I. Bakopoulos. — Qu'est-ce que la Serbie a répondu
E. Vémzelos. — Quand je fus de retour à Athènes, cette opinion, approuvée par le conseil des ministres et par Sa Majesté le Roi, fut publiée comme réponse officielle à la question de l'État allié, et l'État allié déclara alors qu'il admettait pleinement que le concours prêté par la Grèce à la Serbie satisfaisait entièrement aux obligations de la Grèce, que nous remplissions de bonne foi.
Et voilà pourquoi, Messieurs, du moins publiquement, il ne fut formulé contre la Grèce aucune plainte pour conventions non respectées. Je pense que pas une des personnes présentes ne voudrait demander au Gouvernement par quelles raisons il a réussi à faire admettre de part et d'autre cette interprétation du traité. Cette manière de voir, Mes-
sieurs, le Gouvernement, sous ma présidence, l'a inébranlablement maintenue jusqu'au jour où il quitta le pouvoir. Mais, chose curieuse, ce n'est pas mon Gouvernement seul qui exprime cette opinion sur les obligations qu'impose à la Grèce son traité ; aucune personne, pouvant parler sans responsabilité des affaires politiques du pays, n'a jamais, jusqu'à présent du moins, exprimé d'opinion opposée.
S. Tsakopoulos. — Au mois de mai, qu'a répondu la Serbie à la proposition que vous lui avez faite avant le début de la guerre européenne ?
E. Vémzelos. — En mai 1914 ?
S. Tsakopoulos. — Oui.
E. Vémzelos. — Permettez-moi de déclarer que je répondrai à cette question dans le courant de mon discours. S'il demeure alors quelque incertitude, je serai tout prêt à fournir des explications.
Y. Zisisiatrou. — La réponse fut-elle consécutive à une décision du Conseil des ministres ?
E. Vémzelos. — Tout le monde parle à la fois, et je ne puis comprendre. Je réponds à la question du député de l'Arcadie. Le Gouvernement serbe répondit au Gouvernement grec, en exposant la lassitude où naturellement se trouvait la Serbie à la suite de deux guerres toutes récentes, sa préparation insuffisante à une guerre nouvelle ; il conseillait donc la mise en oeuvre de tout moyen propre à faire avor-
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ter la guerre. Il déclara en même temps que, s'adressant à la Turquie, il attirerait son attention sur ce fait qu'un conflit gréco-turc ne pourrait laisser la Serbie indifférente. La Serbie, en cette conjoncture, se conduisit comme une amie sincère, et consciente des obligations que lui imposait l'alliance. Mais je vous l'ai dit, Messieurs, le respect de notre alliance ne fut pas la règle du seul cabinet que je présidais, au début de la guerre ; ce fut celle aussi du gouvernement qui suivit le mien en février 1916, sous la présidence de l'honorable député de Patras1, qui, dans sa déclaration officielle, disait en prenant le pouvoir : (L'orateur Ut.)
« Mais un devoir impérieux s'impose au pays : il doit se réserver de remplir les obligations de son traité d'alliance. »
Le respect des conventions.
Vous voyez donc que l'autre Gouvernement, celui qui m'a succédé au pouvoir, et qui a pris connaissance des textes officiels, proclamait dans sa déclaration que sa politique aurait pour objet principal le maintien et le respect des obligations inscrites au traité d'alliance. Lorsque je repris le pouvoir après
1. 11 s'agit du gouvernement présidé par M. Gounaris, député de Patras.
les élections, je devais naturellement conserver la même opinion sur le traité d'alliance et le respect que nous lui devions. Quand M. Pachitch, pressé dernièrement de consentir à des concession? au profit de la Bulgarie, afin que celle-ci ne prît point une position hostile à l'égard de la Serbie, lorsque, dis-je, cédant à la pression, il s'adressa au Gouvernement grec pour lui demander son consentement à ces concessions, le Gouvernement hellénique les accepta sous certaines conditions, et il fut évident qu'une décision pareille prouvait à nouveau la persistance et la validité du traité. Je peux assurer la Chambre, Messieurs, que, depuis l'instant où éclata la guerre européenne, la discussion ne porta pas une fois sur ce point de la politique extérieure du Gouvernement sans que le cabinet que je présidais ne déclarât nettement et sans restriction qu'il était résolu à respecter le traité signé par la Grèce, signé par le Roi, signé par le chef responsable du Gouveiiiement. (Applaudissements prolongés.) Je me trouvai au reste dans la nécessité, en discutant avec les partisans de l'opinion contraire, et en défendant la mienne et ma ferme résolution de faire souvenir la Grèce de ses obligations, je me trouvai dans la nécessité de remarquer que, si de puissantes nations peuvent, selon les circonstances, négliger les obligations d'un traité, le danger qu'elles courent à le
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faire n'est pas grand : une force matérielle considérable vient peut-être remplacer la force morale. Mais pour un petit État comme la Grèce, dis-je alors à mon interlocuteur, le mépris des conventions du traité serait pour le pays une honte, que la Grèce (toute son histoire le prouve) n'aurait pas méritée et qui la rendrait dès lors incapable de poursuivre son évolution historique. (Bravos et applaudissements.)
Si nous étions, Messieurs, suffisamment forts pour pouvoir, en toute indépendance, tracer une politique de réalisation de nos aspirations nationales, j'aurais accepté de discuter sérieusement avec qui m'aurait dit que la force est au-dessus du droit et l'intérêt au-dessus du devoir. Mais puisque notre pays est faible encore, il se produit ceci que le respect des obligations morales s'accorde pleinement avec nos intérêts matériels, avec l'intérêt politique de l'État, dont il ne peut être séparé.
Mais, Messieurs, vous me permettrez de croire fermement que, sur ce point, c'est la position solide et immuable prise par le Gouvernement hellénique qui a permis de prévenir jusqu'au dernier moment les dispositions de la Bulgarie aune agression contre la Serbie, car la tentation était vraiment forte, alors que la Serbie était attaquée au Nord par un puissant empire. La deuxième fois, vous vous en souvenez.
la Serbie a failli succomber, lorsque, au dernier moment, faisant preuve d'un héroïsme vraiment admirable, elle a réussi à échapper au danger. Oui, elle était vraiment grande pour la Bulgarie, la tentation de tomber sur un ennemi qu'elle voyait occupé ailleurs. L'agression de la Bulgarie, je ne dis pas que la ferme position du Gouvernement hellénique en ait été le motif dérimant, mais j'affirme à bon droit qu'elle fut un des motifs principaux qui empêchèrent la Bulgarie d'attaquer les Serbes.
Je suis sûr aussi que, dernièrement, s'il n'avait régné en Bulgarie un malentendu sur notre politique, dû sans doute à ce fait que dans les derniers jours du ministère de l'honorabb député de l'Achaïo- Elide, les idées du Gouvernement avaient subi sur ce point quelque ébranlement, si dis-je, en Bulgarie n'avait régné une opinion erronnée sur les intentions de la Grèce, j'ai toutes les raisons de croire que la Bulgarie n'aurait pas décidé une mobilisation qui menaçait de mettre en feu toute la péninsule balkanique.
D. Gounaris. — D'abord, de quel ébranlement voulez-vous parler, et ensuite, de quelle façon a-t-il pu influer sur le Gouvernement bulgare ?
E. Vénizelos. — Quel ébranlement ? Celui qui provoqua les déclarations de Radoslavof, faites par ses amis, publiées dans un communiqué à la presse
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en Bulgarie, pays où la presse est soumise à la censure, et d'après lesquelles la Bulgarie procédant à sa mobilisation était tranquille, parce qu'elle se savait sûre de la neutralité de la Boumanie et de la Grèce.
D. Gounaris. — Le gouvernement, c'était vous.
E. Vénizelos. — Mais, le présent ministère n'avait trouvé aucun prétexte pour s'occuper de ces questions et faire des délibérations, parce que la mobilisation bulgare est en fait arrivée d'une manière un peu imprévue.
D. Gounaris. — Avez- vous quelque raison de croire que le ministère que je présidais fît à la Bulgarie une déclaration justifiant celles de Badoslavof?
E. Vénizelos. — A la Bulgarie, non. J'ai dit que dans les derniers jours du précédent ministère, il y eut sur ce point une modification dans ses opinions. Vous savez, car vous avez l'expérience des affaires, combien il est difficile, surtout en Grèce, que les actes et les intentions des gouvernants euxmêmes demeurent secrets.
D. Gounaris. — Je vous prie de préciser les faits qui prouvaient ce changement.
E. Vénizelos. — M'affirmez- vous qu'il n'y eut aucune modification dans vos idées ?
D. Gounaris. — Je n'affirme rien. Je parlerai et j'exposerai ce que j'affirme. Je vous demande de préciser les faits auxquels vous faites allusion, pour
que je sache de quels actes vous parlez et puisse opposer tout ce que j'ai à opposer et opposerai. Je vous demande d'expliquer ce que vous a^ ez l'air d'insinuer.
E. Vémzelos. — Je ne veux point que cet incident prenne de l'extension. Je conclus en déclarant ceci : si l'honorable député de l'Achaïe et de l'Elide assure que jamais, tant qu'il est demeuré au pouvoir, il n'a changé d'opinion, ni accompli aucun acte qui démontrât ce changement, je reprends mes paroles et suis heureux de recevoir cette assurance.
D. Gounaris. — Je vous prie. . .
E. Vémzelos. — Vous ne me la donnez pas? Alors inutile d'exposer à la Chambre par quels actes s'est révélé votre changement.
D. Gounaris. — Vous reprenez ce que vous avez dit à mon sujet. Cela suffit. Ce que j'ai fait à propos de ce que vous dites, vous l'entendrez quand je parlerai.
E. Vémzelos. — Permettez-moi de vous dire, puisque nous nous trouvons devant une assemblée politique, que je n'ai repris mes paroles que conditionnellement. Donc, si vous déclarez que vous n'avez pas changé d'opinion, que vous n'avez accompli aucun acte qui prouvât ce changement d'opinion, je reprends mes paroles et même vous fais mes excuses.
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D. Gounaris. — Et si je ne fais pas cette déclaration, vous ne les reprenez pas ?
E. Vémzelos. — Mais il est superflu que j 'expliqua à la Chambre, comment s'est manifestée votre action.
L'équilibre des Balkans.
Messieurs, pour rester à nouveau dans les limites de nos conventions devant un État ami, allié et voisin, il ne suffit pas de considérer seulement le point de vue moral de la question, ni non plus le point de vue d'intérêt politique qui lui est généralement lié ; non, Messieurs ; je vous le demande, même dans l'hypothèse où il n'y aurait pas eu de traité d'alliance avec la Serbie, ne pensez-vous pas que le Gouvernement hellénique se serait trouvé tout au moins dans l'embarras le plus cruel, en présence d'une pareille situation ? Ne pensez-vous pas, dis-je, que, si l'opinion n'avait pas prévalu de secourir la Serbie, le Gouvernement ne se serait pas trouvé dans le plus cruel embarras en pensant que s'il laissait un des États balkaniques détruire volontairement l'équilibre établi par le traité de Bucarest, il signait, du même coup, sa propre mort à bref délai ?
Et ne pensez-vous pas que, lorsqu'à éclaté la récente crise balkanique, qui a débuté par la mobili-
sation bulgare, si un autre Gouvernement eût été au pouvoir, qu'il eût eu d'autres idées sur nos obligations à l'égard de la Serbie, et déclaré que le traité était désormais caduc, que par suite il regardait avec indifférence l'agression imminente de la Bulgarie contre la Serbie, ne pensez-vous pas, dis-je, '[ qu'en agissant de la sorte ce Gouvernement aurait I attiré les plus grands dangers sur la Grèce ? Ne penj sez-vous pas que, si telle eût été la politique du Gou- | vernement, la Serbie, abandonnée par son alliée, et ne voyant nulle part un espoir de secours, pouvait très naturellement en arriver à accepter, non plus les concessions auxquel' selle avait consenti un mois avant, mais des concessions beaucoup plus importantes, capables de satisfaire les exigences du voisin, d'aplanir le différend, et de lui permettre, débarrassée de la Serbie, de s'attaquer à la Grèce, qui aurait eu à son passif la violation d'un traité d'alliance avec un pays placé dans une sitution terrible, sans amis, et tout à fait sans défense ?
Il est facile, Messieurs, de faire de l'opposition en critiquant ceux qui portent le poids du gouvernement dans des circonstances aussi terribles et aussi graves pour la Grèce. Mais un homme politique doit avoir le don de voir avant les autres ; quand il n'a pas ce don, il est impossible qu'il ne conduise pas son pays à la ruine et à la catastrophe. (Bravos répétés et applaudissements.)
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Mais, Messieurs, vous me permettrez de vous présenter un autre argument, plus décisif encore que ceux que je vous ai jusqu'ici exposés et qui sont d'un certain poids : j'ai, dis-je, un autre argument auquel il n'est permis à aucun de vous de rien opposer. Et c'est celui-ci : Sur la question qui nous occupe, le Gouverement est d'accord avec l'opinion que le peuple grec a exprimée. (Assentiment.)
Messieurs, pendant les élections) qui eurent lieu sous le gouvernement de l'honorable député de Patias en mai dernier, on a cherché de toute façon à brouiller la netteté de la crise électorale, en faisant intervenir, au lieu des questions qui nous divisaient réellement, d'autres qui ne pouvaient provoquer une lutte gouvernementale. Et si, comme je l'ai toujours reconnu, l'avis du peuple ne constituait l'expression d'une opinion ni sur notre immixtion dans l'affaire des Dardanelles, ni sur les concessions, que j'avais pensé à proposer au Roi et que j'avais réussi à enterrer... si, dis-je, le peuple ne s'est exprimé ni sur un point, ni sur l'autre, il s'est exprimé d'une façon non douteuse sur la politique du Gouvernement précédent, je veux dire qu'il a fait connaître que la politique tracée par moi, dans ses grandes lignes, et le respect de nos obligations étaient approuvés par le peuple hellénique.
La presse vendue.
Cet argument, Messieurs, est tel, que quiconque se respecte ici n'a pas le droit de le mettre en doute.
L'honorable député de Corfou m'a posé sa question, parce qu'il voulait savoir si la mobilisation amènerait la guerre à bref délai, ou écarterait une agression ennemie, ^^ieurs, ce n'est pas ma politique qui conduit le pays à la guerre. Je l'ai dit tout à l'heure, je suis convaincu que si le Gouvernement hellénique avait inébranlablement conservé cette opinion que la Grèce i e pouvait demeurer indifférente à une agression de 'a Bulgarie contre la Serbie, je suis convaincu, ou du moins, j'ai toutes les raisons de considérer comme très vraisemblable que la mobilisation bulgare n'aurait pas eu lieu. Vous voyez donc qu'une ferme politique ne pousse pas le pays à la guerre, mais que vous pouvez l'y pousser bien plus aisément avec une politique inconsistante, avec une politique (je ne dis pas cela pour vous) peu courageuse. Comme je l'ai dit, comme je l'ai déclaré en annonçant la mobilisation à la Chambre, la mobilisation est un remède héroïque. Par bonheur tous ceux qui, sous leur responsabilité, peuvent parler en cette enceinte, ont reconnu la nécessité où s'est trouvée la Grèce de décréter la mobilisation, et il ne s'est trouvé pour douter
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de son utilité que ceux qui hors de cette enceinte (je le dirai clairement, c'est à la presse que je m'adresse) que ceux qui se sont vendus. (Bravos, tonnerre d'applaudissements prolongés sur les bancs et dans les loges.) Je prononce le mot, conscient de la gravité que lui donne ma situation officielle, parce que nous nous trouvons, Messieurs, en présence du plus répugnant spectacle : des hommes entre les mains de qui se trouvent les organes de l'opinion publique, qui par suite (on a le droit de le supposer), sont les interprètes d'une partie de l'opinion, et qui, au vu et au su de tout le monde, ont vendu leur plume à la propagande étrangère, et viennent, au moment où la Grèce mobilise et s'apprête à lutter contre les plus terribles dangers (Bravos, et nouveaux applaudissements), viennent, au moment où dans cette enceinte tous les chefs de partis politiques sont d'accord, sur ce point du moins, jeter le trouble dans l'âme grecque, et mettre en doute l'opportunité de notre mobilisation.
(Quelques journalistes se lèvent et quittent leur loge : ce mouvement provoque des protestations, des cris : « A la porte ! »
Le Président. — Ceux qui veulent sortir sont libres.
G. Karapanayotis. — Il faut appliquer la loi militaire.
E. Vénizelos. — Ils viennent, Messieurs, ces hommes, au moment où le pays, par ses représentants responsables, se trouve dans la nécessité d'arrêter la vie économique et sociale du pays, pour appeler le peuple à affronter les terribles événements qui menacent la patrie, ils viennent essayer de semer, dans l'âme nationale, dans le peuple qui est aux armées, qu'on a arraché aux bras des épouses, aux caresses des mères et des enfants pour lui faire prendre les armes, ils viennent, dis-je, ébranler son âme et l'amener à se demander si ces sacrifices sont nécessaires ou superflus. (Bravos ; applaudissements sur les bancs et dans les loges.)
L'honorable député de Corfou m'a demandé : en appliquant votre politique, que ferez-vous si, vous hâtant au secours de vos alliés serbes, vous trouvez sur votre chemin, d'autres baïonnettes que vous n'auriez pas voulu rencontrer ? Je me bornerai, Monsieur le député, à exprimer mon profond chagrin, parce qu'il s'agit, sur la route du devoir à accomplir et des plus précieux intérêts du peuple à défendre, de me heurter à des peuples p~ur lesquels je n'éprouve aucune animosité immédiate et avec qui le heurt ne peut qu'être plein de dangers. K. Sokolis. (interrompt, mais la sonnette du président couvre sa voix.)
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Le débarquement des Alliés à Salonique.
E. Vémzelos. — Messieurs, ne vous laissez pas émouvoir poar ces interruptions. L'opposition à la politique gouvernementale était tout aussi forte, quand la puissance dont parlent ceux qui nous interrompent était dans le camp adverse. Donc ne vous laissez pas émouvoir. Je rappelle du reste à l'honorable député de Corfou, que l'Italie, qui a déclaré la guerre à l'Autriche, et qui se bat contre elle depuis quatre mois, n'est pas en état de guerre avec l'Allemagne, et je ne vous propose certainement pas de déclarer la guerre à l'Allemagne et à l'Autriche. Mais, Messieurs, si, poursuivant notre politique nationale, accomplissant le devoir que l'honneur nous commande, respectant notre traité d'alliance, défendant les intérêts vitaux du pays, nous rencontrions sur nos pas les puissants, je suis sûr que tout en exprimant nos regrets, nous ferions notre devoir. (Applaudissements.)
Messieurs, je ne veux pas que mes paroles soient mal interprétées, et je suis obligé de vous déclarer que, ces jours-ci, lorsque fut annoncé l'envoi d'un corps expéditionnaire franco-anglais à Salonique et que le Gouvernement grec protesta contre cette violation de la neutralité, comme je l'ai dit tout à l'heure, il ne pouvait pas demeurer indifférent en
présence de dangers, qui, indépendamment de la violation de neutralité, pouvaient être suscités par le débarquement et le passage sur territoire grec de contingents internationaux ; car on exprima en Grèce cette idée que le territoire serbe serait vraisemblablement occupé, et que le passage sur territoire grec servirait aux Alliés à obtenir par pression des concessions au profit de la Bulgarie. Je me trouvai dans la nécessité de déclarer à ces Puissances, auxquelles le peuple grec est grandement reconnaissant, que, en ce qui concernait le passage sur notre territoire et la violation de la neutralité, je ne croyais pas obligatoire, vu la situation générale et le point où en était la guerre, que nous nous opposions en armes au passage, mais que j'étais décidé à mettre les faibles forces de la Grèce en présence du colosse des deux grandes Puissances, pour m'opposer au débarquement de troupes qui pouvaient vrai emblablement porter atteinte à des intérêts helléniques 1 (Applaudissements.)
P. Pétropoulakis. — Le débat, Monsieur le Président est extrêmement grave. Je vous prie de réclamer le silence.
Le Président. — Je ne cesse de le réclamer.
E. Venizelos. — L'honorable député de Laconie, répète ce que je viens de dire. Le débat est extrêmement grave. Oui, Messieurs, je le disais au
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début de mon discours, et je le répète, jamais (ou rarement du moins), plus graves débats pour l'avenir national ne se sont déroulés devant la Chambre hellénique.
Si la mobilisation bulgare signifie l'entrée en scène de la Bulgarie et l'agression contre la Serbie, et si nous ne faisons pas tout ce qui dépend de nous pour détourner le danger, nous courons le risque de voir l'équilibre et l'égalité des puissances (réalisés par le traité de Bucarest), renversés par la diminution et le total affaiblissement d'un des États alliés, par l'accroissement de l'État qui lui faisait contrepoids. Celui-ci, malheureusement, comme jî l'ai dit à la Chambre, il y a trois jours, ne cesse de proclamer qu'il ne se considère pas comme lié par le traité de Bucarest, et en même temps ne cesse de proclamer qu'il considère comme compris dans la sphère de ses revendications nationales toute la Macédoine grecque, tout le territoire jusqu'à l'Aliacmon ; nous risquons, Messieurs, de voir le miracle hellénique, enfanté par nos guerres de 191 2 et 1913, aboli à bref délai.
Mais, Messieurs, je conserve, même dans cette conjoncture, tout l'optimisme qu'on m'a souvent reproché. Je me rends compte de toute la gravité des circonstances. Nul n'aurait souhaité plus que moi que la paix européenne subsistât de longues an-
nées après le traité de Bucarest. Je suis sûr qu'une longue période de paix aurait fourni à la Grèce les moyens d'organiser son territoire doublé depuis peu, de lui donner la puissance économique et militaire, s'il est permis de parler en même temps de richesse et de dépenses militaires, la puissance, pour mieux dire, économique, militaire et politique, de manière à lui permettre de regarder l'avenir sans inquiétude. Mais dans le monde, nous ne jouons malheureusement pas le rôle d'une grande puissance. Et les grandes puissances elles-mêmes n'ont pas pu régler le cours de l'histoire au gré de leurs désirs et au mieux de leurs intérêts. La guerre a certes éclaté sans que nous en soyons responsables. Nous nous sommes trouvés devant les grands problèmes qu'elle a suscités; mais, Messieurs, j'en suis sur, si nous voyons de nouveau le pays et cet admirable peuple unis pour la défense des intérêts nationaux, nous arriverons à écarter les grands périls, qui menacent l'intégrité du pays. Qui sait si nous n'arriverons pas à assurer aussi l'avenir, l'avenir que nous aurions assuré avec moins de peine et de dangers pendant une longue période de paix, et sans l'intervention d'une guerre européenne ?
Messieurs, je serais heureux d'entendre les orateurs les plus en vue du Parlement, ceux qui sont le plus qualifiés pour discuter ces grands problèmes de poli-
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tique extérieure et nationale, je serais heureux, disje, de les entendre réfuter toutes mes affirmations, et présenter des objections, de manière que nous discutions dans cette enceinte avec tout le calme voulu, en considérant, je le répète, le caractère critique des circonstances, et regardant comme un devoir d'éclairer le peuple hellène en armes. Il serait le dernier de tous les hommes, celui qui porte le poids si lourd des responsabilités, il serait le dernier des hommes, si, le cas échéant, il ne reconnaissait pas son erreur. Mais aux arguments que j'apporte devant vous, à l'assurance avec laquelle je me présente cette fois encore au peuple hellénique, en lui demandant sa confiance, pour qu'il me suive sur la route que je lui montre, à ces arguments et à cette assurance, rien n'a été opposé, qu'une politique négative, des hésitations et des doutes.
Permettez-moi de dire qu'une politique négative, des hésitations et des doutes, ne sont qu'un retour à la vieille idéologie, qui nous faisait considérer la nation comme paralysée d'une façon définitive, incapable d'accomplir des actions courageuses, et destinée à vivre d'une façon purement végétative, à subsister de la charité internationale. Et devant le danger évident venu du Nord, et qui menace de nous ravir ce que nous ont donné deux guerres heureuses, je serais évidemment coupable d'indécision et de
pusillanimité si je ne prenais pas les résolutions énergiques que demandent à la Nation le devoir, l'honneur et ses intérêts supérieurs ! (Applaudissements prolongés.)
La position de la Grèce entre les deux groupements européens.
Le député de Corfou, M. Théotokis, avait pris la parole pour répondre à Vénizelos. Il s'est plaint de certaines « attaques personnelles ». Il a fait remarquer que, touchant les concessions territoriales demandées à la Grèce par l'Entente, celle-ci les a retirées, non par suite de l'action du gouvernement, mais dès lors qu'elle fut convaincue de la défection bulgare. En ce qui concerne le traité grécoserbe, son avis est que l'exécution de ce traité entraînerait la Grèce dans la guerre européenne, aux côtés de l'Entente où se trouvent la Russie qui protège l'expansion du slavisme, l'Italie qui convoite les îles, Corfou et l'Epire septentrionale, l'Angleterre enfin qui imagina la méthode des concessions grecques à la Bulgarie. La France, seule désintéressée, est, dans ces conditions, trop isolée pour agir en faveur de l'Hellade. Aussi préconise-t-il une politique de neutralité qui seule pourra mettre la Grèce à l'abri d'une catastrophe.
E. Vénizelos. — Je ne puis m'expliquer que l'honorable député de Corfou, ait pu croire que dans mon discours je l'attaquais personnellement, lui ou d'autres leaders de l'opposition. Je n'avais aucunement l'intention de le faire, je n'ai nulle part montré pareille intention. Mais l'honorable député de Corfou, en montant à la tribune, a cherché à me
présenter comme ayant, non pas voulu convaincre la Chambre par le développement d'arguments solides, mais tâché de l'entraîner en m'adressant à son cœur. Il me permettra cependant de lui faire observer que, lui-même, dans toute sa longue argumentation, n'a pas présenté un argument proprement dit ; et cela est si vrai que, du point essentiel de la discussion, nos obligations résultant du traité avec la Serbie, il n'a pas dit un seul mot. Il n'a rien objecté non plus à ce que je disais du danger, que je prévois, au cas où on laisserait la Bulgarie attaquer la Serbie, pour l'écraser et lui arracher tous les territoires qu'elle voudrait. Il s'est borné à rappeler sa prédilection, ancienne, si je puis dire, pour certaines directions de politique extérieure. L'honorable député de Corfou, au lieu de discuter objectivement sur les faits, tels qu'ils se présentent, en cherchant à renverser l'argumentation que j'avais soumise à la Chambre, vous a dit : « Ne voyezvous pas qu'en suivant cette politique, vous êtes fatalement entraînés vers un groupement de Puissances où se trouvent tous vos ennemis, et vous vous éloignez du groupement où se trouvent tous vos amis ? »
G. Théotokis. — Je n'ai pas dit cela.
E. Vénizelos. — Vous avez du moins dit ceci : « Ne voyez-vous pas que vous êtes entraînés vers
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un groupement où se trouvent tous vos ennemis, alors que dans l'autre se trouve au moins des indifférents ? » Sur cette question accessoire, qui ne touche pas au fond des débats de ce soir, je dois dire ces quelques mots, non pour vous convaincre que vous devez donner pour règle à vos opinions et à vos décisions les sympathies et les antipathies, mais parce que j'ai le devoir de ne pas laisser croire que du moins, dans la politique générale des grandes puissances européennes, il existait des indications et des contre-indications pour la nôtre. Le député de Corfou rappelle la Russie et le péril slave. Je pense, Messieurs, que, quand nous parlons d'un péril slave, nous voulons dire un péril venu des pays slaves du Sud, et qu'il s'agit proprement des nationalités slaves des Balkans. Je pense donc que qui dit péril slave, depuis le traité de Bucarest, veut dire proprement péril bulgare. Cessons donc de considérer le péril slave comme un péril russe, ainsi que le présente le député de Corfou, et ne détournons pas nos regards du point où ce péril existe réellement. Monsieur le député de Corfou a cité aussi une grande Puissance méditerranéenne qui a des visées d'hégémonie mondiale, des visées impérialistes, pour leur donner leur nom courant. Mais il me permettra de lui rappeler que quand cette Puissance était, depuis bien des années, en état d'al-
liance effective et régulièrement renouvelée, Monsieur le député de Gorfou, dirigeant ailleurs son regard, ne craignait de sa part aucun danger. En ce qui concerne les sympathies si durables et presque incurables de l'Angleterre pour la Bulgarie, vous me permettrez de remarquer que ces sympathies sont dues, dans une très large mesure, à nous, qui en sommes la cause : car depuis la guerre russoturque nous avons laissé, par notre propre politique, prendre corps à cette opinion en Europe, que seule, la Bulgarie était un État viable, marchant vers son développement, et capable de servir la politique de ceux qui ont de grands intérêts en Orient, alors que la Grèce était presque un État à son déclin. Mais dès que nous eûmes montré que nous étions capables, nous aussi, d'accomplir des actions grandes et généreuses, on n'a plus cessé dès lors de nous accorder aide et protection. La solution de la question qui touchait particulièrement notre pays, et que considéraient comme insoluble tous ceux qui pensaient autrement que nous, à cause des restrictions de l'Angleterre, est due à cette Puissance, et la solution de la question des îles lui est due essentiellement.
G. Pop. — Elle est due aux efforts de la Grèce.
E. Vénizelos. — Par malheur ces efforts ne seraient jamais venus à bout de la résistance de l'Angleterre, si cette résistance eût existé.
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Mais, Messieurs, puisque j'ai entrepris de laver en partie ces Puissances de l'opprobre de mishellénisme que Monsieur le député de Corfou a tenté de jeter sur elles, permettez-moi de dire que dans l'autre camp se trouvent l'Allemagne et l'Autriche, deux États de premier ordre dans le monde civilisé, mais aussi la Turquie, avec qui nos relations peuvent être qualifiées de normales aujourd'hui, mais avec laquelle malheureusement nos intérêts, non par leur nature, mais à cause de la politique persistante de ses hommes d'État, sont irréconciliablement opposés. Et quand je vois ce groupement près de s'augmenter d'une unité et devenir une quadruplice, alors, Monsieur le député de Corfou me permettra de lui dire que, à moins d'être influencé par des préventions, je ne puis que voir des périls du côté de ces États, et des dangers moindres du côté de l'Italie et de l'Angleterre. Mais, Messieurs, si je pose le problème, ce n'est pas pour en tirer un argument en faveur de mes idées, en invoquant la distribution générale des États d'Europe. Il faut considérer que chacune des grandes puissances a ses intérêts particuliers. Je pense seulement que, au point de vue des problèmes orientaux (dans le cercle desquels nos problèmes nationaux sont compris) les deux Puissances occidentales sont celles dont les intérêts s'identifient le mieux avec les nôtres. La Grèce au-
jourd'hui comprend que nous ne pouvons exiger des étrangers qu'ils soient amis de la Grèce. Ce que nous devons faire, c'est réussir à trouver sans cesse des collaborateurs et des compagnons de lutte, chez ceux dont les intérêts s'adaptent le mieux aux nôtres. Voilà le but à atteindre, Monsieur le député de Corfou, et qu'il me soit permis de répéter que votre discours n'a touché à aucun des arguments essentiels que j'avais mis en avant, et qu'il a simplement essayé de porter la question sur un autre terrain. {Applaudissements.)
Le Président. — Je demande à la Chambre si elle accepte une suspension jusqu'à 10 heures.
Plusieurs Députés. — Oui.
Le Président. — La séance est suspendue jusqu'à ce soir 10 heures.
La demande de concession:
par les Puissances de l'Entente
A la reprise de la séance, une demi-heure après la suspension, M. Gounaris, député d'Achaïe et d'Êlide, s'explique sur la question des concessions territoriales demandées à la Grèce par l'Entente ; il cherche à réfuter Vénizelos affirmant qu'elles avaient été enterrées sous son gouvernement pour ressusciter sous celui de M. Gounaris. En réalité, soutient-il, cette question des concessions s'est discutée dès le mois d'août 191ù et si elle parut à M. Vénizelos un moment enterrée ce ne fut qu'une apparence; ces demandes de concessions furent retirées par les puissances seulement lors de la défection bulgare. Il est d'avis aussi que le traité gréco-serbe ne jouerait pas en cas d'agression bulgare étant donné le caractère « européen » du conflit. Il se déclare pour une politique de neutralité, devant l'incertitude du résultat final de la guerre européenne.
E. Vénizelos. — L'honorable député de l'Achaïe et de l'Elide s'est beaucoup étendu sur l'assurance que j'avais donnée en passant que, si des concessions furent demandées à la Grèce, personne n'en est moins responsable que le Gouvernement que je présidais lorsque je quittai le pouvoir au mois de février de cette année. Le député de l'Achaïe et de l'Elide a pensé, en se présentant à la tribune, présenter
autrement les faits, et affirmer que ce n'est pas sous j son Gouvernement que furent, pour la première fois, demandées des concessions à la Grèce au profit de la Bulgarie, mais que ces concessions furent demandées alors que j'étais au pouvoir. Il a fait allusion à des opinions exprimées, au début de la guerre européenne, au sujet de ces concessions qui devaient être consenties à la Bulgarie ; ces opinions n'avaient aucunement le caractère d'une démarche officiellement faite au Gouvernement hellénique, cependant elles y révélaient les intentions de certaines sphères qui exerçaient une influence sur les gouvernements de la Triple Entente, mais ces opinions ne pouvaient être citées ici, à la tribune, que pour montrer combien heureuse et combien effective avait été la politique du Gouvernement auquel succéda celui de Monsieur le député de l'Achaïo-Elide, puisque, dès le mois d'octobre, il reçut l'assurance officielle qu'on ne demanderait pas de concessions à la Grèce en faveur de la Bulgarie, et que, en janvier, lorsqu'on nous promit de très vastes concessions en Asie-Mineure, et que les Puissances pouvaient profiter des promesses qu'elles nous faisaient pour exiger de la Grèce d'autres concessions, il ne fut rien demandé à la Grèce que de retirer l'opposition qu'elle avait formulée au début contre les concessions qui pouvaient être consenties par la Serbie.
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L'honorable député de l'Achaïo-Elide, pour détruire cette preuve officielle qu'on ne nous a pas demandé de concessions, même en échange de celles, très larges, qui nous étaient accordées, et pour démontrer que nous risquions toujours de nous en entendre demander, a rappelé ma deuxième note, celle que je présentai trois ou quatre jours après cette communication, et qui fut publiée par la presse pour des raisons que la Chambre connaît trop bien pour que j'aie besoin de les lui rappeler. Mais, Monsieur le député de l'Achaïo-Elide, en mettant en avant cet argument, cherche évidemment à altérer les faits : le plan que j'avais dessiné dans ma deuxième note, ne présupposait aucune concession déjà à nous demandée en faveur de la Bulgarie, mais expliquait que s'il n'était pas possible d'atteindre autrement le vaste idéal que je rêvais et que je poursuivais, le pays devait consentir même à de douloureux sacrifices.
Quand j'abandonnai le pouvoir en février, voici ce que je vous laissai : certitude, depuis le mois d'octobre, qu'on ne nous demanderait pas de concessions ; demande de la part des Puissances, au moment où on nous promettait des concessions en Asie Mineure, de retirer notre opposition à l'acceptation de concessions à faire par la Serbie.
Comment se fait-il qu'on nous ait, dans la suite,
demandé des concessions ? Je n'en sais rien, je l'avoue. Cela provient-il de la position hostile que vous avez prise à l'égard des Puissances de l'Entente ? Il me suffirait de savoir que seule votre maladresse en est cause.
D. Gounaris. — Démontrez qu'il y a eu maladresse.
E. Vénizelos. — A l'aide de témoins et de pièces de procédure ? Nous sommes un corps politique. Comment faire ma démonstration ? Par quel autre moyen qu'en exposant les faits comme ils se sont produits ?
D. Gounaris. — Je vous ai démontré qu'on avait demandé des concessions à la Serbie aussi.
E. Vénizelos. — On en a demandé à la Serbie, on n'en a pas demandé à la Grèce, et vous ne devez pas oublier que les Puissances de la Triple Entente avaient sur la Serbie des droits qu'elles n'avaient pas sur la Grèce, car la Serbie, qui avait subi l'attaque de l'Autriche, avait obtenu en même temps des trois grandes Puissances leur entrée en lutte pour la défense de son intégrité nationale et de son indépendance.
P. Tsaldaris. — Vous pensez que ce fut la cause de la guerre ?
E. Vénizelos. — C'en fut le principe.
P. Tsaldaris. — Le principe, cela ne veut rien dire.
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E. Vémzelos. — Ce ne fut pas sans rapport.
P. Tsaldaris. — Je ne pense pas que vous souteniez cela sérieusement.
E. Vémzelos. — Je suis absolument persuadé que la Russie, à ce moment, n'avait aucun intérêt à susciter une guerre mondiale. Aucun des alliés de la Russie n'avait non plus aucun intérêt à cette guerre, et les faits ont prouvé que la Russie n'y était pas complètement préparée. La guerre éclata, parce que l'intégrité de la Serbie fut menacée et que la Russie jugea que, protectrice des États slaves, elle ne pouvait subir l'humiliation qui lui serait infligée en la Serbie détruite et déchue de sa souveraineté.
P. Tsaldaris. — Mais quelles sont les causes véritables ?
E. Vémzelos. — Monsieur le Président, je regrette beaucoup, mais je ne tolérerai plus d'interruption. Si j'ai rappelé ce qui s'est passé après mon retour au pouvoir, je l'ai fait pour dire que, une fois revenu au Gouvernement, je ne fis plus de nouvelle démarche à propos des concessions.
D. Gounaris. — La démarche antérieure subsistait.
Le sens du traité gréco-serbe.
E. Vénizelos. — Les négociations portaient désormais sur les concessions serbes à la Bulgarie.
Mais cela appartient à l'Histoire. Nous aurons le temps, ou plutôt d'autres auront le temps (car je ne pense pas que nous, nous l'ayons jamais) d'écrire l'histoire et de juger. Arrivons aux points qui nous occupent, non point en tant que matériaux pour l'histoire, mais comme des nécessités, présentes et impératives, à envisager les plus pénibles événements qu'aient jamais connus notre race.
L'honorable député de Patras vous a dit que j'ai mentionné le traité pour introduire à la Chambre une question d'interprétation, mais, que puisque je ne fais pas connaître à la Chambre le texte du traité, elle n'est pas en mesure de l'interpréter. Cependant, Messieurs, j'ai exposé à la Chambre les dispositions essentielles de ce traité avec la Serbie, dispositions qui peuvent nous occuper ce soir. L'honorable député de l'Achaïe et de l'Elide n'a pas mis en doute l'exactitude de l'exposé en ce qui concerne les clauses du traité et les obligations qui en découlent pour nous. Mais je vous l'ai dit, l'application de ce traité a été discutée quatre fois depuis la fin de la guerre avec la Bulgarie, et après aucune de ces quatre discussions le traité ne fut appliqué. Un traité qu'on a tenté quatre fois d'appliquer et qu'on n'a pas réussi à appliquer une seule est donc considéré par Monsieur le député de Patras comme ayant cessé d'être opérant .
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D. Gounaris. — Je n'ai rien dit d'analogue.
E. Vénizelos. — Mais c'est quelque chose d'analogue que j'ai conclu.
D. Gounaris. — J'ai dit que l'application du traité dépend des circonstances. Je vous prie de combattre les idées que j'ai exprimées et non celles que vous forgez vous-même. Ce serait trop commode.
E. Vénizelos. — La première fois la non-application du traité n'ébranle en rien sa force ; s'il n'a pas été appliqué, c'est simplement parce que nous ne nous sommes pas battus avec les Turcs : la Serbie n'a donc pas pu prouver qu'elle remplissait ses obligations, mais elle a prouvé par ses actes, qu'elle était prête à les remplir, sans prétexter qu'un» guerre contre la Turquie était, dans la forme, offensive de notre part et non défensive. Dans les autres circonstances, l'honorable député de l'Achaïo-Elide n'avait pas le droit d'affirmer que le traité n'avait pas reçu d'application. Il en a reçu une à chaque fois, mais conformément à la conception qu'avait le Gouvernement sur l'application la plus conforme aux intérêts communs des deux contractants.
Mais l'honorable député de l'Achaïo-Elide a soutenu autre chose encore : il a soutenu qu'en demandant à la Serbie de consentir à des concessions, nous abolissions du même coup le traité.
D. Gounaris. — Je n'ai pas dit cela. J'ai dit
que la demande de la Serbie, telle qu'elle a été formulée, et qui avait pour but de lui faire reconnaître le droit de s'aboucher avec la Bulgarie et d'agir de concert avec elle, constituait une demande d'abrogation, mais j'affirmais cependant l'existence d'une conception d'après laquelle l'interprétation du traité dépendait de l'état général des affaires, qui nous incitait à procéder à telle ou telle démarche.
E. Vémzelos. — Eh bien ! j'admets ce que vous venez de dire. L'honorable député de Patras juge que la demande (à nous adressée par la Serbie) de consentir à des concessions en faveur de la Bulgarie constitue une demande d'abrogation du traité.
D. Gounaris. — Et les circonstances le justifiaient.
E. Vémzelos. — Est-ce une demande d'abrogation que constitue la démarche de la Serbie ? Ou exactement le contraire ? Une demande d'abrogation ou une demande de maintien, puisque la Serbie nous demandait la permission de faire ce que précisément elle n'aurait pu faire qu'en violant le traité? Ce n'est donc pas une demande d'abrogation du traité, c'est au contraire une demande de maintien que constituait la démarche de la Serbie qui nous priait de consentir un acte qui, accompli sans notre aveu, nous aurait alors précisément donné le droit de dénoncer le traité.
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L'honorable député de l'Achaïo-Elide a prétendu que la guerre européenne avait eu sur la situation existante une influence essentielle ; il a aussi ajouté que quand aura lieu l'agression de la Bulgarie contre la Serbie, nous pourrons décider sûrement si nous avons une raison d'intervenir au nom de notre traité. La guerre européenne a eu une influence sur les affaires de l'Europe entière et du monde entier, et il n'était pas nécessaire qu'on nous dise cela ce soir du haut de la tribune. Mais je demande : dans quel sens la guerre européenne a-t-elle influé sur la force opérante du traité serbe, traité d'alliance défensive, et conclu précisément en vue de la guerre ?
Vous avez dit que la guerre européenne a transformé la situation, et vous l'avez dit pour soutenir que le traité peut être considéré par nous comme caduc, à cause des influences exercées par la guerre européenne. J'ai été plus stupéfait encore d'entendre développer l'opinion que, (alors que la Bulgarie mobilise, et que nous sommes nous aussi obligés à une mobilisation générale), notre politique ne doit pas être nettement tracée, mais demeurer en suspens, pour ne se préciser qu'au moment de l'agression de la Bulgarie contre la Serbie. Permettez-moi de dire que cette théorie continue les errements qui ont suffisamment duré, pendant la durée du ministère de Monsieur le député de Patras, et constitue une
politique que» j'ai appelée déjà négative, et dont toute la sagesse, permettez-moi de le dire, consiste en ceci : « Ne bougeons pas, nous sommes neutres. »
D. Gounaris. — N'est-ce donc rien ?
E. Venizelos. — Oui, mais ceux qui voyaient plus loin devinaient que la guerre européenne ne pouvait se terminer sans que nous nous trouvions nous aussi dans la nécessité de bouger.
D. Gounaris. — Le plus tard sera le mieux.
Le but de la mobilisation .
E. Vemzelos. — Cela pourtant, Monsieur le député, vous ne pouvez pas le dire au peuple grec, maintenant qu'on l'a appelé à une mobilisation générale. Je ne pense pas que vous puissiez dire longtemps au peuple grec : Demeurez en armes, nous attendons le moment de nous décider. Je vous rappelais précédemment les douloureuses conséquences, les tragiques réveils auxquels vous auriez assisté, si vous aviez eu l'honneur d'être au gouvernement, dès le commencement de la mobilisation bulgare, lorsqu'on nous demandait de nouveau notre opinion sur le respect de nos obligations, et que vous vous fussiez montré réservé et négatif, provoquant peut-être plus de concessions aux Bulgares de la part de la Serbie désireuse d'écarter le péril imminent, obligé
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ensuite à vous opposer seuls à la Bulgarie entière, pour défendre les mêmes intérêts. Monsieur le député de l'Achaïo-Elide me blâma alors d'accepter une rupture d'équilibre et d'admettre des concessions serbes.
D. Gounaris. — Je ne vous ai pas blâmé. J'ai dit que vous avez rappelé le fait comme un argument.
E. Vemzelos. — Fort bien. Je me réjouis beaucoup de n'avoir pas été blâmé par vous, car le reproche était grave ; l'équilibre, en effet, n'était pas atteint : on sait qu'en janvier nous avions demandé qu'on cessât de s'opposer aux concessions serbes faites en échange de très larges concessions en notre faveur en Asie Mineure, et qui devaient, non pas rétablir l'équilibre, mais donner à la Grèce une place prépondérante. Heureusement je n'ai pas à m'appesantir sur ce point, puisque j'ai, paraît-il, mal compris le chef de l'opposition. Je voudrais pourtant poser une question à Monsieur le député de Patras. Comment explique-t-il que, en prenant la direction du gouvernement, il ait jugé de son devoir, dans sa déclaration ministérielle publiée d'après un communiqué des affaires étrangères, d'insister sur le respect dû à nos obligations envers la Serbie, au point d'écrire : « Le pays doit (c'est un devoir imprescriptible) se réserver de remplir les obligations que lui impose le traité. »
D. Gounaris. — Et je le répète.
E. Vemzelos. — Si vous dites maintenant encore, si vous pensez qu'un devoir imprescriptible commande au pays de remplir les obligations qu'il a prises, je déclare que j'abandonne la partie.
D. Gounaris. — Vous dites que vous l'abandonnez, parce que vous vous fiez à la confusion dont je vous ai convaincu. La Grèce doit remplir les obligations qu'elle a prises, personne ne le conteste. Mais la question est de savoir si ces obligations existent et quelles elles sont.
E. Venizelos. — Monsieur le député de Patras dont les vues sont exagérément théoriques, quand il fut au pouvoir et qu'il lui fallait expliquer au peuple avec quel programme politique il y arrivait, a cru nécessaire, semble-t-il, sans savoir si l'alliance imposait des obligations à la Grèce, d'affirmer dans sa déclaration ministérielle, et avec beaucoup de force, que c'était un devoir imprescriptible que de remplir ces obligations 1
D. Gounaris. — Des obligations créées par l'alliance, au moment où se produiraient les circonstances qui les feraient apparaître.
E. Venizelos. — Il n'était pas permis à un homme raisonnable prenant alors le pouvoir, il n'est pas permis aujourd'hui à un homme dans la situation de Monsieur Gounaris, de dire qu'un trait
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essentiel de son programme était de reconnaître comme un devoir imprescriptible le respect de nos obligations d'alliés, sans être sûr de l'existence de ces obligations. Et maintenant, comment pouvezvous annuler des obligations qui n'existaient pas dans le traité seulement, mais ont encore été reprises dans nos déclarations, au début de la guerre, et dans les vôtres, et comment venez-vous aujourd'hui persuader à la Chambre que la clause du traité ne jouerait peut-être pas au cas d'une attaque de la Bulgarie, et que conséquemment notre obligation de refuser la modification du statu quo créé par le traité de Bucarest demeure intacte ; l'honorable député de Patras, défendant la politique de neutralité, a dit que, assurément, alors que tout le monde est en lutte, la situation normale est la neutralité. Assurément, lorsque tout le monde est en lutte, la situation normale des non belligérants est la neutralité, mais il existe des exceptions à la règle posée d'une manière si générale. Il y a une première exception, quand l'un au moins des belligérants est un allié, auquel en prévision d'un péril pareil, vous avez promis de porter secours, comme lui-même de son côté vous a fait la même promesse. Il y a une exception aussi (conformément à laquelle le maintien de la neutralité, quand tout le monde est en lutte, n'est pas la situation normale) lorsque la lutte
se déroule sur un territoire que réclament précisément vos revendications nationales.
Le chef de l'opposition a approuvé dès le premier moment, et je l'en remercie, car il a eu le courage politique de se mettre ainsi en désaccord avec quelques-uns de ceux qui l'entourent. . .
D. Gou.naris. — Aucun de ceux qui m'entourent n'était d'un avis opposé et tout ce que la presse a dit à ce sujet est absolument faux.
E. Vemzelos. — Peut-être. Cet avis opposé était tout au moins celui des membres de la presse dont vous avez, il y a un moment, présenté la défense, et auxquels je reviendrai à la fin de mon discours, comme vous l'avez fait vous-même.
D. Gounaris. — Mais moi, je ne crois pas avoir le droit de les accuser de vénalité, par cela seul qu'ils étaient d'un avis opposé.
E. Venizelos. — Je reprends ce que je disais : l'honorable chef de l'opposition a approuvé la mobilisation comme un moyen nécessaire, un acte de prévoyance en présence de la mobilisation générale bulgare. Mais l'honorable député de Patras, en approuvant la mobilisation générale, paraît (je dis paraît, car on peut juger autrement de ses intentions) paraît pencher vers cette idée, que, si la Bulgarie, au lieu de se tourner immédiatement contre nous, préfère se tourner contre la Serbie, pour l'écraser
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d'abord, avant de nous attaquer, nous devons rester les bras croisés, sur le pied de mobilisation générale, pendant des mois, jusqu'à ce que la Bulgarie ait terminé sa guerre ! Cela, Messieurs, dénote une profonde incompréhension de ce qu'est pour un État la mobilisation générale. Sans doute, la Grèce a fait dans le passé, plusieurs mobilisations que l'on qualifiait de générales, mais qui ne l'étaient pas, parce qu'on appelait une classe et demie, puis deux mois après deux autres, et une autre encore. C'est pour cela peut-être qu'on a conservé cette impression que la mobilisation est un événement dont la réalisation est lente, et qui met au moins six, sept, huit mois à se développer. La conception actuelle, que l'Allemagne a réellement, plus que toute autre chose, enseigné au monde militaire, est que la mobilisation générale d'un pays ne peut avoir lieu que si le pays est préparé, soit que, immédiatement après l'achèvement de la mobilisation et de la concentration, la guerre éclate, soit qu'après cet instant on réussisse à supprimer les motifs qui avaient provoqué la mobilisation. Car on combat, non pour combattre, mais pour imposer ses volontés, pour défendre ses droits ; on mobilise parce qu'on voit en danger ses intérêts vitaux. Mais vous qui approuvez la mobilisation, comment la comprenez-vous ? Comme une situation durable, qui peut se prolonger pendant
des mois, et ruinant non seulement le pays au point de vue économique, mais aussi, au point de vue moral ; l'armée mobilisée et inactive, qui n'est là que pour regarder, est-ce ainsi que vous considérez la mobilisation ?
D. Gounaris. — Quand finira la guerre ?
E. Vémzelos. — Je ne sais pas quand finira la guerre, Monsieur le député de Patras. Mais la question que je dois étudier est celle-ci : existe-t-il une raison de faire la guerre, les intérêts vitaux de la nation sont-ils assez en danger pour que non seulement nos obligations morales qui résultent de l'alliance, mais aussi les intérêts nationaux m'obligent à envisager cette éventualité. On sait quand la lutte commence, on ne sait certes pas quand elle finit. Vous n'avez donc pas le droit de me poser cette question. Mais moi j'ai le droit de vous demander comment vous concevez cette mobilisation que vous approuvez, et si vous pensez la prolonger jusqu'à ce que la Bulgarie démobilise, après avoir terminé sa guerre éventuelle avec la Serbie. Car en vérité nous parlons sans cesse d'une guene de la Bulgarie contre la Serbie, alors que le président du conseil de Bulgarie nous a assurés qu'il n'a aucune intention d'attaquer la Serbie. Nous parlons de ces événements, parce qu'ils sont vraisemblables, parce qu'ils sont possibles, quoi qu'ils ne soient pas encore prouvés par des faits.
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D. Gounaris. — Et s'il n'y a pas agression, vous demeurez mobilisé ?
E. Venizelos. — S'il n'y a pas agression, mais on démobilisera, soyez-en sûr, parce que moi aussi alors je démobiliserai.
D. Gounaris. — Et si on ne démobilise pas ?
E. Venizelos. — L'honorable député de Patras me permettra d'observer que, vraisemblablement (je ne dis pas probablement) la Bulgarie agira autrement, et alors, naturellement, notre intervention n'aura plus raison d'être, car, je pense, la Bulgarie a d'autres frontières, et si elle se tournait de ce côté-là, nos obligations envers la Serbie ne joueraient pas, et nos intérêts vitaux ne seraient pas en danger.
Messieurs, il aurait une politique suivie, celui (mais je ne le vois pas dans cette enceinte) qui dirait : Pourquoi une mobilisation ? La Bulgarie mobilise mais nous déclare qu'elle n'a aucune intention hostile, elle nous déclare qu'elle remet à une époque plus favorable un règlement de comptes avec nous, qu'elle préfère ne pas avoir deux ennemis à la fois, mais les frapper l'un après l'autre. Pourquoi mobiliser dès aujourd'hui, au lieu d'attendre qu'elle vous informe de l'époque où elle vous attaquera ? Vous ferez alors votre mobilisation, au lieu de vous épuiser prématurément. Oui, ce serait là une politique conséquente.
G. Pop. — Sitôt que quelqu'un aurait une opinion opposée à la mobilisation, il y aurait polémique. Par conséquent on peut être journaliste sans être vendu.
E. Venizelos. — Monsieur le député de Psara, vous êtes trop fin pour ne pas m'avoir compris.
Le politicien qui viendrait exprimer un tel avis, ne serait pas, je pense, applaudi, mais simplement envoyé à l'asile des aliénés.
Le danger de l'agression bulgare.
Messieurs, nous devons courageusement envisager la situation. J'ai appelé le traité de Bucarest la charte des Balkans. Malheureusement, la guerre européenne est survenue bien prématurément, avant que la Grèce ait pu organiser ses nouvelles possessions ; elle met en péril le maintien du traité de Bucarest, ou pour parler d'une façon plus générale, l'équilibre des forces consacré par le traité. Je l'ai dit dans les déclarations que j'ai faites à la Représentation nationale en lui annonçant la mobilisation : un des États qui ont signé le traité de Bucarest, qui est accoutumé depuis bien des années à se croire au seuil de la réalisation de ses aspirations nationales, dût-il sacrifier tous les autres États balkaniques, croyance inspirée par la faiblesse passa-
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gère des autres États, considère qu'il lui est impossible de se conformer au traité de Bucarest, et de le respecter. Du reste, il n'a pas manqué, même en le signant, de faire entendre des protestations. Et je demande : quel homme politique responsable viendrait dire du haut de cette tribune, que, au cas où la Bulgarie attaquerait la Serbie, arriverait à l'écraser et par suite à s'accroître exagérément à ses dépens, quel homme politique responsable oserait dire au peuple hellénique qu'il peut dormir en paix, sous prétexte que immédiatement ou par quelque intermédiaire, la Bulgarie nous assure qu'elle ne nourrit pas contre nous d'intentions hostiles ? Quel homme politique monterait à la tribune pour dire que, devant la nation et devant les générations futures, il prend la responsabilité des catastrophes qui surviendraient, si nous ajoutions foi à ces assurances, et assistions immobiles à l'écrasement complet d'un État allié et à l'accroissement proportionnel précisément de l'État qui par malheur se présente à nous comme un irréconciliable adversaire ?
G. Baltadzis. — Et si la Serbie se trouve diminuée par suite d'une guerre, non avec la Bulgarie, mais avec une autre puissance ?
E. Vemzelos. — Nous n'interviendrions pas. Je vais vous expliquer la différence. Assurément, il est
fort possible que la Bulgarie n'attaque pas la Serbie, il est possible que la guerre européenne contraigne la Serbie a une limitation de sa souveraineté, et que par suite la puissance de la Bulgarie en soit accrue, mais vous devez reconnaître que, si les choses n'allaient pas plus loin, et que l'armée austro-allemande forçât le passage d'Orsova et marchât ensuite vers Constantinople par la Bulgarie, nos périls seraient bien moindres. Si les choses devaient s'arranger au Congrès de la Paix sans que la Bulgarie fût en possession d'une grande partie du territoire serbe, on pourrait espérer voir triompher de nouveau la croyance à la nécessité d'un équilibre entre les puissances balkaniques. Mais si nous demeurons, la Bulgarie et nous, dans les mêmes conditions, jusqu'au congrès de la paix, que nous n'y prenions pas part, et que la Bulgarie y prenne part comme belligérante, avec une idée, avec un suffrage, qu'elle atteste en outre devant le Congrès qu'elle tient une grande partie de la Serbie, non seulement la bande de territoire non contestée, mais la portion contestée, et probablement aussi une partie du royaume serbe de 1912, alors, Monsieur le député de Drama, pensezvous que le dommage subi par nous ne dépassera pas celui que nous subirions dans l'autre hypothèse?
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Le suffrage du peuple hellène.
L'honorable chef de l'opposition a parlé du suffrage du peuple grec, répondant à ce que je disais en affirmant que ma politique avait reçu l'approbation des électeurs du pays dans les élections dernières. Monsieur le député de Patras a demandé : les élections ont-elles eu lieu à propos de l'interprétation douteuse du traité ? Le député de Patras a soutenu, si j'ai bien compris, que les élections ont eu lieu sur la question qui provoqua mon abandon du pouvoir. Imaginez-vous, Messieurs, l'erreur où demeure encore le député de Patras, tant de mois après les élections ! Il croit que le parti des libéraux demandait aux élections, en se présentant aux électeurs grecs d'envoyer une division aux Dardanelles ; il oublie que ceux qui avaient qualité pour représenter le parti, et pour expliquer les actes des libéraux, disaient qu'il ne s'agissait plus de la politique de février. Si le peuple grec s'est prononcé nettement sur quelque chose, malgré les moyens mis en œuvre sous votre gouvernement pour altérer le sens des élections. . .
D. Gounaris. — Je vous dis, moi, qu'il n'a pas été altéré.
Plusieurs Députés. — N'interrompez pas.
E. Yé.mzelos. — Il s'est passé des faits qui de-
puis bien des années ne s'étaient pas produits dans la vie politique de la Grèce. Quand je parlerai de la manière dont vous avez défendu certains organes de l'opinion publique, je reviendrai sur ce point, et dirai ce que j'ai à dire.
L'honorable député de Patras m'a posé cette question : par quelle procédure — je l'ai noté et souligné — le peuple hellénique a-t-il exprimé son opinion pendant les élections ? Je réponds : Par une procédure constitutionnelle. Le peuple grec a fait connaître en votant qu'il confiait de nouveau le gouvernement du pays au parti des libéraux, et qu'il lui confiait le gouvernement en pleine connaissance de sa politique, parce que cette politique lui a été exposée.
Monsieur le député de Patras déforme entièrement, altère entièrement, je veux dire, falsifie entièrement l'opinion exprimée par le peuple hellénique, en n'admettant pas qu'il ait approuvé la politique générale du parti libéral, qui avait une ligne de conduite extérieure bien nette, et inscrivait en tête de son programme le respect des obligations envers la Serbie. Il ne croit pas que le peuple se soit déclaré là-dessus ; il croit que le peuple s'est déclaré sur la nécessité de l'envoi d'une division aux Dardanelles, et peu s'en faut qu'il m'ait accusé devant le peuple grec, ma politique une fois approuvée, de
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n'avoir pas pris soin d'envoyer cette division, non que les affaires eussent changé de face, mais parce que je considérais l'expédition comme inutile.
Une s'agit pas aujourd'hui, Messieurs, d'instaurer un débat épisodique sur cette portion de ma politique qui appartient désormais à l'histoire et qui a trait à mon abandon du pouvoir. Remettons à plus tard la discussion de ce point qui, du reste, sera traité dans cette enceinte. Mais je prétends, Monsieur le député de Patras, sans vouloir vous attaquer personnellement, qu'en niant que l'opinion se soit nettement prononcée par la voie des élections sur ce point qui nous occupe, en affirmant que cette opinion, c'est la presse à laquelle j'ai fait allusion, qui l'exprime, vous insultez la constitution du Pays. Je suis le premier à reconnaître que les journaux, et par conséquent les journalistes, sont en quelque mesure les porte-parole de l'opinion publique, mais je ne m'attendais pas à voir un homme politique tel que vous mettre sur le même pied l'expression de la volonté nationale fournie par les élections.
D. Gounaris. — Mais non !. . .
Le discours sur les journaux.
E. Vénizelos. — Lisez votre discours et vous verrez : « ... à l'égard de l'opinion publique, dont les porte-parole sont les journaux. »
Et de quels journaux, Messieurs, ai-je parlé ? L'honorable député de Patras affirmait que j'avais injurié les organes de l'opinion publique (pour ne pas commettre d'erreur, je lis les notes que j'ai prises), mais il avait intérêt à exagérer le nombre
I des personnes qu'atteignaient mes paroles, tout à l'heure, avant la suspension de la séance ; il avait intérêt à faire croire que j'étendais à la presse entière ce qui n'était dit que pour certains organes de
, la presse et de l'opinion publique. Il y a dans cette salle des hommes qui rédigent un journal qui, depuis des années, combat impitoyablement le gouvernement des libéraux : cependant personne n'a eu l'idée de diriger contre cet organe de l'opinion publique la moindre allusion analogue à celle que j'ai si clairement faite ce soir ; et même à l'égard de certains organes de l'opinion publique, qui ont des principes arrêtés, qui ont une politique conséquente, personne n'a eu l'idée de prononcer une parole injurieuse. Seulement, Monsieur le député, ce n'est un mystère pour personne, que certains organes ont réussi, dans le court espace de vingt-quatre heures, à changer totalement d'opinion, parce que, dans l'intervalle une propagande étrangère éhontée les avait achetés ; et pensez-vous alors avoir le droit de nous adresser ces « Exhortations à Démonicos », en me conseillant de ne pas attaquer la Presse, moi
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qui, disait-on, cherchais à l'intimider ? Vous m'avez même dit, que nous autres, hommes politiques, nous devons être habitués à subir jusqu'aux injures et aux violences de la Presse. Je ne suis pas ici le plus âgé, mais je suis bien celui qu'on a le plus injurié, parce que ma carrière politique a été la plus longue et la plus chargée de péripéties : il était naturel que je fusse l'objet d'attaques quotidiennes. Je ne me suis jamais fâché de ces attaques, et même, en ce moment vous ne me voyez pas irrité, car il n'y a eu contre moi aucune attaque personnelle. Mais assurément ma conscience se soulève, à voir, depuis tant de mois, le spectacle immoral que nous offrent certains organes de la presse, qui, d'un moment à l'autre, ont totalement abandonné la politique qu'ils défendaient depuis si longtemps, parce qu'ils ont été soudain éclairés par des versements d'argent abondants, effectués par la propagande étrangère, non pour le service d'intérêts grecs, mais pour le service d'intérêts étrangers, opposés aux intérêts hellènes. (Applaudissements sur les bancs et dans les loges.)
L'honorable député de Patras me permettra de ne pas laisser passer sans protestation une injustice qu'il a commise envers d'autres organes de l'opinion publique de ce pays. Il a rappelé à propos de ce que je disais ce soir, les attaques acerbes dirigées
contre lui pendant son gouvernement par la presse d'opposition et spécialement par la presse favorable au parti libéral. Mais il a fait injure à cette presse en la mettant en parallèle avec la presse vendue, lorsqu'il a parlé d'une presse qui, développant l'opinion d'un grand parti politique, l'a défendue avec vigueur et fermeté, et peut-être parfois avec une aigreur qui trouvait du reste, sinon une justification, du moins une excuse en ceci : que cette presse représentait l'opinion, non seulement d'un grand parti politique, mais du parti qui avait la majorité dans ce pays. Car alors vous n'aviez pas encore sous les yeux l'opinion de la Nation, manifestée par une majorité à la Chambre, mais les élections prouvèrent que la fiction était restée fiction, et que la réalité était conforme aux opinions de la presse qui incarnait les idées des libéraux.
L'honorable député de Patras a jugé que j'avais été inconvenant, en accusant du haut de la tribune, comme c'était mon devoir, et devant le peuple hellène, la presse vendue, et il m'a rappelé qu'une autre voie m'était ouverte si je voulais frapper la Presse, et la voie qu'il m'indiquait, c'était celle des tribunaux.
D. Gounaris. — Non I
E. Vénizelos. — Puisqu'ils trahissent la Patrie, m'avez-vous dit, il faut les mettre en accusation, et
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mon opinion est que leurs actes ont été caractérisés par vous comme crimes de trahison, que vous avez demandé l'application des dispositions prévues, pour qu'on coupe la tête à ces hommes. Mais moi je pense que non seulement ces dispositions ne sauraient s'appliquer, mais qu'aucune disposition n'existe qui puisse leur être appliquée.
D. Gounaris. — Je n'entendais pas l'application des dispositions existantes, que leur sévérité rend vraiment inapplicables; je demandais que vous introduisiez une disposition nouvelle qui vous aurait permis de prendre les mesures voulues.
E. Vénizelos. — Vous ne pouvez, je pense, me condamner pour n'avoir pas pris les mesures voulues, puisque je ne suis au pouvoir que depuis un mois.
La Terreur sous le gouvernement Gounaris pendant les élections.
Vous m'avez accusé de vouloir imposer à la Presse un régime de terreur. C'est moi pourtant qui étais président du conseil pendant la durée des deux guerres précédentes, alors que la Presse était sous l'autorité militaire, et cependant vous reconnaîtrez que jamais, en aucun pays, la loi martiale ne fut moins lourde à la Presse que celle que je lui appliquai.
G. Pop. — C'est que la Presse le méritait.
E. Venizelos. — Je ne dis pas le contraire. Mais aujourd'hui encore, Messieurs, il existe un décret qui proclame la loi martiale à Athènes ; il est signé, c'est moi qui l'ai demandé, naturellement ; j'en suis responsable ; pourtant je remets de jour en jour sa publication, dans l'espoir qu'elle deviendra inutile. Et vous m'accusez de vouloir faire peser la terreur sur la Presse, parce que, en montant à la tribune, moi qui vénère la liberté de la Presse, et qui tolère son intempérance parce qu'en la tempérant on restreindrait sa liberté, je ne suis pas lâche au point de la laisser en repos, et que je lui dis : tu es vendue, puisque tu reçois l'argent de l'étranger, puisque tu sers des intérêts étrangers ? L'honorable député de Patras a été plus malheureux encore en me prêtant des idées d'intimidation, comme si je voulais ainsi faire taire la presse d'opposition, alors que lui m'accuse de tyrannie et qui donc ? Celui qui, montant au pouvoir d'une manière assurément constitutionnelle, mais non pas entièrement normale, et revêtu pour la première fois de la dignité de président du Conseil, a considéré qu'il était moralement permis, politiquement correct et utile, d'essayer de combattre par la terreur un grand parti politique qui avait quitté le pouvoir non pour avoir perdu la confiance du pays, mais par suite
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d'un dissentiment avec la Couronne, pour des raisons qui honoraient le parti, car il se rappelait que son chef, quand, pour la première fois le peuple grec le recevait, avait déclaré qu'il ne demeurerait pas une minute au pouvoir, s'il ne pouvait le faire qu'en sacrifiant ses principes et ses idées. Je suis parti pour me reposer quelques jours, après avoir exercé le pouvoir pendant quatre ans et demi, à Spetsa, et quand je fus sur le point de rentrer, on m'a interdit de débarquer au Pirée, comme à un vulgaire criminel ! (Cris : « C'est honteux ! », et applaudissements.) Je suis descendu au Phalère, car au Pirée la cavalerie et l'infanterie faisaient régner un régime de terreur. Il oublie qu'il m'a accusé de terroriser la Presse, moi qui en ce moment même remets à plus tard l'application de la loi martiale. Il l'oublie, lui qui, ministre de la guerre, ordonna, le jour de la fête nationale, de cerner la maison de l'ancien président du conseil (qui lui aussi enfin avait contribué à la célébration triomphale de cette fête après les événements de 1912 à i()i3), de faire assiéger cette maison, et de l'empêcher lui-même, parce qu'avant ces mesures de police il était en villégiature à Képhisia, de rentrer chez lui. Celui qui m'accuse de terrorisme, c'est le député de Patras qui a eu le courage, pendant les élections, de faire totalement interdire par ordonnance de police le droit de réu-
iiiju, qui a le courage de poser comme règle, pendant les élections, que quiconque acclamait le chef d'un grand parti politique, insultait la couronne et devait être conduit en prison. Messieurs, je regrette d'avoir été parfois acerbe dans mon discours. Certes en montant à la tribune nous avons beau être résolus à ne pas nous montrer tels, nous manquons parfois à nos résolutions, admettant que la responsabilité de l'aigreur des paroles est commune.
C'est éviter le danger que de le regarder en face.
Je ne veux pas, Messieurs, achever mon discours autrement que n'a terminé le sien Monsieur le député de Patras. Nous nous trouvons, en vérité, dans une des conjonctures les plus graves de notre histoire nationale. Notre devoir est d'examiner les faits objectivement, et de décider quelles sont les exigences des intérêts supérieurs du peuple. Ce n'est pas éviter sûrement le péril que de le fuir ; pour l'éviter définitivement, il faut le regarder en face. Si l'événement se produit, en prévision duquel la Grèce a mobilisé, nous n'éviterons pas les dangers qui nous menacent en demandant à Dieu dans nos prières du dimanche, de nous faire vivre aujourd'hui et demain . . . Dieu aussi y pourvoira ! Nous échapperons au danger au moyen d'une vaste poli-
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tique, prévoyant non pas les événements qui peuvent se produire aujourd'hui ou d'ici à quelques mois, mais ceux qui se produiront dans un temps au reste peu éloigné, si, en violant les obligations qui résultent de notre traité d'alliance, en méconnaissant nos intérêts vitaux, nous laissons écraser notre alliée et s'accroître exagérément l'État qui se proclame notre adversaire. Je le répète, il faut envisager le péril dès maintenant, il faut montrer aussi que nous sommes décidés à le faire, à ne pas permettre une agression contre nos alliés, et à cause de nos engagements et parce que nous savons ce qui nous attend plus tard ; c'est seulement ainsi que nous pourrons regarder en face le péril imminent. L'honorable député de Corfou m'a accusé d'un autre délit, il m'a reproché ma confiance. Eh bien I Messieurs, il arrive qu'en politique des œuvres plus grandes sont accomplies par ceux qui ont la foi que par les pyrrhoniens. En septembre 1913, le gouvernement que je présidais s'est trouvé en présence de la guerre balkanique, guerre offensive, et non prévue dans notre alliance défensive avec la Bulgarie, et à laquelle la Grèce était conviée à participer sans conditions puisqu'on ne pouvait alors en établir ; alors la confiance qui régnait en moi, chez mes collègues et dans le gouvernement irresponsable, la confiance dans la vitalité du peuple hellénique, la
confiance que, entrant dans une pareille lutte avec notre armée, petite mais bien organisée, nous ne pouvions que réaliser les gains espérés, cette foi nous a amenés à affronter la guerre, que les grands, ceux qui avaient la science militaire, considéraient comme désespérée pour les peuples balkaniques. Vous vous rappelez ce que Monsieur le député de Patras dit alors à la Chambre. Il a fait tous ses efforts, étouffant par patriotisme ses doutes intimes, pour ne pas faire naître d'hésitations ; il a dit, vous vous en souvenez : « Au point où en sont arrivées les choses, il ne nous reste qu'à vous donner courage. )> Je me rappelle cette minute, et je ne crois pas faire de contre-sens. Il considérait, j'en suis sûr, qu'on menait la Grèce à la boucherie. Mais le député de Corfou voit bien que la foi en la vitalité du peuple hellène n'est pas un élément d'insuccès, comme il paraît le croire. Le pyrrhonisme qui distingue certains autres, ne permet pas d'accomplir de grandes actions. Sans doute, la foi, quand on garde les bras croisés, quand on reste indifférent à ce qui se passe autour de soi, cette foi ne peut donner de fruits, mais si elle s'accompagne d'un effort soutenu, infatigable pour préparer le pays à regarder les choses en face, à deviner ce que sera demain, c'est la foi qui dans ce monde suscite les œuvres grandes et admirables ! (Applaudissements prolongés.)