M. COMPÈRE-MOREL
« L*État doit présider à Torganisation du travail et de la production. »
M. Compère-Morel, Député socialiste unilié du Gard, peut être considéré comme un spécialiste des questions économiques. C'est un « agrarien », dans toute la force du terme et l'on reconnaîtra, à lire son opinion, à suivre depuis quelques années ses interventions à la tribune de la Chambre, que de fortes leçons « s'élèvent de la terre ».
« Comme vous le voyez, dit-il, j'ai pleine confiance en l'avenir, à condition toutefois que notre démocratie entre hardiment dans la voie du progrès. »
Voici les vœux — point platoniques — de M. Compère-Morel.
La grande leçon que la guerre aura donnée à ioub les peuples, est une grande leçon politique. Elle aura d'abord prouvé que, loin d'être tombée en décadence, comme certains Taffirmaient, — et cela du fait de quarante années de démocratie, — la race française n'a rien perdu de ses qualités de combativité, d'ende volonté et d'endurance.
(1.) M. Compère-Morel a été Commissaire général au îilinistère du Commerce et de l'Industrie:
Ensuite, les événements auront démontré que la République « seule » donne le maximum de garanties de paix puisque, si les nations qu'une dynastie de proie a déchaînées contre nous avaient bénéficié de notre régime politique, l'épouvantable cataclysme, qui a fondu sur le monde, aurait été évité.
C'est dire qu'après la guerre, la politique française devra tendre de plus en plus vers un système de gouvernement susceptible de développer les principes qui sont la base de toute démocratie afin de donner au monde des travailleurs une plus grande somme de libertés politiques et de bien-être économique.
La paix reconquise, notre unique, notre principale préoccupation sera d'accroître la richesse de notre pays. Il faudra que chacun de nous comprenne une fois pour toutes, que celui-ci ne pourra se relever et occuper le rang auquel il a le droit de prétendre, que si nous savons lui donner les moyens de tirer parti de toutes les forces et de toutes les valeurs dont il dispose.
Or, pour une pareille l3esogne, il ne faut pas seulement compter sur l'action personnelle. Trop longtemps chez nous, l'individualisme a triomphé. Nous n'avons pas su voir que, dans les temps modernes, l'action méthodique collective et de masse est en tout indispensable.
Il appartiendra donc à l'État de présider, autant qu'il le pourra, à l'organisation du travail et de la production. Il ne faut pas qu'au nom d'une liberté mal entendue, et au nom d'un droit de propriété quelconque, les détenteurs des moyens de production, d'échange et de transport puissent en user et en abuser à leur profit, n'envisageant que les dividendes, les profits et les rentes qu'ils en retirent.
L'intérêt de tous, avant l'intérêt — quelquefois mal compris — de chacun !
Amélioration de toutes nos voies de communica-
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tion; centralisation de tous nos réseaux ferrés; développement de nos canaux; utilisation rationnelle de la houille blanche transformée en énergie électrique; diffusion de cetije énergie sur toute l'étendue du territoire; transformation de notre système banquaire sous le contrôle de l'État; perfectionnement de notre industrie, outillée suivant les dernières données de la technique, pour pouvoir rivaliser avec nos concur« rents; aménagement de nos ports avec une marine marchande moins routinière; enseignement commercial plus en rapport avec les modes nouveaux de vente, etc., etc., n'est-ce pas là un plan dont tous les partis — s'ils n'avaient que le souci de la prospérité de la France — pourraient faire leur programme ?
C'est surtout au point de vue agricole qu'il y aura un gros, un énorme effort à faire La terre française n'a jamais été cultivée comme elle aurait dii l'être; le nouvel instrument agricole y est à peu près inconnu. Irrigation, assèchement,, motoculture, engrais, canaux, voies, ferrées, électricité, chimie, etc.. tout devra être employé pour réaliser la dizaine de milliards qu'il nous faudra trouver en plus annuellement et que notre sol — j'en ai la conviction — est à même de fournir.
Mais pour que notre représentation nationale puisse traiter de front un pareil problème de reconstitution économique, maritime, industrielle, agricole, banquaire et commerciale, il faut que son mode d'élection ne soit plus ce qu'il est aujourd'hui. L'œuvre à accomplir étant une œuvre nationale, les circonscriptions électorales doivent être au moins départementales. Il ne faut plus que les députés soient des élus absorbés par une politique de bas étage et dont toute l'activité est exclusivement consacrée à la défense d'intérêts particuliers, mais tout au contraire des élus préoccupés au plus haut degré des intérêts généraux.
Il4 LA POLITIQUE DE DEMAIN
C'est donc une question de vie ou de mort pour la France.
Ou économiquement elle se mettra au» niveau des puissances voisines qui ont affirmé leur supériorité dans tous les domaines de l'activité humaine et sur toute la planète et « aura ainsi sa place au soleil ».
Ou, victime d'un esprit d'un autre âge que nous n'avons cessé de déplorer et de critiquer, ayant peur des formules hardies et de l'interventionnisme de l'État, elle restera recroquevillée sur elle-même, « périssant dans la paix » après être sortie indemne de la plus terrible des catastrophes.
Mais j'ai confiance dans la démocratie française qui, trempée par les plus dures épreuves, saura puiser en elle-même la volonté, l'énergie et la force d'entrer dans la voie des réalisations économiques et sociales exigées par le progrès et préconisées depuis si longtemps par les partis d'avant-garde.
Cette consécration des vertus essentielles de la République et de l'accélération du progrès démocratique nous agrée vivement de la part de M. Compère-Morel. Notons aussi cet espoir — discret à peine — d'une concorde économique et sociale entre tous les partis républicains, apparemment peut-être.