‹ La Politique des ContinentsChapitre 45 sur 48 · FRA · texte numérisé non relu

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encore plus difficilement. Nous avons vu, dans le chapitre précédent, que depuis l’institution du contingentement, le déficit de la balance commerciale s’était relativement accru. Cela n’a rien d’extraordinaire, puisque, par suite de la différence croissante entre les prix français et les prix mondiaux, nos exportateurs se sont trouvés dans une situation de plus en plus difficile.

Si, avant l'institution du contingentement, notre balance commerciale, était déjà fortement déficitaire, la raison en est que, dans une France indirectement touchée par la crise, les prix s’étaient maintenus à un niveau élevé. Quand enfin les prix français ont manifesté une tendance à la baisse, tendance qui, si on l’avait laissé se réaliser, aurait certainement remédié dans une large mesure au déficit de notre balance du commerce, l’on a cru qu’il fallait au contraire empêcher ce mouvement.

L’on croyait généralement que la crise serait passagère et qu’il y avait avantage à transformer, pendant un certain temps, la France en une autarchie économique.

Pourtant, quand le mouvement de dépression aura atteint son niveau le plus bas (c’est peut-être chose faite maintenant), le monde sera dans un nouvel état d’équilibre économique basé sur des prix fortement diminués. La France serait alors un pays qui ne serait pas au même niveau que les autres. M. Raymond Recouly écrit: « On peut dire sans exagération que la France est aujourd’hui un des pays les plus chers du monde. Nul n’en est plus convaincu que l’auteur de ces lignes qui passe une partie de sa vie à voyager, à qui par conséquent les éléments de comparaison ne font pas défaut.

C’est un des points les plus préoccupants, les plus inquiétants de l'heure présente » (1).

Or, si la France peut s’isoler du reste du monde, elle ne peut le faire qu’au prix des plus grandes difficultés et seulement pendant une période brève. M. Roger Nathan écrit : « Qu’on le regrette ou non, la France a déjà opté et s’est engagée sur la voie qui conduit à l’industrialisation et plus sûrement encore qui aboutit à une vie réglée et dominée par les échanges internationaux beaucoup plus que par les conditions d’une vie plus ou moins largement domestique » (2).

Pour le rétablissement d’un large courant d’échanges internationaux, une condition est indispensable : l’abaïssement des prix de revient.

Incompatibilité de la protection

avec une politique d’abaissement des prix

Si les prix en France sont à un niveau trop élevé, cela

tient à des raisons que nous ne pouvons songer à analyser ici.

Cependant, il est certain que la production est trop coûteuse et que la distribution l’est également.

Le coût trop élevé de la distribution est dû principalement au nombre des intermédiaires et au profit trop élevé qu’ils prennent et qui est hors de proportion avec le service qu’ils rendent de mettre les marchandises produites à la disposition immédiate du consommateur.

(4) Raymond Récouly : Faisons le point. « La Revue de France » du 1° mai 1932. Paga 160.

(2) Roger Nathan : Problèmes économiques et élections. « L’Europe Nouvelle » du 23 avril 1932.

Evidemment, la politique douanière n’a pas à intervenir ici son domaine est celui de la production.

Il faut abaisser le coût de production et, cet abaissement n’est pas compatible avec la politique de protectionnisme rigoureux que suit la France.

Les éléments du coût de production sont la rémunération du capital et celle du travail. Il s’agit donc d’agir sur ces deux facteurs.

En relâchant notre protection nous obligeons les produits français à lutter contre leurs concurrents étrangers. Le résultat de cette lutte serait une contraction des capitaux, provoquée, soit par la disparition des entreprises les moins douées, soit que cette diminution se fasse à l’intérieur même de l’entreprise.

Nous avons sous les yeux un article de Paul Decharme où il nous signale qu’en Roussillon la « bonne terre » a valu 300.000 l’hectare (1). Il est évident que, si le capital ne se contracte pas, jamais les producteurs de primeurs des environs de Perpignan ne pourront soutenir la concurrence avec les producteurs de l’étranger où le prix de la terre est moins élevé. Or, par une protection excessive, nous empêchons le capital de s’adapter aux nécessités présentes. Il vaut mieux au contraire laisser se produire, sous l’action de la concurrence, l’assainissement automatique et la réduction des capitaux. Après cela, nous pourrons repartir sur de nouvelles bases.

Un autre facteur qui doit être abaïssé c’est le niveau

des salaires. Or, pour obtenir un abaissement du niveau

(1) P. Decharme : « Le temps Economique » du 16 avril 1932 : La crise de la production maraichère.

des salaires, il importe de faire baisser le prix de la vie afin que le salaire réel ne soit pas diminué.

C’est ici qu’apparaît la nécessité de pratiquer une politique agricole moins restrictive (1).

La partie agricole de la population française a toujours été l’objet des sollicitudes des gouvernements qui se sont succédés au pouvoir. Elle bénéficie déjà d’avantages considérables. Sur le terrain économique, les partisans du protectionnisme agricole soutiennent qu’en maintenant à des prix élevés les produits de lagriculture, ils créent ainsi des débouchés pour les produits industriels.

Affirmation contestable, car d’abord il n’est pas cer-

(1) L’Union Française des industries exportatrices a envoyé au ministre de l’agriculture, la lettre suivante : .

Monsieur le Ministre,

L’heure approche où vont être fixés, pour le dernier trimestre de cette année, les contingents d’importation des produits agricoles.

Au cours de l’audience que vous avez bien voulu m’accorder il y a quelques semaines, je vous ai exposé très simplement la situation angoissante des industries exportatrices françaises, qui non seulement souffrent des mesures de représailles édictées par l’étranger en réponse à notre protection douanière excessive, mais qui se trouvent de plus en plus concurrencées sur tous les marchés, par suite d’un coût de transformation beaucoup trop élevé.

Les salaires de leurs ouvriers sont, en effet, directement subordonnés au coût de la vie qui écrase le consommateur.

Comme je vous l’ai dit, Monsieur le Ministre, l’U. F. I. E. ne s’éléve pas contre une sage défense des intérêts de nos agriculteurs, mais elle estime que l’heure est venue où l’évolution doit commencer.

Je sais que l’importance primordiale de ce problème ne vous a pas échappé et jé veux espérer que les graves décisions que vous allez avoir à prendre pour le 1er octobre prochain réflèteront à la fois votre souci de l’intérêt général et les directives libérales qui sont celles du gouvernement actuel.

Je me permets dans ces conditions, d’attirer respectueusement votre attention sur l’un des contingents dont le renouvellement va être envisage par vous, parmi tant d’autres, et auquel est étroitement lié à l’approche de l’hiver, le budget de chaque ménage ouvrier.

Je veux parler du chapitre des œufs.

Il est inadmissible que les mesures de contingentement puissent réduire dans de telles proportions la quantité d'œufs étrangers importés en 1931, car, si l’on empêche toujours les prix de baisser, même quand ils le doivent normalement, comment le prix de la vie pourra-t-il se réajuster aux salaires ?

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tain que les populations soient de grands consommateurs de produits industriels (à l’exception des machines agricoles et des engrais bien entendu).

De plus, si la diminution du pouvoir d’achat nominal des populations agricoles est compensé par la baïsse du coût de production des produits industriels, résultant de la baisse de salaires, leur pouvoir d’achat réel ne sera nullement diminué ; ils consommeront tout autant de produits industriels. Notre industrie, par contre, y gagnera de pouvoir se lancer à la conquête des marchés étrangers avec des chances de succès accrues.

Le processus serait donc le suivant : baisse des produits agricoles, baisse des salaires, baisse des produits industriels. Aïnsi, à la fin de l’évolution, les prix français seraient ramenés aux environs des prix mondiaux.

Nous pensons d’autre part, que les difficultés de la période de transition, seront d’autant mieux supportées par les petits agriculteurs, ceux que l’on appelle les producteurs autonomes, que ceux-ci vivent en grande partie directement du produit de leurs terres.

Nécessité d’ententes internationales

Mais, nous dira-t-on, à supposer que les prix français soient ramenés au niveau des prix mondiaux, cela nous fera-t-il percer les barrières douanières dont s’entourent les états étrangers ?

C’est ici que se fait jour la nécessité de négociations internationales basées sur le principe de la réciprocité.

Mais ces négociations doivent être conduites par les états eux-mêmes soucieux qu’ils sont de l’intérêt général ; et l’on doit éviter de donner une sanction officielle

aux accords conclus entre les unions de producteurs qui n’ont pas les mêmes préoccupations.

Nous avons vu que le contingentement avait réinstauré dans notre politique douanière le principe de réciprocité.

De ce principe, que nous estimons devoir être la base de nos négociations futures, les unions de producteurs en ont fait une mauvaise application. Chaque fois qu’un accord est intervenu entre un cartel français et un cartel étranger, cela a été toujours pour mettre de nouvelles entraves à la libre circulation des marchandises. Les concessions que se faisaient les parties en présence étaient la faculté de se protéger chacune davantage. Ces concessions auraient dû être : la possibilité d’échanger davantage. Mais pour atteindre ce but il nous semble que seuls les états sont suffisamment conscients de tous les intérêts en présence.

C’est d’ailleurs sur cette voie que l’on se dirige actuellement. La conférence de Stresa semble avoir débuté sous d’heureux auspices. Espérons que l’on arrivera à des accords et qu’ainsi des résultats positifs seront obtenus.

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