SI
lier lavenir. Il n'était pas seulement Romain, il était prêtre de TEglise universelle ; il n'était pas seulement prêtre, il était moine. Saint Benoît, son maître, était une nuit en prière à une fenêtre de son couvent ; soudain il vit une immense lueur éclairer l'horizon, et « tout l'univers, dit son biographe , comme réuni sous un rayon de lumière , se déploya à ses yeux (i). » C'est là comme l'imago surnaturelle du spectacle ([ue Grégoire vit se dérouler devant lui, du haut de la chaire pontihcale. Le monde entier lui apparut, vaste champ de bataille où, après la lutte, allait s'asseoir une société nouvelle.
Ce fut alors un bienfait que la première dignité de
l'Eglise n'ait pas été accessible, comme au moyen âge, à des clercs de toutes les nations. L'évêque des évêques restait purement romain , c'est-à-dire enfant de cette race qui avait formé l'harmonieuse unité de l'ancien monde ; il en fut plus indépendant et aussi plus sage, parce qu'il n'apporta pas avec lui au pouvoir le caractère particuher , les tendances, parfois les préjugés du peuple auquel il appartenait. Il portait dans son administration le génie
qu'il devait à son origine. Transportant dans l'ordre spirituel le précepte du poëte :
Tu regere imperio populos , Romane , mémento,
il sauva des institutions romaines tout ce qu'il put, tout ce qui lui paraissait conforme à la loi divine, et il n'eut qu'à se souvenir pour organiser , à l'image du vieil empire, la république chrétienne des temps nouveaux.
Ces considérations doivent servir à expliquer la politique des papes au vi^ siècle, et surtout celle du grand homme que nous venons de voir monter sur la chaire pontificale. Personne en effet plus que lui n'était Romain par le caractère et la conduite ; personne non plus n'a mieux compris le sens des révolutions cachées qui s'accomplissaient de son temps. Aussi son action sur l'univers chrétien a-telle été plus grande que celle d'aucun de ses prédécesseurs. Il dut cet avantage à l'expérience qu'il avait acquise durant sa jeunesse si bien remplie, puis aux grandes quahtés pohtiques dont il lit preuve quand il fut appelé au gouvernement général de l'Eghse.
(1) Dialog., ii, 35.