‹ La politique du sultanChapitre 54 sur 106 · I. Livre Blea, 1896, 6, p. i3-i · texte numérisé non relu

I. Livre Blea, 1896, 6, p. i3-i

son intelligence plutôt paresseuse, son inactivité, son manque de culture et de prévoyance, et sa droiture même le mettraient à la merci de l'ingéniosité, de l'activité et de la ruse chrétiennes. Cette idée, confuse dans l'esprit de la foule, était surtout représentée par les mohadjirs : ces musulmans émigrés du Caucase, de Bulgarie ou de Roumélie, avaient dû fuir l'égalité chrétienne; contre le gré des pouvoirs chrétiens, ils avaient abandonné leurs biens et leurs maisons, pour venir vivre misérablement sur les terres et dans l'atmosphère du Khalifat : et l'on venait leur proposer celte même égalité I

Le Sultan exploita cette défiance et travestit, en toute occasion, les intentions de l'Arménien. Il le montra soutenu par l'Europe, travaillant à l'asservissement de l'Islam et au profit de la chrétienté, réclamant non des droits, mais des privilèges, qui auraient pour premier effet de renverser les positions actuelles et de mettre le musulman sous la dépendance du chrétien. Il tenait à son peuple le même langage qu'à l'Europe. En accordant l'amnistie, il laissait ou faisait dire par son entourage que cette concession, arrachée par l'Angleterre, était une iniquité pour ses

fidèles musulmans; dans un rapport semiofficiel, on pouvait lire ceci :

Telle était la situation des esprits vers les derniers jours du Grand Vizirat de Djevad-Pacha. Alors que Télément musulman, qui avait de plus nombreux motifs de plaintes, se taisait, les Arméniens ont pris les armes, et après avoir commis de nombreux méfaits se sont adressés à l'étranger se disant victimes du fanatisme. Leur voix est écoutée, et ces auteurs du crime de lèse-patrie ont été l'objet d'une amnistie par l'intervention des puissances étrangères; ceci a gravement ému l'élément musulman. De tous les côtés de l'Empire, on a entendu alors des cris amers de la part des musulmans qui demandaient s'ils étaient devenus fautifs en patientant et en se dévouant, et s'il était vrai que le Gouvernement même ne favorisait que les révoltés ',

Non seulement la foule se crut menacée dans ses prérogatives et dans ses intérêts, mais Félite elle-même éprouva des inquiétudes à l'annonce des réformes projetées. Les Vieux Turcs ne pouvaient y voir qu'une nouvelle et pilus funeste concession aux idées et, peut-être, aux injonctions de l'Europe. Les Jeunes Turcs — autant que peuvent être Jeunes Turcs des hommes qui, dans la Turquie ac-

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