‹ La Politique Ecclésiastique du Second Empire de 1852 à 1869Chapitre 112 sur 150 · PR · texte numérisé non relu

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(2) Voir par contre l'intervention du préfet de l'Hérault en faveur des frères de Clermont l'Hérault en 1864, BB'8 1.702, F17 11.656.

(3) L’évêque de Meaux, Allou, écrivait le 16 janvier 1867 à Baroche : « La direction de l’enseignement me paraît laisser beaucoup à désirer dans le département de Seine-et-Marne. L'autorité s’y montre trop indulgente pour les instituteurs ou institutrices qui ne remplissent pas exactement les devoirs que leur impose le règlement des écoles sous le rapport de l'éducation religieuse el de la surveillance à exercer sur les enfants à l’église pendant les offices. I1 y en a d’ailleurs qui n’y assistent pas avec la régularité et avec le respect dont ils devraient donner l'exemple. Je ne veux pas suspecter les intentions de MM. les inspecteurs, mais il y a un ensemble de faits qui pourrait faire croire qu’ils sont trop disposés à soutenir des instituteurs dont les discours et la conduite peu chrétienne annoncent une grande indifférence en matière de religion. Il y aurait sous ce rapport quelque chose et même beaucoup à faire dans l'intérêt de nos populations et dans celui du gouvernement et de la société. » F?° 5.823 Demougeot. Voir aussi F1? 3.972 Pas-de-Calais (janvier 1868), Vendée (décembre 1861), BB:: 1.730, À 4 4.536.

respect ; l'appui des autorités universitaires et du maire ne suflisait pas toujours à lui assurer une protection effective, de sorte qu'un conflit avec le curé était toujours pour lui un ennui grave qu'il cherchait généralement à éviter.

D'autre part, l’écrasement du parti républicain et la faveur de l’administration avaient livré en 1852 aux partisans du clergé et notamment aux légitimistes, les municipalités d’un très grand nombre de communes où ils étaient en minorité. Ils perdirent peu à peu ces positions à mesure que l'administration s’éloignait d'eux et que, grâce aux progrès des libertés publiques, les populations élisaient des conseil municipaux qui les représentaient plus fidèlement. Cette réaction se fit souvent dans les campagnes en accord avec l’administration. Dans les villes, où elle profita surtout aux républicains, elle entraîna parfois la laïcisation des écoles précédemment confiées aux congrégations, notamment dans le Nord (1) ; en général, elle empêcha seulement les congrégations de faire de nouveaux progrès.

Enfin, alors que les sœurs étaient naguère partout plus populaires que les institutrices laïques, celles-ci, à la fin du Second Empire étaient préférées par les populations dans les régions peu cléricales comme la Côte-d'Or, l’Eure-et-Loir et même la Haute-Savoie. Les anciennes élèves des écoles normales primaires, surtout, étaient reconnues nettement supérieures aux religieuses. 1

Dans ses efforts pour propager l’enseignement congréganiste, le clergé était donc privé d’une grande partie des concours politiques, administratifs et financiers qu'il rencontrait autrefois. Aussi, les conflits scolaires se multiplièrent-ils, alors qu'au début du Second Empire, le clergé imposait le plus souvent sa volonté sans lutte. Il était ainsi amené à faire de plus en plus usage de ses armes spirituelles, auxquelles 1l pouvait naguère se dispenser d’avoir recours. Dans des localités où existait une école congréganiste libre, des curés attaquèrent en chaire l’école laïque et son instituteur, obligèrent les élèves à venir au catéchisme sous la direction des congréganistes ou même leur refusèrent absolument la première communion. Parfois la communion fut refusée, non seulement aux élèves de l’école laïque, mais aux parents de ceux-ci. Duruy se plaignit de ces procédés à Baroche, mais, comme le refus de sacrement ne constituait pas un cas d'abus, Baroche ne pouvait qu'intervenir auprès des évêques, et ceux-ci, presque

(1) Voir aussi F1e III Pyrénées-Orientales 5 (mars 1867).

toujours, soutenaient leurs prêtres. Duruy finit par renoncer à cette méthode. Il écrivit à Baroche le 16 mars 1867:« L’expérience m'a prouvé qu’en pareil cas les plaintes de ce genre n’ont d'autre résultat que de rendre plus difficile la situation des instituteurs. » (1) Dans certaines régions du Massif central, comme l'Aveyron, et surtout dans les bocages de l'Ouest, le gouvernement était donc impuissant à défendre les écoles laïques contre la pression irrésistible du clergé et des grands propriétaires nobles. L’effectif insuffisant des congrégations religieuses restait une des principales sauvegardes de l’enseignement laïque (2). Mais dans les autres régions, l'appui de l’administration et des populations permit à l’enseignement laïque de résister et de progresser.

Le nombre des écoles publiques conquises ou perdues par les congrégations fut très faible ; les nombreuses écoles publiques nouvelles (3) furent l’enjeu principal de la lutte. Un ancien fonctionnaire du ministère de l’Instruction Publique, favorable au clergé, en a résumé les résultats ainsi : « Quant à la pression exercée de 1863 à 1869 pour imposer la direction laïque dans les maisons d'école dépendant des communes, elle éclate dans l’infime mesure des appels faits aux congréganistes pour les écoles de garçons : 103 pour environ 1.900 établissements nouveaux soit » % au lieu de 47 % pendant la période 1850-1863. Les associations religieuses de femmes... reçurent 33 % des

(1) F1° 5.851 (Campel).

(2) Le clergé chercha à y remédier. L'article 25 de la loi du 15 mars 1850 autorisait tout ministre d’un culte reconnu à diriger une école primaire. Dupanloup, par circulaire du 29 janvier 1865, chercha à en tirer parti. Citant le mot de Thiers en 1850 : « Si l’on veut que ce pays-ci se tire d'affaire, il faut que l’école soit faite dans la sacristie », il incitait tous ses prêtres à créer une école libre. « La chose me paraît tellement importante que, dans le cas où elle ne pourrait pas réussir par les moyens ordinaires, si vous avez vous-même le goût, le temps et la force de faire l’école, bien qu’il soit très laborieux de cumuler les fonctions de curé et d’instituteur, je n’hésiterais pas à vous y autoriser, à vous y exhorter, » Mais ni dans le diocèse d'Orléans, ni dans le reste de la France les curés et desservants n’acceptèrent de se faire instituteurs. Le 13 janvier 1864 Baroche écrivait à Duruy qui redoutait ce danger qu'ils en seraient délournés par «une question de dignité ».

Par contre, dans quelques départements, el surtout en Ille-et-Vilaine, quelques vicaires ouvrirent des écoles ; souvent d’ailleurs ils ne les dirigeaient que nominalement et faisaient faire la classe par des maîtres sans brevets. Duruy demanda à Baroche de leur supprimer leur traitement, mais il n’obtint pas toujours satisfaction, car, si Baroche était assez favorable à l’enseignement laïque, ses collaborateurs et surtout Hamille blâmaient l’ardeur de l'administration universitaire et désiraient éviler d'entrer en conflit avec les évêques sur des questions scolaires. Les vicaires instituteurs restèrent d’ailleurs peu nombreux. Ce ne fut jamais qu'un expédient qui permettait au clergé d'attendre qu’il y eût des frères disponibles. F1? 3,972.

(3) Voir $ 3.

nouvelles écoles contre 60 % de 1850 à 1863. Le contraste est ici d'autant plus saisissant É de 1859 à 1862, le changement d'orientation de la politique impériale avait fait déjà prendre une attitude beaucoup moins favorable aux frères et aux sœurs. » (1)

Cet arrêt de leur expansion dans l’enseignement primaire public fut très sensible aux congrégations, car elles ne pouvaient trouver dans l’enseignement libre qu’une compensation insignifiante : elles ne purent créer qu’un très petit nombre d'écoles libres, celles-ci faisant très difficilement leurs frais. De 1863 à 1867, l'effectif total des écoles congréganistes diminua très légèrement pour les garçons tandis que celui des écoles laïques s’accroissait. Par contre, pour les filles, l'effectif total des écoles congréganistes continua à s’accroitre plus rapidement que celui des écoles laïques. Cette évolution, faussée dans les premières années de l'Empire par les avantages exceptionnels dont bénéficiaient les congrégations, correspondait bien au sentiment populaire général tel qu'il avait toujours été : sympathique aux sœurs, défavorable aux frères (2).

Dans les régions où le français n’était pas la langue usuelle, Duruy chercha à le propager et se heurta à la résistance du clergé : en Bretagne, dans le pays basque (3), en Flandre, en

(1) G. Des Cilleuls. Histoire de l'enseignement primaire libre en France.

@) PRE Pipe ne Écoles libres Garçons Filles congréganistes

Congréganistes Laïques Congréganistes Laïques Garcons Filles

18507 1.227 33.201 5.237 4.17 399 3.449 BG TEE 3.038 35.348 8.061 5.998 536 5.771 TEGTEERE 3.084 35.774 8.530 6.569 655 6.036 Nombre total des élèves des écoles de garçons (publiques et libres) Total général Écoles congréganistes Écoles laïques Flat inox 1.793.667 271.295 1.522:372 PAG rs mb 2.265.756 495.655 1.770.101 TE Roots 2.343.781 4)1.480 1.852.301 Nombre total des élèves des écoles de filles (publiques et libres) Total général Écoles congréganistes Écoles laïques LE oo c 1.528.756 682.501 846.255 ES RE otteon ve 2.070.612 1.115.019 955.593:

(3) F17 7.504. Basses-P yrénées, 32 trimestre 1865 : « On remarque avec peine que le clergé continue à enseigner le catéchisme en basque ce qui nuit à la propagation de

Alsace, et en Lorraine allemande, le clergé enseignait le catéchisme dans l’idiome local et exigeait queles instituteurs en fissent également usage pour l'instruction religieuse. Duruy, dans une lettre du 25 août 1866 à Baroche, reprocha cette exigence aux curés flamands (1) et déclara que les règlements obligeaient les instituteurs à donner en français toutes leurs leçons, y compris l’enseignement religieux. Il signala l'hostilité de certains prêtres contre la langue anoie : UGes ecclésiastiques se font un cas de conscience de combattre le français comme la langue de l’impiété : « Notre langue flamande, dit l’un deux, est un préser- « vatif contre les lectures dangereuses et une sauvegarde contre « Pesprit d’indifférence en matière de religion. » Comme le gouvernement, Régnier devait «souhaiter que les enfants deson diocèse, au lieu de rester étrangers à la grande famille française, voient s'ouvrir devant eux toutes les carrières dont leur ignorance leur ferme l’accès. Il est triste de penser qu'une partie du Nord de la France se trouve encore, par le langage, en dehors du mouvement qui nous entraîne vers le progrès. » Duruy demandait que Régnier dissuadât ses prêtres de chercher à imposer le flamand comme langue de l'instruction religieuse dans les écoles publiques, et les engageñt à favoriser eux-mêmes les progrès du français.

Régnier, au contraire, maintint qu’il appartenait au clergé de décider en quelle langue serait donnée l'instruction religieuse dans les écoles primaires. « Il est de toute nécessité que cet enseignement élémentaire soit donné à l’école dans la langue qui doit le continuer et le développer à l’église. Le catéchisme doit donc être flamand dans toutes les paroisses où la prédication se fait en flamand.» Le catéchisme pouvait de plus être appris dans les deux langues par les enfants qui en étaient capables ; Régnier avait fait imprimer à cette fin, en 1863, une édition du catéchisme flamand avec le français en regard. Il s'était assuré qu’en Alsace et en Bretagne, comme en Flandre, l’enseignement religieux était donné par les instituteurs dans l’idiome local, L’administration avait fait dans le Finistère une tentative pour modifier ce régime eb y avait renoncé sur les observations de l’évêque (2).

l'usage du français. » Duruy a noté : « Relever les points du territoire où le clergé exige le catéchisme en patois ou en langue étrangère, afin que j'en écrive aux évêques par le garde des Sceaux. »

(1) F1° 5.798, Hazebrouck ; Destombes : Vie du cardinal Régnier.

(2) Téphany : Vie de Mgr Sergent. « Bien qu’il ne parlât pas le breton, il ne négligea rien pour le maintenir et le développer dans son diocèse. »

Régnier comptait donc qu’il serait également maintenu en Flandre. « En fait, ajoutait-il, il est vrai que MM. les curés de la Flandre, comme ceux de la Bretagne et ceux de l’Alsace, regrettent en général et à bon droit que la langue française soit devenue, par l’abus malheureux qu’en fait la mauvaise presse, un moyen de propagande aussi irréligieuse qu'immorale », mais il contestait que leur opposition au français fût systématique (23 octobre). Duruy déclara que, «la question étant l’objet d’une étude spéciale», il n'avait « quant à présent aucune observation à faire au sujet de la lettre de Monseigneur de Cambrai. » Il semble avoir renoncé à interdire rigoureusement l'usage du patois dans les écoles publiques.

La question des langues ne continua à être débattue que dans l'Est, où il ne s'agissait pas seulement de l’instruction religieuse, mais de l’enseignement primaire tout entier, qui longtemps y avait surtout été donné en allemand (1). L’administration universitaire cherchait, depuis 1852, et plus encore depuis 1860, à y faire au français une part aussi large que possible. Le résultat de ses efforts dépendit en grande partie des évêques.

À Strasbourg, Raess, de culture germanique, partageait la prédilection de son clergé pour l’allemand. L’instruction religieuse était donnée tout entière en allemand, l’enseignement primaire dans les deux langues, mais surtout en allemand. La campagne contre l’enseignement français, menée notamment dans deux hebdomadaires dirigés par des prêtres, le Hausfreund et le Volksfreund, se développa surtout à partir de 1867, sous la direction d’un curé de Strasbourg, Cazeaux, quin’était d’ailleurs pas alsacien. Il publia en février et en mars 1867, des articles où il prenait la défense de l’allemand et se déclarait partisan du bilinguisme (2). Au contraire un député alsacien, Hallez Claparède (3) se prononça au Corps Législatif, le 9 mars 1867, pour la diffusion rapide du français en Alsace. Duruy: déclara qu'il en était partisan, mais qu’elle rencontrerait de sérieux obstacles et que d’ailleurs l'administration ne voulait pas extirper l’allemand. L'empereur, qui savait bien l'allemand, prononcça

(1) Fi78.891, F1° 1.949, G. May : La lutte pour le français en Lorraine avant 1870, Paul Lévy : Histoire linguistique d'Alsace et de Lorraine.

(2) Ces articles parurent dans le Courrier du Bas-Rhin, protestant, Les pasteurs étaient encore plus favorables que les curés à l'allemand. Cazeaux réunit ces articles dans une brochure dédiée à Raess : Essai sur la conservation de la langue allemande.

(3) Il avait été élu en 1864, grâce à l'appui du clergé, qui se prononça au contraire contre sa candidature en 1869.

à Strasbourg en août 1867 un discours favorable au bilinguisme. Les partisans de la « Muttersprache » exploitèrent ces déclarations de l’empereur et de Duruy. Les résultats de l’enseignement bilingue étaient diversement appréciés. Cazeaux trouvait les progrès du français trop rapides et déclarait en 1869 : « Dans un avenir très prochain la langue allemande se trouvera, de fait, classée parmi les langues vivantes étrangères. » (1) L'inspecteur d'académie de la Moselle, Hanriot, trouvait au contraire qu’on faisait dans les écoles d'Alsace trop peu de place au français : «.… Avec ce programme, on arrive, tout simplement, à ce que les enfants au sortir de l’école parlent non pas le français, mais l'allemand » (2). Les progrès du français paraissent avoir été lents mais réels.

Dans la Meurthe, le français triompha complètement grâce au concours que Darboy, puis Lavigerie prêtèrent à l'autorité académique. Ils obligèrent les sœurs, qui naguère savaient surtout l'allemand, à apprendre et à enseigner le français. Ils brisèrent la résistance des prêtres hostiles à la propagation du français. Les instituteurs ne se servirent de l’allemand que pour faciliter l’enseignement du français.

C’est dans la Moselle que le conflit fut le plus vif. L’évêque, Dupont des Loges, favorable au français, ne voulait pas contrarier son clergé, attaché à l’allemand. L'administration, surtout depuis 1852, s'était « attachée à déraciner autant que possible chez les enfants... le patois allemand, seule langue transmise par les familles » (3). Elle combattait également l’enseignement de l'allemand littéraire, qui, très différent du patois, ne pouvait être considéré comme la langue maternelle des habitants. Après de nombreux conflits, le conseil départemental de l’Instruction Publique établit en mars 1865 un programme qui fut accepté par Dupont des Loges. L’allemand était admis, mais seulement comme moyen d'enseigner le français ; l’instruction religieuse devait être donnée en allemand mais aussi, autant que possible, en français. Cet accord fut souvent violé des deux côtés : les inspecteurs de Thionville et de Sarreguemines cherchèrent à supprimer complètement l’allemand, même pour l'instruction religieuse ; les curés refusèrent d’ adme tbre à la première communion les enfants qui ne savaient le catéchisme qu’en français.

(1) 20 juin 1869, Lettre publique aux députés alsaciens. Voir aussi, 20 septembre 1868, Lettre à M. le préfet du Bas-Rhin.

(2) 5 avril 1869, Hanriot à Charles Robert, F1? 8891.

(3) F1° 1.949, 1er août 1867. Rapport du préfet Odent.

Les populations désiraient la diffusion du français. La municipalité de Malling, notamment, appuyée par le député Stephen Liégeard (1),se plaignit deson desservant, qui refusait la première communion aux enfants parce qu’ils ne savaient que le français. Dupont des Loges, interrogé par Baroche, répondit que les habitants de Malling avaient eu tort de ne faire apprendre que le français à leurs enfants. « Je n’ai pu qu'approuver M. le desservant de Malling de sa résistance à une pareille prétention. Il: ne faut pas oublier que, pour les pauvres enfants qui n’entendent parler dans leur famille que la langue allemande, le français est une langue savante. Ce qu'ils peuvent apprendre de cette dernière langue dans les écoles jusqu’à l’âge de la première communion est tout à fait insuffisant à servir d’instrument au prêtre pour leur expliquer et leur apprendre les éléments de la doctrine chrétienne. » (2) Cette interprétation du programme de 1865 eût abouti à consolider indéfiniment l’enseignement de l’allemand. Pour l’administration, il n’était au contraire qu’un moyen de franciser progressivement l’enseignement primaire et l'instruction religieuse : le conflit était irréductible.

IT. — L’'Instruction Publique et la libre pensée devant les Chambres

En 1865, diverses questions relatives à la liberté des cultes et à la liberté de conscience furent débattues au Sénat et au Corps Législatif. La majorité conservatrice des Chambres, inquiétée par le mouvement révolutionnaire, se montra très favorable au clergé (3). Le 15 juin 1865, le Sénat discuta une pétition qui demandait que les prêtres catholiques sortis de l’Église fussent autorisés à se marier s'ils changeaient de religion.

(1) Stephen Liégeard, élu en février 1867, avait été vivement combattu par le clergé (F1e III Moselle 9.)

(2) 14 octobre 1867, F1° 1,949. Dupont des Loges ajoutait : « On affecte de n’enseigner aux enfants, ni la lecture allemande, ni le catéchisme allemand, les deux seules choses que je demande et qui ont été prescrites dans tous les règlements. » Il réclamait pour le clergé seul, le droit de décider en quelle langue serait donnée l'instruction religieuse.

(3) Bien que le gouvernement augmentât progressivement le budget des Cultes, chaque année, des députés demandaient et souvent obtenaient des relèvements de crédits, surtout pour les édifices paroissiaux, pour la création de nouvelles succursales et de nouveaux vicariats, On peut remarquer que tous ces amendements déposés par des députés élus intéressaient le bas clergé, tandis que l’épiscopat avait été le principal bénéficiaire des augmentations qui avaient été apportées au budget des Cultes sous l’Empire autoritaire. Voir Versement de la Chambre : 437, 445, 446, 451, 458, 471 ; Corps Législatif, 13 juin 1866, 12 juillet 1867.

La jurisprudence qui les en empéchait avait été rompue par un Jugement du tribunal de Périgueux rendu à la suite d’une plaidoirie retentissante de Jules Favre (8 février-31 juillet 1862) (1) et dont l’impératrice s'était inquiétée (2). Le pétitionnaire avait exclu les libres penseurs du bénéfice de la mesure qu’il proposait. Malgré cette précaution, qui prouve que l’on savait combien l'irréligion était mal vue au Sénat, la pétition fut rejetée à l’unanimité.

La question du repos obligatoire les dimanches et jours de fête fut de nouveau posée. Sur la plainte de plusieurs habitants de Sainte-Foy (Gironde), le commissaire de police dressa procès verbal en vertu de la loi du 18 novembre 1814 à un protestant nommé Paris qui chargeait des planches le jour de la Toussaint (novembre 1865). Le commissaire fut blâmé par ses chefs pour cet excès de zèle et dut démissionner. Mais les magistrats, bien que trouvant les poursuites inopportunes, ne purent les arrêter : Paris fut condamné à un franc d'amende et la sentence fut confirmée en appel et en cassation (3) (20 avril 1866). Baroche regretta cet incident qui fut exploité par la presse républicaine. Ernest Picard profita de la discussion du budget des Cultes pour signaler ce jugement contraire aux déclarations par lesquelles le gouvernement avait maintes fois affirmé qu’il observait en pareille matière les prescriptions del’Église, mais ne voulait pas les faire appliquer de force. Rouher répondit que le gouvernement n’abrogerait pas la loi de 1814, mais l’appliquerait avec beaucoup de mesure. Picard riposta que c'était le régime de l'arbitraire. Le 26 juin, le Sénat délibérant sur des pétitions demandant l’une l’abrogation, l’autre l'application stricte de la loi de 1814, décida comme le Corps Législatif de s’en remettre au gouvernement (4). Celui-ci ne pouvait ni ne voulait faire appliquer la loi, mais il n’osait pas l’abroger de crainte de mécontenter les catholiques.

En 1866 et en 1867, des débats beaucoup plus importants

(1) Gazette des Tribunaux, 23 février 1862; Maurice Reclus : Jules Favre.

(2) F2° 5.507. Elle télégraphia à Rouland pour savoir si l’ancien prêtre, Brou de Laurière, avait aussitôt profité du jugement pour se marier ; Rouland répondit qu'il n'y serait pas autorisé tant que la cour d’Agen n'aurait pas statué en appel. Il semble que Brou renonça à se marier et que la cour n'eut pas à se prononcer.

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