‹ La politique d'un soldatChapitre 6 sur 31 · LES VALETS DU BOURREAU · texte numérisé non relu

LES VALETS DU BOURREAU

18 juin.

La Commune habite aujourd'hui de Taulre côté de la Manche. Pétroleuses et assassins se promènent librement dans la libre Angleterre !... La légalité le veut ainsi. Cette Angleterre qui brusquement retrouve des lois féroces quand son intérêt est en jeu, reste indécise en face des meurtriers et des incendiaires de Paris. Le Tiwî^s compare les crimes de la Commune aux crimes de Versailles ^ interroge sa conscience et ne sait vraiment que résoudre... Les autres journaux suivent. L'Europe se recueille, cherche le vrai coupable, et pendant ce temps permet à rinternationale de se réunir à Genève, à Bruxelles et à Londres ; car , si elle redoute l'Internationale, elle ne peut lui refuser les égards dus à tout homme qui vient d*égorgcr la France !., .

On devait s'y attendre. C'est bien cela, et nous l'aimons mieux ainsi... Mais, patience, patience!... Le flot 'monte, et plus tard ils auront beau élever leur barrière de sable, ils seront tous engloutis avec leur haine! . ..

Haine si formidable, que ceux qui ne connaissent pas l'envie, ceux qui ignorent combien cette passion creuse, ronge et dévore dans l'ombre avant d'éclater, ne cona-

prendront jamais les événements d'aujourd'hui. Chose étrange ! contre la France, cette haine a été si féroce que dix mois de malheurs sans exemple ne l'ont pas encore assouvie !... L'Europe n'est pas repue !

Mais, quel était le crime de la France? me direz- vous. Ah ! elle avait sauvé l'Angleterre à Inkermann ! L'Italie lui devait la vie; la Belgique l'indépendance. Elle avait protégé les uns, affranchi les autres : elle était généreuse. L'Europe vivait de sa lumière ! Cela ne se pardonne pas, cela!...

Que la reconnaissance est lourde à porter ! Combien on était las d'entendre parler de la grande nation, de la grande armée, des soldats d'Austerlitz et de Solférino !

L'Europe se disait chaque jour : Mais quand donc poui*rons-nous nous venger du bien que cette nation nous a fait?... L'heure de l'expiation est bien lente à venir! Quelle fatigue de traîner le poids de tels bienfaits !

— • Attendez ! disait la Prusse. Mes espions sont là ; le piège est tendu; laissez-moi faire...

Et, pendant ce temps, la France, impuissante à soupçonner une passion qu'elle ignore, appelait toute l'Europe à sa grande fête des sciences et des arts !

Et les souverains venaient avec leurs peuples ; et les hommes du Nord quittant leurs neiges, sortant des eaux grises et des teiTCs douteuses du pays maudit, descendaient avec leurs casques et leurs passions barbares, pauvres, rapaces, haineux, pour contempler le pays de richesse et de lumière ! incapables de le comprendre peut-être, mais toujours capables de haïr !

La France les regardait passer en souriant, et, comme ils se sentaient ridicules, ils haïssaient chaque jour davantage.

"■lie s.

Alors la Prusse se précipitait sur elle avec rage, et comme sa fureur grandissait avec la victoire, elle frappait à coups redoublés, égorgeant et pillant tout ensemble, au grand applaudissement des nations ! Car, plus elle frappait, plus les nations s'inclinaient et jetaient Tanathème àla victime : Souviens-toi de ta splendeur, de tes égarements!... — Mais je brûle, j'ai soif!... — Bois les larmes 1... — Mais je vais mourir!,.. -^ Songe à tes crimes !...

Et quand, par hasard, une main s'avançait vers elle; l'Angleterre l'arrêtait brusquement : Laissez faire, disaitelle; les voies de Dieu sont impénétrables...

L'exécution dura six mois ! ... six mois de torture, jusqu'à ce que la France retomba baignée dans son sang, étendue sans souffle et sans voix... Toutes les nations penchées sur elle, écoutaient si elle respirait encore, ne la redoutant plus peut-être, mais la haïssant toujours. Et l'Italie, qui avait profité du supplice pour courir au Capitole détrôner un vieillard, l'Italie elle-même se traînait jusqu'à la victime, prête à s'enfuir au moindre soubresaut, de l'agonie !

Une dernière fois on vit la France regarder tous ceux qu'elle avait aimés, qu'elle avait secourus, comme ne pouvant croire à tant d'abandon!... Puis, les ténèbres se liront, la terre se recouvrit d'une vapeur de sang ; il y eut un grand silence, et tout fut fini...

Alors, la Prusse, debout sur sa victime, a entonné le chant du triomphe, et toutes les nations ont complimenté le vainqueur, surtout les deux républiques qui s'agenouillaient avec le czar. Et comme ils étaient tous couverts de sang, on croyait voir le bourreau entouré de sa rour.

Et déjà ils demandaient humblement ce qu'il fallait

Aussi, avec quelle âpre vertu, quel art patient et obstiné ils épiaient leurs hôtes, tàtant l'endroit où ils frapperaient plus tard, profitant à la hâte de cette imprudente hospitalité pour achever leur œuvre !

Si bien que, lorsque la France outragée s'est jetée follement sur le lambeau pourpre qu'on agilait à ses yeux !... dès les premiers coups, renversée à terre, broyée sous les pieds de l'ennemi, elle fut condamnée à mourir, et chacun put voir qu'au lieu d'un combat on n'assisterait qu'à une exécution.

L'histoire racontera plus tard ce que fut cette exécution ! La Prusse, une bible à la main, une hache de Tautre, frappait, frappait sans relâche comme sans colère, appelant toutes les nations au sanglant spectacle et leur commandant le silence I — Venez tous, venez voir ce qui fut la grande nation ! Venez voir ce qui reste de la France d'Austerlitz et d'Iéna !

A cet appel, toutes les nations sont venues se ranger en ordre autour de l'échafaud ; c'a été comme une fête des Césars!... D'abord la libre Angleterre, puis les deux républiques, puis toutes les autres...

Elles chantaient des cantiques en l'honneur du Dieu des armées, et célébraient la sagesse du Très-Haut !

— Voilà donc, disaient-elles, ce peuple naguère si grand, qui nous semblait comme couronné de lumière ! Il s'en allait appelant les peuples à la délivrance ; les empires craquaient sous ses pieds; il avait eu l'orgueil de nous sauver à Solférino, à lukermann. Dieu punit le superbe !...

Parfois, la victime se soulevait défaillante, muette, trop fière pour implorer du secours, et par un sublime effort se redressait tout à coup en face de son ennemi !...

Alors la Prusse se précipitait sur elle avec rage, et comme sa fureur grandissait avec la victoire, elle frappait à coups redoublés, égorgeant et pillant tout ensemble, au grand applaudissement des nations ! Car, plus elle frappait, plus les nations s'inclinaient et jetaient Tanathème à la victime : Souviens-toi de ta splendeur, de tes égarements!... — Mais je brûle, j'ai soif!... — Bois tes larmes !... — Mais je vais mourir!... -^ Songe à tes crimes !...

Et quand, par hasard, une main s'avançait vers elle; l'Angleterre l'arrêtait brusquement : Laissez faire, disaitelle; les voies de Dieu sont impénétrables...

L'exécution dura six mois ! ... six mois de torture, jusqu'à ce que la France retomba baignée dans son sang, étendue sans souffle et sans voix,.. Toutes les nations penchées sur elle, écoutaient si elle respirait encore, ne la redoutant plus peut- être, mais la haïssant toujours. Et l'Italie, qui avait profité du supplice pour courir au Capitole détrôner un vieillard, l'Italie elle-même se tratnait jusqu'à la victime, prête à s'enfuir au moindre soubresaut, de l'agonie !

Une dernière fois on vit la France regarder tous ceux qu'elle avait aimés, qu'elle avait secourus, comme ne pouvant croire à tant d'abandon!... Puis, les ténèbres se firent, la terre se recouvrit d'une vapeur de sang; iJ y eut un grand silence, et tout fut fini...

Alors, la Prusse, debout sur sa victime, a entonné le chant du triomphe, et toutes les nations ont complimenté le vainqueur, surtout les deux républiques qui s'agenouillaient avec le czar. Et comme ils étaient tous couverts de sang, on croyait voir le bourreau entouré de sa rour.

Et déjà ils demandaient humblement ce qu'il fallait

faire de ces restes sanglants, quand la Prusse, détournant la tête avec dédain :

— Arrêtez! ce n'est pas à nous à faire de telles choses ! Voici venir bientôt des hommes que je connais, et qui se chargeront de la triste besogne. Ce sont des hommes à moi, qui me servent depuis des mois entiers, sans lesquels je n'aurais pas triomphé peut-être, et à qui je vais donner Tordre de déshonorer la victime que nous venons d'égorger!...

Alors, les nations se sont écartées avec dégoût, et on a vu s'avancer des êtres sans nom : démocrates, forçats, républicains, disciples du « Siècle^ » enfants de Voltaire, tenant des torches et des haches, et se ruant en foule sur l'échafaud I...

Quelques-uns n'osaient approcher : Venez, disait la Prusse, qu'avez-vous à craindre? Si la France n'était pas morte, ne serais-je pas là pour l'achever avec vous ?

Et alors ils se sont mis à piller ce cadavre, et ils ont souillé par le fer et le feu tout ce que l'ennemi avait épargné

Eh bien, ce sont ces hommes que l'Europe défend aujourd'hui I Elle accomplit un devoir sacré, car ils ont été ses aides dans Texécution, et ils réclament maintenant le salaire qui leur est dû !

Quant à nous, n'oublions pas ces événements; Un jour viendra où on ne voudra pas croire que de telles choses soient advenues. Plus tard nous saurons si vraiment la France était morte, si la France peut jamais mourir ! Jusque-là, recueillons-nous; écrivons pour les générations futures !... L'histoire dira quel fut le rôle des républicains ! et malgré la gloire du vain-

quenr, peut-être trouvera-t-on qu'il valait mieux être avec la victime qu'avec le bourreau, et surtout qu'il valait encore raiejux être avec le bourreau qu'avec ses valets et ses aides.

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