‹ La Politique de l'incohérenceChapitre 2 sur 20 · SA · texte numérisé non relu

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L’Orient est resté le pays de la tradition par excellence; il a gardé, à travers les siècles, son caractère indélébile ; et l’un des traits essentiels de ce caractère, c’est le mélange, la confusion des choses religieuses avec les affaires civiles. La politique — je pourrais presque dire la police — et la religion ne font qu’un. Les peuples orientaux sont agrégés les uns aux autres, non pas comme nous, par la géographie, la politique ou l'administration, mais par leurs cultes, par leurs rites: ils font COTps

(1} Officiel du 29 février 1888, page 650

par communions, par confessions religieuses ; ils n’ont d’autres pratriciats que leurs clergés. Aussi n’ont-ils jamais eu aucune‘idée de la longue querelle qui se poursuit, à travers toute l’histoire de l'Occident, entre l’État et l'Eglise . . .(r)}. »

Sur ces données précises, le protectorat des intérêts catholiques en Orient ne pouvait rencontrer d'obstacles au cours des xvr°, xvrie et xvirre siècles; mais il risquait d’être gêné par l’évolution des idées qui se développèrent ensuite. Or il est remarquable de constater qu’il ne souffrit pas de l’extraordinaire mêlée d’idées et d’événements qui marquèrent cette époque.

Le protectorat français des intérêts catholiques en Orient ne fut point entravé par la tourmente révolutionnaire.

La Révolution française et le protectorat en Orient.

En 1792, le gouvernement recommande au citoyen Descouches, envoyé extraordinaire de la République à Constantinople, de suivre, au point de vue religieux, la politique traditionnelle de l’ancienne monarchie. (Le protectorat français en Orient, de Pelissier du Ransas.) |

« À l’égard, disent les instructions, des prérogalives attachées aux fonctions d’ambassadeur de France, relativement à la religion et à la qualité des protecteurs du culte chrétien dont nos ambassadeurs ont toujours été investis, le citoyen Descouches, sans attacher trop d’importance à ces pré-

(1) Officiel du 29 février 1888, page 659.

rogatives, n’en conservera pas moins tous les droits qui lui sont attribués, ne fût-ce que pour entretenir la considération dont les ministres de France ont Joui jusqu'ici. Au reste, l’envoyé extraordinaire trouvera dans les capitulations qui lui ont été remises les bases principales qui doivent à cet égard régler la marche de sa conduite (1). »

En 1793, le Comité de Salut public envoie des ordres aussi formels au citoyen Lemonville, nommé ambassadeur de la République auprès de la Porte : « Le citoyen Lemonville fera voir au gouvernement ottoman que nos anciennes liaisons ne tenaient pas à ce que la France eût une forme de gouvernement monarchique plutôt que tout autre; que ces liaisons étaient fondées sur l'intérêt réciproque des deux nations. La forme du gouvernement a changé; les rapports de cette espèce, établis par la nature elle-même, sont au-dessus des variations de gouvernement. »

À dire vrai, il y eut en Palestine des mesures prises qui ne concordaient pas avec les instructions du gouvernement. Ainsi, au commencement de 1793, on saisit et inventoria les biens des Lazaristes. Mais ces mesures contradictoires furent le résultat d’une agitation locale, entretenue par des agents qui espéraient voir l’Autriche prendre le protectorat des intérêts catholiques. Les ordres de Paris n'étaient pas toujours respectés, parce que

Fenvoyé de la République était débordé par les

éléments de désordre. En tout cas, jamais le protec-

(1) Archives, Aff, étrangères, t. CLXXXIV, page 161,

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torat des intérêts catholiques ne fut cédé à une puissance rivale. La France en resta constamment titulaire et n’avait jamais cessé de le posséder quand la paix de 1802 avec la Turquie remit en vigueur les capitulations.

Le congrès de Berlin.

Le Congrès de Berlin envisagea officiellement 1a question du protectorat catholique. Elle la résolut dans l'article 62 du traité du 13 juillet 1878, dont le dernier alinéa est ainsi CONÇU :

« Les droits acquis à la France sont expressément réservés et il est bien entendu qu'aucune atteinte ne saurait être portée au statu quo dans les lieux saints. »

Cette disposition consacre bien la reconnaissance par les puissances européennes des droits de la France à la protection des intérêts catholiques.

Dès lors, notre protectorat prenait un caractère nouveau, il devenait un titre légalement reconnu, qui était compté à la France dans l'actif de la répartition. Le laisser périmer par une inaction volontaire serait maintenant coupable et sans excuse.

M. Delcassé déclarait à la Chambre des députés, le 11 juillet 1898, que, « résolu à assumer toutes les obligations du protectorat des intérêts catholiques, il entendait également, sans idée vexatoire, ou même simplement désobligeante envers qui que ce soit, maintenir tous les droits, droits formellement reconnus et réservés par l’Europe elle-même au congrès de Berlin ». Il renouvelait cette affirmation le 23 janvier 1899.

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M. Delcassé, conformément aux paroles prononcées au Parlement, envoyait, en 1898, à nos représentanis dans l'empire ottoman, des ordres très

précis pour résoudre selon nos intérêts la question | de l'escalier de la grotte de Bethléem. En 1900, il | leur demandait de faire rendre aux catholiques les

droits qu’ils possédaient sur l'église du Saint-Sépulcre et qu’ils avaient perdus dans des troubles violents. En 1901, il leur prescrivait d'obtenir du gouvernement les décrets nécessaires pour la reconnaissance d’un certain nombre d’établissements religieux nouveaux et pour l'investiture du patriarche chaldéen.

Dans ces quinze dernières années, l’anticléricalisme a tenu une grande place dans notre politique intérieure. On pouvait craindre que des militants particulièrement entreprenants ne fussent tentés d'apporter dans notre politique extérieure un dogmatisme systématique et une assimilation hâtive et dangereuse. Allait-on voir notre diplomatie tradi- | ionneïle bouleversée par ces préoccupations ? Estce que la séparation des Églises et de l’État intervenue en 1909 allait être invoquée pour modifier l’état | de choses existant ? |

Fort heureusement il n’en a rien été. Malgré des suggestions évidentes, les ministres radicaux qui sé Sont succédé depuis 1900 n’ont jamais consenti que lanticléricalisme fût exporté en Orient et vint compromettre le développement séculaire de notre influence.

À dire vrai, aucune question diplomatique importante ne s’est posée depuis en ce qui concerne le protectorat des intérêts catholiques en Palestine.

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Le département des affaires étrangères n’a pas eu à intervenir pour défendre des droits qui sont aujourd’hui indiscutés. Notre action extérieure s’est bornée à des démonstrations de puissances ou des manifestations de courtoisie, dont notre marine a été chargée d’assurer l'efficacité. Aussi dans les eaux ottomanes notre flotte a été constamment chargée d’affirmer le prestige du pavillon français auprès des autorités locales, des organisations religieuses et des populations catholiques. Nos plus puissantes unités, qui sont une parcelle du territoire national, ont constamment symbolisé aux rives de l’Asie la séculaire vigilance de la France.

A ce point de vue, notre politique extérieure en Orient qui s’est surtout manifestée par des démonstrations navales, est intéressantes à rappeler, d’abord dans les années de lutte qui ont précédé la loi de séparation, et ensuite dans les années d’organisation et d'adaptation qui l'ont immédiatcement suivie.

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