I. Livre Blea, 1896, III, p. IQJ
contre voleries, ils n'ont, en fin de compte, rien à se reprocher, Jusqu'en 1890, sauf des accès de mauvaise humeur, l'intelligence et l'harmonie régnaient entre eux ; on pouvait prévoir peut-être quelque explosion populaire, mais non pas contre les Arméniens.
Les Arméniens, tombés sous la protection ottomane, au nombre de quelques milliers seulement, se comptent aujourd'hui par millions et forment rélément le plus riche et le plus aisé de la société ottomane. L'harmonie la plus parfaite régnait entre eux et les Turcs. Quoique, au point de vue du caractère, les Arméniens, en tant que généralité, manquent un peu de noblesse, les Turcs ne les aimaient pas moins à cause de leur fidélité séculaire. Particularité à noter : quand, en Turquie, on prononçait le mot : a Nation fidèle », tout le monde comprenait : « Nation arménienne ».
Ainsi parle un Jeune Turc * ; ainsi pensait toute l'Anatolie. Le Turc était reconnaissant à l'Arménien de n'avoir jamais imité le Bulgare et le Grec dans leurs rébellions. Or, l'Anatolie se divise en deux grandes provinces ethniques, de la mer aux fleuves Sakaria ou Kizil-Irmak, et de ces fleuves aux frontières de la Perse, l'Asie en deçà et