‹ La politique de demainChapitre 17 sur 34 · M. CHARLES RICHET · texte numérisé non relu

M. CHARLES RICHET

« Justice, liberté, paix. »

C'est à ce glorieux patrimoine d'idéalisme supérieur, intangible et fécond, que M. Charles Richet, mem.bre de l'Institut, fait allusion dans sa brève réponse. Le conflit actuel, où se déchaîne le monstrueux orgueil de la Germanie, a ulcéré son cœur d'ancien apôtre de la paix, comme il avait meurtri celui d'Octave Mirbeau et de tant d'autres.

Il nous souvient d'avoir entendu l'éminent physiologiste quelques mois avant la guerre — le 2 mai 1914 — « conférer » à la Vie féminine sur ce thème : Ce qu'une femme doit penser de la guerre et de la paix.

Nous écrivions de lui à cette date : « Si M. Charles Richet, qui ressemble à un général éprouvé par de rudes batailles, possédait une voix plus mâle et plus sonore, il aurait volontiers l'humeur combative : c'est qu'il garde en lui une conviction ardente et résolue. Il n'a point réédité les lieux communs que l'on connaît. Il les a rajeunis et adaptés à son auditoire. Il a même trouvé quelques arguments originaux quand il a exphqué son pacifisme par son patriotisme. Il n'est point pour I0 désarmement et

n'a aucune p/ersïon pour le courage militaire; mais il souhaiterait trouver un moyen pour préparer un état social moins barbare... »

Que peut penser de l'après-guerre un savant aussi illustre dont les travaux sur des questions sociales d'aujourd'hui et de demain (protection de la maternité, problème de la natalité) dénotent l'ardent souci qu'il eut toujours de l'avenir de notre pays?

On ne peut pas supposer, dit M. Charles- Richet, que ¥ union sacrée empêchera les citoyens d'un pays libre d'avoir des opinions divergentes. Ce serait dommage, d'ailleurs.

La liberté vit de la discussion, et le progrès est la conséquence des conflits d'opinion.

Mais quant à la direction générale des idées, je crois que les plus habiles ne peuvent rien prévoir.

Vers quelles destinées allons-nous? Je défle un homme sensé d'émettre une opinion sérieusement soutenable.

Tout de même chacun a le devoir de s'attacher plus que jamais aux idées de justice, de liberté, de paix : grands mots qui représentent notre grand idéal à tous.

Sages et belles paroles et qu'il faudrait méditer ! Vers quelles destinées allons-nous?

C'est bien là le problème constant, la hantise commune. Et c'est la raison pourquoi — dans un domaine préalablement déterminé — nous avons entrepris cette enquête. Pour savoir, peut-être...

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« Un grand destin commence «, écrivait, avant de mourir, l'excellent Français, le probe et clairvoyant Onésime Reclus.

Chacun de nous s'en rend-il bien compte et n'est-il pas, ne sera-t-il pas possible, pour les peuples comme pour les individus, malgré les ténèbres qui font peser sur nous tant de nuages sombres, u d'être sa Parque à soi-même et de filer soi-même son avenir )>, partant, de préparer ses destinées?

« To he or noi io be », critère, devoir primordial.

La guerre a voilé dans le monde les idées de justice et de liberté. C'est pour les sauvegarder, que la France, phare de l'humanité, a pris les armes. Souhaitons avec M. Charles Richet qu'après la victoire elles répandent sur l'univers entier une lumière plus durable.

M. MASCURAUD

« Une politique économique nationale et internationale ».

, Faisons suivre ces témoignages individuels de l'avis de ceux qui représentent des groupements importants. Tout en secondant les initiatives privées, l'État — - d'après plusieurs de nos interlocuteurs — devra participer dans le domaine économique à l'exploitation de certaines industries. Cette évolution seule suffirait peut-être à donner, si elle était partagée, une orientation nouvelle à la politique de demain.

M. Mascuraud, Sénateur de la Seine, est Président-Fondateur du Comité républicain du commerce, de l'industrie et de l'agriculture. Grâce à ses nombreuses filiales, l'influence de ce comité est de plus en plus considérable en France, aux colonies, à l'étranger.

Nous trouvons M. Mascuraud au Cercle Républicain de l'avenue de l'Opéra. C'est un homme fort bienveillant et ouvert, de jugement et de bon sens. Le commerce et l'industrie sont des écoles d'expérience où l'on subit, comme disait Pascal, « le frottement de cordeB de nécessité î^ qui forme les carafi-

tères, octroie le plus souvent prudence et sagesse. Nous aurons plus que jamais besoin de ces qualités. Le programme substantiel que va nous exposer l'honorable M. Mascuraud en garde le puissant reflet :

— Je ne crois pas que la guerre actuelle amènera un profond changement dans l'orientation de la politique. Le régime républicain en sortira grandi et fortifié, aux yeux de nos concitoyens comme aux yeux du monde entier. La paix victorieuse marquera l'accéléraiion évidente du progrès démocratique.

Je demeure convaincu que notre parti s'élargira, prendra de nouvelles forces. Maïs il lui importera de se préoccuper, dans l'organisation de la France de demain, de toutes les questions économiques et sociales, dont le comité que j'ai l'honneur de présider a fait, depuis plusieurs années, l'objet de ses préoccupations et de ses études.

Ces questions, les enseignements que nous apporte une guerre terrible les mettent aujourd'hui, comme ils les mettront après ia victoire, au premier plan du programme des partis et plus spécialement du parti républicain qui, toujours, en eut le souci.

Nul, en effet, mieux que le parti républicain, quelle que soit l'étiquette que vous lui donniez, n'a apporté autant d'attention au développement de l'industrie, du commerce et de l'agriculture. Ce sont là des branches sociales, si. j'ose m'exprimer ainsi, qui auront énormément souffert de la guerre. Elles ont assuré la prospérité de la France pendant la paix, et c'est à elles que l'on doit le rapide relèvement de notre pays après nos désastres de 1870. Après ia tragédie actuelle, des problèmes difficiles se poseront devant nos esprits.

*lls sont nombreux et d'ordre*i divers. Je ne les

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énumèrerai pas tous. Il en est, en effet, qui naissent de circonstances que nul ne saurait prévoir.

En premier lieu, il est et il sera opportun de maintenir l'activité économique de notre pays, et de préparer, par des réformes entreprises dès maintenant, la reprise des affaires au lendemain de la paix^ les industriels, les agriculteurs, 'les commerçants, sont parmi les représentants les plus qualifiés de l'activité nationale, les artisans de la fortune française. C'est à eux qu'il faudra faire appel pour cette organisation future, pour le relèvement immédiat de la prospérité d'un grand pays comme le nôtre, qui montre, à l'heure actuelle tant de qualités d'héroïsme et de si magnifiques vertus guerrières. Il y a des industries qu'il faut développer, celle de la houille blanche, par exemple, qui, dans un avenir peu^loiç^né peut-être, révolutionnera de fond en comble l'industrie mondiale et en même temps l'ordre social. Quelle formidable puissance est en réserve chez nous, dont on n'a pas tiré tout ie parti nécessaire 1 Lorsque l'utilisation de remplacement delà houille noire par la houille blanche sera complète, plus de 200.000 mireurs sei?ont rendus à l'industrie. ïl est facile de prévoir le rendement immédiat de cette main-d'œuvre nouvelle.

La houille blanche est un produit national, c'est à ces produits, à ces richesses de notre pays qu'il faut songf^r d'abord.

Je sais que le problème de la main-d'œuvre est de ceux qui comporteront, qui exigeront une solution urgente. Pour assurer la reprise des affaires, il faut assurer la reprise du travail et mobiliser en quelque sorte tous les travailleurs. Il conviendra pour l'une, comme pour l'autre de ces reprises, de procéder par étapes, dans l'ordre logique des choses et de ne pas vouloir tout faire et par à-coup.

Notre industrie, ébranlée par de si rudes épreuves, aura besoin d'être remise d'aplomb. On doit voir d'abord la reconstruction des usines, le rééquipe-

ment en matériel, l'approvisionnement en matières premières, le recrutement de la main-d'œuvre ennemie par l'établissement de taxes de séjour. Nous devons songer à pratiauer, à étendre une politique économique vraiment nationale : intensifier avec vigueur notre production, afm de nous soustraire à Thégémonie de Tétranger, pour les produits que notre pays est capable de fournir. J'estime, d'ailleurs, que cette intense production doit d'abord profiter au pays producteur. Il y aura des luttes à entreprendre qui soulèvent des questions complexes et difficiles à aborder dans l'inlerwiev/ que vous voulez bien me demander.

Je me contenterai de vous signaler qu'il ne faudra pas que les conventions internationales pour la défense de la propriété industrielle qui ont mis tant d'années à aboutir demeurent lettre morte et couvrent une sorte de travail platonique. Nos industriels, nos commerçants, nos agriculteurs escomptent la désignation iormelle de nos produits aux yeux de la clientèle étrangère, afin d'empêcher de nombreuses spoliations et d'augmenter nos ventes au dehors.

Cette question de notre exportation et de notre plus grande expansion économique touche à celle du régime douanier métropolitain et colonial. Je demeure, à cet égard, partisan du c réciprocisme », si j'ose employer ce terme. Il serait trop long, d'entreprendre l'étude approfondie de ce problème, au sujet duquel nous avons réuni au Comité républicain des données extrêmement précises. Il faudra y songer après la guerre, il faudra que le Parlement étudie l'autonomie douanière des colonies, le droit pour elles de conclure des conventions commerciales avec les divers pays, sous le contrôle de la Mélropol-e et la suppression des droits à l'entrée en France sur les denrées secondaires.

Pour Cfc qui est de notre revision douanière, je suis d'avis qu il conviendra d'opérer des réductions de droits à l'entrée en France des houilles, par exemple,

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et d'apporter des augmentations de tarifs sur les produits manufacturés importés chez nous et qui ont pour fournisseurs prépondérants l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie, en tenant le plus grand compte, dans ces augmentations, des pays qui seraient ensuite avantagés comme fournisseurs.

Et cela m'amène logiquement à vous dire un mot de la politique économique internationale que la France sera amenée à pratiquer après la conclusion de la paix. Sur ce point, je me permets de vous signaler qu'un de nos collaborateurs (1) les plus actifs a réuni les éléments d'un travail important où il a intercalé un tableau synthétique établissant pour chaque nation les marchandises sur lesquelles l'entente pourrait se faire entre les alliés. La question est délicate, mais il nous appartient d'éviter une sorte de vasselage économique, dont nous avons fc^ngtemps souffert, et pour cela, comme je vous le disais, d'intensifier notre production et de produire à bon marché. On peut, d'ores et déjà, estimer possible une entente des Alliés qui tendrait à exclure, à l'exportation de leurs territoires respectifs et de . leurs colonies, les produits manufacturés allemands dont ils sont ensemble les principaux acheteurs et dont ils pourront assurer chez eux la fabrication, tant pour leur consommation personnelle que pour lutt<ir ensuite sur les marchés étrangers contre la concurrence allemande qui deviendrait forcément plus intense. A ce sujet, le gouvernement et le Parlement, où se réunissent tant de commissions laborieuses, pourront, j'imagine, en tenant compte des desiderata de nos producteurs, établir des conventions commerciales profitables à notre prosp érité nationale.

La 'guerre, certes, rendra indispensables certaines réformes et celles qui intéressent le commerce, l'in-

[l) M. Havy,

dustrie, ragricultiire de la France ne sauraient trouver aucun esprit réfractaire à leur développement, à leur extension au dedans comme au dehors du pays.

La France est une grande nation appelée aux plue hautes destinées. Après la paix victorieuse un immense labeur restera à accomplir pour réparer tant de ruines accumulées par la furie guerrière d'un ennemi héréditaire jaloux de notro prospérité.

C'est la prospérité nationale qu'il faudra avoir en vue, à la cessation des hostilités, comme aujourd'hui, et voilà pourquoi, tout en estimant que l'orientation de notre politique sera fermement et sagement républicaine, les questions d'ordre économique et social devront être mises au premier plan des préoccupations de tous les Français. Je sais par une expérience quotidienne, par un contact journalier avec ceux qui, dans tout le pays, sont les représentants autorisés de cette industrie, de ce commerce, de cette agriculture — à si rude épreuve aujourd'hui, que demain comme aujourd'hui ils prépareront de tout leur cœur l'organisation de la France d'après-guerre et que leur mot d'ordre sera : Travail.

Le Comité républicain du commerce, de l'industrie et .de l'agriculture, qui compte plus de quarante mille adhérents, a donné de multiples preuves de son activité économique. M. le Sénateur Mascuraud touche ici à des questions qui ont fait l'objet de discussions nombreuses dans la presse et au Parlement. Elles sont loin d'être épuisées. Les réformes qu'il réclame démontrent le souci d'organisation et de collaboration à la prospérité nationale de tous ceux qui, avant la lutte présente, ont été les laborieux agents de cette prospérité.

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Assurément, le problème militaire actuel doit être résolu tout d'abord. Il en engendre d'autres et cela nous impose le devoir de regarder ce que pourra être demain à travers la houle de nos angoisses et de nos espoirs.

M. DURAFOUR

« Lea luttes reprendront.

Elles aeront salutaire-^ ».

M. Durafour, Député de la Loire, est Président de la Commission des mines. Sa compétence et son autorité sont fort appréciées en cette matière où les abstractions spéculatives pèsent d'un poids fort léger à côté de l'examen expérimental des faits.

M. Durafour, cependant, étudie la question d'une manière générale et sa réponse, sobrement exprimée, marque la nécessité de réformes dont le domaine est loin d'être limité.

C'est une bien grave question, et qui me dépasse, que vous me posez là. Il faut plus que de la clairvoyance pour la résoudre, et, dans le tumulte des événements, comment prévoir, à coup sûr, ce qui pourra se passer demain?

Ce que je puis formuler, ce sont donc moins des prophéties — dont je me sens incapable — que des impressions et des aspirations.

Je crois fermement qu'au lendemain de la guerre les luttes politiques vont renaître. Elles renaîtront parce que des fautes ayant été commises, non seulement avant la guerre, mais pendant, et que ces fautes ayant exercé une action sur les débuts de la guerre et

sur sa durée, la démocratie réclamera — et elle en a le droit et le devoir — des explications et des comptes à ses élus.

Mais je crois aussi fermement que, malgré les orages de la politique, les questions économiques occuperont dans l'esprit public et dans les débats des assemblées, une place qu'elles n'ont point encore connue. Par l'ardente lutte que réclamera demain le maintien de notre prestige industriel et commercial, la paix ne sera, si l'on peut dire, que le prolongement de la guerre, ou pour parler plus juste, sa transformation. Les arm.es auront changé, les buts ne seront plus les mêmes, mais si la guerre actuelle ne devait aboutir pour aucun des peuples alliés à aucune clés pleines satisfactions qu'ils attendent, c'est sur le terrain économique que chacun d'eux cherchera à parfaire les sanctions incomplètes, des traités, en même temps que l'ennemi accablé s'efforcera de prendre, sur le même terrain, ses dispositions de revanche.

Apprêtons-nous donc à lutter, encore, à lutter longtemps. C'est un grand siècle d'efforts, de travail, de concurrence, de résistance morale, de ténacité qui s'apprête. En France, ce haut idéal se continuera avec le tempérament séculaire du peuple, avec sa foi sociale ardente, son impatience de réformes et sa soif de justice.

Mais ces luttes-là, loin d'épuiser la démocratie, constitueront pour son effort le moteur nécessaire et raiguiilon indispensable.

Et c'est, j'en suis sûr, au milieu des tourments inhérents à toutes les démocraties — que se formera, dans les cinquante années qui vont suivre, la grande France, la puissante France, la France de justice, jaillie, il y a cent vingt ans^ des sources de la Révolution.

Des impressions, des aspirations, c'est bien là

M. DURAFOUR 9I

ce que nous désirions connaître. Et îe recueil s'accroît.

S'il y a, s'il doit y avoir après la guerre une renaissanrce des luttes politiques, inhérentes d'ailleurs à un régime de liberté, et nécessaires au progrès humain, il est incontestable que la trêve conclue entre les partis au moment de l'agression teutonne sera brisée.

Qu'est-il résulté, que résulte-t-il de cette trêve?

Les événements ont répondu depuis août 1914. Quand la France est assaillie, l'agresseur ne trouve plus' devant lui que des poitrines unies dans un effort commun vers un but identique.

Cette « union sacrée » durera-t-elle?

Les uns le croient, les autres le souhaitent, simplement.

M. LAURENT EYNAC

« Maintenons l'union sacrée

pour la grandeur du pays ».

M. Laurent Eynac, Député de la Haute-Loire, secrétaire de la Chambre, un des jeunes élus de la dernière consultation électorale, qui s'est acquis rapidement les sympathies de ses collègues par son éloquence et sa laborieuse activité, M. Laurent Eynac désire pour l'après-guerre le prolongement de cette trêve entre les partis politiques. Et les arguments qu'il fournit ne sont point spécieux.

L'union sacrée n'a pas été, n'est pas qu'un mot. En dépit des traverses par où trente mois de guerre l'ont fait passer» elle a subsisté. Elle a réuni au front, face à l'ennemi, des hommes venus de tous les points du territoire et de tous les horizons de la pensée, différents d'origine, d'éducation, de tempérament, de mentalité, de religion, d'opinion et de qui l'on peut dire, tant ils s'étaient entre-battus violemment, qu'ils n'avaient ni la même âme, ni le même drapeau; ils n'ont plus eu eux tous qu'une âme et qu'un drapeau !

Elle a réuni, l'union sacrée, à l'intérieur, pour les œuvres innombrables nées de la guerre pour une même besogne, inlassable et toujours accrue, de bienfaisance et de secours, des bonnes volontés diverses

et jusque-là divergentes et qui se sont conjuguées pour le. bien de tous, les salons aristocratiques et les salons libéraux et les maisons populaires, des hommes qui s'ignoraient, se combattaient, se haïssaient parfois et qui assemblés par la tâche commune ont appris à se connaître, à s'estimer, à s'aimer.

La barricade est tombée; il ne faut pas qu'on la redresse. L'union sacrée — et qu'importe les manquements de certains dans l'accord persistant de l'ensemble! — doit se continuer en action sacrée pour la prospérité nationale, pour la e^randeur du pays.

il le îaut. Au lendemain de la paix — que nous souhaitons prochaine — l'œuvre sera immense qui s'offrira, qui s'imposera à l'activité de tous. ïi faudra que ce pays si riche. en ressources les exploite toutes intensément s'il, veut vivre et « tenir -^ dans la paix comme il aura tenu dans la guerre.

Le développement de son activité agricole, commerciale, industrielle, l'accroissement de -ses transports terrestres et maritimes, l'établissement d'une législation favorable à l'essor économique de la nation, autant de conditions indispensables à la fortune de ce pays qui ne se réaliseront que si une grande politique nationale, une nouvelle politique des résultats l'emporte sur les débats personnels, sur les querelles de partis et sur les controverses philosophiques.

La guerre à fait naître ici et là des groupes d'action économique et des comités d'organisation agricole qui sont peut-être l'esquisse des conseils professionnels, des assemblées corporatives de demain.

L'orientation nouvelle de la politique s'accompagnera non pas seulement d'une réforme électorale étriquée, insuffisante, inopérante, mais bien d'une réorganisation administrative qui dégagera, qui donnera de l'air aux organismes locaux comprimés dans l'étau du pouvoir central.

H faut pour l'avenir de notre pays que dans.la grande

M. LAURENT EYNAG 96

Pairie, qui par la victoire sortira consolidée de la tourmente, les « petites patries « puissent, parmi l'action commune, prendre tout leur essor.

Nous aurons l'occasion de revenir sur certains des points auxquels se rattachent les déclarations de M. Laurent Eynac et de M. Durafour. L'avènement d'une grande politique nationale, où l'intérêt particulier s'effacera devant l'intérêt du pays, est unanimement désiré, semble- t-il.

Si tous les citoyens, à quelque classe qu'ils appartiennent, ont cette unique et légitime préoccupation, il apparaît que les barricades tomberont.

Le « réalisme » ou plus exactement une politique de réalisations immédiates supprimera-t-elle les conflits d'idées et de principes? Incertitude. Et c'est fatal.

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