BB I
(2 (3 (4) Fi 1.937, 1.938.
avait adressées (1). Mais le clergé chercha surtout à susciter des enrôlements dans le corps des volontaires franco-belges, dit des zouaves pontificaux, qui, désorganisé après Castelfidardo, venait d’être reconstitué. Outre le denier de Saint Pierre, il créa l’œuvre des zouaves, par laquelle les diocèses prenaient à leur charge l'entretien d’un certain ñombre de zouaves (2). Comme en 1860, la plupart des volontaires furent des légitimistes de l'Ouest, très hostiles au gouvernement impérial (3). Leur nombre fut d'environ 2.000, y compris les Belges. La légion d'Antibes comptait environ 1.000 hommes, mais beaucoup n'étaient pas de véritables volontaires.
Les mandements épiscopaux et la réorganisation des secours au pape donnèrent au bas clergé l’occasion de manifester son inquiétude et son irritation. Comme en 1860, la mort de Napoléon Ier à Sainte-Hélène, présentée comme une expiation de la persécution dirigée contre Pie VIT, servit de thème à beaucoup de sermons. De nombreux prêtres se servirent, soit de la récente maladie de l’empereur, soit de la nouvelle loi militaire (4) pour inquièter les fidèles. Dans l'Ouest, et dans quelques autres régions le bas clergé, pour la première fois depuis 1861, entreprit une campagne d’agitation (5), annonçant que l'Église allait être persécutée, et qu'une révolution surviendrait par la faute de l’empereur. Dans toute la France, les sermons séditieux furent assez nombreux. Les évêques étaient peu enclins à les réprimer sévèrement. Un modéré, l’évêque de Belley, Langalerie, défendait un de ses prêtres en écrivant au préfet : « On ne peut pas nous empêcher d’être tristes, inquiets, préoccupés, en songeant à l’avenir et en mesurant le peu de chemin qui reste à faire pour arriver à une dernière catastrophe. » Il ajoutait que la révolution s'était perdue par la constitution civile du clergé, et Napoléon Ier par sa lutte contre Pie VIT (6). Cependant, une seule condamna-
(1) BB:° 386, quatrième trimestre 1866. |
(2) D'après l'Univers (127 juin 1867), le diocèse de Cambrai en entretenait 143, Nantes 60, Arras 59, Rennes 32, Tours 28, Laval 23, etc. es Ar
(3) Ils s’abstinrent notamment d'assister à la cérémonie religieuse célébrée à Saint-Jean de Latran, pour l'anniversaire de Napoléon III. (Correspondance diplomatique, 24 avril 1867.) NU: Le
(4) Une pétition contre la nouvelle loi militaire ful organisée peu après par le Journal de Rennes, et recommandée par le clergé. Un prêtre qui l'avait affichée fut condamné à 100 francs d'amende pour avoir apposé sans autorisation une affiche politique. (BB':# 1.749.) Qu
(5) Outre les rapports périodiques des préfets (F?e III) el des procureurs généraux (BB°° 370-388), voir F1° 1.937 ; 5.783, Andrieu; 5.803. Machère ; 5.787, Mathieu. BB:5 1.742, 1.743.
(6) F:° 5.787, Mathieu ; 24 décembre.
tion fut prononcée : un prêtre de l’Ain fut condamné à six mois de prison pour avoir injurié l’empereur et annoncé sa mort prochaine au cours d’une conversation tenue dans une voiture publique (1).
Sauf dans le Maine-et-Loire et la Loire-Inférieure, où les prophéties sinistres du clergé causèrent quelque inquiétude, les populations restèrent calmes : les périls dont le clergé croyait l'Église menacée n'étaient qu'une éventualité trop incertaine pour causer, même dans les régions très catholiques, une grande émotion. Au contraire l'évacuation de Rome, qui coïncidait avec celle du Mexique, fut bien accueillie par l’opinion, lasse des expéditions lointaines et des aventures. Le calme parfait qui se maintint à Rome après l'évacuation acheva de rassurer les populations catholiques. Le clergé lui-même resta inquiet mais cessa de s’agiter. Le pape accepta le plan franco-italien pour la répartition de la dette pontificale
En ouvrant la session le 14 février 1867, l’empereur se félicita de ces résultats, et loua la loyauté du gouvernement italien : « Mais si des conspirations démagogiques cherchaient, dans leur audace, à menacer le pouvoir temporel du Saint-Siège, l’Europe, je n’en doute pas, ne laisserait pas s’accomplir un événement qui jetterait un si grand trouble dans le monde catholique. » Bien que Napoléon IIT eût attribué à l’Europe le rôle que les catholiques lui auraient voulu voir assumer, ce discours fut bien accueilll à Rome. L'adresse venait d’être suprimée, et le droit d’interpellation institué ; c’était la première des réformes libérales annoncées par l’empereur dans sa célèbre lettre du 19 janvier (%. Il n’y eut pas d’interpellation sur la question romaine ; elle ne fut traitée qu'incidemment dans un grand débat où Thiers, à propos de l’Allemagne, attaqua le principe des nationalités. Roubher déclara : « Je considère la protection du pouvoir temporel comme désormais assurée. » (16 mars) (3)
En juillet 1867,le ministre de la Guerre, Niel, préoccupé
(1) N ne fit pas appel et exprima ses regrets à l’audience. Sa peine fut réduite à trois mois de prison. (F:° 5.787, Pernot ; F1e III Ain 6).
(2) Les changements opérés à cette occasion dans le ministère n’intéressaient pas la question romaine. Randon fut remplacé au ministère de la Guerre par Niel, clérical comme lui. Peu après, Schneider remplaça Walewski à la présidence du Corps Législatif.
(3) Dans ce discours, Rouher déclara ne rien regretter de ce qui s’était fait en Italie depuis 1859. Plantier protesta vivement contre cette déclaration. (Clastron : Vie de Mgr Plantier.)
Sur les élections cantonales d’août 1867, voir BB':° 1.754, BB: 385, Poitiers F?° 5.835, d'Alzon ; 5.855, Ploubalay. Le clergé ne joua de rôle actif que dans l'Ouest
des désertions qui désorganisaient la légion d'Antibes alors que Garibaldi annonçait l'intention d'attaquer Rome, chargea un général en activité, Dumont, d’aller sur place étudier la situation. Dumont, très clérical, assista en uniforme à une revue de la légion d'Antibes et la harangua. Le gouvernement italien se plaignit vivement de cette mission. Le Moniteur déclara le Ier août que Dumont n'avait été chargé que d’une mission officieuse, et que le discours qu’on lui attribuait était apocryphe. Peu après (15 août) la Gazette de France publia une lettre adressée par Niel au sujet des désertions au colonel commandant la légion d’Antibes. « Je la confonds, écrivait-il, avec les corps de notre armée pour tout ce qui intéresse son honneur militaire et les nécessités de son organisation. » Le gouvernement italien sut que certains légionnaires n’avaient pas achevé leur service militaire en France, et que le ministère de la Guerre les considérait comme responsables vis-à-vis de lui en cas de désertion. Nigra protesta contre ces pratiques contraires à la convention de septembre et qui tendaient à maintenir, en fait l’occupation française à Rome. Il obtint l’assurance que, désormais, seuls les Français dégagés de toute obligation militaire pourraient prendre du service dans la légion romaine (2 septembre). Le gouvernement impérial reconnaissait ainsi que la pratique jusqu'alors suivie était irrégulière, et que dans son désir d’aider le pape, il s’était écarté, sinon desstipulationslittérales, du moins de l'esprit de la convention de septembre (1).
et dans les pays mixtes : l’Alsace, et surtout le Gard. Il y combattit généralement les candidats officiels. Dans quelques cantons, notamment en Vaucluse, les blancs et les rouges s’allièrent contre l'administration. ur
(1) Correspondance diplomatique. Livre vert italien (Archives diplomatiques 1868, t. I). Origines diplomatiques de la guerre de 1870-1871, t. XVIII.
CHAPITRE XXIII Duruy, l’Instruction Publique et les progrès de l’irréligion