‹ La politique de la GrèceChapitre 9 sur 11 · MANIFESTE DU PARTI LIBÉRAL ADRESSÉ PAR SON CHEF AU PEUPLE GREC · texte numérisé non relu

MANIFESTE DU PARTI LIBÉRAL ADRESSÉ PAR SON CHEF AU PEUPLE GREC

A la crise aiguë de politique extérieure que la guerre européenne a ouverte dans notre pays dont l'avenir est indissolublement lié à l'issue de cette guerre, est venue s'ajouter une crise intérieure redoutable, crise qui a été provoquée par l'abolition dans son principe de notre régime politique libéral.

Après une vie constitutionnelle libre de cinquante ans, quand le peuple grec, par un effort suprême de toutes ses forces, a réussi à réaliser une grande partie de son programme national et à affranchir des millions de nos frères, il a paru légitime de priver de leurs libertés politiques les combattants de Bizani et de Kilkis.

Lorsque au mois de février dernier, et bien qu'aucun indice ne pût être allégué, on supposa que la représentation nationale aurait cessé de se trouver en harmonie avec l'opinion publique, le gouvernement parlementaire du pays dut se retirer du pouvoir ; la Chambre fut dissoute, et le peuple fut appelé à prononcer son verdict.

Ce verdict fut clair, ne souffrant aucun doute ; mais il n'a servi de rien. Ceux qui, pour la quatrième fois depuis cinq ans, avaient été systématiquement désapprouvés par

la majorité du peuple, se sont à nouveau installés au gouvernail. C'est au milieu d'une tempête nationale qu'ils ont arraché le pouvoir des mains de celui à qui le peuple grec venait de le confier encore une fois, lors des dernières élections.

Ainsi nous trouvons-nous en présence d'une déviation manifeste de notre régime politique. Au jour le jour, la Constitution se transforme en un véritable chiffon de papier. Nous voyons inaugurer chez nous, par le jeu des dissolutions successives de la Chambre, un système gouvernemental qui n'aurait de sens que dans un pays monarchique, à l'instar de la Prusse, où l'organe suprême de l'État est le monarque.

Un tel régime est la suppression radicale du régime constitutionnel, c'est-à-dire d'une démocratie avec le Roi comme président, démocratie où l'organe suprême de l'État est le peuple même « dont procèdent tous les pouvoirs! ».

Cette déviation de notre régime a été rendue plus apparente encore par le décret qui ordonne de nouvelles élections fixées au 6/19 décembre.

Il n'y avait aucune raison de procéder pour la seconde fois, en quelques mois, à de nouvelles élections législatives au milieu de la terrible guerre qui a embrasé l'Europe. En effet, la dernière crise gouvernementale ne fut pas provoquée par la volonté qu'aurait manifestée la majorité de la Chambre de renverser le gouvernement ; la Chambre n'a pas eu d'autre pensée que de défendre sa dignité.

Il était notoire que la Chambre tolérerait la reconstitution du ministère à la seule exclusion du ministre qui avait insulté la représentation nationale. Même, malgré l'affront infligé intentionnellement à la représentation nationale par la promotion du ministre qui avait gravement manqué de respect à la Chambre, au grade le plus élevé de

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