I. Livre Dieu, 1896, II, p. a
a. Livre Bleu, 1896, II, p. aaS.
volontés impériales . La colère d'Abd-ul- Hamid, à cette réponse, fit craindre à Saïd quelque méchante aventure, et, vers le milieu de décembre iSgB, il s'enfuit à l'ambassade d'Angleterre avec son fils. L'ambassadeur demanda et obtint le concours de ses collègues pour régler l'incident : le Sultan, par une lettre aux six ambassades, garantit au fugitif la vie sauve et la liberté d'habiter, dans la ville, où bon lui semblerait.
Mais un mot avait été prononcé, que l'ambassadeur anglais releya, celui de ministère indépendant et responsable. Tout le monde apercevait la véritable source du mal. L'autorité de la Porte supprimée ; celle des hauts fonctionnaires responsable combattue ou remplacée par l'ingérence continuelle d'agents secrets ; l'obéissance des subalternes détournée ; tout le personnel administratif, militaire et judiciaire, soumis aux créatures du bon plaisir : le pouvoir réel donné à une bande de policiers et d'agents provocateurs; bref, l'administration concentrée entre les mains d'un seul, voilà ce qui avait supprimé les obstacles qu'au long de la voie hiérarchique d'autrefois, la folie du Maître aurait pu rencontrer.
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L'ambassadeur anglais vit le remède dans rétablissement d'un ministère indépendant et responsable : sous cette forme particulière, sa proposition pouvait sembler discutable, et les mots trop européens pour une organisation turque ; mais encore avait-on le devoir de les discuter. En réalité il ne s'agissait pas d'une innovation. Il suffisait de revenir à l'ancien état de choses et de restaurer l'autorité de la Porte : la folie du ]VJaître serait contenue, et les conseils de l'Europe pourraient se faire écouler.
Il semble que l'ambassadeur de France ait partagé cette conviction, qu'il l'ait même fait partager à son collègue russe, et que tous deux aient voulu convertir leurs gouvernements à cette idée * . Mais le cabinet de Paris paraît avoir été indifférent ou rebelle. Le prince Lobanoff, d'ailleurs, refusa toute discussion : il pensait que la situation actuelle n'offrait plus de danger ; on n'avait aucune raison de n^ettre en doute la bonne volonté du Sultan , qui faisait de son mieux ; la Russie usait de son influence à Belgrade, Bucharest et Athènes et avait l'assurance que, de ce côté, ne surgirait aucun
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embarras ; vouloir changer la Turquie, c'était perdre son temps : la Turquie ne change jamais (i6 janvier 1896)*. Il faut noter que cette conversation suivait de quelques jours à peine les massacres d'Ourfa, où, d'après les consuls, « le nombre des victimes dépassait deux mille, où les Bédouins et les Kurdes avaient commis des cruautés sans exemple, depuis le 28 décembre jusqu'au 1®^ janvier^ ». Quand l'ambassadeur anglais fit allusion à ces événements, le prince Lobanoff répondit simplement que tout était possible ^
Du côté de la Triple Alliance, la proposition des deux ambassadeurs ne rencontra pas un meilleur accueil. L'Allemagne maintenait son indifférence impassible : on sait, au reste, que chacun dans la Triple Alliance a son domaine, ITtalie la Méditerranée, l'Autriche la péninsule des Balkans et l'Allemagne le reste du monde. Le cabinet de Berlin restait donc au second plan et laissait la parole à ses alliés. L'Italie avait en Erythrée d'autres sujets de réflexion. Quant à l'Autriche, rassurée maintenant par les assurances de la Russie au