III. — La polilique gallicane
Le gouvernement impérial irait-il, dans son désir d’apaise ment, jusqu’à sacrifier sa politique gallicane ? Un de ses actes
(2) Elle fut votée le 11 avril 1865. Elle autorisail les frères à enseigner dans leurs pensionnats les matières relevant de l’enseignement secondaire, à part les IAnEUSS anciennes, ce qu'ils faisaient depuis longtemps lorsque Rouland avait voulu les restreindre strictement à l’enseignement primaire.
(3) Duruy : Notes el Souvenirs.
les plus remarqués put le faire croire. Morlot n'avait pas été remplacé comme cardinal de couronne. Napoléon III désigna pour lui succéder un prélat qui lui était personnellement sympathique, et que les instances de Rouland l'avaient empêché de nommer archevêque de Paris en 1857 et 1863, cardinal en 1861 : l'archevêque de Rouen, Bonnechose, intelligent, ambitieux, peu sûr, en bonnes relations avec le gouvernement comme avec l'opposition cléricale, et à peu près rallié à lultramontanisme après l'avoir combattu. Il fut préconisé au consistoire du 25 décembre. Le 14 janvier 1864, à la remise du chapeau, il parla de « la foi catholique », de «l'attachement filial à l'Église » et de la « mission providentielle » de l'empereur. Il vanta également les sentiments religieux de l’impératrice (1). Napoléon HIT répondit par un éloge de la foi, «notre guide et notre soutien ». Il attaqua ceux qui ne trouvaient pas le régime impérial assez libéral, et témoigna son étonnement « de voir. des hommes à peine échappés au naufrage appeler encore à leur aide les vents et les tempêtes. » Il conseilla à Bonnechose d'apporter au Sénat «cet esprit de conciliation qui ne sépare pas la cause de la religion de celle de la patrie, cet esprit de tolérance qui attire et persuade. » Les autres cardinaux, mauvais orateurs, modérés et gouvernementaux, n'avaient jamais gêné sérieusement le gouvernement au Sénat. Au contraire Bonnechose, qui parlait bien et ne craignait pas de s'attaquer au gouvernement y prit souvent la direction de l’opposition cléricale (2).
Cette nomination était un acte personnel de l’empereur. Baroche, de formation juridique comme Rouland, était au moins aussi gallican que lui, et le montra dans toutes les importantes questions ecclésiastiques qui se posèrent en 1863 et 1864. Les relations avec le Saint-Siège furent rendues plus difficiles par un changement d’ambassadeur. La Tour d'Auvergne, qui était en grand crédit auprès de Pie IX, avait quitté Rome dès le mois de juillet et fut nommé à Londres en octobre. Il fut remplacé par le comte de Sartiges, qui avait succédé à Benedetti à Turin, et qui,
(1) Voir p. 695, note 6.
(2) Mérimée écrivait à Panizzi le 14 mars 1865 : « Les cardinaux, à l'exception de M. de Bonnechose, sont des sots et ne savent pas dire deux mots. Mais le Bonnechose est très habile, » D’Ideville, deuxième conseiller de l'ambassade de France à Rome, notait le 4 octobre 1864, après avoir causé avec Bonnechose : « Je dois dire qu'il m'eût été difficile de raconter à M. de Sartiges [l'ambassadeur] ma conversation. Le cardinal est très net; maintenant qu’il a son chapeau, il a une indépendance que sans doute il aurait eue auparavant, mais il s'exprime avec une vivacité et une franchise qui font trembler ses nouveaux collègues, » (Journal d’un diplomateen Italie, t. , Rome.) .
sans être hostile au Saint-Siège, ne lui était pas dévoué. Son caractère difficile, les ménagements qu'il garda pour les deux partis « noir » et « bleu » qui divisaient la société romaine, inspirèrent peu de sympathie à Pie IX (1).
Les nommations épiscopales ne suscitèrent pas de conflits. Les sièges d'Avignon et de Soissons devinrent vacants en août et septembre 1863. Baroche nomma le 16 octobre à Soissons, Dours, imspecteur d'académie à Versailles, avec qui il était en relations comme président du conseil général de Seine-et-Oise. Dours, entré dans l'Université en 1838, avait connu à Laval Boudet, qui le recommanda comme «tout dévoué à l’empereur et fermement attaché aux libertés de l'Église gallicane et à toutes celles que la révolution de 1789 a introduites dans notre ordre social ». Dours avait su cependant rester en bons termes avec l’évêque ultramontain de Versailles, Mabile (2).
Le 24 octobre, Baroche nomma à Avignon l’évêque de Vannes, Dubreuil (3), et le remplaça par un vicaire général du cardimal Donnet, Gazalhan (4), gouvernemental et modéré comme Jui. Les élections avaient. porté à FPétat aigu le conflit engagé entre Dubreuil et les chefs les plus ardents du clergé du Morbihan (5). Le 29 septembre, le supérieur du séminaire de Sammte-Anne d’Auray, Jaffré, fit célébrer en grande pompe Fanniversaire du comte de Chambord malgré les ordres formels de Dubreuil. Le 30 septembre, Dubreuil, qui avait en outre avec lui des difficultés administratives, le remplaca et le nomma desservant d’une petite paroisse. Les professeurs, soutenus par Les élèves et une grande partie du elergé, protestèrent. L’un d'eux déclara au légitimiste Fresneau que l’évêque était fou. Dubreuil le révoqua, ce qui suscita une émeute des élèves. Nommé à Avignon, Dubreuil, d'accord avec Gazailhan, résolut de prendre sur lui la responsabilité de la répression. ‘Fous les professeurs furent disgraciés, et le régime du petit séminaire, qui avait joul jusqu'alors d’une large autonomie, fut modifié (décembre). Le nonce conseilla aux opposants de s’incliner et de ne pas combattre le nouvel évêque. Jaffré écrivait avec amertume : « Qu'un foyer catholique un peu ardent s'ouvre quelque part, il faut bien vite
(1) D'Ideville : Journal d'un diplomale en Falie, t. 11, Rome. Mme de Sartiges était américaine et protestante, mais ne semble pas avoir nui à la situation de son mari.