoine, se mettaient tous les soirs dans cette position-là. Et même, on raconte à ce sujet que ces frères s'étant rendus dans un couvent pour soigner les malades, quelle n'a pas été la stupeur des moines au moment de la prière, en les apercevant tous dans la posture de Vénus ! et, surtout, quelle n'a pas été leur mortificatioti à la fin du repas en leur voyant casser toute la vaisselle, parce que, « dès cette époque, dît )e
livre, il était ordonné dans les statuts de briser les canons qui avaient servi à porter les santés. 9
Or, depuis Athelstan et les frères de saint Antoine, les mystères semblaient s*être perdus, lorsque, le S2 janvier 1711, sous le règne de la reine Anne, jour à jamais mémorable, la pose apparut à la taverne d'0!e et de Gril, où les Anglais émerveillés aperçurent tout à coup le cuisinier et ses serviteurs dans la pose de Vénus ! Et» de là, le secret ayant été apporté au faubourg Saint-Germain, chez La Hure, restaurateur, rue des Bouchers, la francmaçonnerie fut définitivement établie en France.
Mais, ne nous y trompons pas; une pareille religion n'a pas pu être créée en un jour : « Tel qu'un arbre ma- « gnifique qui sans cesse pousse de nouveaux rameaux, c ainsi, la franc-maçonnerie a poussé chaque année de c nouveaux rites et de nouveaux mystères. 1 C'est seulement en 1743 que fut créée la Loge, avec le trône du Vénérabfe, le dais d'azur parsemé d'étoiles, le candélabre à sept branches, et le Delta rayonnant entre le soleil et la lune. C'est à cette même époque que furent rédigés les magnifiques commandements, tels qu'ils existent aujourd'hui :
« Tout est juste et parfait, mes frères.
« Pendant toutes les séances un franc-maçon doit déplorer la mort d'Hiram , et se tenir décemment sur sa colonne ;
« Le Niveau est là pour le défendre contre l'orgueil ;
c Le Maillet, pour le rapprocher de la perfection ; « L'Equerre, pour le rendre équitable; € La Truelle, pour le rendre indulgent ;
c Là j^lanche à traéei*, pouf qti'il tie s*ëcaMe pas dd plan du maître ;
« La Houpe dentelée, en lacs d*amoar, pour qu'il resserre les liens de ratnitlé, pendaut (}u*ilne musique déli* cieuse joue : « Où peut-on être mieux qu'au séiu d» sa famille..* >
« ISt si, malgré la vue de ees objets sacrés^ et les éot% de eette musique, il commet une inconvenancei ii doit regarder une étoile û%ê pendant une heure^ ou rentrer d8 suitd dans la chambre des l'éflexions. »
C'est à cette môme époque que le cérémonial de réception fut û\é dans la simplicité touchante qu'il a conservée jusqu'à nos jours : Désormais^ à l'entrée d'un frane-maçon, les membres de la Loge durent joindre leurs épées au-dessus de sa tête pour former la grande voûte d'acier, pendant qUe le Vénérable et les surveillants faisaient entendre les batteries consacrées, et qu'une députÀtion des sept frères, porteurs de glaives et d'étoiles» lui présentaient sur un coussin les trois maillets d'or et le maillet de direction. Et c'est deux ans plus tard que le chevalier Bulours découvrit dans l'étoile flamboyante la lettre G, qui fait partie du vrai nom de la divinité» et qu'un ordre fut créé pour retrouver tout le reste du nom.
Mais , avant toutes choses , le livre s'attache à combattre les accusations lancées contre le Grand-Orient ; calomnies propagées par la cour de Rome et les Jésuites ; et il démontre victorieusemeut que dans chacun de ces grades tant attaqués, il n'y a jamais eu ni sang répandu, ni pratiques contre la morale. Ainsi, tout ce qui a été dit contre le grade de maître secret est absolument faux. On
ol)]ige^it seulement ]e profane h rester pen4ant deui^ heures tourné vers rOrient, en déplorant la mort d'HiraiQ , et le seul privilège 4^ pet ordre consistait à être instruit de Tendroit où le cadavre avait été caché ; et, 4$ pli^s, à connaître la solution du problème de I4 qu{^4r£^ture du cercle qui, malheureusemenU s'est perdue ^epuk, dit tristement le livre !
Mais les Jésuites ont tout confondu. Avec un art perfi4o ils ont brouillé des cérémonies d*une simplicité ^i belle et fait supposer de criminelles pratiques. Jamais )e gr^nd prévôt, préposé pour rendre la justice aux ouvriers de S^lomon, n'a été tenu de s'ouvrir les quatre veines. // dit ces seuls mots : c Chivi ! Chivi ! » On doit lui répondre simplement: « Ki! Ki! » Au moyen de quoi on a la clef du lieu où sont renfermés le corps du respectable {liram, et la pierre philosophale. Il est vrai que, d4U9 les grades d'élus des Neuf, et d'élus des Quinze, les frères sont obligés de poursuivre Jubelas, Jubelos et Jubelum ; mais les candidats ont trois jours pour s'acquitter de cette mission ; et, à la fin du dernier jour, ils sont tenus seulement à entrer dans la Loge avec un poignard souillé de sang, d'une main, et de l'autre une tôte en baudrucl^e.
C'est d^ns le grade de Royal-Arche que les frères sonj descendus, à l'aide d'une cprde, par un trou pratiqué à la voût^, cérj^monip périlleuse, dit le livre, mais dont ou ^st grandement récpmpensé, jpuisqu'au fond de la cave ou Yûi$ enfin I4 colonue ^'^ii*^!!^ sur laquelle étaient inscrits avaut le déluge les mystères 4e la science, eu même temps qu'uu triangle éblouissant où est encore gr^vé le vr^i nom de la divinité, triangle qui était placé
au sommet de la nenviëme arche du temple d'Enoch, et qui a été cassé par le méchant Briknou !
Le Grand-Ecossais offre les mêmes symboles que le Royal-Arche ; mais, dit le livre, tout en reposant sur le temple d*Enoch , il fait allusion à une époque plus ré" cente^ et rappelle les malheurs de la maison des Stuarts. Tandis que, dans le grade de grand-pontife, le candidat qui représente Zorobabel prend la posture de la Dadouque. On lui demande ce qu'il faisait avant le déloge, t, comme il refuse de répondre, il est tenu alors de raconter la part qu'il a prise à la guerre des Deux-Roses; après quoi, la cérémonie du Noachite nous fait rétrograder à la tour de Babel, où les frères célèbrent la destraction de ce monument d'orgueil élevé par les ancêtres de Jubelas, Jubelos et Jubelum.
Maintenant, l'auteur avoue avec franchise que la réception au grade de Prince de Merci est accompagnée de circonstances que certaines personnes trouveront regrettables : après avoir fait faire au candidat neuf pas vers l'Orient, on lui bande les yeux, on lui attache aux épaules deux ailes en baudruche, on lui fait monter neuf marches, et on lui dit de s'élancer dans les airs et de s'élever en volant jusqu'au troisième ciel. Le candidat monte sor la plate-forme, dit simplement cki! ki!... » et s'élance en agitant ses ailes ! c Presque toujours il retombe par terre. » Il est reçu sur une couverture fortement tendue que tiennent aux <feux extrémités quelques frères vigoureux. On lui annonce alors qu'il est dans l'espace du ciel où roulent les constellations errantes; et, pour le maintenir dans un état d'extase, on approche de sa main une bougie allumée en lui disant que cette chaleur vient des étoiles fixes. Puis, on lui fait humer une petite quan-
tité de mousse de savon de Naples^ qui figure Véther du deuxième cieL Dès ce moment, dit le livre, son corps a acquis la propriété de résister à Faction du feu et à Tattraction de la terre, et il peut s'élever jusqu'au troisième ciel . Mais, tout en reconnaissant que le savon et la bougie lui donnent cette propriété-là, l'auteur regrette ce que ces pratiques ont d'étrange, parce qu'elles ont prêté aux attaques de la cour de Rome.
Et, croirait-on que la mauvaise foi des Jésuites a été au point de confondre le grade de chevalier du Soleil avec Tordre du suprême Grand-Conseil du 33* degré ! Erreur inqualifiable, puisque dans le chevalier du Soleil, le Vénérable, représentant Adam, les profanes ont simplement le voile noir sur la tête, pendant que deux sylphes, un soufflet à la main, les éventent par derrière ; au lieu que dans le 33' degré, le grand-maître, représentant Frédéric II, roi de Prusse, et son lieutenant représentant le duc d'Orléans, toute la^Loge doit être tendue en pourpre avec des têtes de mort et des os en sautoir brodés sur la tenture.
Mais, de tous les chapitres, le plus gracieux et de beaucoup le plus attrayant, est celui qui raconte l'histoire des franches-maçonnes^ dont l'existence est généralement inconnue. C'est sur ces femmes aimables et distinguées entre toutes que la fureur de la cour de Rome s'est le plus déchaînée. Il semblait pourtant, dit l'auteur, que le charme de ces cérémonies aurait dû désarmer ces impitoyables adversaires.
Le premier ordre de ce genre avait des emblèmes nautiques. Les sœurs y faisaient le voyage de l'île de la Félicité sous la voile des frères et pilotées par eux avec le
tifre de cousines, tandis que le récipiendaire était W^yRé de briquet. Mais ce n'est que trois ans pl^s t^fd, r^e Bfpntreuii, à la Folie-Tito u, que fut établi le grand ordrç des Chevaliers et des Nymphes de la Rose qui a été sj bassement calomnié ^ et dont l'auteur nous explique les touchantes cérémonies. La salle de la Folie-Titou s'appelait Je temple de TAmour. Un chevalier nommié Sentiment, une nymphe nommée Discrétion introduisaient les profanes^ et l'assemblée était présidée par l'hiérophante et la grande-prêtresse. Les hommes portaient une couronne de myrte, les femmes une couronne de roses. Les profanes étaient conduits chargés de chaînes à la portç dii temple de l'Amour et y frappaient trois coups.
— Que cherchez-vous ? disaient le frère Sentimept et la sœur Discrétion.
— Le bonheur! devaient-ils répondre.
— Quel âge avez-vous?
— L'âge d'aimer, répondait le chevalier.
— L'âge de plaire et d'être aimée, disait la nymphe. Après quoi la grande-prêtresse ordonnait que les
chaînes fussent brisées et remplacées par celles de l'Amour. Et, dans cet état, on commençait le premier voyage, en répétant le serment solennel :
« Je jurC; au nom du Maître de l'Univers dont le poua voir se renouvelle sans cesse par le plaisir, son plus a doux ouvrage, de ne jamais révéler les secrets de a Tordre de la Rose. »
Ce serment prononcé, les néophytes suivaient un chemin tracé par des nœuds d'amour, et étaient conduits par le frère Sentiment et la sœur Discrétion à Tautel même du Bonheur, pendant qu'une musique délicieuse exécutait une marche tendre, avec des sourdines...
Le Ityre reconQatt qu'un gr^ud nombre d*actnces s'étant fait recevoir dans le temple de TAmouf, deg désordres regrettables eurent lieu dans les bosquets et que la police fu); forcée d'intervenir; et les Jésuites profitèrent du spandale pour confondre ces cérémonies si touchantes du fjrère Sentiment et de la sœur Discrétion avec le rit|& égyptien, qui ne les rappelle en rien ! Car ce rite, dont les mystères sont redoutables, a cela de particulier que le Vénérable communique à l'homme la puissance qu'il ayait avant la chute, et qui consiste, comme on le sait, à ppmmander aux purs esprits. Ces esprits, au nombre de sept, restent toujours dans 1^ L<oge. J^a jeune profane, revêtue d'une longue robe blanche, s'approche en tremblant du trône ; mais elle ne les voit pas encore. Aloi*s, le Vénérable lui souffle sur le visage, en prolongeant le souffle depuis le front jusqu'au menton. Et, quand il a soufflé trois fois, elle aperçoit les esprits, s'en fait obéir, et prend le nom de reine de Saba.
Mais, pour être douée du feu divin, posséder le Pentagone et la spiritualité des cinq mille cinq cent quatrevingt-sept années, « il faut aller tous les cinquante ans à la campagne avec un ami; rester dans une alcôve tendue de rouge et ne prendre qu'un potage aux herbes et de l'eau distillée qui tombe du ciel au lever du soleil. Au dix-septième jour on se fait légèrement saigner, et on avale le premier grain de la matière première , celui-là même que Dieu créa pour rendre l'homme irpmortel. Dès qu'on l'a avalé on est privé de la parole et de la raison pendant vingt-quatre heures. Ensuite, il faut changer de lit, prendre un bon consommé, et, en répétant cela pendant quarante jours, on possède le Pentagone, la première formule de la. pierre philosophai e, la quadra-
ture du cercle, et deux lettres du vrai nom de la divinité... »
Mais, je m'arrête... car il me faudrait demander à M. de Villemessant lesvingt-quatre colonnes du Figaro et retourner tous les cinquante ans à la campagne, pour avoir les cinq mille cinq cent quatre-viogt-^ept années de la spiritualité, si je voulais vous raconter tous les mystères de cette religion de la démocratie! Seulement, avant tout, il faut être juste ; et, quand on a lu ce livre, on sent qu*on a une confession à faire : Jusqu'ici, nous avons accusé les républicains et les hommes du progrès d*étre des sceptiques et de se rire de tout. Or, j'ai beaucoup voyagé, j'ai vu le Midi, j'ai vu l'Afrique, j'ai vu rOrient, et dans aucun pays je n'ai trouvé une foi aussi robuste que ^elle des enfants de Voltaire. Car il est certain que, si on prenait demain deux musulmans, et qu'après leur avoir mis un maillet sous le nez pour les rendre équitables, et une truelle pour les rendre indulgents, on voulait ensuite leur brûler le petit doigt avec une chalndelle en disant que c'est la chaleur des étoiles fixes, et leur savonner le menton avec la mousse de Naples en affirmant que c'est Téther du deuxième ciel, les musulmans prendraient le savon, le maillet et la bougie et nous jetteraient le tout au visage.
C'est donc là une incontestable supériorité de la démocratie. Je reconnais, de plus, que certaines pratiques de la franc-maçonnerie sont infiniment attrayantes, et que tout ce qui se passe dans les bosquets de l'Amour entre le frère Sentiment et la sœur Discrétion est plus gracieux que tout ce que Ton connaît des religions de l'Orient. Mais enfin, quand on songe que cette presse démocra-
tique, qui n'a pas assez d'outrages pour les superstitwm du christianisme, ne parle qu*ayec respect des baptêmes, enterrements et autres cérémonies de la franc-maçonnerie, je me dis que c'est un devoir d'apprendre aux chrétiens quelle est la religion de ceux qui les insultent... Les F.', crient au scandale!... C'est bien. Mais, désormais, on saura que pour être reçu dans le Grand-Orient, il faut avoir traversé des cercles de papier comme les clowns du Cirque, s'être assis sur des clous en feutre et EToir rapporté une tête de baudruche, trempée dans le sang.
Les mystères de notre religion sont redoutables, et parfois épouvantent la raison ; mais la morale en est sublime, et on ne peut nier que c'est elle qui a régénéré le monde; tandis que ces religions de la démocratie où il suffit de dire : « Ki, Ki d, à un camarade qui vous avait dit : « Cbivi », pour voir la colonne d'airain qui était là avant le déluge, et la première formule de la quadrature du cercle , sont aussi stériles que ridicules ! Et on les laisserait dans l'oubli si, au jour des plus grands périls, alors que la France allait rouler au fond de l'abîme, le Grand-Orient n'était venu avec ses frères Kadosch, et ses chevaliers de Jacques YI, se joindre à MM. Jules Vallès et Félix Pyat pour déclarer que la Commune était le nouveau temple de Salomon et la plus belle révolution qu'il eût été donné au monde de contempler !
30RT0NÇ DM CHAQS
3 septembre.
C'était pendant la campagne de J'Est, Nous traversions un soir le val d'Ourmans. Nos chevaux, aveuglés par la neige, roulaient entre les roches et les sapins ; Tobscurité était profonde, le froid devenait terrible. Tout à coup nous apercevons une lumière ; c'était l'auberge du village. J'entre dans une salle où était réuni tout un brillait état-major; on venait d'apporter de sinistres nouvelles : k riiorizon, apparaissait le spectre de l'armée de Manteuffel qui allait nous précipiter tous dans les gprges du Jura. Chacun parlait avec animation. Mais, chose étra^g^, plus j'écoutais ces hommes^ plus je demeurais convaincu que, depijîs le colpnel jusqu'au sou?-ljeutenant, pas p d'entre eux n'étaU soldat.
— Pardon, colonel, dis-je à la fin pour éclaircir mes doutes, il me semble que j'ai eu l'honneur de vous rencontrer pendant la guerre d'Italie ?
— Vous vous trompez, monsieur, me répondit le colonel, avec une certaine austérité ; je ne suis militaire que depuis deux mois.
— Permcitez-tnoi donc de vous faire moa compliiiieiit sur Totpe raplJe avancement, colonel.
— Non, monsieur, j'étais ing^.nicur à X..., où je construisais un pont, lorsque j'ai reçu une dépêche de mon ami Oambetta qui me priait d'apporter mes lumière», et d'accepter le grade de colonel d*état-major. Je tie poti^ yais l*efu6er ; j*ai laissé le pont et je suis venu.
•— Âh ! mon Di«u ! c'est notre histoire à tous, dit le capitaine d'un Air mélancolique. Pour moi, qui suis avocat» je défendais la cause de la démocratie» quand mon ami Crémieux m'a demandé de mettre aussi moâ expérience au service de l'armée et de prendre un grade dans l'état-major. C'a été un grand sacrifice ; mais, ayant consacré ma vie à la défense du peuple, et sentant que je pouvais être utile» je n'ai pas hésité.
— Et cette croix, capitaine, vient-elle de la défense du peuple ou de la guerre?
— C'est mon ami Crémieux qui me l'a donnée à propos de cette petite affaire où nos marins se sont si bien conduits ! £t, vraiment, il a fait cela d'une façon charmante : « Vous êtes un oiseau de bon augure, » m'a-l- 11 dit, en attachant le ruban à ma boutonnière!... J'avais conseillé à mon ami de venir, car il aurait été décoré comme moi. Mais il ne Tapas voulu... Vous savez, Henri, je vous l'avais dit ; c'est bien votre faute.
— Et comment n'y avez-vous pas été? dis-je, me tournant du côté du commandant, qui, du reste, était bien l'officier le plus séduisant et le plus distingué qui se paisse voir l
— Je ne veux rien demander en ce moment ; étant sorti de Sainl-Cyr au mois d'août, et nommé commandant aujourd'hui, je veux attendre encore...
Mais on ne s'entendait plus. Une discussion assez vive s'était élevée entre un jeorie capitaine, jadis sous-préfet dans le Midi, un mobile qu'on venait d'habiller en aide de camp , et un commis que M. Glais-Bizoin avait fait nommer intendant et qui, eux aussi, étant venus mettre leur expérience au service de l'armée, discutaient vivement les actes de leur général en chef... tout cela en face de l'armée de Manteuffel, tandis que les Vengeurs de la Mort éclairaient la gauche de la route, et qu'une troupe de Polonais et de garibaldiens voltigeaient sur la droite, commandés par un de nos meilleurs journalistes...
Et pendant ce temps, à la porte de Tauberge^ attendant tes ordres, immobiles, les pieds dans la neige, étaient de vieux officiers de l'armée, échappés de Frœschwiller et de Sedan, qui, après trente ans de services, de discipline et d'honneur^ obéissaient sans mot dire à l'avocat qui consultait l'ingénieur, qui s'en remettait au journaliste, sousTadministration du commis, pour les conduire tous où vous savez !
C'est un de ces hommes qui vient d'écrire une brochure pour nous prouver combien les armées citoyennes, avec le souffle de la démocratie, seront supérieures aux armées prétoriennes d'autrefois.
— Et pourquoi n'aurions-nous pas le droit de porter la main sur l'armée ? nous dit-on ; en vérité, ce respect est étrange, et Fheure est bien choisie !...
C'est vrai, j'oubliais!... n'a-t-elle pas été vaincue? Qui n'a le droit de l'outrager aujourd'hui ? De tous ces étrangers, ces auxiliaires, les uns, satisfaits, inventent une organisation nouvelle ; tandis que les autres sont la, comme des hôtes de proie, acharnés sur le cadavre de
la France, pour lui arracher encore une croix ou un galon !
Dans celte dernière brochure, du reste, nous devons avoir sept raillions de soldais, et de soldais- citoyens encore ! Pas un de plus, pas un do moins ! avec une magnifique image représentant toute la hiérarchie démocratique : des boules rouges pour les grades sdpérieurs, des boules bleues pour les officiers subalternes, et, tout en bas, une note expliquant pourquoi nos anciens soldats étaient les plus mauvais du monde...
Pauvres soldats ! glorieux vaincus de Frœschwillcr et de Forbach, si ces impuissants vous outragent, moi je vous respecterai toujours ! Jamais je ne vous ai trouvés plus grands que dans cette guerre. Je sais ce que Tenncmi a pensé devons; je sais C3 que l'Europe en dit encore. Laissez cette France ingrate ne saluer que le succès, et comptez sur l'histoire I Plus tardThistoiro dira quels sont les vrais coupables : d'abord les ministres qui vous ont fait écraser par le nombre, sous une artillerie invisible, contre laquelle tout votre courage est venu échouer.
Puis, surtout, ceux qui aujourd'hui vous outragent, ceux qui ont préparé la grandeur de la Prusse, acclamé Sadowa, refusé l'argent pour vos armes, et qui jamais n'ont poursuivi qu'un but : Prêcher l'indiscipline et jeter la désorganisation dans vos rangs.
Plus tard, on relira les articles de la Marseillaise et du Siècle, qui préparaient nos désastres, et devaient amener les défections du 18 mars et les incendies de Paris. Il est vrai que le jour où le territoire a été envahi, ils ont voulu réparer ce qui est irréparable. Si bien qu'on a vu les mêmes hommes qui avaien^t poussé les soldats à la révolte,
créer les cours martiales et ordonner révolutionaaii'ement que Tordre se fit tout à coup dans le chaos.
On dira aussi quels sont ceux qui, aujourd'hui encore, entretiennent l'indiscipline dans l'armée, trouv iit sans doute que c*est l'heure de désorganiser ce qui reste debout, faisant appel à des ambitions malsaines, groupant autour d'eux des officiers d'aventure, qui, menacés dans leurs grades, oublient, hélas, les intérêts de la France, au point de prêter l'oreille à de telles choses. Car voilà l'irréparable malheur de cette république, toujours fatale à la France : elle nous a apporté la désorganisation. Sans elle nous n'étions que battus, mais enûn nos armées n'étaient pas détruites. Et, selon l'expression du général* Trochu, si remarquable pour l'aconter les défaites, elles étaient simplement enlevées, pour nous être rendues entières au jour de la paix. Ce n'est donc pas tant à l'Allemagne que nous devons la désastreuse situation du jour, mais à la République qui, à la place d'une armée admirable, nous a rendu le chaos.
Et comment pouvait-il en être autrement quand on avait déchaîné toutes les ambitions, confondu tous les grades, et qu'à chaque bataille le ministre de la guerre ne parlait à nos ;5oldat^que de la trahison de leurs chefs? C'a été la désorganisation de tout!... Hiérarchie, grades, croix d'honneur, tout ce que croyait le soldat, ce qui, jusque-là avait été son culte, a été comme profané... Et peu à peu notre armée, ce grand corps toujours immobile au milieu de nos commotions et de nos émeutes, a été sapé, ébranlé, jusqu'à ce que la révolution ait achevé de porter la main là, comme ailleurs, pour qu'au moins rien ne restât debout.
Et maintenant, que faire, me direz-vous ?
Ah î que faire?... Devine ou meurs !.., Et nous sommes là. en face du sphinx qui nous regarde au milieu du chaos. Et, en vérité, il faut nous hâter, car autrement nous en mourrons î
La France se débat à travers trois armées qui se sont ignorées pendant la guerre, et qui se retrouvant aujourd'hui, s'examinent avec défiance et se reconnaissent à peine, pendant qu'au lieu de parler d'apaisement, une presse maudite souffle sur ces colères et allume ces ambitions.
Pour moi, je suis convaincu qu'une seule chose est à faire : l'équilibre ayant été rompu, violemment rompu, il faut le rétablir immédiatement, en abaissant le niveau d'un côté et en relevant de Vautre^ jusqu'à ce que les deux armées soient au même point. Car tenter d'arracher aujourd'hui à l'armée de proVince des grades dans une proportion telle qu'on abaisse le niveau jusqu'à celui de l'armée d'Allemagne serait une entreprise impossible d'abord, et qui ensuite, avec ce parti républicain, toujours prêt à profiter des mécontentements et des haines, amènerait un véritable déchirement et achèverait la désorganisation de l'armée.
Il faudrait donc enlever d'un côté tous les grades qui ne peuvent être sm^MS^?n(?nf conservés; et, de l'autre, en donner dans une proportion tel Te, que l'équilibre se rétablîisse complètement.
Ce sera une grande dépense, dites-vous, et les cadres seront débordés. Faites une loi édictant une non-activité provisoire pour un certain nombre d'officiers qui ne rentreront que le jour de la guerre, époque à laquelle vous ne vous plaindrez pas d'avoir des cadres trop remplis. Quant à l'argent, voyez ce qu'a coûté la Commune ! Voyez
ce que coûte chacune des émeutes, et soyez sûrs que ce qui a ruiné la France ce ne sont ni les dépenses faites pour Tordre, ni même les erreurs des monarchies et des empires, ce sont les troubles et les révolutions.
Sans l'armée nous sommes perdus ! il n'est aucun homme de bon sens qui ne le sente, et à l'heure qu'il est la révolution Ta teHemcnt- désorganisée, que, si vous ne vous hâtez, je ne sais où nous allons !