M. ALBERT MILHAUD
« Il faut établir la République dans son esprit. »
Un programme d'action politique et sociale pour le parti républicain au lendemain de la grande guerre se dégagerait-il des « impressions » reçues et enregistrées par nous?
Nous serions tenté de le croire et notre conviction est singulièrement étayée par la conversation que nous avons eue avec M. Albert Milhaud.
M. Albert Milhaud s'est placé au premier rang de ceux qui ont travaillé et qui travaillent intelligemment et avec méthode à réaliser une cohésion organique dans le grand parti répubhcain. Esprit vigoureux et net, nourri de connaissances approfondies, puisées aux bonnes sources, M. Albert Milhaud, qui fut trois fois Directeur de cabinet d'un Ministre, agrégé d'histoire et de géographie, est un de nos meilleurs maîtres et un confrère particulièrement apprécié. Il apporte à cette enquête une contribution fort utile, dont nos lecteurs feront, nous en sommes sûr, leur profit.
M. Albert Milhaud a de la perspicacité et sa documentation est sûre. Nous allons avec lui entendre
Il6 LA POLITIQUE DE DEMAIN
une forte leçon; Albert Milhaud étant, au surplus, un « idéaliste conséquent ». (Le mot est de M. Charles Maurras.)
La question que vous avez posée me paraît bien vaste, mais d'une utilité évidente. Tous les citoyens de ce pays ont le droit et le devoir de s'en préoccuper et parmi eux elle intéresse surtout ceux qui, dans le parti républicain, ont le souci ardent de la République intégrale et de la Démocratie nationale.
C'est sous l'angle, en quelque sorte, 'de l'idéal démocratique et du réalisme national que j'examinerai les problèmes dont l'étude constitue le thème de votre enquête.
A l'heure actuelle, il faut vaincre d'abord; c'est le premier, le plus urgent de nos devoirs; l'effort suprême de la nation tout entière doit tendre, irrésistiblement à libérer le territoire et à ne rien négliger, dans quelque domaine que ce soit, pour régler, organiser, assurer la victoire décisive de nos armes.
Pour mieux soutenir la lutte où nous a entraînés la folie guerrière et brutale des Allemands, les partis politiques ont consenti d'un cœur unanime la trêve nationale. Mais sous cette trêve — Fustel de Coulanges l'observait déjà chez les Gaulois — « les partis vivent encore; ils conservent leurs désirs et leurs craintes, leurs passions et leur idéal ».
Cet idéal, ces passions, ces aspirations, la guerre ne les fera point disparaître. Permettez-moi de dire que je suis de ceux qui n'ont jamais consenti à abstraire leur souci démocratique de leur amour de la Patrie, à subordonner à la revendication du parti la loi suprême du Salut public.
Une constatation s'impose ici t quoi qu'on ait prétendu, la nation reste et restera fidèle, j'en suis convaincu, à sa foi politique et à ses espérances