‹ La politique du gouvernement Parent à Québec [microforme]Chapitre 9 sur 12 · ALIENATION DE NOTRE DOMAINE NATIONAL · texte numérisé non relu

ALIENATION DE NOTRE DOMAINE NATIONAL

L'on dirait qu’une folie d'un nouveau genre s'est emparé de notre ministère actuel. L'on fait main basse sur notre domaine national et l'on en vend tout ce que l’on peut en vendre On semble n'être animé que du nésir

de battre monnaie, quand même et toujours, afin d'arriver à remplir le trésor provincial.

Il y à deux ans, en lettres énormes, on lisait un jour dans le ‘‘Soleil , journal publié à Québec: “La ‘“ province a gain de cause, le gouver- “ nement Marchand obtient vingt-cinq “ mille piastres dans l'affaire de la useigneurie Mingan”', un triomphe “ pour la politique ferme de l'honorable “ monsieur Parent’. Un bien pauvre triomphe, messieurs, que celui-là, abandonner pour vingt-cinq nulle dollars, cette immense territoire de Mingan, c'est plus qu'un acte de mauvaise administration. Pour faire la lumière sur ce sujet, il faudrait une enquête sévère, qui amènerait certainement la découverte d'un des plus grands scandales dont s’est rendue coupable l'administration actuelle.

Mais, je cède la parole à la ‘‘Semaine Commerciale’', de Québec, journal publié par un libéral. Parlant de ce beau domaire de la Seigneurie de Mingan, elle dit :

“Sait-on bien ce que c'est que la Seigpeutie de Mingan?’ Comme territoire, c'est toute une province. Cette propriété a une étendue de 155 milles, sur une profondeur de six milles, elle est encore plus considérable que l'Ile d'Anticosti, et de beaucoup plus riche qu'elle en ressources minières, forts tières, etc. y a là des pouvoirs d'eau énormes, des mines de fer extra ordinaires, d'in‘puisables gisements de sable magnétique, sans compter ses rivières saumonneuses. Je ne parle pas du bois que l'on peut y exploiter. Un certain nombre de capitalistes Montréalais détenaient cet immense et riche domaine depuis nombre d'anné Is prétendaient être les seigneurs de ce qu'ils appelaient la Seigneurie de Mingan. On leur demandait leurs titres c'était par droit d'occupation pendant une période immémoriale qu'ils étaient devenus propriétaires. Des titres de concession ou de seigneurie, ils au raient été bien en peine de vous en montrer, ils n’en avaient pas, ils n'en avaient iamais eus. Jls avaient occupé le sol et avaient cherché à l'exploiter àleur profit, voilà tout. Mais cette occupation du sol n° leur donnait aueun droit de propriété quelconque

ULes saquatters de la Baie au Re nard, dans l'Ile d'Anticosti, occupent un lonin de terre et exercent leur métier d'écumeurs de mer depuis nrès d'un demi-siècle, sur les bords de l'Ile, et

cependant ils se voient forcés de déguerpir. aujourd'hui

eur dioit d'occupation n'a pas été reconnu

“Les prétendus Seigneurs de Mingan n'avaient donc d'autre titre que leur droit d'occupation.

“ Le département des Terres, Foet Pécheries leur a disputé la propriété du sol, devant les tribunaux supérieurs du pays. L'affaire à fini par être portée devant le plus haut tribunal de l'empire, le comité ludiciaire du conseil privé. La décision rendue par le Conseil Privé ne constituait de titre pour personne. Elle était douteuse, nuageuse, vague. Restait une dernière ressource pour les autorités provinciales : un appel à la Législature qui mise en présence des faits n'aurait certainement pas Consenti à se départir pour rien de ce riche domaine

“Il n'y a pas eu d'apppel à la Législature, et je constate que le commissaire des Terres, Forêts et Pécheries, dont on ne peut certainement pas nier la qualité d'homme d'affaires pratique et judicieux, vient de céder à ces capitalistes de Montréal les droits irdéniables de la Province!

sur cette importante proprié pour une somme de vingt-cinq mille dollars.

4 On s'est extasié sur ce résultat.

Le ministre en a été félicité ; mais ces félicitations lui sont venues de personnes qui vous font penser de suite au fameux texte latin : ‘* Timeo

danaos et dona ferentes', lorsqu'on vous les nomme.

& Vingt-cinq mille dollars, c'est

beau, mais ce n'est rien lorsqu'il s’agit d'une proprifté qui V it au bas mot un demi million. C'est ce que nos seigneurs de Mingan ne tarderont certainement pas à réaliser d'ici à cinq ans.

« Est-ce de la

alomnie ou de la médisance ? On m'assure qu’un des. membres du cabinet fédéral, un éminent avocat de la cité de Québec, n'aurait pas été étranger à la conclusion de cette transaction et que son influente intervention lui vandrait une somme considérable

Dans tous les cas, je regrette q'une propriété publique d'une aussi grande valeur ait été ainsi sacrifiée”.

Il n'est pas besoin d'ajouter aucun commentaire à cet article.

En juin 1901, le gouvernement a vendu 4,631 milles et demi carrés de notre domaine national Tout cela pour un montant de $375,937 19, en grande partie à des Américains. Ces derniers nous enlèvent, tous les ans, des millions et des millions de pieds de bois de pulpe pour alimenter leurs fabriques de papier chez eux, où ce bois précieux se fait de plus en plus rare

Page 1