‹ La Politique Ecclésiastique du Second Empire de 1852 à 1869Chapitre 106 sur 150 · EME · texte numérisé non relu

EME

(5) F1°5.605, 5.872 ; voir bibliographie : épiscopal Bécel.

l'éteindre. Les pompiers ne manquent pas, et de tout costume » (1). Dours, Dubreuil et Gazailhan furent préconisés sans difficultés. Pie IX fit allusion à l'affaire Mouniq, qui, écrivait Sartiges, « semble lui tenir grandement à cœur ». Sartiges répondit que le gouvernement impérial attendait toujours, pour annuler la nomination de Mouniq, que le Saint-Siège lui eût prouvé son indignité. Pie IX se borna à déclarer qu'il ne préconiserait jamais «un ecclésiastique d’une réputation aussi douteuse ». Il regretta une fois de plus que le gouvernement ne pratiquât pas l'entente préalable. Ce fut, jusqu’en octobre 1864, le seul débat sur ces questions (2).

Deux associations religieuses jouaient un rôle capital dans la lutte que‘poursuivait le Saint-Siège pour compléter en France le triomphe de l’ultramontanisme. La congrégation du Saint- Esprit y travaillait ardemment. La compagnie de Saint-Sulpice y faisait obstacle (3). Elle restait très mal vue de Pie IX depuis la crise de 1852. Lorsque Carrière s'était rendu à Rome en 1860, on l’avait pressé de modifier les statuts de la compagnie, et de les soumettre au Saint-Siège. [1 semble que l’intention du pape était d'obtenir que, suivant l'exemple donné en 1855 par les prêtres du Saint-Esprit, Saint-Sulpice, association de prêtres séculiers soumise aux ordinaires, se transformât en une véritable congrégation, strictement disciplinée et dépendant étroitement du pape, où 1l eût été facile de réprimer les tendances gallicanes (4). En 1863, Carrière alla porter à Rome les nouveaux statuts. Le 1 juillet, Baroche chargea Drouyn de Lhuys d'intervenir auprès du gouvernement pontifical pour empêcher cette transformation. En 1855, le ministère des Cultes avait déjà estimé que la société des prêtres du Saint-Esprit perdait, du fait de sa transformation, l'existence légale dont elle avait bénéficié jusqu'alors. Cet avis n'avait pas prévalu mais le gouvernement impérial devait aujourd’hui user de l’arme dont il disposait pour empêcher le Saint- Siège de transformer Saint-Sulpice en congrégation, et l’avertir qu’en ce cas, la compagnie perdrait l'existence légale.

Cette intervention était trop tardive. Un décret de la congré-

(1) Correspondance de M. Jaffré, publiée par Leclanche (juin 1864).

(2) Correspondance diplomatique, 19 mars 1864.

(3) Correspondance diplomatique, juillet 1863. F1° 6.284. Discours prononcés au Sénat par Rouland, le 11 mars, par Darboy, le 15 mars 1865. Voir bibliographie : Sulpiciens, polémique Icard Fèvre.

(4) Le Saint-Siège désirait aussi transformer en congrégations les Lazaristes, et les Sœurs de la Charité. Baroche au contraire, vantait la « forme séculaire si bien appropriée au génie de notre pays », de ces associations religieuses.

gation des Évêques et Réguliers (24 juillet), et un bref du pape (27 juillet), réglèrent la nouvelle situation de Saint-Sulpice. La compagnie, sur la recommandation de nombreux évêques, obtenait l’approbation du pape, quelle n’avait jamais reçue, et évitait la transformation complète que redoutait Baroche : son organisation n'était pas modifiée ; aussi l'approbation du pape étaitelle donnée à la compagnie seulement ; l'approbation des statuts était ajournée « à un moment plus favorable. » Tout en réservant ainsi pour l’avenir la possibilité de transformer la compagnie de Saint-Sulpice en congrégation, le Saint-Siège avait obtenu l’assurance qu’elle précipiterait son évolution vers l’ultramontanisme. Carrière étant mort l’année suivante, le pape obtint que son successeur ne fût pas Icard, trop favorable au droit coutumier, mais l’ultramontain Caval. La compagnie eut désormais un procureur à Rome, et, à partir de 1865, un cardinal protecteur, qui fut un ultramontain intransigeant, Villecourt (1). En 1865, Rouland considérait que Saint-Sulpice avait capitulé, et donnait désormais « l'instruction ultramontaine ».

Cette évolution était grave, car Saint-Sulpice était en fait le seul centre important d’études supérieures ecclésiastiques qu’il y eût en France. Le groupe de prêtres distingués que Maret avait réunis autour. de lui était d’un gallicanisme trop accentué pour pouvoir exercer une grande influence sur le clergé. Tardif constatait que l’école des Carmes, « malgré tout le mérite de ses supérieurs et directeurs, n’inspire, quoiqu'on puisse dire, au point de vue théologique que très peu de confiance à la très grande majorité de l’épiscopat. On ne peut se dissimuler qu'il en est de même de la Sorbonne ». (2) Par contre, le séminaire français de Rome dirigé par la congrégation du Saint-Esprit avait un succès croissant. Son esprit n’était pas favorable au gouvernement impérial à l'influence duquel il échappait totalement.

Dans cette situation difficile, le projet fut formé de permettre à des prêtres français de compléter à Rome leur instruction sous l'égide du gouvernement impérial. L'église de Saint-Louis des Français à Rome avait douze chapelains, prêtres français échoués à Rome « à la suite de mécontentements ou d'illusions », nommés et rétribués par le gouvernement impérial, mais qui ne lui rendaient aucun service, et qui même lui étaient souvent hostiles.

(1) Correspondance diplomatique, 12 décembre 1865. , Ë (2) F1° 4.092, 26 novembre 1863. Malgré l'avis de Tardif, une section de théologie fut créée à l’école des Carmes. (Versement, de la Chambre, C 451.)

MAURAIN. — POLITIQUE A4

En 1862, Lavigerie forma le projet, que La Valette approuva et transmit à Thouvenel le 9 août, de les astreindre à prendre leurs degrés dans les universités romaines. Le 17 juillet 1863 (1), Baroche objecta que cette proposition « ne saurait évidemment imprimer à nos établissements de Rome une direction plus française, plus conforme aux traditions de notre pays et aux vues de notre politique. Elle se rattache à une pensée qui s’est déjà produite à diverses reprises et qui me paraîtrait offrir dans sa réalisation de graves inconvénients : celle de transformer peu à peu Saint-Louis des Français en un séminaire où les jeunes ecclésiastiques les plus distingués viendraient tour à tour s'inspirer des doctrines romaines et prendre leurs grades en théologie et en droit canon ». Baroche, adoptant «un point de vue tout opposé », aurait voulu « envoyer dans cet établissement des hommes capables d'imprimer une direction à l'esprit public à Rome et non des jeunes gens disposés à subir toutes les influences », de manière à faire de Saint-Louis des Français, non « un séminaire, : niune école, mais un lieu de retraite où d'anciens vicaires généraux, directeurs de séminaires, termineraient leur carrière sacerdotale en rendant encore des services à leur pays. » Ces projets n’eurent pas de suites.

Un nouveau projet fut établi en février 1864 par le P. Trullet, consulteur canoniste de l’ambassade, qui jugeait impossible de ressusciter le gallicanisme, et se plaçait volontiers, pour contrecarrer les desseins dela cour de Rome, sur son propreterrain, celui de l’ultramontanisme. Il constatait que les élèves du séminaire de la congrégation du Saint-Esprit (2) recevaient à Rome, grâce aux universités romaines et aux stages qu'ils faisaient à la congrégation du Concile ou dans d’autres administrations pontificales, «une instruction beaucoup plus large et plus approfondie qu’elle ne saurait l’être dans leurs diocèses. Ces faits autorisent à prévoir et à affirmer que les jeunes élèves du séminaire de Sainte- Claire sont appelés à donner un jour, parla supériorité relative de leur instruction, leurs aptitudes pratiques et leurs relations avec Rome, la direction et le ton à tout notre clergé national. Certaines indiscrétions.. permettent même d’ajouter que tel a été le but qu'ont eu en vue en l’établissant les fondateurs de ce séminaire. La faveur dont le Saint-Siège a entouré cet établissement

(1) Correspondance diplomatique.

(2) Ce séminaire était dit de Santa Chiara (Sainte-Claire), d’après le nom des locaux qu’il occupait,

confirme aussi de son côté ces prévisions et ces rapports. » Le nombre des élèves n’était que d’une soixantaine, mais suffirait à la longue pour atteindre le but visé.

«Le but du gouvernement de Sa Majesté... serait évidemment d'empêcher que le séminaire. devint le foyer de doctrines destructives des prérogatives impériales et le centre d’une opposition à la part d’action légitime qui appartient au chef de l'État dans les affaires de l’Église. » Or il n’était pas au pouvoir du gouvernement, même au prix d’un conflit avec le Saint-Siège, de supprimer le séminaire de Sainte-Claire. Il devait au contraire l’élever « au rang d'institution d'utilité nationale », y créer des bourses et inciter les évêques à y envoyer au moins un séminariste chaque année. Les places de chapelains de Saint-Louis seraient réservées aux meilleurs élèves de Sainte-Claire. Ces faveurs donneraient au gouvernement un titre pour intervenir dans la direction du séminaire. La bulle qui l’avait canoniquement institué (1859) lui donnait pour protecteur le Cardinal- Vicaire, mais il pouvait avoir, comme d’autres établissements romains d'enseignement, un sous-protecteur qui serait l'auditeur de Rote pour la France. Sartiges, en approuvant ce projet, fit remarquer que l'exécution en serait facilitée par les difficultés financières du séminaire de Sainte-Claire, qui était en déficit, et par la dépendance où la congrégation du Saint-Esprit se trouvait vis-à-vis du gouvernement impérial qui accordait 80 bourses à son séminaire de Paris pour le recrutement du clergé colonial (1).

Ce projet, comme les précédents, n’eut pas de suites. [Il montre bien le dilemne devant lequel se trouvait le gouvernement impérial depuis l’échec des négociations relatives à l'institution canonique des facultés de théologie. Trullet considérait, et l'avenir devait pleinement justifier ses prévisions (?), que Rome serait de plus en plus pour le clergé français le centre des hautes études ecclésiastiques. Aussi conseillait-il au gouvernement impérial d'accepter cette évolution et de la faciliter pour pouvoir la diriger. Baroche jugeait au contraire, non sans raisons, que le gouvernement n’acquerrait ainsi aucune influence sérieuse et contribuerait au triomphe de l’ultramontanisme. I] persistait donc à favoriser la faculté de théologie de Paris et l’école des Carmes, bien

(1) Correspondance diplomatique, 13 février 1864. Le rapport de Trullet est annexé à cette dépêche. |

(2) Le séminaire de Sainte-Claire, érigé en 1902 en séminaire pontifical, a pris une importance croissante. Il est devenu l’une des principales sources du recrutement de l’épiscopat français.

que, de l’aveu même de ses collaborateurs, ces établissements fussent, par leur gallicanisme accentué, suspects au clergé, et hors d’état d’exercer sur lui une réelle influence.

Le Saint-Siège, cependant, triomphait dans la lutte engagée depuis dix ans entre le gouvernement impérial et lui pour la direction des hautes études ecclésiastiques. Il avait rejeté en 1858 la transaction qui lui était offerte en refusant d’accorder l’institution canonique aux facultés françaises de théologie. Malgré toutes les garanties qu’il eût pu obtenir, ces facultés, situées en France, auraient nécessairement subi dans une certaine mesure l’influence de l’épiscopat, du gouvernement et de la société laïque française. Rouland avait alors espéré que, dans la concurrence engagée entre le séminaire de Sainte-Claire et la faculté de théologie de Paris, celle-ci l’emporterait, Mais en 1864, la défaite de celle-ci était certaine ; elle rendait des services réels au gouvernement en groupant des gallicans distingués dont plusieurs devinrent évêques, mais elle ne jouait pas d’autre rôle. Le séminaire de Saint-Sulpice gardait une beaucoup plus grande importance, mais il avait dû renoncer à défendre le droit coutumier français et il restait cependant discrédité auprès des ultramontains. Par contre, le séminaire de Sainte-Claire, étranger aux traditions ecclésiastiques françaises, romain par son siège, par sa collaboration avec les universités et les administrations pontificales, par sa subordination au Saint-Siège, se développait rapidement. $es élèves ne recevaient pas seulement un enseignement ultramontain, ils le recevaient de professeurs italiens ; ils adoptaient non seulement les doctrines, mais l'esprit, les coutumes, et jusqu’à l’habillement du clergé romain. C'était la voie dans laquelle le Saint- Siège entraînait l’Église de France. Sa victoire dans la lutte pour la direction des hautes études ecclésiastiques marque une des principales étapes de l’évolution du clergé français vers l’ultramontanisme.

Dans sa lutte contre les progrès de l’ultramontanisme, Baroche eut à défendre l'autorité épiscopale, notamment contre des prêtres soutenus par le Saint-Siège. La cour de Rome, après avoir écarté pendant dix ans Lecourtier de l’épiscopat, n'avait pas tardé à lui susciter des difficultés: Déjà en 1862, elle avait soutenu contre lui un prêtre ultramontain de Montpellier, Galéran. (1) Par une note du 16 août 1863, le nonce demanda au gouvernement impérial d'obtenir la démission de Lecourtier. Son

(1) Voir p. 608, n. 2.

« caractère bizarre..., ses manières fières et absolues vis-à-vis de ses diocésains et surtout de son clergé, et son attitude même inconvenante envers le Saint-Siège, sont un sujet de pénible préoccupation pour Sa Sainteté » (D). Ces défauts du caractère de Lecourtier aggravaient en effet les difficultés que ses opinions impérialistes et gallicanes lui suscitaient auprès des ultramontains et des légitimistes de son diocèse. « Comment accueille-t-on à Rome nos demandes de remèdes extraordinaires contre des évêques bien autrement coupables vis-à-vis de nous ? » nota Baroche, en réponse à la demande du nonce. Cependant, comme Lecourtier demandait instamment à quitter Montpellier et que la cour de Rome n’eut pas permis son transfert à un autre siège, Baroche lui fit offrir un canonicat à Saint-Denis. Il refusa et Baroche n’insista pas malgré une nouvelle démarche du pape.

Mais le Saint-Siège disposait d’une nouvelle arme contre Lecourtier. Il avait révoqué un vicaire, Rouet, et l’avait nommé aumônier du noviciat des frères des Écoles chrétiennes, à Fonseranes. Rouet ayant refusé en alléguant l’état de sa santé et en produisant des certificats médicaux, Lecourtier lui retira le droit de dire la messe partout ailleurs qu’à Fonseranes. Rouet fit appel au métropolitain, sans succès, puis à Rome. La congrégation du Concile invita Lecourtier à motivers a sentence, et,sur son refus, donna gain de cause à Rouet. Le Saint-Siège demanda au nOveiement impérial de faire appliquer par Lecourtier la sentence romaine. Baroche répondit que le gouvernement n’avait pas « à se faire l’exécuteur de la sentence d’un tribunal dont il ne saurait reconnaître la compétence sans déroger à des principes d'ordre public ». Il protesta contre les encouragements donnés aux recours au pape « qui tendent à affaiblir l'autorité épiscopale, à briser les liens de la hiérarchie, à désorganiser les diocèses. Les plus chers intérêts de l’Église réclament l’exacte observation de la discipline. Or, il importe qu’on le sache bien à Rome, le mouvement qui entraîne le jeune clergé dans des doctrines hasardeuses a en grande partie pour mobile le désir de s'affranchir de l’autorité de l’évêque, autorité sérieuse, efficace, e& d’y substituer un pouvoir lointain dont l’indulgence nous est assez révélée par l’attitude du clergé qui l’entoure... » (2)

Mais bientôt l'administration des Cultes et l’ambassade

(1) F1° 6.178. Voir aussi F1° 5.829, Rouet ; Correspondance diplomatique, 30 septembre 1863, février, mars, avril 1864.

(2) F1° 5.829, 29 octobre 1863 ; Baroche ajoutait que « ces recours sont ruineux pour les évêques qui veulent faire ‘soutenir avec soin leur sentence devant des juri-

s’accordèrent à constater que Lecourtier s'était mis complètement dans son tort au point de vue du droit commun de l'Église sans avoir pour cela de sérieux motifs. Sartiges tenta de négocier un compromis, mais le pape rendit le 18 avril ses pouvoirs spirituels à Rouet, ce qui obligea Lecourtier à se contenter d’une lettre déférente. Lecourtier, mécontent du gouvernement qu’il accusait de l’avoir mal défendu, déçu de ne pas obtenir la sénatorerie ou le transfert qu'il sollicitait, fut bientôt en presque aussi mauvais termes avec l'administration qu'avec son clergé, eb avec le gouvernement impérial qu'avec la cour de Rome. Son caractère difficile, aigri par ses déboires, ne cessa de susciter des difficultés dans le diocèse de Montpellier (1). Il devenait difficile au gouvernement de trouver des gallicans assez résolus pour le seconder franchement dans ses conflits avec la cour de Rome, et assez pondérés pour ne pas lui susciter plus d’embarras qu'ils ne lui rendaient de services.

Au cours de la négociation, Baroche avait protesté contre la sommation faite à Lecourtier de motiver le déplacement qu'il avait infligé à Rouet. Il tenait à maintenir le droit absolu de l’évêque à déplacer les desservants et les vicaires (2). Peu après, il revint sur cette question, le Monde ayant annoncé qu’elle était. étudiée à Rome. Il déclara que le Saint-Siège ne pouvait modifier sans le. concours du gouvernement français le Concordat qui réservait l’inamovibilité aux curés : « Nous ne saurions laisser, étendre ce privilège aux desservants dont la nomination n’est pas soumise à l'agrément du chef de l’État.» (3) Antonelli déclara que l'information du Monde était inexacte. Bien que l’inamovibilité du clergé paroissial fût la règle posée par le Concile de Trente, le Saint-Siège admettait, dans certains cas, qu’elle ne fût pas appliquée, notamment « dans un pays où le clergé est aussi peu nombreux qu’en France, et où les évêques sont obligés de nommer aux

dictions où le moindre vice de forme emporte le fond. Il est tel évêque aujourd’hui qui renonce à prendre des mesures disciplinaires contre un de ses prêtres parce qu’il est hors d'état de faire les dépenses qu’entraînerait éventuellement un recours contre sa sentence .»

(1) En 1866, de nombreux prêtres et fidèles adressèrent des pétitions contre lui au gouvernement. « Il est permis de douter de l'intégrité de sa raison », écrivait le préfet le 2 décembre 1866, et cette opinion paraît avoir été assez répandue. Baroche écrivit le 11 décembre à Leçourtier que le gouvernement l'avait jusqu'alors protégé à grand peine contre le pape, mais que les nouveaux torts qu'il se donnait le rendaient indéfendable. Lecourtier, irrité, commença dès lors à se rapprocher des légitimistes (F:° 6.178).

(2) 19 janvier 1864, F1° 5.829.

(3) 13 mai 1864 ; Mémoires et Documents, volume 116.

cures vacantes les jeunes prêtres au fur et à mesure qu'ils prennent les ordre » (1). Cette déclaration était sincère : l’amovibilité des desservants est une des seules coutumes essentielles de l'Église concordataire à l'abolition de laquelle Pie IX n'ait pas travaillé.

Pour la première fois sous le Second Empire, le gouvernement se trouva amené à intervenir contre les progrès de la liturgie romaine. Elle avait alors triomphé dans tous les diocèses de France sauf 11. Encore 9 (2) de ceux-ci l’avaient-ils a loptée en principe. Le cardinal Mathieu lui-même, après une longue résistance, avait accepté à la fin de 1862 d'établir dans son diocèse la liturgie imposée par Rome (3). Seuls Lyon et Belley restaient fidèles à la liturgie lyonnaise, très particulière et très ancienne. Le triomphe de l’unité liturgique était donc proche. Le Saint- Siège et les ultramontains étaient d'autant plus désireux de le compléter. « Je suis frappé, écrivait Sartiges, du travail d'assimilation qui se poursuit ici des églises de la catholicité toute entière au rite, à la liturgie, aux coutumes, à l'habillement sacerdotal de Rome (4). Ces formes ont pris une telle importance dans l’esprit du Saint Père que Sa Sainteté en est arrivée à faire des. représentations aux membres du clergé qui se présentent devant lui avec le rabat porté dans le costume ecclésiastique français.» (5)

Les deux prélats qui n'avaient pas encore adopté la liturgie romaine, et ceux qui, comme Darboy et Dupanloup, en ajournaient indéfiniment l’adoption bien qu’elle fût décidée en principe, étaient, de la part du Saint-Siège et des ultramontains, l’objet d’une vive pression (6). Le cardinal de Bonald, affaibli par l’âge, cédant à l'influence de son neveu et vicaire général, de Serre, et à celle des Jésuites de Lyon, annonça à la fin de 1865 l'intention de rétablir la liturgie romaine. Il autorisa cependant la

(1) 20 mai 1864, Sartiges à Drouyn de Lhuys, Mémoires et Documents, volume 116.

(2) Besançon, Chartres, Clermont, Grenoble, Orléans, Pamiers, Paris, Tulle, Verdun. Dijon adopta la liturgie romaine en avril 1864.

(3) Il avait d’ailleurs obtenu du Saint-Siège d'importantes concessions dans l’élaboration du propre.

(4) Le 6 juillet 1863, Baroche avait pris un décret régla nt le costume des chanoines du second ordre de Saint-Denis. La cour de Rome protesta contre ce qu’elle considérait comme un empiètement du pouvoir civil. Voir T. Delord : Hisloire du Second Empire, t. IV.

(5) 23 janvier 1864, Correspondance diplomatique. | |

(6) Debeauvais écrivait le 22 janvier 1864 à Dupanloup : « La liturgie romaine serre chaque jour dans un cercle plus étroit la liturgie gallicang. On ne compte plus que trois diocèses hélérodozes (sic), Lyon, Paris et Orléans, ce qui, entre nous, relève peu les ordinaires dans l'esprit et l’estime des orthodoes. On en parle même assez mal, en particulier à la nonciature et dans certains clubs purs et pieux. Mais on espère

rédaction d’une supplique pour le maintien de la liturgie Iyonnaise. Sur 1.463 prêtres du diocèse, 1.420 la signèrent (1). Cinq curés de Lyon, de Saint-Étienne et de Montbrison la portèrent à Rome où Bonald se trouvait déjà. « Ces messieurs, écrivit à Baroche le préfet du Rhône, désireraient se placer sous la protection de l'ambassade française et se présenter sous ses auspices au Vatican. » (2) Baroche fit donner à Sartiges des instructions à cet effet. Arrivés à Rome le 23 janvier, les curés, décidés à n’user «qu'avec la plus grande réserve » du concours de l’ambassadeur qui les aurait compromis, évitèrent de le voir et se bornèrent à lui écrire. Sartiges intervint en leur faveur auprès d’Antonelli. Ils ne purent d’abord obtenir une audience du pape. Puis Bonatd la leur fit accorder, à condition qu'il serait présent, porterait seul la parole et que l’adresse ne serait pas remise. Les curés durent accepter. Bonald, présent avec de Serre, les empêcha de parler à Pie IX. Celui-ci les blâma de leur démarche, et d’avoir mêlé le gouvernement impérial à cette question purement religieuse. Il leur annonça que la liturgie lyonnaise ne subirait que quelques retouches, mais que le bréviaire et le missel romains seraient progressivement introduits à Lyon (4 février). Ils remirent en partant leur supplique à Antonelli et quittèrent Rome (3). Ils avaient été blessés de la malveillance qu'ils avaient rencontrée au Vatican, sauf auprès d’Antonelli. Un cardinal italien avait dit à Bonald, qui le leur répéta : « Il est temps que cette église de Lyon expie son ancienne gloire par un peu d’humiliation. »

Bonald, dans une circulaire à son clergé que publièrent les journaux locaux et le Monde (14 février), rendit compte des paroles adressées par le pape aux curés. Le clergé lyonnais fut

triompher et sauver enfin l’Église de ses ennemis du dehors et du dedans. Nous avions déjà l’autre jour, une consolation dans la dignité, l'indépendance et la fierté du discours de S. Em. le cardinal de Bonnechose qui a, en effet, déjà établi trois fois la liturgie romaine à Carcassonne, à Évreux et à Rouen. Je suis même sûr qu’on trouverait chez les purs plus d’un exemple pareil. » (AB XIX 525), voir p. 686. <

(1) Sur ce conflit, voir surtout la Correspondance diplomatique (janvier-avril 1864) et F1°5.435, Voir aussi F1° 5.434 et F1° 5.821 (Valin et Richard). Parmi les très nombreuses brochures publiées sur cette question, beaucoup sont à Fi° 5.435. Voir surtout le Compte rendu de la députation envoyée à Rome par le clergé du diocèse de Lyon 1864, in-8°,

(2) 12 janvier 1864, F1° 5.435.

(3) L'un d’eux, Vincent, malade lors de l’audience resta à Rome, et vit le pape le 11 février. [I lui déclara, d’après le Compte rendu de la députation… que l’intervention du gouvernement n'avait pas été sollicitée par le clergé lyonnais. Il est difficile de savoir dans quelle mesure le préfet du Rhône, en la demandant, avait agi de sa propre initiative ou à la demande des curés. En tout cas, Vincent persista, malgré les ordres qui lui furent donnés, à tenir Sartiges au courant de ses démarches.

irrité de leur sévérité. Le gouvernement impérial se plaignit au Saint-Siège de la protestation formulée par le pape contre son intervention, justifiée par le trouble que causait la question Bturgique dans les trois départements du Rhône, de la Loire et, de l'Ain. Antonelli répondit à Sartiges que le pape l’avait chargé d'exprimer à Bonald le mécontentement que lui avait causé la publication des paroles qu’il avait confidentiellement adressées aux curés (23 février). Une note du Moniteur (28 février) fit connaître le blâme infligé à Bonald par le pape, et laissa entendre que Pie IX n’avait pas protesté contre l'intervention du gouvernement impérial. Bonald opposa à cette note un démenti public (9-11 mars). Sartiges apprit en effet qu'Antonelli, après lui avoir annoncé le 23 février qu’il transmettrait le jour même à Bonald le blâme du pape, ne l’avait fait que le 8 mars, et par personnes interposées. Le Moniteur du 22 mars annonça que ce blâme, pour avoir été retardé, n’en avait pas moins été infligé. Get incident irrita le gouvernement et le mêla plus étroitement au conflit.

Pie IX imposa la solution qu'il avait annoncée le 4 février aux curés lyonnais par un bref du 17 mars au cardinal de Bonald : (Nous vous avons excité de tout notre pouvoir à suivre le bel exemple de presque tous les sacrés et très illustres évêques de France », écrivait-il. Mais il marquait nettement qu’en matière de liturgie, le Saint-Siège ne se bornait pas à conseiller les évêques et décidait souverainement. « Nous voulons, ordonnons et mandons que. le missel et le bréviaire romains soient introduits graduellement dans le diocèse de Lyon. » En outre, la liturgie lyonnaise, «infectée » par les modifications qu’y avait introduites un archevêque janséniste, Montazet, serait corrigée conformément aux décisions prises par la congrégation des Rites. Cet ordre mettrait fin à l'opposition « de quelques curés lyonnais » dont la «conduite condamnable » avait été pour l’Église « un sujet de scandale ». Ce bref, sur l’ordre du pape, fut communiqué au clergé lyonnais par une circulaire du cardinal de Bonald (24 mars) et publié dans le Monde (7 avril) (1). Le gouvernement s’efforça de restremdre cette publicité qui était illégale, le bref n'ayant pas encore été soumis au Conseil d'État. Baroche écrivit le 10 avril au procureur général de Lyon, Gaulot : « Le gouvernement à pu quelquefois

(1) Les « Lettres de Sophronius », pamphlets gallicans sur la liturgie lyonnaise, déjà condamnés par l’évêque de Versailles, Mabile, furent mises à l’Index en mars. Leur auteur, un prêtre versaillais, Bertrand, se soumit, puis en publia de nouvelles. 11 fub interdit par Mabile (octobre) et se soumit de nouveau. (F1? 5.435.)

user de tolérance, et, à mon sens, il a eu tort. Mais aujourd’hui, l'abus est devenu si grave qu’il importe essentiellement de faire respecter une des lois fondamentales du pays, et, en même temps, une des plus anciennes règles de l’Église de France. » (1) Pendant quelques semaines, le gouvernement espéra que le pape, inquiet des conséquences de son bref du 17 mars, le modifierait, mais il n’en fit rien, malgré les conseils d’une partie de son entourage. Sartiges obtint le 30 avril l’ampliation du bref qui lui avait été refusée jusqu'alors, le Saint-Siège ne voulant pas soumettre un acte d’ordre spirituel à un gouvernement laïque. Le 13 mai, le gouvernement déclara que la publication en était interdite. Baroche en donna deux raisons à Bonald : « Les anciennes règles de l'Église que notre législation consacre et maintient sous la dénomination générale de canons reçus en France attribuent aux évêques le droit de régler tout ce qu’on désigne habituellement par le mot de liurgie et nos prélats n’ont pas cessé, Jusqu'à ces derniers temps, d’exercer cette importante prérogative. Or en autorisant par décret la publication d’un bref dans lequel la chancellerie romaine se substitue sur ce point à l’autorité épiscopale et impose directement à un diocèse de l'Église de France un changement de liturgie, le gouvernement sanctionnerait, autant qu'il est en lui, la négation du droit épiscopal et l’affaiblissement d’un pouvoir que les intérêts de la société aussi bien que ceux de l’Église elle-même lui commandent de faire respecter. » En outre le gouvernement refusait de «s'associer » aux « reproches amers » que faisait le pape au clergé de Lyon (2). Les doctrines gallicanes avaient rarement été soutenues par le gouvernement impérial avec une pareille netteté. Bonald parut s’inchiner devant la décision du gouvernement et obtint de Gaulot la cessation des polémiques. Mais, sous la pression des ultramontains dont il subissait de plus en plus l’ascendant 1l chercha cependant à faire exécuter les ordres du pape. Il approuva une brochure, « Les vrais principes sur la queslion lilurgique », où le Concordat et les Articles Organiques étaient vivement attaqués et qui fut saisie dès sa publication (juillet) (3). Il tenta vainement à plusieurs reprises de faire signer à ses prêtres une adresse d'adhésion au bref du 17 mars (juim-décembre). Il nomma à une des principales cures de Lyon

(2) 12 mai 1864, F1° 5.435.

un prêtre dont le seul titre était de n’avoir pas signé la pétition pour le maintien de la liturgie lyonnaise ; il révoqua et força à se rétracter un desservant qui avait publiquement attaqué la liturgie romaine (1). Cette pression sur les prêtres étant peu efticace, il imposa aux séminaristes à qui il conférait les ordres l’adoption du bréviaire et du missel romains. Il nomma une commission chargée de mettre au point le propre de la Hturgie lyonnaise corrigée suivant les ordres de Rome.

Mais ici, le gouvernement disposait d’une arme efficace. Il interdit aux imprimeurs de publier les livres nécessaires à l’application de la liturgie romano-lyonnaise (2). Il fut soutenu par les conseils de fabrique, qui, tant par attachement à la liturgie lyonnaise que par esprit d'économie, ne voulaient pas payer les nouveaux livres hturgiques. La résistance dura cinq ans (3). C’est seulement en 1869 que les nouveaux livres liturgiques furent pubhés et rendus obligatoires dans les couvents et les séminaires (16 mai) (4). A cette date, la plupart des jeunes prêtres avaient déjà adopté le bréviaire et le missel romains. Le diocèse de Belley, comme celui de Lyon, revint progressivement à la liturgie romaine.

Baroche eut encore à défendre l’autorité épiscopale, en la personne de Sola, évêque de Nice, très mal vu du Saint-Siège pour ses bons rapports avec le gouvernement italien. Sola se rendit à Rome en décembre 1863, pour tenter de mettre fin aux difficultés que lui suscitait la cour de Rome, soit en lui refusant les dispenses que, comme tous les évêques, il avait à solliciter, soit en soutenant les prêtres révoltés contre lui (5). Il échoua, et le conflit reprit en 1864 sur l’organisation du chapitre (6). Le statut des chapitres français avait été fixé le 9 avril 1802 par un décret du cardinal Caprara, publié par arrêté du 29 germinal an X. Ce statut établissait des chapitres de huit membres, et permettait aux évêques d’en modifier l’organisation avec l’assentiment du gouvernement et après avoir pris l’avis de leur cha-

(x) F9 5.821 : Valin.

(2) Au contraire le bréviaire et le missel romains, étant usités sans aucune modification dans tous les diocèses qui avaient adopté la liturgie romaine, se trouvaient dans le commerce.

(3) Bonald cependant tint compte des ordres de Rome dans la rédaction des « Ordo » du diocèse, qui prescrivaient chaque année l’ordre des offices.

(4) Is devinrent obligatoires dans tout le diocèse eñ 1875. (5) F1° 2.466 ; Correspondance diplomatique, 20 décembre 1863. (6) Mémoires et Documents, volume 117. Correspondance diplomatique,

6 août, 1864; F195. 834. (N. D. de Laghet, Deleuse.) ; F1°5,605 ; Fte [IT Alpes-Maritimes 2.

pitre. Pendant la période où Nice était rattachée au Piémont, furent créés, outre les huit canonicats rétribués par l’État, treize canonicats prébendés, fondés par des particuliers, et dont certains titulaires étaient appelés aux canonicats d'État lorsque ceux-ci devenaient vacants. Nice se trouvant de nouveau sous le régime concordataire, sous tatut capitulaire était illégal ; en outre, les chanoines prébendés étaient hostiles à Sola. Il les sacrifia donc, et, contre l’avis de son chapitre où ils formaient la majorité, il revint au statut français par décision du 22 avril 1864, que le Conseil d'État entérina le 28 mai. Les chanoines adressèrent une protestation au pape dont le nonce leur transmit le 19 mai les félicitations : « Sa Sainteté engage le corps capitulaire à tenir ferme, afin que les statuts actuels ne soient point changés sans le concours de l’autorité légitime, » (1) Cette lettre, notifiée à Sola par le doyen du chapitre, fut communiquée au gouvernement impérial qui reprocha vivement au Saint-Siège cet appui donné à un chapitre en révolte contre son évêque et contre le pouvoir civil, et, plus encore, l’immixtion du nonce dans les affaires de l’Église de France. Le gouvernement français, fidèle à l’ancien droit gallican résumé par le second des Articles Organiques avait toujours maintenu, en principe, sinon en fait, que le nonce devait se renfermer strictement dans ses fonctions politiques d’ambassadeur, et ne jamais entrer en relations avec le clergé français. À plusieurs reprises, notamment en 1823 et 1850, il avait obtenu que le Saint-Siège blamât son représentant pour avoir enfreint cette règle (2).

L'intervention de Sartiges fit ressortir l’opposition des principes français et romains sur ce point. Antonelli déclara qu’en « ce qui concerne le nonce. la cour de Rome n’a jamais admis qu’il n’aurait que le caractère d’ambassadeur, et qu'il serait en conséquence privé du droit d'entretenir des rapports directs avec l’épiscopat français ; qu'elle à toujours soutenu le principe

Lu

(1) Mémoires et Documents, volume 117.

(2) Déjà en mai 1864, Baroche s'était plaint des fonctions religieuses que le pape conférait parfois au nonce. Chigi avait notamment été chargé, en qualité de délégat du pape, d'installer Darboy comme primicier du chapitre de Saint-Denis, et Buquet comme chanoine évêque. Le gouvernement impérial avait éludé la difficulté en distinguant « Sa Grandeur l'archevêque de Myre, de Son Excellence le nonce apostolique », mais il aurait de beaucoup préféré que le délégat du pape en pareille circonstance fût un prélat français. De plus, les bulles ou brefs qu’il s'agissait d'exécuter avaient été enregistrés par le Conseil d’État en vertu des Articles Organiques. Le ministre des Cultes tenait à mentionner cet enregistrement ; le nonce voulait l’ignorer,

de sorte qu’il fallait avoir recours à des subterfuges pour éviter des conflits. (Mémoires et Documents, volume 117 ; F:° 1.924.)

contraire, attendu que les affaires politiques n'étant à ses yeux que très secondaires aux questions religieuses, si la faculté de s’en occuper était retirée aux nonces, elle verrait à peine la nécessité d'entretenir des ambassadeurs auprès des cours européennes. que vis-à-vis de la France, vu la divergence d'appréciation sur la valeur des Articles Organiques, la cour de Rome, sans toutefois abdiquer le principe et simplement par esprit de conciliation, avait en général pris le parti de faire spécialement remettre au gouvernement français copie des documents que le nonce était chargé de communiquer aux évêques ». Antonelli exprima seulement, et avec beaucoup de réserves, le regret que Chigi n’eût pas informé le gouvernement impérial de l'affaire de Nice. « Le Saint Père..., ajoutait Sartiges, m'a parlé dans les termes les plus aigres de Mgr Sola et c’est sur l’ordre direct de Sa Sainteté que Mgr Chigi est intervenu... c’est, suivant moi, parce quele papeest personnellement engagé dans l'affaire que son gouvernement éprouve cet embarras à prononcer un blâme comme il l’a fait dans des circonstances qu'il prétend, sans grande apparence de” raison, ne pas être identiques à celle-ci. » (1)

Quant au chapitre de Nice, le gouvernement pontifical déclara que son statut n’aurait pas dû être modifié sans le concours du Saint-Siège, d'autant plus que le régime français, auquel il avait été ramené n’était pas conforme aux canons. C'était un nouvel exemple de la politique suivie depuis 1852 par le Saint-Siège. Comme le régime ecclésiastique français était, sur un grand nombre de points, contraire au droit commun de l'Église, les évêques français étaient amenés à enfreimdre presque constamment les prescriptions de celui-ci. Le Saint-Siège tolérait ces irrégularités de la part des évêques qui lui étaient dociles, mais les condamnait lorsqu'elles étaient commises par des évêques qui, comme Sola, contrecarraient sa politique. Il disposait ainsi d’un moyen de pression presque irrésistible sur l’épiscopat français PAR

Baroche avait ainsi, sur tous les terrains, défendu énergiquement les principes gallicans (3). En outre, de graves conflits

(1) 2 août 1864, Mémoires et Documents, volume 117. |

(2) La discussion sur le chapitre de Nice se poursuivit pendant plusieurs mois, les deux gouvernements restant sur leurs positions. Sola continua à rencontrer de graves difficultés dans l'administration de son diocèse. En octobre 1866, il confia son petit séminaire aux Lazaristes, mesure destinée à franciser cet établissement el qui fut mal vue du clergé. (F1° III Alpes-Maritimes 1.)

(3) Comme Rouland, il tenait d’ailleurs à étayer sa politique gallicane de mesures favorables au clergé. I1 releva de 100 francs le traitement des desservants âgés de plus de 60 ans (août 1863, août 1864).

s'étaient engagés en 1864 entre Darboy et Pie IX. Le gouverne- . ment les connaissait, mais c’est seulement plus tard qu'il y fut directement mêlé.

D'autre part, le 15 mars 1864, Maret fit savoir à l’empereur que Pie IX préparait une encyclique contre les libertés modernes (1). Drouyn de Lhuys télégraphia le 16 à Sartiges de s'opposer à « ce très regrettable projet ». « Sa Sainteté, écrivit Sartiges, m'a répondu qu’il ne pouvait pas être question pour le Saint-Siège de se prononcer sur les formes constitutionnelles de la liberté politique, que si quelque chose se faisait, ce serait simplement une exposition de principes en ce qui touche la liberté religieuse des consciences dont les représentations variées qui s'établissaient aujourd’hui parmi les catholiques rendraient peutêtre opportune une exposition nouvelle de la doctrine de l'Église. » (2) Sartiges insista à plusieurs reprises auprès d’Antonnelh, et eut l'impression qu’il comprenait le danger d’une pareille encyclique. « Il a ajouté que, quoiqu'il existât toujours un travail sur ces matières, il n’était nullement question pour le moment de le coordonner et de lui donner le jour » (23 avril). La menace parut écartée. Il n’en fut plus question jusqu’en décembre. Au second congrès de Malines, au cours de l’été 1864, Dupanloup et le jésuite Félix soutinrent, avec plus de modération que ne l’avait fait Montalembert en 1863, les idées catholiques libérales.

(1) F1° 1.934 ; Bazin : Vie de Mgr Maret.

(2) 19 mars : Correspondance diplomatique.

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