I. Mourad-Bey, Le Palais d'YUdiz, p. i5-i
les Turcs étaient tout autant à bout de patience que les Arméniens et que la préférence accordée à ceux-ci exaspérerait ceux-là.
Le Sultan avait bien prévu ce résultat: il avait été le premier à parler de réformes et, pendant trois ans, de 1892 à 1895, il agita celte menace devant les yeux de l'Islam. Il trouvait un double bénéfice à cette politique : d'abord, il ameutait tout le pays contre l'agitation arménienne ; de plus, il s'attachait la faveur ou du moins l'indifférence populaire.
Les rapports de tous les consuls signalaient, depuis 1898, l'existence de sociétés secrètes parmi les musulmans, les unes politiques, les autres religieuses, toutes révolutionnaires et hostiles au gouvernement d'Abd-ul-Hamid.
L'affaire arménienne servit certainement de dérivatif aux uns et aux autres. Ce n'est que depuis la fin des massacres arméniens que l'on reparle de nouveau, à Constanlinople et dans les provinces, d'agitation musulmane.
La propagande religieuse se fit, en même temps, plus pressante. Les mollahs et les gens des mosquées groupèrent le peuple en
sociétés secrètes et rappelèrent à des réunions nocturnes, où la mort du chrétien était ouvertement discutée comme une nécessité prochaine. Toutes les confréries de Tlslam oublièrent leurs rivalités d'autrefois. Celles mêmes qui tramaient des complots contre la vie du Sultan ghiaour, revinrent au service du khalife qui semblait enfin comprendre le péril chrétien. Car ses envoyés, loin de blâmer les violents, félicitaient ironiquement les tièdes de leur longanimité : à Yuzgat, où, de février à mars 1894, les meurtres de chrétiens se sont succédé, un télégramme du Palais arrive : (( J'ai été très touché, dit le Sultan, de la patience dont ont fait preuve mes sujets musulmans durant les attaques faites sur eux par les chrétiens* », et vingt décorations sont décernées à des pèlerins, qui rentraient de la Mecque et qui «''étaient distingués par leur zèle. A la suite de cette dépêche, le mufti d' Yuzgat publie un fetwa qui ce déclare légaux le meurtre, l'attaque et le pillage des hommes en lutte contre le gouvernement^ )).
Les relations quotidiennes entre chrétiens