M. PAUL-MEUNIER
s'agit de conclure des alliances, d'engager la parole de la France, de disposer de l'existence de la patrie, de faire la guerre, de la continuer ou de la cesser, de fixer les conditions de la paix, de conclure la paix, alors la démocratie n'existe plus, le Sénat et la Chambre des députés ne comptent plus; la Constitution décide que le Président de la République et son ministère, ou plutôt le ministre des Affaires étrangères sont les maîtres absolus du pays. Ils gouvernent en secret. Ils disposent de la France, de la fortune du pays et du sang du peuple, selon leur bon plaisir, c'est-à-dire suivant leur intelligence, leur clairvoyance ou leur patriotisme. Ils négocient et ratifient les traités, sans consulter personne, sans rendre compte à personne.
Voilà Ja vérité formidable que le pays ignore et contre laquelle les Chambres ne peuvent rien.
Cette vérité, dont nous subissons encore toutes les conséquences incalculables, il est grand temps de, la dénoncer, pour unir contre elle tous les bons esprits et toutes les bonnes volontés.
Il est clair, en effet, que la Constitution républicaine est une effroyable duperie. Tout ce qu'elle donne d'une main, elle le reprend de l'autre. Elle dit au peuple : « Tu es souverain, on ne pourra pas te faire payer un sou d'impôts, ni lever un seul petit soldat sans ta permission, c'est-à-dire sans la permission de tes députés. » Mais elle ajoute aussitôt : « Cela n'a aucune importance, car, sans ta permission, c'est-àdire sans la permission des députés, le pouvoir exécutif, constitué par le Président de la République et ses ministres, peut disposer à son gré de toute la fortune de la France et de toutes Hes générations du peuple de la France par le seul moyen d'un traité d'alliance ou d'une convention secrète de diplomatie. »
Voilà comment notre politique intérieure, qui est celle d'une démocratie, est tout entière dominée, écrasée par notre politique extérieure, qui est celle d'une autocratie,
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Voilà pourquoi le premier grand acte politique qui doit suivre ou clore la guerre, c'est la revision de la Constitution, qui restituera au peuple et à ses élus la direction de la politique du pays, à l'extérieur comme à l'intérieur.
Si la France républicaine ne fait pas cela, elle ne fera rien, ni dans le domaine économique, ni ailleurs. Il faut commencer par le commencement.
c( Je suis âpre, mais vrai », pourrait dire M. Paul- Meunier de lui-même. Mais que cette question, vigoureusement ramassée en un faisceau étroit d'arguments qui paraissent probants, est lourde de pensées et de conséquences. Le Député de l'Aube touche ici, ne l'oublions pas, à l'une des parties essentielles du « vieux » programme républicain. Il suffirait, pour s'en rendre compte, de consulter le Barodet, celui de l'année 1902, par exemple, et d'y cueillir quelques déclarations sur cette re vision, dont- la Chambre actuelle n'a point voulu.
Quelques brefs extraits sont-ils nécessaires? M. Ferdinand Buisson souhaitait une revision dans le sens le plus démocratique, la « Répubhque étant mise au-dessus de toute discussion. »
M. Godefroy Cavaignac écrivait : « La Constitution de 1875, léguée à la République par une assemblée qui n'était pas républicaine, ne satisfait visiblement pas, malgré les efforts qu'ont faits les républicains pour s'en accommoder, aux conditions essentielles que la nation a le droit d'exiger de son organisme constitutionnel. » Pour M. Paul Deschanel, au contraire, «^l'appHcation complète de la Consti-
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tution eût épargné à la France des crises qui l'ont précédemment agitée, notamment de 1887 à 1889 et plus récemment encore ».
M. Gharles-Benoist, en demandant que la « Déclaration des Droits de l'Homme fût enfin plus et mieux qu'une affiche, qu'elle fût partie intégrante, vivante et inviolable de la Constitution », élaborait une charte de réformes où la revision tenait une place prépondérante.
Mais comment l'opérer, cette révision désirée par des parlementaires d'opinions fort opposées, depuis M. Charles-Benoist jusqu'à M. Marcel Sembat?
Les discussions de la Chambre des députés démontrent combien les avis sont partagés tant sur le principe même de la réforme que sur son application. M. Georges Lachapelle s'est récemment étendu sur la matière : « Tout le rnonde reconnaît, dit-il, que la Constitution de 1875 renferme de graves lacunes. Elle n'a prévu aucune organisation des pouvoirs publics en temps de guerre. Elle n'a tenu aucun compte de l'état démocratique créé par le suffrage universel. Elle n'a garanti à chaque citoyen aucun droit ni aucune liberté. Elle n'a pas fixé les députés. Elle n'a point réglé l'importante question de la responsabilité ministérielle devant le Parlement. Elle n'a pas fait la moindre allusion au pouvoir judiciaire. Enfin, si elle a doté le Président de la République d'attributions considérables, elle ne lui permet pas, en fait, de les exercer (1). »
(1) G. Lachapelle: L'Œuvre de demain, Paris, 1917. Armand Colin. « La Renaissance, » Enquête de M. Jacques Jary, juillet 1917.
Quelle conclusion tirer de cette constatation qui agréera à M. Paul-Meunier?
C'est que dans la plupart des partis la revisiop de la Constitution est reconnue nécessaire.
Attendre l'après-guerre — s'il nous est permis d'employer un vocable trop usuel — pour voter une réforme qui serait profitable à la démocratie française nous paraît, comme au député de l'Aube, justifier le reproche adressé, d'ordinaire, aux « pêcheurs de lune », à qui la réalité, tangible et poignante, ferme les yeux au lieu de les ouvrir.
Au reste, ceux qui désireraient l'abolition de la Constitution Wallon diffèrent-ils sur les moyens. Il en est souvent ainsi dans l'ordre politique, social... ou autre : nécessité d'une réforme, mais grande variété de points d^ vue sur la réalisation... Projets... Propositions de loi... Discours... Officiel à gros tirage... Renvoi à la Commission... Enterrement de première classe...
On a discuté cependant et l'on a voté et quoique convaincus qu'il était conforme à un régime démocratique de (( rendre au peuple sa souveraineté intégrale », nos députés ont suivi M. Thomson, rapporteur, hostile à la thèse que M. Paul-Meunier avait résumée devant nous.
Question épineuse, évidemment, qui déconcerte quelques esprits. Rassurons-les, en reprenant avec M, Milliès-La croix le thème exact de notre enquête.
M. MILLIÈS=LACROIX
« Le Bloc du parti républicain ».
Profondément imbu des vertus démocratiques, M. Milliès-Lacroix n'a cessé de faire preuve à la Haute Assemblée d'un labeur patient, d'un esprit tenace, robustement infatigable, en même temps que d'un caractère intègre, qui lui ont valu une haute estime.
Son œuvre comme Ministre des Colonies, de 1906 à 1909, ses rapports multiples, nourris, consciencieux, éloquents par les faits constatés et contrôlés bien plus que par leur commentaire, ses travaux à la Commission des finances (1) et à la Commission de l'armée, le signalaient à nos yeux comme pouvant apporter une contribution utile à notre étude.
M. Milliès-Lacroix est parfois rebelle à l'interwiew. Mais un de ses anciens collaborateurs a trouvé grâce devant lui. Le ton du Rapporteur général du budget est bref et net. Quand on est habitué comme lui à manier des chiffres, on ne s'embarrasse pas de consi-
(1) M. Milliès-Lacroix a succédé à M. Aimond en qualité de Rapporteur général du budget.
b4 LA. POLITIQUE DE DEMAIN
dérations trop vagues. M. Milliès-Lacroix va droit au but. Lui aussi serait « brutal afin d'être sincère », ainsi que disait M. de Monzie.
Quel est son diagnostic?
Mon sentiment est que les partis politiques reprendront les armes qu'ils ont mises bas pendant la guerre, dès que la cessation des hostilités replacera la nation dans un état d'esprit libéré des angoisses actuelles. II est souhaitable que le parti républicain comprenne alors son devoir de se grouper, sinon en un seul faisceau, du moins en groupements limités et compacts; car les ennemis de la République feront bloc.
De part et d'autre, forcément, les questions d'ordre économique et social domineront dans les programmes ; car le problème financier que soulèvera la fin de la guerre se liera étroitement aux formes économiques et sociales que comportera le nouvel état de choses.
A cet égard la vie commune et fraternelle des « poilus » sous les drapeaux, les misères et les dangers subis solidairement, la suppression des distinctions de classe dans l'armée, la sublime égalité devant le péril national et devant le devoir, auront singulièrement éveillé et affranchi les esprits.
Il ne faut pas se dissimuler qu'au lendemain de la guerre nous nous trouverons en présence d'un peuple instruit et conscient de ses droits, qui ne se laissera pas séduire par de'vaines promesses, mais qui exigera des réalités. L'évolution me paraît, à ce point de vue, considérable.
Il faudra donc en tenir compte. Ce sera le devoir du parti républicain.
Pour l'accomplir, ceux qui ont l'ambition de le représenter dans nos assemblées politiques devront renoncer aux vieux procédés et s'attacher exclusive-
M. MILLiès-LACROIX 65
ment à rintérêt général du pays en écartant systématiquement les satisfactions à donner à des intérêts particuliers, quels qu'ils soient. Trop longtemps, ceuxci ont dominé dans les préoccupations et les démarches des hommes politiques et ont fatalement, en provoquant des divisions, des rivalités et des haines personnelles, obscurci la politique et arrêté l'essor des grandes et généreuses idées.
Tel est mon avis. Je vous le donne en toute sincérité comme étant dicté par mon amour profond pour mon pays et pour la République et par mes sentiments démocratiques.
La trêve actuelle des querelles et des disputes sur la validité et la valeur de tel ou tel programme, des batailles parlementaires et des polémiques, qui peuvent se donner libre champ sous un régime démocratique, ne serait qu'une trêve temporaire. On s'en aperçoit avant, pendant ou après les Comités secrets et aussi dans les gazettes. L'union sacrée — oh ! le beau mot, la grande chose ! - — cette union sacrée née du tragique des événements et de la gravité de l'heure, ne subsistera donc pas, aux yeux de M. Milliès-Lacroix. Il est à la reprise future des revendications de tel ou tel parti dans Farène politique des raisons naturelles et profondes qu'un parlementaire des plus fameux nous a exposées.
Nécessité, par conséquent, pour le parti républicain de s'unir étroitement pour défendre les institutions républicaines — pour lesquelles certains adversaires ont conçu un ardent amour au lendemain de la victoire de la Marne — et pour les- hommes
politiques de ne pas être entravés dans leur tâche de « porteurs de lois » par le clientélisme contre lequel vitupérait avec humour un de nos précédents interlocuteurs.
M. ABEL QARDEY
* « Organisons la démocratie ».
M. Abel Gardey, Député du Gers, considère de haut et en profondeur le problème politique d'aujourd'hui et de demain. Il est courageux et véi^idique. Il signale des erreurs. Il ré3ldme des réformes immédiates. Et son avis mérite réfl-exion :
Ma conviction très ferme est que la République a prouvé sa vertu et que la forme du régime ne saurait être mise en cause. C'est la démocratie française, éduquée par les institutions laïques, qui a sauvé la Patrie et démontré que le citoyen-soldat est aussi décidé à revendiquer ses droits qu'à remplir ses devoirs envers le pays. Il y a au surplus chez certains adversaires de la République des conversions latentes qui se dessinent. N'est-ce pas l'autocratie qui a déchaîné sur le monde la plus formidable des catastrophes? N'cst-il pas, d'autre part, advenu que les peuples appelés à se défendre avec le secours du pouvoir personnel contre une injuste agression, ont moins bien réussi dans leur résistance victorieuse que la France, pays de la Révolution et de la liberté?
Mais, ce serait méconnaître les leçons de la guerre que de ne point apercevoir les défauts, qui trop souvent ont enrayé chez nous les efforts valeureux delà nation en armes. Une bureaucratie caduque, un recrutement
défectueux des élites politique, administrative, militaire, une irresponsabilité généralisée des pouvoirs dirigeants, ont pu entraîner certains esprits simplistes à confondre des méthodes vicieuses de gouvernement avec la République elle-même.
D'une manière plus large, c'est la crise du principe d'autorité, déjà dénoncée avant la guerre, qui a éclaté à l'état aigu et multiplié les mécomptes.
Il faut, c'est la tâche essentielle de demain, organiser la démocratie et substituer à une instabilité de direction la forte organisation d'un gouvernement continu et responsable, aussi soucieux de sauvegarder les droits individuels que d'imposer le respect de la loi, expression de la volonté comniune. Je souhaite que les fractions disparates du parti républicain abattent les cloisons artificielles qui les séparent, pour se consacrer après la victoire de nos armées à cette œuvre nécessaire qui est intimement liée au relèvement économique du pays.
Ainsi j'arrive à votre seconde question : N'y a-t-il pas lieu de supposer que les problèmes économiques devront être mis au premier plan du programme des partis?
En réalité, la politique est faite pour une grande part de l'ensemble des questions économiques. Au sens vrai et élevé du mot, la politique n'a rien de commun avec les agitations « politiciennes » qui sont la parodie du gouvernement libre de la cité. Et il serait dangereux, sous prétexte de ne pas tomber dans les errements anciens qui ont fait trop souvent de nos luttes électorales de déprimantes guerres de partisans, de vouloir, dès à présent, entrevoir des réformes économiques urgentes en dehors d'un aménagement des organes d'autorité et représentjatifs de la démocratie. A défaut de ce cadre nouveau, nous ne pouvons voir, dans l'ordre économique, que des tentatives isolées, sans profit pour la reconstitution et la grandeur de la Patrie. Par la force des choses, la forme du régime
M. ABEL GARDEY 69
ne pouvant plus être en jeii, les p?rtis politiques se distingueront par leurs programmes respectifs des améliorations prévues dans les diverses manifestations de l'activité industrielle, commerciale, agricole du pays. Qu'on s'abstienne donc, selon moi, d'opposer la politique et les réformes économiques. Celles-ci se rattachent à la politique elle-même, ou plutôt se confondent avec elle.
Lorsque les soldats de la République reviendront du combat, le front ceint du laurier immortel, ils diront leurs préoccupations et leurs volontés. M. Abel Gardey va, semble-t-iï, au-devant de leurs désirs en signalant les méfaits d'une bureaucratie anonyme et les graves défauts d'une « direction instable et irresponsable ». C'est un son de cloche, hélas ! que nous entendrons souvent. L'écho s'en répercute un peu partout. Cette co-nstatation n'est point un mal, car il faut constater le mal où il se trouve et chercher à le guérir aussi. Comment? Nous ne sommes point thérapeute... mais si les leçons de la guerre qui nous imposent des devoirs difficiles chassaient, enfin ! de chacun de nous « l'horreur des responsabilités », qu'Emile Faguet signalait jadis, l'organisation de la démocratie serait plus facile. On inculque pourtant, dès l'école primaire, des notions précises sur la responsabilité individuelle ! Il va falloir recommencer à apprendre des leçons de morale, Nous ne trouverons point cela si ridicule...
M. PIERRE RAMEIL
« De promptes réformes sociales. Du travail. Protégeons la race française. »
M. Pierre Rameil, le sympa biiique Député de l'arrondissement de Géret, considère comme indiscutable la prédominance des questions économiques et sociales. Inscrit au groupe républicain socialiste, c'est un jeune parlementaire laborieux. Il a fait voter une subvention aux femmes en état de grossesse, un impôt de guerre Gur les revenus des hommes qui sont dispensés des obligations militaires par la réforme ou une affectation spéciale; il est également l'auteur d'une proposition de loi fort intéressante, que la Chambre a adoptée à l'unanimité ; elle était basée sur le droit pour les mutilés de se rééduquer et sur l'assurance que la pension restera intangible, quel que puisse être leur nouveau salaire.
Le Député des Pyrénées-Orientale? s'est donc préoccupé de ces questions d'assurance et de prévoyance sociales qui, pende.nt la guerre et après b victoire, solHcitent et solliciteront impérieusement nos esprits :
J'accède bien volontiers au désir que vous m'exprimez. L'enquête que vous poursuivez revêt à mes
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yeux un caractère plus urgent qu'on ne le croirait ^'abord. La guerre, en effet, nous apoorte chaque jour des enseignements dont il convient de dégager une leçon salutaire pour aujourd'hui comme pour demain. Et il n'est jamais trop tôt pour prévoir.
Il me semble, en premier lieu, que cette union sacrée, dont le parti républicain a peut-être quelque peu souffert, devra subsister, après la guerre, tout au moins dans un domaine pratique, d'intérêt social, où les questions de principes sont subordonnées à des questions d'utilité publique. Il est, il sera de première nécessité d'organiser solidement la force et la vie matérielles de la nation. Cette œuvre n'implique nullement l'amoindrissement de sa vie idéale. Les luttes qui correspondent aux préoccupations de pensée, qui ont une large piace dans le génie de notre race, ne seront point abolies. Mais nous avons, nous aurons pour devoir primordial de chercher à épurer, à simplifier la politique de demain, à Bupprimer ces divisions de partis qui favorisent les tractations et l'esprit d'étroitesse. Nous devons tendre toutes nos forces vers la constitution, vers l'organisation d'un grand parti de défense républicaine animé d'un plus large esprit de réformes et plus dégagé des formules. Il y aura à côté tous ceux à qui la guerre n'aura rien appris et qui demeureront aveuglément attachés aux conservations sociales. Il faudra nourrir, en effet, un égoïsme singulièrement aveugle pour imaginer qu'à la faveur des circonstances on pourra retirer quelquesuns des privilèges de cette démocratie qui vient de consentir de si généreux sacrifices — et que ne s'imposera pas, au contraire, l'impérieux devoir de s'efforcer, par tous les moyens, de mieux répartir les bénéfices du patrimoine commun pour lequel cette démocratie des villes et des campagnes soutient aujourd'hui de si durs combats.
Du reste, si nous écartions même tout mobile d'équité humaine, et que nous nous placions "à un
M. PIERRE RAMEÎL 'jS
point de vue purement national, simplement plus logique et plus profond, nous arriverions aux mêmes conclusions. Oui veut la puissance d'un peuple remonte jusqu'aux sources mêmes où elle prend naissance. Attachons-nous donc à ces mesures sociales qui atteignent jusqu'aux œuvres vives de l'organisme d'une nation. Le problème qui se posera après la guerre, le problème si douloureux de nos pertes humaines, donnera à la question de la repopulation plus d'acuité encore.
Il ne nous suffira pas, pour y remédier, de faire d'éloquents appels à la natalité : mais il faudra lutter avec détermination contre les raisons profondes de l'affaiblissement de la race, contre toutes les causes directes ou indirectes de dégradations physiques ou morales. Si nous voulons avoir des enfants, donnons des preuves de notre sollicitude aux familles nombreuses et surtout protégeons la femme, la mère, l'enfant.
Ces améliorations sociales, dont nul ne méconnaît l'urgence, ne seront réalisées que si nous pourvoyons à la prospérité économique qui les facilitera. Et c'est ici que je toucherai rapidement à cette question de la politique financière d'après la guerre que l'on devra organiser en vue de la prospérité du pays tout entier en dehors des égoïsmes de classes.
D'autre part, il importera de continuer le succès de nos armes par l'extension de notre force industrielle, commerciale, agricole, que, dès aujourd'hui, il faut prévoir et préparer. Il conviendra de réaliser une entente entre les alliés, une sorte dïnternationale économique à l'exclusion de nos ennemis, qui, même vaincus, chercheront contre nous d'autres armes, et dont l'esprit méthodique devra être contrebattu avec vigueur. Songeons à la main-d'œuvre indispensable, faisons appel à ces mutilés rééduqués — envers lesquels notre dette et notre gratitude sont lourdes^ — encourageons notre commerce, notre expor-
tation, améliorons notre marine marchande, développons à l'étranger l'établissement d'attachés com.m.erciaux.
Et que dans cette tâche immense — mais à laquelle les Français de tous les partis ne seront pas inférieurs — les intérêts particuliers, quels qu'ils soient, s'effacent devant l'intérêt national.
Voilà quelques-unes des réalisations que nous devrons voir s'accomplir après la guerre.
Concorde su:' des questions sociales d'intérêt national, organisation d'un grand parti républicain de réalisations effectives, encouragements sérieux à la natalité, extension de notre production, expansion de notre industrie, de notre commerce, de notre agriculture, voilà, semble-t-il, la synthèse de l'œuvre urgente qu'il conviendra d'accomplir après la guerre.
Lorsque M. Pierre Rameil parle — avec juste raison —-de la nécessité de remonter aux sources mêmes où la puissance d'un peuple prend naissance, il évoque à notre souvenir certaine phrase d'Ernest Renan :
« Démocratie, toi dont le dogme fondamental est que tout bien vient du peuple, et que partout où il n'y a pas de peuple pour nourrir et inspirer le génie. il n'y a rien... >;
Il ne sufïîra point, après la guerre, de la redire, cette Prière sur l'Acropole; les dangers où l'agression teutonne a jeté notre patrie, laborieuse et pacifique, ont fait surgir des entrailles du sol sacré le « diamant »
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dont Renan avait la claire vision. Il est transformé en héroïsme indomptable. Faisons qu'il ne soit pas, qu'il ne demeure pas une simple parure pour la couronne de la France éternelle.