‹ La politique du sultanChapitre 9 sur 106 · PREFACE XI · texte numérisé non relu

PREFACE XI

renseignements ni les instructions. On nous annonce à présent la publication de deux livres jaunes, dont l'étude critique sera très intéressante, mais comme ils arrivent tard I

Supposez que tous les documents publiables sur la question aient paru» en une sorte de publication régulière, depuis trois ans. Des discussions se seraient produites sur textes précis dans le parlement, au lieu de ces échanges de vagues paroles qui n'apprennent à peu près rien à personne, et qui ont l'air de scènes arrangées pour la galerie. La publicité des pièces, commentée par la presse, aurait produit une opinion. Cette opinion tout de suite serait devenue une force. Cette force aurait été utile au gouvernement, d'abord en le défendant contre des erreurs qu'il aurait pu commettre. Si les rapports de nos consuls avaient paru, depuis l'origine; le préjugé en faveiu*- du Sultan, qui est incontestable, — si dures que soient les paroles qui lui ont été dites, surtout dans ces derniers temps, — aurait-il été soutenable? D'autre part, si le Sultan

avait senti qa'il arait Traiment affaire a la France, se serait-il moque de noas, comme il a fait à plusieurs reprises?

Qu'on veuille bien comparer les deux histoires qui suivent.

Deux professears d'un collôge prolestant américain sont condamnés à mort (odieusement) par le tribunal d'Angora. L'Angleterre intervient en leur faveur. Pourtant l'Anglelerre n'a aucun droit de protection sur les protestants en tant que protestants; le collège dont il s'agit est américain; qui plus est, les condamnés sont Arméniens, sujets ottomans.

La Porte avait bien des raisons de décliner cette intervention. Mais lord Roscbery envoie une dépêche impérieuse, que M. Bérard a citée. Le jour même, la Cour de cassation confirme la sentence des premiers juges; immédiatement après l'arrêt rendu, le Sultan le la grâce des condamnés.

In novembre 1896, un colonel turc, Mahzar- ', fait enlever d'une école catholique pro-

PREFACE Xlll

fesseur et élèves, qui sont égorgés et rôtis. La France a un droit formel de protection des Latins ; elle doit donc intervenir, pour réclamer la punition du crime. Son droit est si certain que bien que le professeur, le P. Salvator, soit Italien, Fambassade italienne n'a fait des démarches qu'après entente avec nous et pour appuyer l'ambassade française. Or nous avons ici, outre le devoir traditionnel, des intérêts présents. Le P. Salvator était un capucin; noire intérêt est de conserver la protection de cet ordre, parce qu'il a la garde de la Terre Sainte, perçoit à ce titre les offrandes recueillies le vendredi saint dans, toutes les églises de la catholicité, et dispose d'une grande influence en Orient. Comme il est composé en majorité d'Espagnols et d'Italiens, l'Italie s'efforce d'attirer cet ordre à elle et d'en accaparer la protection. Ainsi droit d'intervenir, devoir d'intervenir, intérêt à intervenir : rien ne manquait. Et l'on sait ce qui est arrivé. Les premiers bruits du massacre parviennent en décembre à l'ambassade française. La Porte commence

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