CHAPITRE III
Grégoire 1". — Sou retour à Rome. — Son élection à la
papauté.
A peine rentré dans sa sohtude chérie de Saint- André, Grégoire dut en sortir pour assister de ses conseils et éclairer de son expérience précoce le pape Pelage II ; il était près de lui comme saint Jèrùme à côté de Damase, comme saint Prosper à enté de saint Léon le Grand, ou [)lutot comme Ilil- (li'brand à coté des pontifes auxquels il a succédé et qu'il a surpassés en renommée. Ainsi que le nouvel exarque Smaragde, il avait le secret de la politique grecque en Italie. Soit sagesse, soit im[)uissance, l'empereur découragé se contentait de mettre en œuvre une politique qui datait de Stihcon : opposer les barbares les uns aux autres, corrompre et acheter quelques ducs lombards, appeler les Francs qui opéreraient sur les Alpes une diversion utile à Rome et à Ravenne, tel était le meilleur parti à prendn.'.
— (îfi -
On ne sait quelle pari l'ancien nonce à Conslautinople prit aux négociations (jui, de .-)84 à 590, amenèrent les bandes franques en Italie. Il n'y fut sans doute pas étranger, car il ne pouvait ignorer que l'empereur Tibère avait eu la pensée de jeter les Austrasiens sur les Lombards, et que l'Italie était exposée à recevoir le contre-coup de ces événements d'Espagne qu'il avait appris de la bouche
de Léandre.
Un intérêt de famille, celui de sa sœur Ingonde, femme du roi visigotli Hermenégilde, ne tarda pas à enchaîner le roi d'Austrasie au service de l'empereur. Hermenégilde , vaincu et livré par les Grecs à son père, avait été relégué à Valence, puis à Tarragone ; mis aux fers par ses gardiens, s'étant couvert volontairement d'un cilice, il se préparait au martyre. La veille de Piques (13 avril 580), un évoque arien entra dans sa prison pour lui oifrir la communion ; le captif la refusa avec indignation de ses mains et ne lui épargna pas les reproches. Cette nuit-là même, par ordre du roi, le bourreau prit la place do l'évêque dans la prison, et brisa d'un coup de hache la tète d'Hermenégilde (i). La persécution reprit plus
(1) Dialog., lU, 31.
violente que jamais contre les catholiques d'Espagne. Léandre dut se réfugier à Cartliage (î). Avant même la mort de son mari, Ingonde eût voulu gagner la Gaule avec son fils Atlianagilde, mais elle fut enlevée par les Grecs comme otage et dirigée
vers l'Orient.
Quel incident avait donc amené ce défi inattendu de la cour byzantine à la cour austrasienne? Dès 584, Childebert II avait passé les Alpes avec ses guerriers. Il venait, tenté par cinquante mille sous d'or que l'empereur lui avait promis, attaquer les Lombards en proie à l'anarchie. Depuis, quatre fois en six ans, lui-môme ou ses lieutenants descendirent dans l'Italie du Nord, mercenaires aux gages des Grecs, mal secondés par leurs alliés, qui craignaient de trop bien les étabhr au delà des Alpes, plus pressés de faire acheter leur retraite par les Lombards que de combattre. Childebert était, comme tous les rois francs, très ardent à défendre les siens, quand il n'avait pas intérêt à les tuer ; partagé entre son désir de satisfaire l'empereur , qui tenait en ses mains le sort d'Ingonde, et sa cupidité allumée par les offres des Lombards, il se montra en Italie i)lus
(1) Vita s. Isidorif BolL 4 ap.
pour ménager sou allié que pourvaincre son ennemi. Il dicrcliait à prendre des mains de l'un el de l'autre. Pendant ce temi.s, sa sœur mourail sur la roule de l'exil, en Sicile ou en Afrique, et son neveu était transporté à Conslantinople , où l'histoire perd sa trace. D'autre pari, les Lombards en face do l'ennemi mettaient un terme à leurs divisions et élisaient un roi, Aulharis. C'est sur l'Italie que tous les yeux sont fixés du fond des palais de Tolède, de Metz, de Conslantinople.
Grégoire, à peine sorti delà courimiiériale, ami de Léand°e, secrétaire du pape Pelage II, n'a pas pu ne ,j(,int prendre part aux événements très complexes .jui troublaient alors l'Occident, (rest l'année même de son r."tour à lU.me que Cliildebert entre pour la première fois en Italie. Il venait lui-même de voir à Conslantinople les seigneurs auslrasiens chargés de taire sortir de sa retraite, dans l'intérêt de leur maître , le prétendant Gondowald, et à Rome , l'homme qui a rédigé la lettre de Pelage II aux évêques d'Islrie a dû être aussi l'interprète du pape auprès des Francs. Or Pelage , notamment en 589. pressait Ghildebert II de passer les Alpes d). Et qui
(I) La lellre de Pelage est dans Sirmond ( Coneil. antiq.
pouvait mieux le renseigner <iue Grégoire? Seul peut-être, à cette époque, il avait autour de lui, soit à Conslantinople , soit à Rome , entendu plaider toutes les causes, vu s'agiter tous les intérêts. Maintenant, faute de documents, on est réduit à soupçonner seulement (pi'il a joué dans ces événements un rôle dont on ne saurait préciser l'étendue.
Ce rôle allait grandir encore. Grégoire, d'après la légende , i'uL lui-même préparé par une vision surnaturelle à la situation nouvelle (pii l'attendait. Un jour, dit Jean Diacre, un étranger, qui se disait un marchand ayant fait naufrage, se présenta à lui. Grégoire lui lit donner une aumône. Ouelrpies heures après, le pauvre reparut et fut reçu de même. Trois jours plus tard, on le revit encore. Grégoire mande le trésorier, mais inutilement, l'argent man- (lue. Il cherche quelque ohjet avec lequel il puisse satisfaire sa charité; il ne trouve que l'écuello d'argent où il recevait sa nourriture quotidienne, il la donne. Ouelque temps après, ajoute son hiographe, le pauvre lui apparut en songe sous la figure d'un
{jaUiœ, t. l", p. 37:;). Les IcUres échangées entre Ghildebert, Bruneliaut et Maurice (dans D. Bouquet, t. IV, p. 8^2-91) ne donnent aucun renseignement sur la part directe prise par Grégoire aux négociations entre les Austrasiens et les Grecs.
ange, et lui apprit qu'à partir de ce jour Dieu l'avait destiné à o-ouverner l'Eglise et à devenir le successeur de saint Pierre W.
En 590, cette prédiction fut accomplie.
L'année précédente, tous les fléaux étaient venus fondre à la fois sur Uorae. Le Tibre était sorti subitement de son lit, plusieurs quartiers avaient été envahis, beaucoup d'églises et d'édifices antiques renversés, et les greniers ecclésiastiques, remplis de blé par la prévoyance de l'évéque, submergés (2). La peste vintensuite, et les chrétiens d'alors, comme les Grecs d'Homère, croyaient voir des flèches pleuvoir du ciel, dardées par une main invisilile. Les "uérisons étaient rares , les morts [)romi)tes; les maisons se vidaient, le monastère de Saint- André fut atteint par le fléau.
(1) Jean Diacrk, II, 23. Ce fait est resté un des épisodes les plus populaires de la légende do Grégoire nu moyen Age. On en retrouve la tradition jusqu'en Bulgarie au xi' siècle. (Ucvue orientale et américaine, t. V\ p 107.) Grégoire lui-même a raconté [UomiL in Evawj., lib. II, hom. 23) un fait à peu prés semblable, qui peut-être a donné lieu à la légende rapportée ensuite par Jean Diacre.
(2) Greg.Tur., X, \.— Uomil in Evang. ,\ih. i, homil. 1.— Cf. dans les Dialogues (ii, 15) la prédiction de saint Benoît : Roma à gentibus non exterminabitury sed tempestatibus coniscis, et turbinilms, ac terrœ motu fatigata^ in semetipsâ marcescet.
Dès le (lèl)ut, le pai)0 Pelage II avait été frappé. R„mc dans sa détresse n'avait plus d'évèque. Les prêtres étaient peu nombreux, et la loi ecclésiastique défendait d'aller chercher un pasteur dans un autre diocèse. Tous les yeux se tournèrent vers l'abbé de Saint-André. Clergé, sénat, peuple, vinrent l'arracher à sa retraite. 11 fut élu sans délai et à l'unanimité évèque de Rome, maigre sa résistance. 11 accepta, sous la réserve de rai)proljation de l'empereur d'Orient , qui était d'usage. Germanus, iiréfet do Home, fit parvenir aussitôt à Gonstauliuople la nouvelle de l'élection. Grégoire se hâta d'écrire à Maurice pour le prier de ne rien approuver ; mais Germanus lit arrêter son courrier, ouvrir et retenir ses lettres, et il sollicita dans l'intérêt de Rome la confirmation impériale.
Pendant (lu'on attendait la réiionse de Maurice, la peste redouJjla de fureur. Grégoire, dans un discours (pii fit une impression profonde I^), rappela au peuple l'e.xemplc de Ninive coupable, et l'exhorta à la pénitence. 11 ordonna des prières et des processions publicpies qui durèrent trois jours.
(1) Ce cUsconvs est cité par Grégoire de Tours, X, 1, et Jean niACRV, 1, il.
Hommes, femmes, enfants, veuves, clercs, moines, religieux, sortis des se[)t églises [)rincipales do Home, se rendaient réunis à Sainte-Marie-Majeure. Une fois, pendant ce pèlerinage solennel , en une heure, quatre-vingts personnes tombèrent et moururent. Depuis ce moment, la peste commença à diminuer. Selon la légende, Grégoire, tournant les veux vers le môle d'Adrien, aurait vu au sommet un ange debout, remettant au fourreau l'épée llamboyante qui venait de décimer la ville. La statue qui couronne aujourd'hui le fort Saint- Ange a consacré le souvenir de cette pieuse tradition.
Cependant la nomination de Grégoire était parvenue à Constantinople; elle y fut unanimement approuvée. Le patriarche, un grand nombre de [lersonna-'-esde la cour ((ui connaissaient et estimaient le nouveau pontife, Tempereur Maurice dont il était l'ami, tout le monde fut d'accord (l). Grégoire pressentiiit son élévation delinilive et voulait l'éviter à tout prix. Les portes de Uome étaient gardées, tant le peuple connaissait son invincible humilité
(1) Voir, sur les sentiments qu'inspirait son élévation à ConstanUnople, le témoignage de Grégoire hii-mcme. {Epistolœ, T, i, 6, 32.)
et redoutait son départ! Il gagna des marchands étrangers qui l'enlevèrent dans une manne d'osier ; il franchit ainsi l'enceinte de la ville, et erra do orotte en ^rotte dans les bois et les montagnes W. Les Romains se mirent aussitôt à sa recherche ; au bout de trois jours, U fut découvert et ramené en triomphe. Il fallut se résigner au pouvoir suprême. Le 3 septembre , il se rendit à la Confession de Saint-Pierre, y fat ordonné prêtre, et promulgua, selon la coutume, son symbole de foi.
Il n'est personne qui n'eût été effrayé comme lui de cette élévation soudaine. En etfet, quelle tâche immense lui était échue, au milieu d'une société troublée et ébranlée jusque dans ses fondements! Devenu l'objet de tous les regards dans le monde chrétien, le nouveau pape s'effraie, et partout, en Illyrie, en Sicile, en Espagne, surtout à Constantinople, il transmet l'expression de ses terreurs et de ses plaintes (2). Son plus grand désir était de rester solitaire, assis avec Marie aux pieds du Christ, et re-
(l) Inflrmitatis meœ conscius, secretiora loca peterc allquandô decrevcram ; sed superna mihi judicia adversari conspiciens, ja<jo conditoris suhdidi ccrvicem cordis. (Ep., vu, 4. — Voir aussi la Préface du Pastoral)
cueillant les enseignements de sa parole divine, et le voilà condamné à l'action, à la lutte, à l'apostolat. Selon une comparaison qui lui est familière, le voilà jeté au milieu de la lerai.ète qui souffle de tous les points de l'horizon, et il est presque seul, sur un vieux navire qui tait eau de toutes parts. Il semble ne plus voir autour de lui qne ténèbres. « Sous la livrée de l'épiscopat, disait-il, me « voici rejeté au milieu du siècle, et me voici en- ,, chaîné à tant de soucis terrestres que je ne me » souviens pas d'en avoir eu de semblables dans » ma vie la'iquo ('). »
Il y avait dans ces humbles paroles non-seulement" un sentiment profondément chrétien, mais encore une idée nette et exacte de l'état du monde, de la crise dans kuiuello se débattait la société antique, des maux dont soutiraient les nations naissantes de l'Occident. Le nouveau pontilkal commençait sous de tristes auspices: tout était desordre dans' la nature elle-même, et les ouragans qui défi) Dp I :i Et aillcui-3 : Hic hujus mundi tanlœ ocmpationes sunt, 'ut'per episcopatùs ontincm pené ah «more Vci mevideam esse separatum (.. 30). - Cf. x., 1 : Sab «,/ore .•cc/es,«sm re.jimvm, mnmU kuj,i^ H'^tibus volrmur, qm fmu^nlcr nos obrnunt.
solaicnt Home étaient sans nul doute le présage des plus grands malheurs W. La peste commençait îi se répandre à travers l'Italie et ravageait l'Espagne et la Gaule.
Tout était trouble en même temps parmi les peuples : la Péninsule était disputée entre les Lombards et les Grecs , les premiers pillards et cruels pendant la guerre, les seconds oppresseurs et cupides pendant la paix. L'Espagne venait d'être désolée par les luttes fratricides de ses rois, la Gaule l'était encore. Les Bretons, délaissés et oubliés du reste du monde, disparaissaient peu à peu sous le glaive des Saxons et des Angles.
La religion chrétienne, plus ou moins bien comprise, était le seul lion qui unît ces malheureux peuples; l'EgUse, plus ou moins respectée, était la seule puissance qui pût les amener à la paix et les faire sortir de la barbarie. Mais les Lombards étaient encore en Italie les ennemis acharnés de la communion catholique ; les rois francs qui dévastaient les Gaules étaient, disait-on, de pires persécuteurs que Dioctétien ; la nation des Yisigoths était naguère
(1) Nunquàm urbs Roma tremuit, ut 7ion faturi cventùs alicujus id prœnuntium csset. (Pline l'Ancien, llist. nat , II, 86.)
partagée en deux cam[)S , les ariens et les orthodoxes; la Bretagne défendait en mémo temps sa foi et son indépendance.
Au milieu de ces orages, toutes les Eglises éprouvées de l'Occident devaient tendre à se rapprocher davantage de l'Eglise qui avait sur elles la primauté d'honneur et de juridiction; et de jour en jour elles obéissent davantage à son impulsion et rendent uniforme leur plan de conduite envers la barbarie , l'hérésie et le paganisme.
L'Eglise romaims de son coté, allait lentement modifier sa politique. Installée pour ainsi dire dans le palais des anciens Césars , elle était restée jusque-là fidèh' aux traditions de l'empire. Depuis la chute de l'empire d'Occident, elle avait les yeux tournes vers Constantinople, la nouvelle Home, et elle maintenait avec les successeurs dégénérés de Constantin l'alliance étroite qu'elh^ avait contractée avec ce prince. Les décrets des (juatre premiers conciles avaient reçu une conlirmation légale (^); le pape avait un titre dans la loi civile ; sa primauté spirituelle était reconnue. Les simoniaques et les hérétiijues étaient frappés de peines temporelles, le
(1) Novclle IM, c. I. — Cod. Just., lib. 1, tit. i.
célibat ecclésiastique , la sanctification des dimanches, étaient prescrits par le législateur, et de grands privilèges pohtiques étaient accordés aux évéques. L'empereur était le lieutenant armé du Christ, pour élargir les voies du ciel (1); il ouvrait ses palais aux conciles, et s'asseyait, l'épée au côté, au miheu des Pères, prêt à faire respecter leurs décisions. En revanche, à l'exemple des rois barbares, il s'était réservé le droit de confirmer le pape et les principaux prélats d'ItaUe (2), et, à cette occasion, il recevait d'eux un tribut. C'était la conséquence rigoureuse de l'union indissoluble en théorie, souvent altérée en réalité, qui devait exister entre le pontife représentant du roi céleste, et l'empereur souverain maître sur la terre. L'évéque de l'ancienne Home, en citoyen et en évoque tenu de rendre à César ce qui était à César, se montrait sujet obéissant, ne voulait pas même voir les faiblesses ou les crimes pohtiques du prince, et ne résistait <iue lorsqu'il voyait raturer son Credo ou menacer son autel.
(1) F.p. III, 65.
(2) Ce droit de coiifirmaUon, que s'étaient arrogé Odoacre et Théodoric, fut recueilli par les empereurs, qui le conservèrent jusqu'au règne de Constantin Pogonat. (Thomassin, 2* p., Uv. H, ch. XVI.)
Au \f siècle, cette alliance subsiste entière en apparence. Les papes s'obstinent à voir dans les souverains de Byzance la colonne fondamentale de l'édifice social, et pourtant les moins clairvoyants devaient commencer à perdre leurs illusions. L'empire sentait la vie lui écbapper; pour ressaisir quelques forces, il se repliait sur lui-même et se concentrait en Orient, abandonnant la tutelle de l'Italie, imprudemment revendiquée par Justinien. Même dans Tordre des choses spirituelles, il tendait à s'isoler; déjà la scission entre l'Eglise grecque et l'Eglise latine se préparait.
Ce qui prolongea l'illusion des papes, ce fut leur qualité de Romains. Tous en effet ils appartenaient à l'Eglise romaine et au moins à la race latine, et ils crovaient à la vertu éternelle des institutions politiques de leurs ancêtres païens. Tant qu'ils le purent, ils regardèrent comme vivantes celles même qui n'étaient plus qu'une ombre ou plus qu'un souvenir. « Il y a cette différence, écrivait Grégoire , entre les rois des nations et les empereurs de la répubUque, que les uns sont maîtres d'esclaves, et les autres souverains d'hommes libres W. » L'idée
[\) Ep. X, 51. Celte pensée est reproduite dans les mêmes termes, xiii, .'M.
paraît fausse au point de vue moderne ; nous sommes habitués à regarder les barbares germains comme les restaurateurs de la Uberté et de la dignité humaines, et les Grecs d'Orient comme les types de la bassesse volontaire et naïve : un Romain du VI' siècle, avec son jugement troublé par les évocations éblouissantes du passé, pensait tout le contraire. Grégoire, instruit comme malgré lui de l'état du monde à l'école des Byzantins, vit à Constantinople le pivot de toute la politique de son temps; il n'était [)asun coin du monde civilisé sur lequel ne se projetât encore l'ombre de l'empire. Aussi sera-t-il l'homme de la pohtique romaine , patiente, inébranlable, ayant toujours les yeux sur ce passé immortel où il retrouvait la trace de ses
ancêtres.
Mais le jour est proche où les papes, du haut do leur sié^TC, apprendront malgré eux le véritable état du monde, et ils penchent déjà, par une pohtique bien entendue, du côté de l'Occident. Ils appliquent alors à la direction des sociétés nouvelles ces idées qui ont présidé au gouvernement de l'ancienne Rome, et sous l'empire desquelles ils se sont euxmêmes longtemps abusés sur la situation de l'Europe. Grégoire sut, dans une certaine mesure, devi-