CHAPITRE IV
Grégoire 1-. -^ Esprit de son gouvernement ecclésiastique.
Grégoire, devenu pape, pouvait d'autant mieux travailler au salut delà civilisation romaine, que la puissance spirituelle dont il était investi ressemblait, par son étendue du moins, à celle des anciens empereurs. En général, les divisions politiques de l'empire romain avaient servi de règle pour l;i formation des circonscriptions ecclésiasti(iues. Une province civile était devenue une province relinieuse, et les évèques établis dans cbaque ville obéissaient à l'évêque de la métropole. Plusieurs métropolitains reconnaissaient certains privilèges à l'un d'entre eux, appelé exarque en Orient, primat en Occident. Au sommet de la hiérarchie se trouvaient les patriarches, et ceux d' Antioche, d'Alexandrie, de Constantinople, de Jérusalem, regardaient
comme le premier d'entre eux celui de liome, à la
fois évoque dans sa ville, métropohtain dans l'Itahe méri(honale, primat dans toute l'Itahe, patriarche en Occident. Des conciles provinciaux , nationaux, œcuméniques, réunissaient par intervalles les membres de l'épiscopat, et entretenaient ainsi la vie au sein du corps ecclésiastique. A la place de l'empereur qui se proclamait Dieu, voici le pape qui se dit le serviteur des serviteurs de Dieu ; à la place d'un sénat muet, voici des assemblées provinciales, nationales, universelles, où doivent se débattre sans violence, pour la plus grande gloire de la vérité et pour le maintien de l'union fraterneUe, les intérêts spirituels d'une province, d'une nation, de toute l'Eghse. Ainsi gouvernée, la société chrétienne, au miheu de l'anarchie universelle, est devenue la première puissance morale, la seule vraie puissance. Elle se mêle de plus en plus au mouvement des affaires mondaines; ses biens temporels s'accroissent; chaque église devient propriétaire.
Grégoire I''', a dit Bossuet, donna au monde le parfait modèle du gouvernement ecclésiastique (*). Non pas qu'il ait innové en cette matière : il se borna à suivre avecrespectla tradition, etenparcou-
(1) Discours sur V Histoire universelky I" partie, ii"^ époque.
rant la vie de ses prédécesseurs, on y trouverait déjà toutes tracées les règles de conduite qu'il a suivies. Sa gloire est dans la perfection qu'il leur a donnée. Personne n'avait une plus haute idée que lui de sa mission : bien faire pour la vérité était sa devise. On comprendra à quel point ses principes étaient fixés à cet égard, en lisant ses belles paroles à l'évéque de Milan accusé (»), ses considérations sur la conduite que doit tenir dans le monde un pasteur des âmes (2). Mais il faudra lire surtout son Pastoral, écrit au début de son pontificat, où il trace à luimême et aux autres un règlement do vie, et semble vouloir justifier ses refus et sa fuite de la veille par la difficulté d'accomplir ses nouveaux devoirs dans toute leur étendue. Pour lui, le saint ministère n'est pas accessible à tous ; arrière ceux qui aiment les dignités et non le travail, ceux (^ui ont la passion de dominer, et ceux (fui négligent pour leur propre salut le salut de leurs frères ! Fermeté et douceur, zèle et prudence, clémence et justice, égale aptitude pour la vie contemplative et pour la vie active ,
(1) £]). vu, U.
(2) £];. 1, 25; vu , 4. — Quid autistes à Domino nisi pro
delîdis popuU intercessor agitur ? (i, 25.)
telles doivent être les qualités générales du pasteur. En face des fidèles, il variera ses instructions suivant les âges, les caractères , les circonstances, et travaillera en même temps à sa propre perfection. Si quelqu'un a approché de cet idéal, c'est assurément l'auteur même du Pastoral, et sa vie, selon l'expression d'un concile, a été le miroir des vertus qu'il y représentait (H.
A Rome, il était évêque avant tout. Dans sa maison, on ne voyait aucun laïque; le pontife, toujours revêtu de sa robe monastique, n'avait autour de lui que des clercs, Pierre Diacre, qui fut son collaborateur, EmiUen , qui transcrivit ses Homéhes, Paterius, qui compila ses ouvrages ; puis des moines : Maximien, abbé, et Augustin, prieur de Saint-André, Mellitus,Marinien, Probus, Claude, tous destinés à de
hauts emplois ou à d'importantes missions. Il vivait pour ainsi dire entre la chaire et l'autel. Il aimait à prêcher famihèrement au peuple dans les diverses
(1) Concil. Turon., c. 3 (813). D'autres conciles de ce temps (Conc. Moguntimm, prœf., Corn. Cahillonense y c. i) (dans Labbe, t. VII, p. 1241, 1261, 1272) ainsi qu'Hincmar, recommandent le Pastoral. Alfred le Grand le traduisit; saint Bernard l'imita dans son De Consideratione, et proposa plusieurs fois au pape Eugène III les exemples de Grégoire l".
églises, et à lui donner cet enseignement oral que les premiers apôtres préféraient aux meilleurs livres. a La parole, disait-il, est vivante; elle saisit plus vivement le cœur qu'une lecture, qui exige un intermédiaire (1). » Quand sa Mble santé ne lui permit plus de parler en public, il se résigna à faire lire par un secrétaire les sermons composés dans les intervalles de ses souffrances , et à oublier ceux qu'il lui fut impossible même d'écrire (2). Ses homélies sur Ezéchiel et sur les Evangiles sont restées des modèles d'éloquence religieuse populaire. A l'autel, il s'entourait volontiers d'une certaine pompe; de là ses travaux sur la liturgie romaine et sur le chant ecclésiastique ; de là aussi l'organisation d'une école de musique religieuse à laquelle il donna, avec quelques dom.aines , deux résidences, l'une auprès de la basilique de Saint-Pierre, l'autre au palais de Latran (3).
Si Ton parcourt les lettres nombreuses qu'il
(2) Il ne put écrire les serinons qu'il avait composés sur les Proverbes, le Cantique des Cantiques, les Rois, les Prophètes (£p. XII, 2-i). Il ne put trouver le temps d'écrire une dissertation allégorique sur Samson [Ep. xu, H)).
(3i Jean Diacue, 11, tî.
adressait de Rome à toutes les parties de l'univers chrétien , on voit d'abord avec quel tact il savait séparer à propos les divers personnages réunis en lui. Gomme métropolitain de l'Itahe du Sud, il a sans cesse la plume à la main pour ordonner, avertir, réprimander; comme archevêque italien, il a envers ses frères de Milan ou de Ravenne une attitude plus réservée ; patriarche d'Occident , il intervient encore plus rarement dans les affViires spirituelles de la Gaule, de l'Espagne ou de l'Afrique; comme pape enfin, il ne fait plus entendre sa voix que dans les grandes circonstances.
En sa qualité d'évêque métropolitain, il avait sous sa dépendance la préfecture romaine ou les provinces suburbicaires , la Gampanie , la Toscane , l'Ombrie , le Picenum suburbicaire , la Pouille, la Galabre,la Gorse , la Lucanie et la Valérie (l). Il avait près des évêques de Sicile et de Sardaigne un représentant qui tenait heu de métropolitain. En Sicile c'était l'évêque de Syracuse , mais on ne recourait à lui que dans les questions importantes :
(1) La Ligurie, les Alpes Coltiennes , les deux Rhéties, dépendaient de Milan, la Flaminie et l'Emilie de Ravenne, la Vénétie et Vlstrie d'Aquilée. V. Geographia Sacra, auctore Carolo à Sancto Paulo, 1 vol. in-folio, Amstœlodami, 1704,
tous les cinq ans, les prélats de la province devaient aller à Rome (l).
La surveillance infatigable du pape suivait ses suffragants dans l'accomplissement de leurs devoirs. Il exigeait d'eux rigoureusement la résidence (2), sous peine de réclusion dans un monastère, et pour obéir à sa conscience et à la loi civile(3), il les réunissait autour de lui en concile provincial ; trois fois il accomplit ce devoir, en 591 , 595 et 601. Quoiqu'il eût voulu écarter d'eux jusqu'à l'ombre d'un soupçon, plus d'un lui donna lieu de sévir. C'est une curieuse galerie que celle des prélats qu'il a dû poursuivre. Celui-ci est avare, et a retenu pour lui la portion des revenus ecclésiastiques destinée au clergé et aux pauvres; celui-là a usé de l'excommunication pour satisfaire ses vengeances particulières ; cet autre est cruel et a fait battre une femme jusqu'à la mort. En voici un qui aime mieux les longs repas que les bonnes lectures, un second qui
(l)El). VII, 22.
(2) Ep. VI, 23. La loi romaine défendait à Tévêque de rester plus d'un an en dehors de son diocèse. [NoveUes, vi,
c. 2; cxxm, c. 9.)
(3) Nov. cxxiii, c. 9; Nov. cxxxvii, c. 4 et 5. Grégoire reconnait les avantages des conciles particuliers (Ep. ix, lOG).
se vante trop de ses bonnes œuvres et recherche les applaudissements des hommes (l). Grégoire est sans cesse occupé à adresser des avertissements , des reproches , quelquefois des menaces.
Il veillait aussi sur la conduite des clercs, principalement sur la pureté de leurs mœurs, et il comparait énergiquement les mauvais prêtres à l'eau des fonts baptismaux, qui efface les péchés, et se perd elle-même dans les cloaques (2). Il était persuadé que l'instruction est une arme puissante entre les mains de quiconque veut dominer les âmes, et il méritait qu'un évêquelui écrivît : «Si les prêtres devaient être aussi savants que vous le désirez , jamais on n'en trouverait (3). » Il s'indignait néanmoins en voyant un autre évêque enseigner la grammaire, et, comme il le disait, mêler dans sa bouche les louanges de Jupiter et celles du Christ W. C'étaient là des distractions frivoles qu'il fal-
(1) JEp. II, 49, 52; m, 4, 45.
(2) IIomiL in Evang. , lib. i, homil. 17.
(3) Ep. II, 54.
(4) Ep. XI, 44. Déjà saint Paulin avait dit, dans sa i
épitre à Ausone :
Negant camœnis nec patent Apollini Dicata Christo pectora.
lait laisser aux païens, « d'exécrables futilités » auxquelles il avait lui-même renoncé.
Gomme patriarche d'Occident , il avait sous sa juridiction les métropolitains de Milan, dellavenne, d'Aquilée en Italie, tous ceux de l'Afrique, de l'Italie et de la Grèce, des Gaules et de l'Espagne. Ces Eglises, à l'exception de celle d'Aquilée, livrée au schisme des trois chapitres, reconnaissaient la suprématie de l'Eglise romaine, et voyaient en elle la source de leurs privilèges. Grégoire maintint avec soin les droits du siège apostolique sur elles. Gomme juge d'appel entre les prêtres et leurs évêques, entre les suffragants et leurs métropohtains, il avait un tact exquis pour effacer ou pour interposer son autorité, suivant les circonstances. En Grèce, il mit son zèle à souteair l'èvèque de Thèbes successivement contre les archevêques de Larisse et de la Première Justinienne. Dans cette affaire curieuse, où toutes les forces de l'Eghse orientale et de l'Etat étaient conjurées contre le prélat accusé, l'avantage resta à ce dernier et à son intrépide protecteur.
A Milan, tout en respectant les traditions chères à VEghse ambrosienne, Grégoire sut rappeler à l'occasion sa primauté, en recevant l'appel des suf-
fragants contre leur métropolitain (^). A Ravenne, il avait réussi à faire éhre un de ses moines, Marinien; il lui parla toujours avec un tonde familiarité, tantôt amicale, tantôt sévère. Il eut bien voulu ramener à l'unité les schismatiques d'Aquilée, dont il attribuait l'opiniâtreté plutôt à un secret désir d'indépendance qu'à une conviction sincère. Selon lui, cette opiniâtreté attirait la colère divine sur l'Italie. Il crut d'abord utile d'user de rigueur envers eux, et il lit intimera leur patriarche l'ordre impérial de se rendre à Rome pour être jugé dans un synode. Gelui-ci déclara à Maurice qu'il ne pouvait reconnaître pour juge sa partie adverse, que du reste la crainte d'une invasion barbare le retenait dans son diocèse. Maurice accepta ces excuses, et le pape, à son grand désappointement, fut forcé de s'arrêter (2 . Depuis il essaya de la douceur, il supplia les pontifes séparés de sa communion de venir près de lui, offrant de les satisfaire pleinement sur sa propre orthodoxie. Il était trop tard ; ses avances
(1) Ef. X, 29. — ApostoHcasedespropriumvigorem retineat, et à se concessa aliis jura non minuat. [Ep. in, 30.)
(2) Barouiiis (Ann. 590, ii« i3) donne le texte delà leUre de rempereur au pape, pour lui enjoindre de ne pas poursuivre davantage les schismatiques.
furent rejetées, sa modération mal interprétée, et le schisme lui survécut (*).
En Afrique, une hérésie redoutable, celle des donatistes, fleurissait depuis Constantin. Elle y dominait encore si bien, qu'elle avait son épiscopat ; beaucoup de prêtres orthodoxes étaient ou séduits ou chassés (2). Grégoire crut nécessaire d'armer le bras sécuher contre de tels désordres; il réclama l'exécution des lois impériales, qui étaient terribles (3) , et quand les évéques africains se rendirent à Gonstantinople pour plaider contre les hérétiques, il les recommanda chaleureusement. Il trouvait là aussi un clergé soumis, se gouvernant d'après la coutume et la définition de FEgUse romaine. Il le traite avec bienveillance ; il écrit aux métropohtains de Garthage et de Numidie des lettres affectueuses , mais sans objet précis W, ce qui indique qu'il se mêla peu du gouvernement intérieur de ces chrétientés lointaines.
L'Eglise d'Espagne, avec qui les communications
étaient encore plus difficiles, n'attira son attention qu'à de rares intervalles. Il est pourtant intéressant de constater qu'en 603 un de ses envoyés, de sa propre autorité, sans le concours du clergé indigène, rétablit sur leurs sièges deux évêques injustement déposés, et affirma ainsi hautement la suprématie romaine sur la nouvelle Eglise.
Grégoire eut avec les prélats de Gaule une correspondance assez fréquente, dont il nous manque peut-être une partie. En 595, il donna à Yirgile, archevêque d'Arles, le titre de primat , lui conférant ainsi une autorité viagère sur tous les autres évêques (1). Il eut néanmoins à lutter dans ce pays contre des obstacles nombreux, et plusieurs années se passèrent avant qu'il put voir réuni le synode qu'il croyait nécessaire pour l'extinction de la simonie et le rétabUssement de la discipline. Afin de récompenser l'évêque d'Autun, qui avait secondé ses efforts, il lui accorda la faveur extraordinaire , réservée aux métropohtains, du palhum (2).
{\)Ep. 1,16; 11,51 ; V, 51; IX, 11.
(2) Ep. I, 74 ; II, 48.
(3) Manichœos seu manichœas vel donatistas meritissimâ severitatepersequimur. (Cod., lib. i, tit. 5, n" 4.)
(4) Ep. II, 47 ; VI, 64 ; vu, 2 ; vili, 3.
(1) Les primatics étaient en Occident des vicariats conférés à titre viager par le saint-siége ; en Orient, elles étaient aussi attachées h un siège, par exemple à Thessalonique. (ThomassiN, liv. I", ch. 32, 33.)
(2)£p. IX, 11.
Dans tout rOccident, il est une question qui lui tenait particulièrement à cœur, celle des élections épiscopales : tant il craignait les vacances prolono-ées des sièges, et aussi les mauvais choix ! Qu'on son^e aux circonstances qui ouvraient alors aux hommes l'accès des fonctions puhliques : — dans Tempire, c'était l'intervention des courtisans ou le caprice du prince ; dans les Etats occidentaux, c'étaient les hasards de la guerre ou les suites de la conquête; — et l'on conviendra que la seule magistrature vénérée, intluente, devait être celle des évèques, issue du suffrage des clercs et du peuple. Cette seule institution eût suili à conserver libre , vivante et puissante la répabh([ue chrétienne, entre la civilisation corrompue de Byzance et l'immoralité sauvage des rois barbares. Pour a[)précier la conduite de Grégoire dans cette question, il faut distinguer entre les provinces soumises de nom ou de lait à l'empire, et les royaumes nouveaux de
l'Occident.
En Italie, dans les provinces où il était métropo- Utain , les évèques restaient les seuls protecteurs des populations, foulées par des maitres sans scrupules ou des ennemis sans frein : aussi que de qualités leur étaient nécessaires ! On était loin du temps
OÙ saint Grégoire de Nazianze se plaignait qu'on élût des hommes capables de défendre une ville et non de répandre la foi. Aujourd'hui c'est un autre saint Grégoire qui s'écrie : Une faut confier le pouvoir qu'à ceux qui sauront se préoccuper nonseulement du salut des âmes, mais aussi de la défense et des intérêts temporels de leurs subordonnés (1).
Grégoire respecta toujours la liberté des élections, tout en surveillant attentivement la stricte observation des lois canoniques et civiles. Aussitôt qu'd apprend la vacance d'un siège, il envoie un visiteur pour administrer le diocèse, faire l'inventaire exact des biens de l'égUse, et présider à l'élection d'un nouveau pontife. Ce visiteur est payé (2); d'ordinaire c'est un évêque , quelquefois c'est un prêtre , un sous-diacre, un notaire ecclésiastique (-^l.
Malheureusement, quelque désir qu'on eût de
faire un choix, il fallait souvent attendre, car les candidats oifrant les qualités requises étaient rares,
{\)Ep. x,62.
(2) F.p. UT, 3r>; IV, 11; v, 12.
(3) Ces visiteurs étaient également envoyés dans les églises manquant de prêtres ([, 15, 53; vi, 21) ou de fidèles (ix, 72).
même en Italie (i). Outre les gens de foi tiède et de mauvaises mœurs, on devait repousser les laïques, les personnes trop jeunes ou trop âgées (2), les clercs étrangers à la cité. La loi civile exigeait la science en droit canon, mais Tignorance avait fait de tels progrés, que Grégoire devait se contenter quelquefois de prélats qui fussent en état de lire les psaumes, et encore fermait-il les yeux sur la simplicité d'esprit de certains candidats (3). Il lui arriva de mettre en avant, sans montrer sa main, le candidat qu'il préférait, ou de refuser son approbation à l'élu, même sans donner de motifs W : il intervenait ainsi d'une manière décisive. Si le clergé et le peuple tardaient à se prononcer, il préposait à réglise vacante un évêque sans siège (S), car il avait du souvent unir au diocèse voisin un diocèse dépeuplé par la guerre. Si deux rivaux avaient été proclamés, chacun par ses partisans, il décidait entre eux. Enfin, si personne dans la cité ne paraissait digne
(1) D'après la loi civile, l'élu doit avoir trente-cinq ans, être célibataire, irréprochable dans ses mœurs, savant en droit canon. [ISov., vi, c. 4, ri.)
(2) Ep. IV, 41; XIV, il ;x, 17.
(3)£p. ii,35;x, 34;xii, 12.
(4) Ep. I, 17, 18.
(5) Ep. I, 79, 80.
d'être élu, il permettait de choisir ailleurs, ou plutôt il appelait à Rome des délégués chargés de se concerter avec lui (i).
En dehors de sa province ecclésiasti(|ue, tantôt il approuve les élections des métropolitains sans s'y mêler (2) ; tantôt, comme à Uavenne, il refuse obstinément les candidats qu'on lui présente , et parvient à placer sur ce siège, c'est-à-dire auprès de l'exarque, un de ses amis et de ses disciples. Si la nécessité l'exige, il déploie autant de vigueur (ju'il montrait de prudence et de réserve dans les circonstances ordinaires. Lorsque Maxime se mit en possession de l'évêché de Salone à main armée, il lui interdit nettement les fonctions épiscopales, quoiqu'il le sût secrètement soutenu par l'empereur. Maxime déchira les lettres du pontife, refusa de venir à Rome rendre compte de sa conduite. Le pape maintint ses droits, et ce débat, qui dura plusieurs années , dans lequel il ne faibht pas un instant, se termina à son honneur.
Là où les barbares dominent , son action paraît insensible. A Milan, centre d'une église longtemps
(1) Ep. u\, \o; xiii, 15.
(2) Ep. Il, 22; VI, 8.
rivale de celle de Home, il écrit aux habitants : « Ma « résolution, déjà ancienne, est de ne jamais memê- » 1er au profit de qui que ce soit de la collation de ), la charge pastorale; je me bornerai à prier pour » l'élection que vous allez faire , afin que Dieu ,) vous accorde un pasteur qui vous mène dans les » pâturages de la parole divine (1). » Mais en même temps il veille à ce que les Lombards n'interviennent pas dans l'élection, ou dumoinsne fassent pas triompher leur candidat (2).
En Espagne et en Gaule, il montre une circonspection encore plus grande. Il soull're de voir en Austrasie les ordinations et les élections faites à prix d'argent, au profit d'hommes ignorants , sans vocation, sans piété, et il y envoie le moine Cyriaque, avec mission de réclamer la tenue d'un synode contre l'abus dominant. Il insiste auprès de Brunehaut et des rois ses petits-fils pour qu'ils favorisent la réunion de cette assemblée (3). On ne sait si ces démarches aboutirent.
(1) Ep. III, 29.