‹ La Politique de l'incohérenceChapitre 7 sur 20 · LAS · texte numérisé non relu

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Il eût été étrange, en vérité, que seuls, parmi € Ies marins internationaux », les marins français eussent manqué, et que nous ayons compromis par notre abstention les intérêts essentiels dont nous avons pris la charge. À ce désavantage certain, notre absence aurait ajouté une grave incorrection. Il faut souvent se régler sur son voisin et trop souvent l'isolement splendide est vain et dangereux. D'ailleurs les relations cordiales amènent l’ échange de bons offices. Ainsi l'amiral Pivet pouvait écrire le 3 mai 1909:

« Je viens d’être informé d’autre part, par le commandant du 7riumph, actuellement mouillé à Souadieh, qu’il a fait une visite aux capucins de Niodorber et qu’ils vont bien.

« Je donne l’ordre au commandant du Jules-Michelet d’aller passer la journée de demain devant Souadieh et de revenir mouiller le soir devant Bazit, après avoir visité lui-même les chrétiens réfugiés à Souadieh. »

Incident Giannini. Rappport de l'amiral Pivet,

30 juin 1909.

L'initiative ne se borne pas à ces marques de courtoisie habituelle. Quand il s’agit de maintenir nos prérogatives, nos officiers et nos agents diplomatiques, sûrs de l’appui du gouv ernement, savent également se montrer fermes à l'égard des puissances étrangères. En 1909 se place l'incident Giannini; l’amiral Pivet n’hésitait pas à défendre nos droits exclusifs et à rendre compte dans un rapport du 30 juin :

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= a ms — ue SERA 3/4 LA POLITIQUE DE L'INCOHÉRENCE « Mersina, le 30 juin 1909.

Ainsi que je vous l'ai fait savoir dans ma lettre du 15 juin, l’Aretusa a fait du 2 au 13 juin tout le tour du golfe d’Alexandrette, ayant à son bord Ms Giannini, délégué apostolique, qui se proposait d'aller visiter les diverses missions catholiques de la côte et d'apporter quelques secours pécuniaires aux chrétiens victimes. À son retour à Beyrouth, l’Aretusa, débarquant M$’ Giannini, l'avait salué de quinze coups de canon, pavillon italien en tête de mât.

« Partant le lendemain de Beyrouth, je n’ai pas eu l’occasion de faire au commandant italien, M. le capitaine de frégate Heroldo Basso, l'observation que comportait cette infraction au privilège que les capitulations donnent à la France, mais je signalais le fait à M. Fouques-Duparc, notre consul général à Beyrouth.

« Aujourd’hui, en recevant la visite du commandant Basso, je n’ai pas manqué de le lui rappeler, et il s’en est défendu fort mal, à la vérité, en me disant qu’il n'avait fait que suivre l’exemple donné à Alexandrette par son supérieur, M. le capitaine de vaisseau Manzi, commandant du Francesco- Ferrucctio.

« Vous apprécierez, Monsieur le Ministre, s’il y a lieu de porter ces faits à la connaissance du département des affaires étrangères, dont les agents dans le Levant attachent à ces infractions voulues et réfléchies une réelle importance... »

Cette protestation fut instruite comme il conve-

nait par le cabinet Clémenceau. Le troisième ministère Briand en récolta les fruits. Le 10 mars 1915, le contre-amiral Dartige du Fournet écrivait

« Mg Giannini a saisi cette OCCasion pour prononcer un discours dans lequel il blämait ses compatriotes en rappelant que « Îla catholicité ne peut avoir en Orient qu’un protectorat unique, sous peine de perdre toute protection pratique, et que ce protectorat est et reste le patrimoine séfatré de la France. »

La diplomatie de M. Ciémenceau et lPincident

Giannini.

Ainsi la diplomatie de M. Clémenceau aboutit à ce prodige de faire reconnaître solennellement notre protectorat catholique au prélat qui en est le plus jaloux.

D'ailleurs l’intelligente activité de l’amiral Pivet se dépensait au cours de sa mission. Dans un rapport du 15 juin 1904, il citait 27 extenso une lettre qui lui avait été adressée le 25 mai par M. Gueyrand, notre consul général à Jérusalem. Certains passages corroboraient parfaitement l'attitude de nos marins.

ee Lettre du consul général à Jérusalem à l'amiral Pivet.

« En ce qui concerne la relâche de nos bâtiments à Jaffa, écrivait M. Gueyrand, je partage absolusert votre sentiment qu’il y aurait grand intérêt à montrer les couleurs françaises sur les côtes de Palestine, et je n’ai pas m+nqué de le dire à plu-

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sieurs reprises, tant au département des affaires étrangères qu’à l'ambassade.

Importance attachée par les indigènes à la visite de nos bâtiments dans les ports du Levant,

« Voici, du reste, ce que j'ai télégraphié le 10 de ce mois et paraphrasé par le courrier du r/, en rendant compte de la visite des marins du Premonte; j'estime nécessaire que l'équipage d’au moins un de nos croiseurs, que tout le monde sait dans le voisinage, vienne à son tour passer au moins trente-six heures dans la ville sainte avant de rallier la France ; personne ici, catholiques, grecs, musulmans, juifs, ne s’expliquerait notre abstention, et, exploitée par nos rivaux, l'effet en serait déplorable.

« Je ne laisserai pas passer l’occasion d’insister, croyez-le bien, et même de recommander que tous nos bâtiments, successivement, s'arrêtent à Jaffa et envoient un détachement aussi nombreux que possible à Jérusalem.

« En effet, si jusqu'ici j’ai craint de demander trop, plus je vais, plus je constate la nécessité de montrer que la France est toujours la nation qui fait le mieux et le plus pour la protection des chrétiens du Levant. s

« Je veux espérer que mes efforts, secondés par les vôtres, obtiendront le bon résultat que je considère si désirable pour le maintien de notre influence traditionnelle, objet de tant de convoitises et d'attaques sournoises. »

L’amiral écrivait peu après de Beyrouth :

« Avec l’aide de notre consul général, M. Fouques-

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Duparc, je me suis efforcé de répondre à ces manifestations de sympathie en rendant personnellement toutes les visites qui m’avaient été faites et en entretenant les relations les plus cordiales tant avec les autorités civiles et militaires du pays qu'avec les autorités catholiques, non seulement de Beyrouth, mais même du Liban, car j'ai échangé des visites avec $S. E. Youssouf Pacha, gouverneur du Liban ainsi qu'avec S. S. Ms Hoyeck, patriarche maronite.

« De tous côtés j’ai reçu l’assurance que la vue, dans le Levant, du pavillon français porté par quatre de nos plus grands bâtiments avait produit une forte impression qui ne pouvait qu'être très profitable à l'influence française dans cette contrée. »

Rapport du capitaine de frégate Daveluy, 30 juin

Un rapport du 30 juin 1909, adressé par le capitaine de frégate Daveluy, commandant le contre-torpilleur Faucon, donne des détails très intéressants sur les visites officielles faites aux

établissements catholiques :

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... Le Faucon appareilla du Pirée le vendredi 18 juin pour Syra, où il s’amarra le même jour, à quatre heures du soir. Dès l’arrivée, M. de Manneville annonça ses visites, qui comprenaient, en dehors des établissements français (hôpital, secours de Saint-Joseph, Filles de la Charité), le préfet des Cyclades et l’évêque catholique.

« Le lendemain 19, à 7 heures du matin, nous partions pour Timos, où nous avions à voir l’évêque

catholique et le célèbre établissement du Lutro où les Ursulines élèvent les futures femmes des diplomates, des hauts fonctionnaires et des députés influents de la Grèce. Le Faucon mouilla à 8 h. 1/2 entre les jetées. L’évêché et le pensionnat étant situés à l’intérieur de l’île, ces visites prirent toute la journée, avec déjeuner au couvent des Ursulines; trois heures de mule, reçu un compliment, octroyé un jour de congé.

« À 5 h. 1/2 du soir, le Faucon reprenaït la route de Syra, où il était amarré à 6 heures du soir.

« Visite des établissements des Oblats et des Ursulines, deux compliments, deux jours de congé. Visite à l’archevêque, pasteur d’un troupeau qui compte plus de 150 catholiques. Appareillage à 2 heures du soir, mouillage à Santorin à 6 h. 1/2 du soir, dans des conditions peu brillantes. Le petit plateau de mouillage de 300 mètres était occupé déjà par deux trois-mâts, une goélette et un Caique; pour arriver à se caser le Faucon dut mouiller sa deuxième ancre à 30 métres de la première ancre et à l’accroc du banc.

« L’évêque était absent, la matinée du 22 fut consacrée exclusivement à la visite des établissements des Pères Lazaristes et des Filles de la Charité (deux compliments, deux jours de congé). Après un déjeuner chez les Pères, le chargé d’affaires se rendit avec M. Holleaux, l’attaché militaire et les officiers du Faucon aux,ruines de Messa Vono : o heures de mulet. »

Des détails aussi précis ne laissaient planer

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aucun doute sur l'attitude traditionnelle et habituelle de nos représentants visitant les établissements catholiques. Ils sont accueillis comme des chefs, comme des inspecieurs, avec déférence. On leur adresse des compliments, et ils octroient des jours de eongé.

La politique du ministère Clémenceau et le maintien de notre influence vis-à-vis des populations catholiques du Levant.

Arrêtons ici cette longue série de citations. Elle à suffi à montrer que sous le ministère Clémenceau, notre politique en Orient a constamment tendu au maintien de notre influence par des manifestations constantes d’intérêt et de courtoisie vis-à-vis des populations catholiques.

Si, au début, M. Clémenceau avait ignoré, et cette supposition est invraisemblable, le caractère et l'importance du protectorat français en Orient, l’œuvre même et les rapports de nos agents l’auraient rapidement édifié. C'est par un défaut de mémoire infiniment regrettable qu’il est amené aujourd’hui à nier les faits dont il garde la responsabilité,

Dépêche de M. Picard, second ministre de la marine de M. Clémenceau, au commandant du « Jules- Michelet ».

En tout cas, au moment où ils furent connus du cabinet, ils ne parurent pas suspects. En effet, le 3 juillet 1909, M. Picard, collaborateur spécialement élu et visiblement inspiré par M. Clémenceau, signait le télégramme suivant :

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« Parts, le 3 juillet 1909.

LÉ: Marine à commandant Jules-Michelet, % | Port-Saïd.

| 4 Ralliez amiral Pivet en relâchant Jaffa, Caïffa, l Beyrouth, Tripoli.

Pendant séjour Jaffa, pouvez autoriser officiers qui le désireraient se rendre à Jérusalem.

Dans ce cas, auriez à vous concerter avec le 44 consul général pour agir de même façon que o f'fi- % ciers étrangers qui ont déjà fait ce voyage.

Accusez réception et indiquez date arrivée Jaffa

| pour que Affaires étrangères puissent prévenir | consul général. »

; En résumé, quoi qu’on prétende, le cabinet Cléa menceau à appliqué ou adapté la loi de séparation TE aux nécessités de la politique extérieure. Il a no- 1E tamment arrêté la façon dont elle devait se conci- | . lier avec notre diplomatie orientale.

Or des documents irréfutables qui viennent d'être fournis, deux constatations ressortent.

Le cabinet Clémenceau a voulu que nos bâtiments s’associent aux fêtes religieuses.

Le cabinet Clémenceau a compris la nécessité de maintenir notre protectorat en Orient par un intérêt témoigné aux œuvres catholiques et par une déférence constante pour les manifestations du culte.

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