‹ La politique du sultanChapitre 44 sur 106 · Livre Bîeu, 1896, VI, p. 2C · texte numérisé non relu

Livre Bîeu, 1896, VI, p. 2C

2l8 LA POLITIQUE DU SULTAN

les bandes du fameux Hussein-Pacha. Le vali de Bitlls envoya un détachement pour punir la tribu ; mais les Kurdes, sortant en armes et en uniformes d'hamidiés, vinrent au devant de l'officier turc, qui refusa de tirer sur les soldats de Sa Majesté * .

A l'égard des Arméniens, on laissa faire.

Au début, quand les plaintes des villageois étaient trop publiques ou trop fondées, le gouvernement les accusait eux-mêmes et inventait une calomnie. Des Kurdes tués par les paysans au cours d'une razzia devinrent des soldats ou des gendarmes de Sa Majesté, attaqués au cours d'une mission ou d'une levée d'impôts, et ce fut un nouveau crime mis au compte des comités : on arrêta des villages entiers sur la dénonciation d'un agha^. Puis on ne prit même plus la peine de mentir; quand les chrétiens de Chirvancheikh vinrent, en 1892, dénoncer un agha des Hassananlis, colonel des Hamidiés, Eghid-Oglou, le sous-préfet de Boulanik, Hachim-Bey, leur répondit sans colère : ce Vous autres Arméniens, vous avez bien vos comités : nos co-

I. Livre Bleu, 1896, III, p. a4« a. Livre Bleu, 1896, III, p. 37*

mités, à nous, ce sont nos Kurdes» *. Enhardi par cette complicité et, peut-être même, obéissant à des conseils secrets, le Kurde redoubla d'exigences. Mais il semble que Ton ait hésité sur le traitement définitif à appliquer aux Arméniens.

On essaya d'abord (1892-1898) de conversions en masse, de circoncisions au couteau et à la grosse, qui souvent coûtèrent la vie à des centaines d'adultes. Les évêques et les consuls protestèrent. Le Palais, d'ailleurs, n'avait qu'une médiocre confiance en cette solution. Parmi les tribus dites Kurdes, quelques-unes, et des plus grandes, sont d'anciens Arméniens convertis de force au siècle dernier. Après cent ans d'Islam, ils ont encore conservé leur langue, leurs mœurs, leur signe de croix et leurs noms : les anciens Bagratounis et Mamikonians sont devenus les Bekranlis et les Mamgounlis. Musulmans pour la forme, ils n'ont chez eux ni mosquées ni imams, que des khodjas sachant à peine lire l'arabe et des djamis jamais ouverts ; mais ils fréquentent les pèlerinages chrétiens et viennent chaque année à la grande panégyrie

Page 1