I . Mourad-Bey, Le Palais d* YUdiz^ p. a i
tuelle, ne sont ni en prison, ni en exil, ni morts de mort subite, — • les Turcs éclairés étaient ouvertement hostiles à tout changement partiel, qui n'eût soulagé les Arméniens, disaient-ils, qu'aux dépens du voisin musulman, et qui eût menacé l'intégrité ou l'indépendance de l'empire.
Voici ce qu'en pensait leur chef reconnu, Mourad-Bey, qui, tout en déplorant les troubles d'Anatolie, n'y voulait voir que des événements fâcheux, œuvre de l'Angleterre :
Lorsque la revanche anglaise se manifesta sous la forme de la question arménienne, tous les bons patriotes Turcs ont déployé l'activité la plus grande afin d'en conjurer les conséquences fâcheuses. Leur opinion était, en effet, celle-ci : la question arménienne, en dehors de la question générale des réformes en Turquie, n'avait pas de raison d'être. Aussi avons-nous fait de pressantes démarches auprès des notoriétés arméniennes, en les priant d'exercer leur influence pour rappeler à la raison les instruments de l'étranger. Certes les Arméniens souffraient. Mais ils n'étaient pas seuls à souffrir. Personne, un peu au courant des affaires orientales, n'ignore que les Turcs souffrent bien davantage, par cette excellente raison qu'outre les charges générales des impôts, ils ont à supporter seuls l'impôt du sang, le recrutement militaire. Un mouvement des Arméniens de concert avec les Turcs,
dans le but d'obtenir les réformes nécessaires, serait un acte patriotique ; mais une action isolée, entreprise sous le couvert de l'étranger, n'était à nos yeux qu'une tentative criminelle, nuisible aux intérêts majeurs de la patrie commune. Les échauffourées dont on a lu les récits, quelque peu exagérés entre parenthèses, ont été un événement des plus fâcheux, et le résultat de la politique impardonnable des comités arméniens siégeant à Londres*.
Le seul mol de réformes réunissait donc Jeunes et Vieux Turcs dans une commune colère contre ceux qui les réclamaient et qui semblaient devoir les obtenir de l'Europe.
Cette colère faisait oublier à tous leur mécontentement, pourtant très réel et très violent, ou même leur haine contre le maître.
Je me rendis à une ambassade, ajoute Mourad- Bey. L'ambassadeur, l'un des plus éclairés parmi ceux qui représentent l'Europe à Constantinople, me fit un excellent accueil. C'était l'époque où les puissances, immédiatement après les événements de Sassoun, réclamaient des réformes pour les Arméniens. Je lui exposai que la demande de réformes pour les seuls Arméniens aurait des résultats déplorables ; je ne lui cachai pas que j'entrevoyais comme conséquence un « massacre général ». J'ajoutai que