LA COLONISATION
Ai-je besoin de vous parler de l'importance qu'il y à pour notre province, de travailler par tous les moyens en notre pouvoir, et le plus vite possible à la colonisation de notre territoire encere inoccupé.
Mais pour cela, il faut une politique vigoureuse C° non une politique d'inertie, il faut des hommes dont l'esprit animé d'u patriotisme éclairé, soit ouvert à l'idée que notre province et notre race sont assez belles pour que l'on travaille à leur grandeur et à leur prospérité. Pour cela, ii faut que l’on prenne la peine de se renseigner convenablement. Nous ne manquons pas d'apôtres de la colonisation dans notre pays. Ils peuvent fournir au gouvernement toutes les informations dont on à besoin, pour continuer cette œuvre Si régénératrice, et tel que l’entendait le gouvernement conservateur de 1892 à 1897. li faut d'autres choses que des simulacres de commission telle que celle inventée dans ces derniers temps, pour leurrer les amis de la colonisation, et, leur laisser espérer qu’enfin le gouvernement est décidé d'agir dans l'intérêt de cette noble cause. Mgr Laflamme associé à des apôtres de la coloni tion tels que George Washington Stevens et ur pauvre magistrat débile et mourant! Ah! je ne suis pas surpris de sa résignation. Et par qui l’a-t-on remplacé? M. le chanoine Thivierge, un prêtre retiré du ministère, à qui, malgré tout le respect, que l'on doit à son caractére sacré, l'on ne connaît rien qui puisse le faire croire capable de servir les intérêts de cette grande et belle cause.
Les libéraux sont au pouvoir depuis
le 26 mai 1897 et ce qu'on nous à servi en fait de colonisation jusqu'à présent sont des jolis discours, des promesses, rien autre chose.
Je voyais l'autre jour dans le ‘‘Rappel”, un journal du dimanche publié par des jeunes ge'is de talents que lorsque Dieu veut punir un pays, il lui ensoie des orateurs qui n'ont de grands que leurs discours et des financiers ,qui n'ont de grand que leur poche. C'est bien là l'espèce de politiciens dont la Province est afflime aujourd'hui. Je vous le demande qu'ont-ils fait pour la colonisation ? Rien. Quelle est l'œuvre dé quelque valeur qu'ils ont édifiée? IL y à cinq ans passés qu'ils sont là plongés dans la plus profonde inertie. Quelles paroisses ont-ils fondées depuis qu’'ils sont au pouvoir ? Est-ce la paroisse du canton Nantel d'où le gouvernement chasse les colons par sa politique néfaste. Sonte des raroisses comme St- Faustin, la Conception, Labelle L'Annonciation, le Nominineue, S érardde-Montarville, le Rapide de l'Orignal , et tant d’autres établissements considérables dont la fondation et le développement sont dûs à la politique éclairée des gouvernements conservateurs ?
Est-ce encore le canton de Montigny, où viennent d'avoir lieu ces criants abus commis au cétriment des colons par. des industriels qui semblent avoir d'étranges notions sur le droit de propriété ? Est-ce dans ce canton où le gouvernement s'obstine à Conserver, ou faveur de ces derniers, des terrains superbes, parfaitement cultivables —puisqu’on à lugé à propos de les arpenter depuis plusieurs années ? Parce qu'il y a là du bois de construction de qualité supérieure, l'on y refuse des terrains aux «olons et les 9-10 de ce canton sont fermes à la colonisation. Jamais du temps des conservateurs un fait semblable est arrivé.
Maintenant, Messieurs, consultez les comptes publics allez voir dans les départements chargés de cette partie de l'administration ; et vous apprendrez que sous le couvert de la colonisation l'on y fait de la politique mesquine et étroite. L'on ne dépense de l'argent de colonisation que pour servir les intérèts des amis du gouvernement.
M. Tellier, député de Joliette dont le comté est un deceux qui ont été le plus négligés, sous ce rapport, à voulu protesté avec ses Co lègues de l'opposition contre un pareil système.
A la séance du 25 mars 1902, à la
ne
motion pour que la Chambre se forme en comité des subsides, il propose comme amendement que tous les mots après ‘‘que' dans la inotion, soit retranchés et remplacés par les suivants :
“Cette Chambre est prête à voter les subsides à Sa Majesté, mais elle regrette que le gouvernement actuel se laisse guider souvent duns la “istribution des deniers votés our «vs chemins de colonisation, plutôt par des considérations de parti que par l'intérèt public et les besoins des colons; et cette Chem bre espère que la distribution de ces deniers se fera à l'avenir équitablement selon les besoins véritables de la colonisation et dans le meilleur intérêt de la Province.”
Cette motion en amendement, étant mise aux voix fut rejetée par la division suivante:
POUR :—MM. Chicoyne, Flynn, Giard, LeBlanc, Pelletier (Dorches ter), et Tellier.—6.
CONTRE :— MM. Allard, Blouin, Bissonnette, Blanchard, Cardin, Caron {Maskinongé), Caron (Matane),
‘hampagne, Chauret, Chenever‘ Cherrier, Clapperton, Cooke, Daignault, Déchène, Delaney, Dion, Doris, Duify, Duhamel, Dupuis, Fiset, Gillies, Girard, Godbout, Gosselin, (Ibervilie), Gouin, Cuérin, Hearn, Hutchinson, Kennedy, lacombe, La ferté, Mackenzie Major, Morin, ( Charlevoix), Morin, (St-Hyacinthe}, Nault, Parent, Pelletier, (Skerbroo ke), Perrault, Petit, Pilon, Robi taille, Roy, (Montmagny ): (st
Jean), Smith, Tanguay, reau, Tessier (Portneuf), ess (Rimous!.), Tourigny, Turgeo Wal -
ker et Weir.— 55. :
L'intérêt de nos nationaux, le dé-
veloppement de notre Province pa rait être le dernier des soucis du
gouvernement actuel, et ie crois vraiment qu'avec. l'esprit qui l'anime aujourd'hui, il y
a bien peu d'espoir d'un change ment de politique sur ce sujet.
Cependant le “ Soleil ‘’ de Québec prétend qu'il se fait aviourd'hui plus de colonisation que du temps des con-
servateurs.
‘Tout ce qu'il y à de vrai dans cette rétention, c'est qu'aujourd'hui il se présente beaucoup plus de colons qu’autrefois. Ils sont amenés par des cCauses complètement étrangères au fouvernement. C'est d'abord la restauration de notre agriculture de 1892 à
1897 ; ensuite, la diminution des salaires dans les états de la Nouvelle- Angleterre,où les machineries ont rem placé La main d'œuvre dans presque toutes les industries , les grandes fi latures de la Nouvelle-Angleterre ont déserté les Etats du Nord pour aller s'implanter dans ceux du Sud où se produit la matière première, le coton, Les colons qui se présentent au]ourd'hui, désireux de s'établir dans notre province, sont nombre: mais le gou- Vernement est lamentablement, sous ce rapport, au-dessous de la tâche qui jui incombe. Au lieu d'aider, il entrave.
11 semble ignorer que dans le Canada, c'est notre province qui est le pivot de la Confédération. Que notre influence à Ottawa se fera toujours sentir par le vote ; et que ce vote n'aura de valeur relative qu'en proportion du chiffre de notre population.
On dirait que le gouvernement est frappé d'aveuglement
L'imprévoyance est le fond de son caractère. IL lui est impossible de voir de loin : 1l est myope, il ne voit que ce qui le touche immédiatement, et toute sa puissance de conception se résume à deux choses : la crainte des déficits et le partare du picotin.
Notre industrie agricole depuis 1897 est restée à l'état stationvaire, pas plus de progrès de ce côté-là, que dans la colonisation, toujours la même politique de ‘vivre sur le vieux gagné”.
Au lieu d'aider généreusement à l'avancement de l'agriculture dans notre province ; au lieu de travailler à répandre autant que possible, la connaissance des meilleurs procédés prätiques et modernes en agriculture, l'on a commencé par abolir l'école d'agriculture de l'Assomption, Sans essayer de la re nplacer par quelque chose d'équivalent.
L'on a trouvé sans doute que l’octroi de 75 centins par tête, pour chaque membre des cerc les agricoles, était une somme exagérée et gouvernement actuel l'a réduite à £0 centins par tête, et l'on dépense, rien que de ce chef, environ 5 mille piastres de moins par année que les conservateurs.
L'on pratique de l'économie, c’est vrai, mais aux dépens de nos intérêts
nationaux, aux dépens de l’agriculture, comme aux dépens de la colraisation de ia province.
Lors de la grande exposition de Chicago, nous avons remporté, parmi les
concurrents du monde entier, le premier prix pour nos fromages. A la dernière exposition de Paris, tenue l'an dernier, les fromages canadiens de la province de Québec ont été vaincus rar les fromages américains qui leur ont enlevé la palme.
Grâce aux trois années de guerre au Sud d'Afrique, où l'Angleterre s'est vue dans la nécessité de pourvoir à la nourriture de plusieurs milliers de personnes, nos chevaux, et tous nos
roduits de la ferme ont été achetés
des prix rémunérateurs.
Le guerre est finie aujourd'hui. Je me demande ce que le gouvernement a fait depuis 1897, pour supporter ia réputation des produits de nos fermes sur es marchés étrangers, et .uns® ver à nos cultivateurs les débouchés nécessaires à la vente et à l'exportation du surplus de leurs produits.