LIS VIEUX CATHOLIQUES
21 septembre.
L'agitation est grande eu Âileiuagne> et le nouveau schisme fait rage. Peut-être me demanderez-vous ce que o*est que les vietix eatholiqiLes. Je ne vous le dirai pas bien ; car, tout ce que j'ai pu comprendre Jusqu'ici, c'est qu'on ne devient vieux catholique que le jour où on ne l'est plus du tout.
Vous le savez, en Allemagne^ on a une manière particulière de dire les choses, et il seimble vraiment que ce soit dans ce pays que la langue ait été donnée à Thomme pouf ne pas exprimer sa pensée. Le catholicisme n'étant autre chose que le christianisme sous l'autorité du pape, je me demande comment c'est en secouant cette autorité (ju'on devient tout à coup vieux catholique, tandis qu'en respectant la tradition de dix-huit siècles on se trouve subitement n'être plus qu'un jeune. Aussi, malgré notre ealrahiement vers tout ce qui ressemble à une révolu- Uon, je crois que cette agitation gagnera difficilement WOUHi) pays, parce que nous ne la comprenons pas bien.
Avec ce boa sens, cette lucidité d'esprit qae nous n'avons jamais en politique, mais que nous retrouvons dans les discussions de ce genre, nous voulons savoir de quoi on nous parle« et il ne suffit pas de nous dire quelque chose d'absolument incompréhensible pour nous le faire admirer.
Les Allemands nous répondent qu'ils sont plus vieux catholiques que nous, parce que ce dernier dogme étant une nouveauté, c'est en ne le reconnaissant pas qu'ils sont fidèles à la religion que le pape enseignait auparavant. Je ne discute pas le raisonnement. Mais, depuis dix-huit siècles, si je m'en rapporte à l'histoire, les papes n'ont fait autre chose que proclamer des dogmes qui n'existaient pas la veille de leur proclamation. Si donc, à chaque dogme nouveau, il s'était rencontré une certaine quantité d'Allemands qui eussent refusé de le reconnaître, cela aurait fait toute une série de vieux catholiques près desquels les vieux catholiques d'aujourd'hui ne seraient plus que des jeunes, et qui, eux-mêmes, auraient été jeunes auprès des anciens vieux qui n'auraient pas voulu reconnaître le premier dogme. Tout ce que je demande, c'est qu on appelle les choses par leur nom. Et, jusqu'à nouvel ordre, il me semble que quand on ne reconnaît pas l'autorité du pape, on proteste, et que, quand on proteste, on est protestant ; aussi, je voudrais bien qu'on m'expliquât comment on peut se révolter sans protester ; ou alors, comment on peut protester sans être protestant ; ou comment, enfin, on peut devenir vieux catholique à force de ne plus l'être.
On dit que M. Loyson va nous donner Jà-déssus ses lumières; et qu'en ce moment même, il nous prépare un livre où, après avoir débrouillé ces mystères, il nous ré-
vêlera tous les combats de soii âme. Quelque opinion que l'on ait de M. Loyson, ce livre sera édifiant entre tous. Puisqu'il paraît que depuis cinq ans ce moine ne croyait plus à la religion qu'il enseignait si admirablement aux autres, ses souffrances ont dû être singulièrement cruelles : renouveler tous les ans des vœux que l'on maudit» monter en chaire pour affirmer des vérités dont on a reconnu le néant, et, sous ce costume sacré, se mentir à soi-même, et mentir aux autres, jusqu'au jour où, voyant le pape prisonnier, on peut enfin aller à Rome lui dire courageusement sa pensée. . . quel long martyre ! . . .
Ce livre nous expliquera sans doute ce qui se passe dans ces réunions d'Allemagne dont les journaux nous font de merveilleux récits. On y voit autour d'une table, à côté du moine défroqué , d'abord, M. Dœllinger, un vieux catholique; puis, M. Weber, qui, ayant cessé d'être jeune^ n'est pas encore devenu vieux; puis, M. Humann, qui, n'étant plus catholique, n'est pas tout à fait protes* tant; puis, deux pasteurs qui, tout en restant protestants, ont cessé d'être chrétiens; puis, un voltairien qui croit en Dieu sans croire à l'âme ; puis, un philosophe qui ne croit ni à l'âme ni à Dieu; et, enfin, tournant autour de la table : libéraux, doctrinaires, démocrates, correspondants de la presse révolutionnaire, émissaires de l'Internationale... qui attendent pieusement les arrêts, de cet étrange concile. Quand on demande comment ces gens peuvent s'entendre, on vous répond simplement qu'ils s'entendent pour détruire ; et que, s'il y a entre eux certaines divergences dont je viens de parler, ils se réunissent tous pour frapper sur le Saint-Siège, et que cela suffit à leur conscience. Si bien que H. Loyson, qui ne pourrait écouter un instant les fidèles qu'il a ramenés à
la foi, raisonne le mieux du monde avec ceux qui ne croient ni au Christ, ni à Tàme, ni à Dieu, ni à rien !
Voici, du reste, que nous recevons, traduit de l'allémand, le Credo de M. Schulte, qui, dans un magnifique symbole, réussit à concilier toutes ces choses.
< Au nom du rapport du fini avec l'infini, je crois en « Dieu le Père, Vétre pur, et en même temps le rien € pur, qui, disparaissant l'un dans l'autre, reparaissent « sous la forme de Vêtre-autre dans leur extériorac tion, et qui, de la sorte, créent le monde dans leur < unité.
c Je crois en Jésus-Christ, fils unique du Père, l'être, c primaire, l'unité absolue de Yêtre de soi et par soi, « sortant du retour parfait de l'être, et devenant par la c parfaite solution de toute opposition Tesprit du genre « humain des temps modernes. • . »
Il est inutile d'insister sur l'importance d'une pareille rSvélation, et sur la vive lumière qu'elle va répandre dans les esprits. Aussi, paratt-il, les philosophes allemands qui, jusqu'ici, acceptaient difficilement le christianisme dans sa forme ordinaire, se rendent tous à cette idée de Vêtre pur en même temps que rien pur qu*ils aperçoivent désormais dans l'unité de Yêtre de soi et par soi. C'est sur cette base solide que se prépare l'entente définitive entre la démocratie et la religion révélée. Mais il restait encore bien des objections, et on craignait que M. Schulte, qui venait de dégager des mystères de la Bible les vérités que la science pouvait accepter, fût impuissante expliquer les autres dogmes. Il y répond victorieusement dans la seconde partie de son Credo :
« Apparaissant dans la subjectivité de l'idée, le Verbe oc a été conçu du Saint-Esprit, est né de Marie, qui re«
« prê^ènlè railiTièn îûbnAé, a éofiffëtt sous PMatë; qdi edt « la rhoiiarcliiè linivèrfeelle... t)è là, ritîfàHlibiliêé etï'irt- « défecHbilîté de la cbfriihunioH des êdéfitîflques à l'état « cônscîeiit de l'îiitélllgerice, par la pàisori du vouloir et « du faire, à l^éKClusldh de ToptiOâitioli dé ia don- « science... »
On se Aémûiïd'èj en effet, quelles objections là phildâophîè pouvait fàîrê; et, quant â mdl, j'avoué qu'il me serait impossible d'y tépotldre. llfâls il paraît cîtle te Credo, sf simple en apparence, a été le frliit de longues et doutou^ reuses discussions. Les vieux catholiques de Murtiéh né vôiiiàietit pas admettre là solution de Ttinité absolue par lé retour parfait de l'être. Ils ne pouvaient nier que, danâ lôôràppdMs du firiîavèc l'infltti, l'êlW pur et le riéil pnt dlsparaiéèent toujOiil'S i'tiH par Tdùti'e ; tnais, le cfroitaîton?ilsse refusaient à reconnaître (Qu'ils reparaissent ensuite dans Vêth dûtre sous là forrtiè de leur extérioraliorlî VéWté dbnt il esi inutile de faire remarquef l'importance, puisqu'il paraît que fc^est à fciëtte ettéHonh tîôh éedle qu'ëst due l'unité de ilotfe monde.
A partir dii jour où ils l'oftt reconntie, toUS leâ autres dogmes ôlit silivi, et e'èSt par là que, fcotitrairèmettt Att « Syllâbus », réntetite s'est faite entré lé progrès etëëttè réligion*qd*bn avait vould rattacher aux superstitions du, moyen âgé. Èlèâ lors, on lé fcbtttprend, toutes les barrièrèb sdiit tombées ; la philosophie allemande a tendu la riiâih à la religion révélée, et, au lieu du Dieu de la Bible, Têtré dé soi et pal» soi, devenant Tesprit même des temps modernes, Marié représentant Tancien ihonde, et Pilatê la monarchie universelle, tous les problèmes de notre époque sont veniiS se résoudre dans la subjectivité de ridée. ÈuGn, rinfailiiblUté dU pape, qui est tine concep-
im WOlH^meqse, af^it jlacp à rjpfléfectibilité de lacp«jpunion de* sçiea(i6qiie§, rtQgme q|ii se démontre -^isém^ui par j^ raisQU 4u vo^loif et du faire, à l>xplu3|9ii c rPFPQ&Uioi» 4e U coascience...
]$|) bien, ^ cp$el)P3e^ nou& frappent déjà 4'admi ration, i) partiU qu'oif 3e f^r^it (jiffic|leiiient une idée de Tefiet qi^'elles pro4pi§eut «n ^llemaïul, où, étant {in peu ipojns compréhensibles encore, elles jeftept cette fieureu^e pp- PHUltion d^ps 4^3 e^ta§ps sai]U5 pareilles ! Mais^ on apus
éprit W'k la lin des cpoférfincéç, ÎPr^PP î^s V^^^ catholicités (ï^i^OQpi^^;; j^v^p le3 jeunes^ les philosophes et les athées sur le rien pur, Têtre pur, Fêtre autre et Texteifiosati^i)..,, il Y j^Mrait parfois certains démêlés, si tout )# nioo4e ne lermiaail: le Cvcdç ep frappai^t sur le Saint- Siège.
Cela est parfait. Maintenant, j*ai un conseil à donner à H. Loyson : c*est de rester là où il est, et de ne pas retenir en France. Plus que jamais, au milieu des mines qui encombrent notre route et de ce vent de tempête qui menace de renverser le reste, les honnêtes gens ont un instinct qui les rapproche des colonnes du temple. Tous ne peuvent y entrer, car, hélas ! dans ce siècle de doute, tous n'ont pas la foi ! Mais, en voyant ce qui se passe, ils voudraient l'avoir; et, s'ils ne sont pas à l'autel, a i moins, se tenant debout, sur le parvis, ils jugent sévère ment ceux qui, dépouillant un costume sacré, sortent dii sanctuaire en outrageant la religion qu'ils servaient la veille. Je crains que ces hommes n'aient mal choisi l'heure de la désertion, et que, condamnés par les croyants, ils n'aient même pas restime des incrédules; car. Dieu merci, dans notre France, les sceptiques eux-mêmes ont en grand
dédain ces moiiies défroqués qui, au lieu de travaiUep à Tœuvre commune, agitent notre pauvre monde, déjà si troublé, de leurs scandaleuses révélations ! S'ils se retiraient silencieusement dans leurs cellules, nous croirions peut-être à leur conscience; mais en entendant tout ce bruit, nous ne croyons qu'à leur orgueil. Orgueil qui jadis a fait rouler Lamennais si bas, qu'à la fin on n'entendait plus le bruit de sa chute.
Il y a une chose que ces hommes ne peuvent nier, c'est que , dans la route qu'ils ont prise, ils ne sont jamais accompagnés et applaudis que par les ennemis mortels de leur religion.
Puis, il y a une autre chose qu'ils ignorent, c'est qu'aussi bien dans l'armée que dans le clergé, déserteurs et renégats, rencontrent autant de dédains chez ceux qu'ils ont été trouver que chez ceux qu'ils ont abandonnés.