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CHAPITRE lî

Impossibilité de faire de la Syrie une nation viable

Le système du mandat A a été institué par le Conseil Suprême pour libérer les populations Syriennes et Palestiniennes du joug ottoman et en faire, aux termes de l'art. 22 du Pacte de la S. D. N., des nations indépendantes et prospères.

Nous allons voir qu'il a disposé de ces territoires de telle façon que l'unité syrienne est plus compromise que jamais et que la portion placée sous le mandat de la France' se trouve dans une situation économique des plus précaires qui compromet gravement la mise en valeur du pays.

I. - Impossibilité de constituer une Nation Syrienne dans les limites de la Syrie actuelle

Nous avons vu plus haut (lre p., ch. 1er), en nous plaçant tour à tour au point de vue géographique, historique et ethnique, et nous allons voir tout à l'heure, en étudiant les ressources et les courants commerciaux du territoire sous mandat français que la Syrie est une résion naturelle très étendue puisqu'elle s'étend du Taurus à l'Egypte, mais aussi nettement délimitée par la nature et habitée dans l'ensemble par une population de même race et régie par les mêmes coutumes. « Les considérations, écrit

le Général de Torcy, dont Oin s'est parfois inspiré pour baser sur un fractionnement de la Syrie certaines vues relatives à sa réorganisation ultérieure sont d'ordre purement politique et leur caractère artificiel doit suffire à les faire écarter » il).

Le Conseil Suprême a, fractionné la Syrie : la partie sud a été placée sous mandat Anglais, et la partie nord sous mandat Français.

Or, nous avons vu également (lro p., ch. 2) que si la Syrie possède des frontières naturelles, qui en font un tout homogène, elle se trouve par contre composée de plusieurs régions naturelles habitées par des populations dont la variété constitue incontestablement le trait le plus caractéristique de ce pays. L'unité physique et ethnique existe dans un sens nord-sud : en allant de l'ouest à l'est ; de la côte à l'intérieur on rencontre trois régions natureilles peuplées par des populations de mœurs différentes et de moins en moins évoluées ou plutôt « européennisées » à mesure qu'on s'éloigne de la côte.

Les cadres de l'administration turque avaient été déterminés en tenant compte de cette situation naturelle : le littoral et l'intérieur du pays constituaient des provinces distinctes. La répartition des deux portions de territoire entre l'Angleterre et la France n'en tient aucun compte eit les deux puissances ont chacune leur part du littoral et de l'intérieur.

La situation politique est devenue de ce fait très compliquée et nécessité a été d'en tenir compte dans la nouvelle organisation. Si petite' que soit la part qui lui était échue, la France a dû la sectionner de nouveau en trois parties : le Liban à culture demieuropéenne, la Syrie aux coutumes arabes et le désert où la sécurité exige l'institution d'un service spécial de surveillance sur

(1) Général de Torcy. — Notes sur la Syrie.

les Bédouins. Les Anglais ont été obligés- également de créer pour les mêmes raisons deux Etats : la Palestine et la Transjordanie.

Dans ces conditions il est inutile d'insister sur l'utopie qui est à la base de toutes les tentatives en vue de constituer une unité syrienne. La Syrie nouvelle, réduite à quelques cantons, dans laquelle les diplomates Alliés semblent s'être plu à faire entrer tout ce que présentait de contrastes, d oppositions, ce pays si peu homogène est destiné à être lei champ de bataille de particularismes locaux à vues étroites.

En brisant l'unité Syrienne et par là la seule possibilité de réalisation d'une nationalité syrienne, les puissances alliées n'ont réussi qu'à surexciter les passions particularistes, les luttes religieuses et les haines entre coimmunautés et à tuer tout germe de nationalité, à briser tout espoir de constituer une ou plusieurs nations syriennes.

Le résultat a été l'impossibilité de constituer un Etat syrien, alors qu'un Etat comprenant la Syrie intégrale n'eut rencontré aucune opposition (si ce n'est peut-être, et encore ce n'est pas sûr, chez les Libanais), et la nécessité de morceler le morceau de Syrie> sous mandat français en cinq Etats et un sandjak autonome) pour obéir à des intérêts locaux et égoïstes au mépris des intérêts généraux de l'ensemble du pays (1).

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