‹ La politique de la GrèceChapitre 3 sur 11 · IQI · texte numérisé non relu

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puté de Corfou, M. Théotokis, a émis l'opinion que ce traité était caduc, la Serbie, contrairement à une de ses clauses ayant offert aux Bulgares des concessions, sans avoir pris le consentement de son alliée. M. Nakos, député de l'Attique, reconnaît, tout en protestant, l'utilité pratique pour la Grèce du débarquement des Alliés; il demande, en outre, des explications au gouvernement sur les concessions territoriales réclamées, l'été dernier, de la Grèce au profit de la Bulgarie, par les Puissances de l'Entente, désireuses d'obtenir le concours bulgare contre les Turcs. C'est dans ces conditions que M. Vénizelos, — qui avait formulé une protestation officielle contre le débarquement à Salonique — monte à la tribune.

E. Vénizelos. — Messieurs les députés, si l'honorable député de l'Attique avait seul pris la parole, je ne serais pas monté à la tribune pour redire ce qu'il a dit. Son discours tendait essentiellement à accroître l'effet de la protestation du Gouvernement, en affirmant que l'opposition, à la Chambre, participait elle aussi à cette protestation. Ainsi que l'a dit M. Nakos, sur des questions pareilles, chacun a la permission, sinon le devoir, de se montrer susceptible, et même extrêmement susceptible. Mais si je monte à la tribune, c'est parce que ceux qui m'y ont précédé, ne se sont pas bornés à donner une portée plus générale à la protestation du Gouvernement, et ont au contraire, touché d'autres points. Je dois reconnaître que le Parlement hellénique s'est bien rarement, dans toute la durée de son histoire, trouvé en présence de circonstances aussi graves et aussi

critiques, et que la Chambre a bien rarement inauguré des débats d'une plus grande ampleur, et dont dépendait réellement davantage l'avenir du Pays et de la Nation.

Mais avant d'aborder la partie la plus générale de mon discours en répondant aux autres orateurs, je dois, en deux mots, répondre à l'honorable député de l'Attique.

Il a rappelé, et je pense qu'il cherchait en cela à faire une critique au Gouvernement et à ses tendances, il a rappelé que les puissances de la Triple- Entente (on peut dire maintenant de la Quadruple Entente) nous ont demandé des concessions en Macédoine l'été dernier.

La Question des Concessions.

Tout d'abord, pour mettre les faits à leur vraie place, et pour faire connaître aux représentants du Pays ce qui s'est exactement passé, je crois de mon devoir de rappeler que les Puissances conseillèrent avec instance au Gouvernement hellénique Je consentir à des concessions en Macédoine, en échange de grandes et importantes compensations en Asie.

Je dois encore ajouter que, en abandonnant le pouvoir en février, j'ai laissé le Gouvernement qui me succédait en présence de la situation politique que voici : les Puissances de la Triple-Entente pro-

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mettaient à la Grèce de très vastes concessions territoriales en Asie Mineure, mais sans lui demander aucune compensation ; elles avaient depuis longtemps promis au Gouvernement hellénique qu'elles ne lui feraient aucune demande de ce genre au profit de la Bulgarie. Elles demandèrent uniquement, en échange des vastes concessions accordées en Asie Mineure, que nous levions les oppositions formulées par nous au début contre toute concession de la Serbie à la Bulgarie, concessions qui ne pouvaient avoir leur effet sans notre aveu, précisément à cause de notre traité d'alliance avec la Serbie. J'espère que l'honorable député de l'Attique reconnaîtra que ce n'est pas moi qui puis et dois expliquer pourquoi, quand le Gouvernement que je présidais se fut retiré, les choses changèrent au point qu' n en vint à demander à la Grèce des concessions.

G. Pop. — Je demande la parole.

E. Vénizelos. — En tout cas, ce que je puis ajouter sur cette question à côté, pour la réooudrc, c'est que je me trouve aujourd'hui dans l'agréable possibilité de faire connaître à la Chambre qu'au moins depuis le moment où le Gouvernement que je préside est revenu au pouvoir, les Puissances ont cessé de demander à la Grèce des concessions au profit de la Bulgarie, et que des assurances formelles et officielles ont été données que les pro-

messes de concessions à la Bulgarie, même de la part de la Serbie, étaient désormais caduques : c'est le mot français qui fut employé. (Applaudissements.) Avant d'atteindre le point essentiel du débat, je suis obligé de répondre également en quelques mots à l'honorable député de Patras1. Je regrette de ne pouvoir me ranger à son avis. Assurément chacun des députés a le droit, du haut de cette tribune, de discourir sur toute question qu'il juge de nature à intéresser la Représentation nationale. Mais, conformément aune tradition depuis longtemps consacrée au Parlement hellénique, et à bon droit consacrée, les Gouvernements sont libres de ne pas même expliquer pourquoi ils ne répondent pas, toutes les fois qu'ils sont invités à débattre les affaires extérieures du Pays par d'autres que par les chefs de partis de la Chambre. Et cela, Messieurs, ne diminue en rien les droits d'aucun des membres du Parlement. Sans doute, chacun des députés a le droit imprescriptible de porter la discussion sur le terrain des affaires étrangères, mais c'est à lui à exciter, s'il le peut, l'intérêt de la Chambre, à émouvoir assez son âme

i. M. Gounaris, député de Patras, précédant Vénizelos à la tribune, avait protesté contre « l'injustice » commise par les Alliés en débarquant à Salonique. Il avait émis aussi l'opinion que le Président du Conseil devait, sous certaines réserves, répondre à tout interpellateur en politique étrangère et non seulement aux chefs des partis.

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pour obliger le Gouvernement à rompre le silence, même si celui qui porte la parole n'est pas un de ceux auxquels les traditions parlementaires confient ce soin.

Pour moi, j'exprime le vœu et l'espoir, que le député de Florina, qui le premier a pris la parole à cette tribune, occupe bientôt, au Parlement hellénique, une place aussi considérable, et que, lorsqu'il voudra parler des affaires étrangères, il ne se trouve pas dans la nécessité de trouver un patron qui soulève pour lui le débat. Je le souhaite sincèrement, je l'espère avec confiance ; Monsieur le député de Florina occupera bientôt cette place au Parlement.

La mobilisation bulgare.

Je veux encore, Messieurs, avant d'aborder le sujet essentiel de mon discours, prendre la liberté de vous faire considérer qu'en parlant comme il l'a fait, l'honorable député de Patras fait sienne la question posée par un de ses collègues du Gouvernement. Je réponds donc à l'honorable député de l' Arcadie, que, dès que la Bulgarie eut mobilisé, les représentants des Puissances étrangères à Athènes devaient naturellement me demander quelle politique pensait suivre le Gouvernement hellénique. Je déclarai dès le premier moment, que, aussitôt connue, la mobilisation partielle projetée par la Bulgarie serait sui-

vie par une mobilisation grecque partielle, et que, aussitôt que la mobilisation bulgare serait connue, dans la journée, et moins de vingt-quatre heures après, la mobilisation générale grecque serait décrétée.

Mais il me fallait en même temps, Messieurs, considérer la marche qu'allaient naturellement suivre les événements après la mobilisation. Je n'ai jamais, Messieurs, dissimulé le fait un seul instant, tant que je fus au pouvoir, jusqu'en février, et depuis que j'y suis revenu, pas un instant je n'ai cessé de proclamer, que les obligations auxquelles nous soumettait notre traité d'alliance avec la Serbie, n'avaient pas cessé à mes yeux d'exister, et que je comptais les respecter, tant que je connaîtrais l'honneur et le poids du gouvernement. Mais je savais que, dans certaines sphères, dont les opinions sont, au point de vue militaire, très dignes de considération, on pensait que, puisque les conventions militaires avec la Serbie, en déterminant les modes de collaboration des deux armées (l'armée hellénique et l'armée serbe), au cas d'une guerre contre la Bulgarie, prévoyaient des effectifs déterminés que la Serbie mettrait au service de la cause commune, l'absence de ces contingents (l'armée serbe étant occupée ailleurs), donnait à notre action un caractère risqué. Je demandai donc aux représentants des Puissances

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en cause, si, au cas où la Bulgarie attaquerait la Serbie, les puissances étaient disposées, lorsqu'entrerait en jeu la clause du traité, à fournir le complément d'effectif militaire dont la Serbie ne pouvait disposer pour repousser une agression bulgare, son armée étant occupée ailleurs. Il me fut répondu que ce complément pouvait être mis à la disposition de la Grèce dès le moment où la clause commencerait à jouer. J'ajoutai en même temps que je tenais à éviter sur ce point tout malentendu ; que, si je demandais l'envoi de cet effectif, ce n'était pas pour me créer des obligations nouvelles, mais que je désirais uniquement savoir, si dans l'hypothèse d'une intervention de la clause, l'effectif serait fourni ; c'était là un élément propre à éfclairer la religion de certains milieux, qui sont appelés à donner un avis, quand il s'agit de problèmes de cette nature.

Le traité gréco-serbe.

Et maintenant, Messieurs, j'entre dans le vif de la question. C'est à bon droit que l'honorable député de Corfou et celui de l'Arcadie, qui a pris la parole en deuxième lieu, ont cherché à attirer l'attention de la Chambre sur notre traité d'alliance avec la Serbie. Il est impossible que la Représentation nationale et le Pays jugent sainement de la situation présente, sans connaître exactement les

dispositions du traité gréco-serbe, en ce qui concerne l'obligation, pour chacun des deux États, de courir au secours de l'autre. Je regrette de ne pouvoir dès aujourd'hui satisfaire à la demande, bien fondée, je pense, de l'honorable député de l'Arcadie, qui souhaiterait que j'expose à la Représentation nationale le texte même du traité. Je ne puis le faire à présent, mais j'espère pouvoir le faire bientôt, en demandant, immédiatement, avant la fin de la session, au gouvernement serbe, l'autorisation de rendre ce texte public.

Cette autorisation m'est absolument nécessaire, car une clause formelle du traité en interdit la publication, sauf accord des deux Gouvernements intéressés. Mais si je ne peux pas faire connaître dès aujourd'hui le texte en question, j'ai le devoir et aussi le droit de communiquer à la Chambre les passages du traité, essentiels du reste, qui nous occupent aujourd'hui et dont a besoin la Représentation du pays pour prendre nettement conscience des problèmes que nous discutons.

Le traité avec la Serbie, Messieurs, le traité d'alliance est unique. Il n'y en a pas eu deux, l'un avant la guerre contre la Rulgarie, l'autre après, comme le laisse croire l'honorable député de Kozani. Le traité d'alliance est celui qui fut conclu à peu près un mois avant que la guerre contre la Rulgarie éclatât

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et précisément en prévision de cette guerre, et qui devait, pour une durée de dix ans, servir les intérêts généraux de chacun des deux États. En ce moment, je pense que je n'ai plus le droit de cacher à la Représentation nationale et au pays, que notre traité d'alliance avec la Serbie est un traité d'alliance défensive, chacun des deux États s'obligeant à secourir l'autre, au cas où, sans provocation, de sa part, il serait attaqué par un tiers.

G. Pop. — Un tiers quelconque ?

E. Vénizelos. — Il n'y a pas « un tiers quelconque » ; il y a « un tiers ».

Sur les bases de ce traité, Messieurs, lorsque, au mois de mai de l'année dernière, nos rapports avec le Gouvernement impérial ottoman tournèrent à l'aigre, nous nous adressâmes à la Serbie, en expliquant les raisons pour lesquelles nous envisagions une nouvelle guerre contre la Turquie, guerre qui nous semblait devoir être, même si nous commencions les hostilités, une guerre défensive pour la Grèce, parce que les provocations étaient devenues intolérables. Sur les bases, dis-je de ce traité, nous nous adressâmes à la Serbie, pour lui demander son appui, au cas où, au cours de cette guerre, nous serions provoqués par un autre État.

K. Lykoupezos. — La Serbie ne s'est-elle pas adressée à la Grèce lorsque l'Autriche lui déclara la guerre ?

E. Vémzelos. — Messieurs, lorsqu'à éclaté la grande guerre européenne qui ébranle non seulement le monde civilisé, mais le monde entier, je me trouvais à Munich, retournant de Bruxelles où avait été décidée une entrevue avec le grand vizir de Turquie en vue d'une entente et de la solution de la question des îles. C'est là que je reçus un télégramme de M. Pachitch, qui m'informait de la guerre et me demandait quelle position prendrait la Grèce en présence de cette guerre et relativement au traité d'alliance. Je répondis à M. Pachitch que je ne pouvais lui donner de réponse définitive sans retourner à Athènes, convoquer le conseil des ministres et demander ensuite l'avis du roi. Mais il me sembla que j'avais le devoir de ne pas laisser en doute du moins sur mes opinions personnelles le premier ministre de l'État allié, pendant les cinq ou six jours que demandait encore mon voyage de retour à Athènes. Je lui répondis donc télégraphiquement que je ne pouvais encore donner une réponse qui liât la Grèce, mais que je lui faisais connaître que l'opinion que je présenterais au Conseil des ministres et soumettrais à l'approbation du roi était celle-ci : La Grèce ne peut aider la Serbie dans la guerre européenne commençante. Elle ne peut, sur les bases du traité, rendre qu'un service à la Serbie, mais précieux : demeurer les armes à la main et

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déclarer que, si la Bulgarie attaquait la Serbie, elle, la Grèce, attaquerait la Bulgarie. Voilà le concours qu'une interprétation de bonne foi du traité, obligeait la Grèce à prêter à la Serbie. L'envoi d'une armée grecque vers le centre de l'Europe aurait été sûrement une tentative peu sérieuse, surtout au moment où le principal ennemi aurait menacé notre flanc droit, anéantissant l'armée grecque et l'armée serbe, par l'interruption des communications avec Salonique.

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