FARINE
Importation 2.029 5.028
Exportation 420 479
Caïïfa. en J 910, a importé 1.500.000 francs de blé et exporté 100.000 francs de céréales diverses (^).
2° D'autre part, les prix des cultures industrielles, celui du coton plus particulièrement, manquent complètement de stabilité ; ils subissent le contre-coup des crises industrielles et d'une façon générale le prix varie suivant l'importance de la production mondiale.
Or, les Etats-Unis fournissent les trois quarts de la production mondiale de coton. Les années où la récoite américaine sera miauvaise, le coton syrien sera assuré d'un prix rémunérateur ; mais par contre dans les années de récolte abondante' aux Etats-Unis, quand le prix du coton baissera considérablement, le cultivateur syrien ne retirera même pas ses frais de la vente de sa récolte, et comme des régions entières seraient consacrées à cette culture, ce serait la famine pour ces régions.
3° Enfin la culture du coton n'est possible que si de grandes
(1) Chiffres donnés par M. Achard : « Etudes sur la Syrie et la Çilicie.
étendues de> terrain, des régions entières sont consacrées à cette culture. Les premières récoltes qui correspondent à la période d'acclimatement dé l'espèce jugée la plus adaptée au pays ne sont pas toujours encourageantes pour l'agriculteur qui dans beaucoup de pays, où on a essayé de l'implanter, a perdu courage et a renoncé à en poursuivre! la culture.
Il semble bien douteux que les encouragements officiels, l'action même de l'administration dans la modeste mesure où elle peut s'exercer, les encouragements de toutes natures qu elle a les moyens de prodiguer suf firaient à implanter et surtout à développer avec un plein succès une culture nouvelle aussi délicate au milieu d'une population rurale aussi routinière que celle qui cultive les campagnes syriennes.
Ce n'est donc pas non plus sur l'extension des cultures industrielles qu'il faut compter pour le développement de l'agriculture en Syrie. Arrivera-t-on à ce résultat par la mise en valeur de terres en friches au moyen de grands travaux d'irrigation et de la culture capitaliste.
Les terres incultes mais susceptibles d'être cultivées par l'irrigation sont très étendues en Syrie. Le Haut-Coirnmissariat en évalue la superficie à 400.000 nectarcs (la superficie cultivée étant actuellement de 965.000 hectares) ':!).
La grande irrigation, entre dans la catégorie des grands travaux publics. Elle est susceptible de transformer radicalement l'économie agricole d'un pays, de rendre riche et fertile une région désertique. Les exemples plus particulièrement frappants
(1) La Syrie et le Liban en 1922 : publié du Haut-Commissariat de la R. F. en Syrie et au Liban.
de l'Egypte et de la vallée de 1" Indus sont des preuves suffisamment concluantes de l'efficacité! de tels travaux.
En Syrie elle devrait avoir nécessairement pour corollaires la concession de terres à de grandes sociétés agricoles qui y procéderaient à la culture capitaliste. Cette culture capitaliste seule doit être envisagée en roccurence, d'abord parce qu'une avance de gros capitaux est nécessaire pour le défrichement des terres, lesquelles ne commencent souvent à produire qu'au bout de plusieurs années, ensuite parce que la Syrie agricole possède à peine le nombre de bras nécessaires à l'exploitation des terres actuellement cultivables et que la situation de ces terres (terres en friches, éloignement des villes, manque de sécurité) est loin d'être assez alléchante pour attirer des immigrants.
Ce système de culture se passe à peu près complètement de main-d'œuvre agricole et nécessite un personnel beaucoup moins nombreux que la culture ordinaire. Par ce moyen les champs sont cultivés suivant les dernières données de la science sous la direction d'agronomes, les fermes aménagées et dirigées industriellement ; le matériel est entièrement mécanique et le personnel spécialisé à l'extrême : ingénieurs, chimistes, mécaniciens, chauffeurs, etc..
Ce procédé de culture réussit a merveille dans les pays de grande propriété, où la main-d'œuvre agricole est rare, parce qu'il tend à l'éliminer, comme dans l'Europe Centrale et surtout aux Etats-Unis et en Amérique du Sud. Il est tout indiqué pour les pays de faible population, pour les colonies où se trouvent de grandes étendues cultivables.
Le Haut-Commissariat fonde de grands espoirs notamment sur la mise en culture de la Haute-Mésopotamie, de toutes les terres qui bordent l'Euprate et qui étaient parmi les plus fertiles
de l'antiquité. Par des travaux d'irrigation appropriés, l'eau de FEuphraie fertiliserait, de nouveau ces terres aujourd'hui arides (1).
De tels travaux d'irrigation coûtent excessivement cher ; ils ne sont possibles que si le capital engagé dans l'entreprise peut être amorti rapidement en une cinquantaine d'années au plus ; sinon, ni les capitalistes, ni même les Etats n'ont intérêt à les entreprendre. Il est donc de toute nécessité de connaître à l'avance par une étude minutieuse et approfondie quel sera le revenu approximar tif des capitaux qui y seront, engloutis. Une enquête pareille est très difficile et aucun des nombreux projets envisagés jusqu'à présent n'a encore tenté un groupement capitaliste.
Comment trduver les capitaux nécessaires ?
Deux moyens sont possibles : la construction en régie par les services même, soit du Haut-Commissariat, soit des Etats intéressés de Syrie, soit de la Fédération Syrienne. Pour y faire face il ne faut pas songer à l'impôt, les budgets syriens n'ayant encore pas réussi à joindre les deux bouts autrement que sur le papier. D'ailleurs, c'est l'usage dans tous les pays pour la confection de grands travaux publics de recourir à l'emprunt : on escompte que les bénéfices réalisés permettront d'en couvrir l'amortissement sans qu'il soit besoin de rien demander à l'impôt. Mais la Syrie peut-elle emprunter ? Quel est le crédit de la Syrie ?
L'Etat ottoman, malgré ses finances obérées pouvait emprunter ; il en usait d'ailleurs fréquemment, et pour attirer plus facilement les prêteurs, il affectait certaines sources de revenus en garantie de ses emprunts.
La situation n'est plus la même pour la Syrie autonome.
D'abord la Syrie n'existe pas politiquement. Seul le Haut-
(1) La Syrie et le Liban en 1922.
Commissaire de la R. F. est qualifié pour représenter l'ensemble des Etats de Syrie et le Liban. Le Haut-Commissariat pourra-t-il contracter un emprunt ? N'étant qu'une émanation de l'autorité française et n'ayant aucun droit de souveraineté sur le pays, il ne peut emprunter que sous la garantie du gouvernement français. Le crédit de la France est solide mais elle en a besoin pour ses propres emprunts, à tel point qu'elle a dû refuser à ses colonies l'autorisation de procéder à des emprunts pour leur propre compte.
Le Haut-Commissariat ne peut donc pas compter faire exécuter ces travaux en régie, trouvera-t-il par contre une société capitaliste qui acceptera de s'en charger. Il est en tous cas une chose certaine, c'est que contrairement à ce qui s'est passé dans tous les pays nouvellement ouverts à l'activité européenne, les capitaux n'oint pas afflué en Syrie. Et cependant les gouvernements locaux, ou le gouvernement fédéral, pouvaient offrir des garanties aux sociétés capitalistes en leur permettant l'exploitation de ces mêmes travaux pendant un certain nombre d'années, le droit de percevoir certaines taxes à leur profit.
La seule Société qui ait consenti à faire des travaux en Syrie est la Société Française d'Entreprises, mais elle ne fait l'avance d'aucun capital et n'exécute les constructions ou réfections de routes dont elle s'est chargée que dans la limite des crédits annuels qui sont prévus aux divers budgets pour ces travaux.
Si les capitaux ne viennent pas en Syrie, c'est parce que les capitalistes n'ont pas confiance dans les gouvernements locaux, même guidés et contrôlés par le Haut- Commissariat. Le mandat est en effet une institution nouvelle, qui par conséquent n'est pas encore' assez stable pour inspirer confiance. Formule politique nouvelle, il apparaît plutôt comme un essai que comme la consé-
^ration définitive d'un nouvel état de choses en Orient. Si cet essai échoue, les capitalistes ignorent quel sera le sort de leur créance, si le onuveau souverain sera solvable et s'il acceptera de reconnaître les dettes engagées par un gouvernement éphémère sous, la responsabilité très contestable de la France. La situation intérieure, les changements constants d'organisation du pays par l'autorité mandataire sont loin d'inspirer confiance. Les responsabilités sont trop dispersées. Quelle est la mesure de la responsabilité de l'Etat d'Alep on de Damas, quelle est celle de la Fédération, quelle est celle du Haut-Commissariat ?
Il est d'ailleurs fort probable que le Haut-Commissariat n'a pas encore trouvé l'organisation définitive de la Syrie. Il tend évidemment à la formation de l'Unité syrienne et d'une Fédération Syroi-Libanaise de plus en plus étroite ; mais réussira-t-il ? Le particularisme local est aujourd'hui tellement exaspéré que si les Etats venaient à être supprimés la Fédération ou l'organe destiné à la remplacer hésiterait peut-être à, accepter la charge de celui ou de ceux dont les finances seraient par trop obérées. Si, au contraire, c'est le; particularisme local qui l'emporte et aboutit à l'échec des projets de Fédération chaque Etat se refusera à supporter des dépenses qui ont été faites au profit d'un autre Etat.
Les capitalistes européens, qui peuvent trouver dans le monde des affaires plus intéressantes et plus sûres que celles qui pourraient se constituer en Syrie se gardent bien de favoriser le développement de ce pays soit en souscrivant à des emprunts, soit en y montant des sociétés, agricoles ou autres, dont le succès serait vraisemblablement lié au sort des Etats Syriens qui pour l'opinion publique européenne semble bien instable.
A défaut des capitaux européens, les capitalistes syriens, assez
nombreux et certains très riches, pourraient contribuer dans une large mesure à l'essor de leur pays. Mais, il faut compter sur leur concours encore beaucoup moins que sur celui des capitalistes d'Europe, car ils sont habitués à trouver dans l'usure, dans le « commerce de banque » un placement de tout repos et autrement rémunérateur que n'importe quelle affaire commerciale, agricole ou industrielle, même en pleine prospérité.
La Syrie est ©lie appelée à un certain développerneint industriel ?
La. grande industrie n'existe pas et, tout fait prévoir qu'il ne sera même pas possible de l'y créer un jour.
D'abord elle ne se crée qu'avec des capitaux ; or, nous avons vu que la Syrie d'aujourd'hui est incapable d'attirer l'attention des capitalistes. 11 faut aussi, et. surtout, la proximité de> matières premières suffisamment abondantes et a bon marché ; or, la Syrie n'a pour ainsi dire pas de matières premières : les mines sont rares et pauvres, les forêts n'existent plus qu'à l'état de souvenir ou de légende, la main-d'œuvre, quoique très abondante et à bo<n marché, est, en général, incapable de s'appliquer à un travail régulier.
Si l'on excepte quelques rares filatures organisées à l'européenne, la grande industrie y est complètement inexistante.
Au surplus, le tempérament syrien n'est pas tourné vers ce genre d'activité : « Les habitants qui sont des négociants incomparables ont peu de goût pour le travail manuel. Ils recherchent les carrières libérales et fondent volontiers des comptoirs. Ceux qui savent se contenter de peu s'installent dans de petites situa
lions ; ceux qui espèrent gagner beaucoup d'argent s'expatrient. Mais bien peu mleitenfc leur activité au service de l'industrie locale, dont les artisans les meilleurs sont presque tous étrangers au pays » (i).
Seule la petite industrie locale, celle de l'artisan travaillant seul ou avec un ou deux ouvriers, existe en Syrie. Elle fût jadis très florissante, niais a de plus en plus de peine à se défendre contre la concurrence des produits étrangers, généralement de qualité inférieure, mais bien meilleur marché. Le rayon d'action de cette' petite industriel est strictement local. Certains produits d'origine syrienne figuraient cependant à l'exportation, nous- citerons plus particulièrement les meubles en bois et les cuivres ciselés de Damas, et surtout les tissus de soie et broderies conf ectionnés dans presque tontes les villes de Syrie, mais surtout à Alep. L'exportation en Europe des meubles et cuivres travaillés à Damas est susceptible de s'accroître ; le Haut-Commissariat s'emploie d'ailleurs avec beaucoup d'activité à les faire connaître en France. Quant aux étoffes de soie, si elles ne peuvent concurrencer en Europe les étoffes européennes, elles étaient néanmoins l'objet d'un très important mouvement d'exportation vers l'Anatolie, la, Palestine et la Mésopotamie et l'Egypte. La Syrie jouissant d'une sorte de monopole pour certains tissus de soie dans ces pays, et sa production étant mieux adaptée au goût, des orientaux, elle conservera vraisemblablement sa situation privilégiée en la matière, continuera à exporter ses soieries et réussira peut-être même' à accroître sa production.
Toutefois, si optimistes que soient les prévisions sur l'importance de ces exportations, l'activité de la petite industrie sera toujours insignifiante par rapport à l'importance du commerce de
(1) La Syrie et le Liban en 1922 (p. 261).
transit qui assurait jusqu'à ces dernières années la prospérité de la Syrie.
Ainsi la Syrie s'est appauvrie en se séparant de la Turquie et des autres provinces arabes de la Turquie. Elle vivait presque exclusivement de son commerce de transit, auquel le tempérament des syriens est merveilleusement adapté. L'agriculture, aux mains de « fellahs » (paysans), et la petite industrie, exercée le plus souvent par des étrangers, sont méprisées par eux ; et ce serait un leurre de songer à édifier sur sa mise en valeur agricole ou industrielle l'avenir économique du pays.
Qu'adviendra- t-il donc et comment s'effectuera l'équilibre entre les importations et les exportations ?
Le Syrien intelligent et désireux de s'enrichir ira ou plutôt continueira à partir à l'étranger à la recherche de cette fortune qu'il aurait trop de peine à trouver dans son pays. Il n'y aura d'ailleurs là rien de nouveau. Le Syrien émigré beaucoup, les deux Amériques notamment sont couvertes de colonies syriennes. C'est dans l'émigration, pensons-nous, que les Syriens trouveront, plus abondamment qu'auparavant, les ressources nécessaires à leur existence. C'est dans l'émigration surtout qu'ils trouvent d'ailleurs à faire usage de qualité par laquelle leur race se distingue, l'esprit commercial. « Le Syrien, écrit M. Achard, celui qui se réclame d'une origine phénicienne, s'adonne plus volontiers aux carrières commerciales ou libérales qu'à l'agriculture. Tous ceux que nous avons vus en Rép. Argentine, ou dans l'Uruguay où ils forment des colonies importantes, étaient commerçants, boutiquiers, colporteurs, mercantis, nous n'avons
jamais entendu dire qu'ils se soient intéressés à la culture du sol » (t).
L'autorité mandataire étudie les moyens d'endiguer cette émigration qui vide le pays de ses meilleurs éléments ; bien mieux, elle se propose d'attirer en Syrie les Syriens émigrés à l'étranger, lesquels, pense-t-on, ne manqueront pas de revenir dès qu'ils y auront ds moyens d'existence assurés.
Nous ne sommes pas de cet avis. Nous avons expliqué au cours de ce chapitre que l'essor donné à la mise en valeur du pays par l'autorité mandataire ne sera jamais suffisant pour en faire un pays riche ; les Syriens émigreront donc encore.
L'émigration nous apparaît justement comme le seul moyen d'enrichir la Syrie, et nous n'émettons pas là une opinion sans fondement : elle était jusqu'à la guerre une des principales sources de richesses du pays, et pour une partie de la Syrie, le Liban, elle était nettement la principale.
Le Liban, massif montagneux au sol ingrat, est peut-être la montagne du monde où la densité de la, population est la plus élevée. Les habitants y vivent dans l'aisance en partie du travail de la terre, très pénible d'ailleurs, mais surtout de l'argent envoyé par les parents: émigrés en Amérique. Presque toutes les familles ont des parents émigrés qui leur envoient régulièrement l'argent nécessaire à leurs besoins.
En mars 1921, ayant été chargé par le Haut-Commissariat de faire une enquête sur les ventes de propriétés passées pendant la guerre dans la petite ville de Zahlé, une des principales du Liban, nous n'avons trouvé' que fort peu de familles qui ne reçoivent pas des subsides d'Amérique. En dehors des 6.000 habitants,
(1) Ed.-C. Achard. —
Etudes sur la Syrie et la Cilicie.
résidant dans la localité, il fallait en compter à peu près autant d'émigrés et en relations régulières avec leur famille.
La situation est la même, quoique dans une moindre proportion, pour le reste de la Syrie. 11 est fort probable que tous les .commerçants ou candidats commerçants qui ne trouveront pas à exercer leur activité en Syrie partiront chercher fortune à l'étranger. Ce mouvement d'émigration peut donc être appelé à prendre de l'ampleur, et noms ne croyons pas qu'il faille le considérer comme un mal pour la Syrie ; le Syrien se débrouille beaucoup plus facilement à l'étranger que dans son pays. « D'ailleurs, écrit M. Achard, leur retour au pays ne constitue pas un gain net pour la population de la Syrie, car maintenant que la domination turque a disparu nous assistons encore à l'exode des Syriens. Et, on se demande si ceux qui ont étudié les causes de l'organisation syrienne et ont classé en première ligne les vexations du régime turc et le désir d'échapper au service militaire n'ont pas .manqué de clairvoyance » (1).
La constitution en une unité politique et économique autonome de la Syrie réduite à ses frontières actuelles nous apparaît donc comme une institution bien délicate et bien instable. Il est douteux que l'autorité française réussisse' à unifier les sentiments et les intérêts des diverses communautés qui l'habitent pour en faire une nation. Tl est également douteux qu'elle réussisse à assurer le développement économique de ce pays qui vivait du commerce de transit et dont les marchés se ferment chaque jour de plus en plus ; car ce n'est, nous l'avons vu, ni l'agriculture, ni l'industrie qui peuvent enrichir la Syrie. Au surplus, le Syrien
(1) Ed.-C. Achard, Conseil. Agr. du Haut-Commissariat de la R. F. en Syrie et au Liban. — Etudes sur la Syrie et la Cilicie.
n'est ni un agriculteur, ni un industriel, il est par tempérament et par goût essentiellement commerçant. 11 en sera donc réduit, comme avant, plus qu'avant, à aller chercher à l'étranger les situations commerciales ou libérales que la politique des mandats, pas plus et même moins que l'administration turque, ne lui permettra de trouver dans son propre pays.