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IL. — Les élections de 1869 : élude par régions

Le premier tour eut lieu le 24 mai, et le second le 6 juin.

À Paris, les élections montrèrent la force du parti radical. Le programme de Belleville, où Gambetta avait formulé ses revendications, contenait la séparation de l’Église et -de l’État, et « l’instruction primaire laïque, gratuite et obligatoire ». Thiers, bien que soutenu par les républicains modérés, fut élu difficilement au second tour, contre un candidat officiel et un radical. Cochin groupa tous les conservateurs contre Guéroult et Ferry. L'élection marqua le déclin du bonapartisme anticlérical au profit du parti républicain. Jules Ferry eut 12.916 voix, Cochin 12.470, Guéroult 4.851. Au second tour, Ferry fut élu par 15.750 voix contre 13.944 à Cochin. Celui-ci écrivit le 8 juin à Dupanloup : «… M. Ferry a appelé au secours MM. Michelet, Vacherot, Littré, Broca, Robin ; l’affaire est devenue une guerre de religion ; on m’a fusillé du nom de clérical et de Syllabus, et je n’ai pas pu, avec cette pierre à mon cou, remonter le courant. » (1)

En Seine-et-Marne, Renan, qui se présentait à Meaux (2), fut surpris de la sympathie que rencontraient ses idées en matière religieuse. [1 écrivait le 14 mai : « L’esprit de ce pays est profendément libéral et indépendant, inexpérimenté, mais plein de bon sens et de droiture, et anticlérical au plus haut degré. » Et le 19 : « L’anticléricalisme du paysan et du peuple en ce pays est quelque chose d’étrange. La question capitale pour eux est la question de Rome, puis la séparation de l'Eglise et de l’État. Je comprends maintenant pourquoi ce pays a élé le foyer primitif du protestantisme en France. » Renan eut 6.010 voix, le radical, de Jouvencel, 8.690, le candidat officiel, de Jaucourt, protestant élu en 1863 contre un des 91, 6.621, le candidat elérical, de Moustier, frère de l’ancien ministère, 4.097 seulement (3). Au second tour, de Jouvencel, de Jaucourt el Renan restèrent candidats. L'Univers conseilla l’abstention, aucun des trois n'étant satisfaisant. Les voix de Moustier

(1) A. Cochin, ses lettres el sa vie. Cochin avait cependant fait des concessions. Guéroult lui écrivit le 16 juin : « En vous entendant accepter un peu tard, bien qu'avec une bonne grâce parfaite, la séparation de l'Église et de l'Etat, el même la fin du pouvoir temporel, sous la réserve de suffisantes waranties pour l'indépendance du Saint Père, j'ai reconnu que je m'étais exagéré la portée de vos tendances cléricales. s

(2) Voir sa Correspondance ; et G. Strauss : La politique de Renan (1909, in-8?).

(3) Deux candidats libéraux eurent ensemble 2.000 voix.

paraissent s'être reportées en majorité sur de Jaucourt, qui fut cependant battu par 9.167 voix contre 10.450 à Jouvencel, et 6.886 à Renan.

Dans toute la région parisienne, sans que l’anticléricalisme fût généralement aussi vif, le clergé avait très peu d'influence. La plupart des candidats conservateurs, officiels ou opposants, évitèrent de prendre des engagements qui leur auraient fait perdre plus de voix anticléricales qu’ils ne leur auraient fait gagner de voix cléricales. Les républicains et les Hbéraux avancés eurent plusieurs élus (1) et obtinrent de fortes minorités dans de nombreuses circonscriptions.

En Normandie, l'Eure restait dominée par des impérialistes autoritaires et peu cléricaux (2). On remarqua l'échec du prince de Broglie, qui réunit seulement 3.581 voix sur plus de 20.000; il avait d’ailleurs obtenu des voix de gauche, tandis qu’une partie du clergé soutenait le candidat officiel (3). Dans le reste de la Normandie, les candidats conservateurs, officiels ou opposants, étaient en général favorables à l’Église. Quoique les évêques fussent bien disposés pour le gouvernement, le clergé, qui ne pouvait d’ailleurs jouer qu’un rôle d'appoint, soutint le plus souvent les opposants conservateurs : trois furent élus avec son appui : Daru à Valognes (4), Gevelot à Domfront, Estancelin à Dieppe. Presque tous les députés élus en Normandie s'étaient prononcés pour les revendications catholiques, à lexception des bonapartistes de l'Eure, et des démocrates élus à Rouen et au Havre contre deux conservateurs cléricaux soutenus par l'administration, Pouyer-Quertier et Ancel.

Dans la région du Nord, le gouvernement fit aux cléricaux de larges concessions sans pouvoir cependant s'entendre complètement avec eux. Dans le Pas-de-Calais, l'administration ne combattit pas Martel ; deux de ses candidats eurent l'appui du clergé ; mais dans trois autres circonscriptions, bien que l’évêque

(1) ? en Seine-et-Marne, 1 en Seine-et-Oise, 1 dans l'Yonne, la Côte d’Or, le Loiret, le Loir-et-Cher, l'Indre-et-Loire. A Troyes, cependant, le candidat officiel, Argence, et Casimir-Périer se déclarèrent tous deux favorables au pouvoir temporel. L’évêque Ravinet resta neutre ; le clergé soutint Casimir-Périer, qui n’en fut pas moins battu. (F1* 2,590.)

(2) C'était le parti créé par le préfet Janvier de La Motte, révoqué en 1868.

(3) Un desservant, de Bouclon, lié avec Janvier de La Motte, attaqua vivement de Broglie et les autres opposants. L'évèque d'Évreux le frappa de sanctions disciplinaires pour avoir publié des brochures malgré son interdiction. Voir BB:5 1.793 Rouen, F1* 5.809 de Bouclon, F?e III Eure 8 ; Passy : Le marquis de Blosseville ; et les Mémoires du Duc de Broglie.

(4) Fe TITI Manche 6 ; F'e III Calvados 9.

- Lequette, fût favorable au gouvernement, le clergé soutint des opposants cléricaux ; l’un d’eux, à Saint-Pol, ne fut battu qu’au second tour, où il eut l’appui des républicains (1). Dans le Nord, Plichon, Kolb Bernard, Brame et Pinard, candidat à Cambrai, ne furent pas combattus. L'administration n’engagea la lutte que contre un seul des cléricaux sortants, Lambrecht, qui fut battu de peu à Douai. Par contre un clérical, Boduin, battit à Valenciennes le candidat officiel sortant. À Lille, Thiers se présenta contre le député clérical sortant, des Rotours, soutenu par l’administration ; mais le clergé resta fidèle à des Rotours, qui fut élu à une forte majorité (2). Thiers, Boduin, et Lambrecht (3) étaient les candidats de la compagnie d'Anzin, qui était orléaniste. Sauf dans les trois circonscriptions qu’elle disputa à l'administration, l'union des conservateurs et du clergé se réalisa partout dans le Nord, au profit, soit des indépendants, soit des candidats officiels.

En Lorraine, la plupart des candidats officiels furent des cléricaux (4), et le gouvernement ne combattit pas Buffet. Aussi l’administration et le clergé marchèrent-ils d'accord dans la plupart des circonscriptions. Le clergé, cependant, soutint des opposants dans la Meurthe (5) et dans les Vosges où il fit élire, à Mirecourt, son candidat, de Dommartin.

En Alsace, l’administration entretenait de bons rapports avec Raess ; elle conclut, grâce à lui, dans le Bas-Rhin, un accord complet avec le clergé. Les quatre candidats officiels, dont un protestant, de Bussierre, et trois catholiques, Couleaux, de Leusse, et de Bulach, s’engagèrent par écrit vis-à-vis de Raess à défendre le pouvoir temporel, [ls furent tous quatre soutenus par le clergé et facilement élus. De Bussierre avait d’ailleurs pour seul adversaire à Strasbourg un autre protestant, Boersch ; de Leusse battit également à Wissembourg un opposant protestant ; quant à Bulach, il avait été combattu en 1863 et 1864 par le clergé qui avait assuré l’élection de Hallez Claparède, mais il s'était depuis réconcilié avec Raess (6). Hallez Claparède, abandonné par le clergé retira sa candidature. Dans le Haut-

(1) Fie III Pas-de-Calais 9.

(2) F2e III Nord 8.

(3) Le procureur général Morcrette, qui était en bons termes avec les conservateurs cléricaux, soutint ouvertement Lambrecht. (Voir son dossier, BB 6 DIS) (4) Notamment dans la Moselle. (Fe 111 Moselle 9, F?? 10.857, 24 nov embre 1868, Hanriot à Lavisse.)

(5) Fe III Meurthe 8.

(6) F17 10.858, Strasbourg, Chéruel à Duruy.

MAURAIN. — POLITIQUE

Rhin, l'administration etle clergé, ne purent s'entendre qu’à Colmar, où ils soutinrent le fils du député clérical sortant, Lefébure (1), contre le maire protestant de Munster, Hartmann. A Belfort, le député sortant, de Reinach, catholique, mais mal vu du clergé, fut combattu par un opposant clérical, Viellard- Migeon. À Mulhouse, le député sortant était un protestant, Gros ; mais l'administration jugea que seul le maire, Dollfus, pouvait combattre avec chances de succès le démocrate Tachard ; tous deux étaient protestants ; le clergé resta neutre. Enfin, à Guebwiller, l’administration présenta Gros contre Keller. Le gouvernement fit de grands efforts pour obtenir le concours, ou au moins la neutralité de Raess à Guebwiller et à Belfort. Raess se montra conciliant, mais son clergé fut intransigeant. Les magistrats attribuèrent son intransigeance à la circulaire de Hartmann, qui, en attaquant violemment le pape, avait surexcité les passions religieuses. L’exaspération des catholiques assura le succès des trois candidats cléricaux, l’officiel Lefébure, et les deux opposants, Viellard-Migeon et Keller (2). Quant aux protestants, ils étaient en majorité hostiles au gouvernement : Dollfus n’eut que 6.428 voix contre 15.291 à Tachard. De Leusse, dans une circulaire du 6 juin aux curés de sa circonscription, tira des élections alsaciennes la conclusion suivante : «Je sais le rôle prépondérant que l'influence du clergé a exercé dans mon élection. Il y avait chez nous des catholiques ; il y a maintenant, j'en ai l'espoir, un parti catholique. Il ne tiendra qu’au clergé de le constituer fermement, en poussant toujours en avant des hommes de notre bord dans toutes les positions. J'y aiderai de tout mon pouvoir, et le gouvernement, qui à vu maintenant où sont ses vrais amis, nous soutiendra, j'en suis persuadé. » (3)

En Franche-Comté, les élections montrèrent l’affaiblissement de l'administration, isolée entre un clergé qui ne -lui était pas dévoué, et des républicains anticléricaux en progrès très rapides. Dans la Haute-Saône, deux opposants cléricaux furent réélus : l’administration n’osa pas combattre d’Andelarre, et de Grammont battit facilement le candidat qu’elle lui opposa. À Gray, le candidat officiel, Gourgaud, bien qu'ayant pris les

(1) Kannengieser : Un alsacien : Léon Lefébure. (1912 in-80.) (2) Lefébure ..:. 18.254 den Remache 7 NN IS ME GTOS ee 9.763 Hartmann... 11.704 NiellardEre LES Keller" "15066 Grosjean... 1.970

(3) Univers, 4 septembre.

engagements exigés par les catholiques, fut vivement combattu par le clergé, et n’obtint que quelques voix de majorité sur le duc de Marmier (1). Dans le Doubs, le clergé avait encore une grande influence dans les montagnes, mais les républicains, unis aux protestants, dominaient la plaine. Dans les deux circonscriptions, l’administration, le clergé, et la gauche eurent chacun leur candidat au premier tour, Les deux opposants de gauche, le républicain Ordinaire à Besançon-Pontarlier, le libéral Latour- Dumoulin, soutenu par les protestants, à Baume-Montbéliard, arrivèrent en tête. Les deux candidats cléricaux, Pidoux et Mérode se désistèrent, et le cardinal Mathieu, resté neutre au premier tour, adressa une circulaire aux desservants pour les inviter à soutenir les deux candidats officiels, dont l’un, de Marmier, était clérical (2), et dont l’autre, Conegliano, prit entre les deux scrutins l’engagement de voter en toutes circonstances pour le pouvoir temporel. Cette consigne fut généralement suivie par le clergé, mais les deux candidats de gauche n’en triomphèrent pas moins (3). Dans le Jura, les républicains enlevèrent les deux circonscriptions de la plaine, tandis que dans la région montagneuse de Saint-Claude, le député clérical sortant, Dalloz, était réélu avec l'appui de l’administration.

Dans la région du Centre, le clergé, d’ailleurs peu influent, était lié avec les légitimistes, peu nombreux mais ardents ; d'autre part, la crainte des républicains, en progrès rapides, le poussait à se rapprocher de l’administration. En Saône-et-Loire, où les candidats officiels lui étaient peu sympathiques, il soutint les légitimistes avec une ardeur qui inquiéta le préfet; mais malgré son appui, ils ne réunirent que de très faibles minorités (4).

(1) Gourgaud fut invalidé et battu en 1870 par 8.839 voix contre 11.387 à de Martrier. Fie III Saône 9.

(2) C'était le gendre de l’ancien ministre des Affaires Étrangères, de Moustier.

(3) Le ministre de l'Intérieur télégraphia le 29 mai au préfet du Doubs : « J'apprends avec plaisir que lés voix de M. Pidoux se reportent sur M. de Cofegliano. En présence du désir de M. de Mérode, continuez à soutenir M. de Marmier, mais en

évitant toute attaque personnelle contre M. Latour-Dumoulin. » (AB XIX 173, et R. Halt : Papiers sauvés des Tuileries.) Voir aussi F1° 2.504, et Fe III Doubs 8. Besançon-Pontarlier Montbéliard-Baume-les-Dames Ordinaire. 7... 16.200 18.288 Latour Dumoulin.... 14.468 17.122 De Conegliano..,. 11.903 17.825 DeMérode roue 8.839 PITDUX®,- pr. 6.956 De Marmier #:..4.:. 8.808 13.524

(4) AB XIX 173, et R. Halt : Papiers sauvés des Tuileries, télégramme du préfet au ministre de l'Intérieur : « Le clergé et les légitimistes se montrent très ardents. Dans le Charolais, c’est une croisade en faveur de M. de La Guiche.. Le parti orléa-

Dans la Nièvre, par contre, le clergé appuya les trois candidats officiels cléricaux, qui ne furent combattus que par les républicains (1). Dans l'Allier, un seul des candidats officiels fut combattu, et seulement par un républicain. Un vicaire général, de Conny, publia dans le journal légitimiste, le Mémorial de l'Allier, des lettres favorables au républicain. Mais il fut désavoué par son évêque, Dreux-Brézé, et tout le clergé vota pour le candidat officiel (2).

Dans le Cher, un incident analogue, mais plus vif, se produisit. Le journal clérical, le Messager du Centre, recommanda l’abstention à Bourges, où le candidat officiel n’était combattu que par un républicain, et conseilla de voter ailleurs pour les opposants royalistes, de Vogué à Sancerre, Montsaulnin ou Jaubert à Saint-Amand. Le préfet sut que ces articles avaient été écrits et publiés à l’insu de l'archevêque, La Tour d'Auvergne, resté neutre dans la campagne électorale, par son vicaire général, Lamblin. Il démasqua publiquement Lamblin, et s’en plaignit à La Tour d'Auvergne, qui le désavoua et lui retira ses fonctions (3). Le clergé soutint cependant les opposants, mais le scrutin montra combien son influence était faible. De Vogué n’eut que 7.027 voix contre 12.276 au candidat officiel. Jaubert et Montsaulnin furent largement distancés par le candidat officiel Massé, et par le républicain Giraud. Le préfet écrivit alors à La Tour d'Auvergne (4 juin) : «Les conditions de la lutte électorale se sont complètement modifiées dans l’arrondissement de Saint-Amand. Les candidats qui pouvaient paraître aux yeux de Votre Éminence comme représentant plus particulièrement les idées religieuses se sont retirés eux-mêmes. Aujourd’hui, il ne reste en présence que le candidat officiel et le candidat radical, c’est-à-dire l’ordre et le désordre. En cet état de choses, ne vous paraîtrait-il pas convenable de sortir de la réserve que vous avez voulu garder jusqu'ici, et de faire connaître au clergé la véritable situation ? Je puis vous assurer, Monseigneur, qu’à plusieurs reprises, et en présence des hommes honorables que je vous ai désignés, M. Massé s’est prononcé pour la souveraineté temporelle du pape de manière à ne laisser

niste, les légitimistes et le clergé se bloquent contre M. Schneider. Quelle lutte ! » La Guiche eut 3.193 voix sur 22.000. À Autun, le candidat clérical opposé à Schneider, de Louvencourt, eut 3.803 voix sur 30.000. Voir Fe III Saône-et-Loire 8.

(1) FeIII Nièvre 5.

(2) F1 2.542 ; Fe III Alliér 6.

(3) BB:4 1.787 ; Fo 5,796.

aucune inquiétude dans les consciences catholiques. » L’archevêque transmit cette lettre à ses prêtres en leur recommandant d’en tenir compte (1). Giraud fut cependant élu (2). Les questions religieuses ne jouèrent pas de rôle appréciable dans le Limousin, À Rochechouart, cependant, un indépendant fut élu avec l’appoint du clergé contre le candidat officiel.

En Auvergne, dans la région de Lyon et dans l'Ardèche, l'administration et le clergé s’allièrent ouse combattirent suivant que l'opposition républicaine était plus ou moins forte. Dans le Cantal, le député sortant clérical, de Parieu, fut battu à Aurillac par un hbéral avancé, Bastid, tandis qu’à Murat-Saint-Flour, le candidat officiel battait un indépendant soutenu par le clergé, l’ancien procureur général Dessauret. Dans la circonscription montagneuse de la Haute-Loire (Yssingeaux-Le Puy), bien qu’un légitimiste fût candidat, le clergé soutint le candidat officiel, Latour-Maubourg, qui s’était engagé à défendre le pouvoir temporel ; 1l obtint ainsi une énorme majorité. À Brioude, le clergé vota au premier tour pour un légitimiste, de Flaghac. Distancé par le candidat officiel et par un libéral qu’avaient soutenu les républicains, Guyot-Montpayroux, de Flaghac se désista pour celui-ci. L’évêque Lebreton, adressa au contraire une circulaire à ses prêtres pour les engager à soutenir le candidat officiel, de Romeuf. Mais de Romeuf évitait de s’engager à défendre le pouvoir temporel. Or Guyot-Montpayroux avait ménagé les catholiques pendant sa campagne ; il préconisait la séparation de l’Église et de l’État, mais aussi le maintien du budget des Cultes. Malgré l’évêque, le clergé assura son élection au second tour (3). Dans le Puy-de-Dôme, trois candidats officiels sur cinq prirent les engagements demandés par les catholiques ; les candidats légitimistes qui leur furent opposés

(1) BB:* 1.787. Au contraire l'Univers approuva l’intransigeance du Messager du Centre et persista à considérer Massé comme hostile à l’Église. E. Veuillot écrivit

dans l'Univers du 9 juin : « Il n’y a d’ailleurs pas à regretter que M. Giraud l'ait emporté sur M. Massé. »

OGITANAE Eee n ete ee eee 8.851 11.934 MAO Pr orme ieee 8.259 11.236 JAUDOTE EE ER essaie à 4.484 de MOntsaulnin, 5. 010, . 2.322 (3) De-Romeut. 7.620... 13.008 12.926 Guyot Montpayroux....... 10.332 19.080 DétAonaC en nes +. 4.832

Grellet (libéral).,... FAO 1.995

n’eurent que de faibles minorités. Mais à Thiers, le clergé soutint, énergiquement l’orléaniste de Barante, qui fut élu.

Dans la Loire, le cardinal de Bonald et une partie du clergé, effrayés par le mouvement révolutionnaire et anticlérical, se seraient volontiers rapprochés de l’administration (1), mais le parti légitimiste qui avait récemment fondé un journal d’opposition intransigeante, la Loire (2), présenta partout, sauf à Roanne, des candidats contre les candidats officiels. À Roanne, un des 84, Dechastelus, eut 9.000 voix de majorité sur Jules Favre. À Saint-Étienne-ville, le républicain sortant fut réélu au premier tour. À Saint-Étienne-campagne, le candidat légitimiste, arrivé troisième, se désista pour le républicain contre le candidat officiel, de Charpin Feugerolles, un des 91, que patronnait Bonald ; le républicain fut battu de peu (3). « La situation de Saint-Étienne est triste, écrivait le procureur général. En bas des socialistes ou des jacobins inintelligents ; au sommet des légitimistes avec des tendances cléricales, et entre les deux une bourgeoisie mobile, inquiète, perdant la foi dans l’autorité. » (4) À Montbrison, un des 84, Bouchetal-Laroche, bien que combattu par le clergé au profit du gendre de Montalembert, de Meaux, fut réélu par 16.858 voix contre 10.402, Dans le Rhône, la force des républicains poussa les conservateurs à s’unir ; trois candidats légitimistes n’eurent que de très faibles minorités. Deux radicaux, Bancel et Raspail, furent élus, celui-ci contre Jules Favre, qui fut combattu comme trop favorable à la religion.

Dans l'Ardèche, les républicains, maîtres de la plaine et des régions protestantes, furent en minorité dans les trois circonscriptions, qui avaient été découpées à cette fin. Deux des 84, de Rochemure et de La Fourette battirent des républicains à Largentière et à Tournon avecl’appui du clergé. À Privas, le candidat officiel Dautheville, protestant, eut pour adversaires

(1) Voir F'e III Loire 6, notamment mars 1869 : « Un banquet de libres penseurs, auquel je me suis bien gardé de m’opposer, et qui se composait de quelques individus bien connus par leurs opinions exagérées, a eu lieu à Saint-Étienne le vendredi saint. Cet incident, très remarqué par le parti religieux, le rendra probablement plus docile à manier aux élections prochaines. »

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(3) De Charpin Feugerolles........ 12.454 14.830 D'ÉLONOLONERS RAS NE SE 10.124 14.130 Deamticoneste ee 231 CUESSON ET NN RER CR ET 1.204

(4) 18 mai, BB: 1.788.

un républicain, Guiter, et un clérical, de Jovyac. Au premier tour, l’évêque Delcusy resta neutre, et la plupart des curés Sottinrent de Jovyac. Celui ci, arrivé troisième, se désista en faveur de Dautheville qui s engagea par écrit à rester neutre dans la question romaine. L’évêque et le clergé assurèrent son élection (1).

La Lozère et l'Aveyron, où les républicains étaient, très peu nombreux, restaient disputés entre l'administration et le clergé. En Lozère, l'administration présenta contre de Chambrun le frère du candidat qu'elle lui avait opposé en 1863, F. Barrot, Comme en 1863, ce fut ne des élections où le clergé joua le plus grand rôle (2). Bien que Barrot se fût déclaré favorable au maintien du pouvoir temporel et que Baroche se fût porté garant auprès de l’évêque Foulquier de ses sentiments catholiques, le clergé fut unanime à soutenir Chambrun. Foulquier n'intervint pas personnellement dans la lutte mais son vicaire général en prit la direction. Elle devint très vive. Le préfet télégraphia le 22 mai au ministre de l'Intérieur : « Nous sommes débordés par le mensonge et la corruption. Le clergé, exaspéré de nos progrès, combat avec une violence et une mauvaise foi sans précédents. Il reprend tout son empire sur les masses crédules, misérables et cupides qu'il trompe-par ses calomnies (3) et corrompt par les dons qu’il fait au nom et avec l’argent de son candidat. Nous faisons tout ce qu'il est humainement possible de faire. » (4) Des manifestations anticléricales eurent lieu à Mende. Des prêtres furent insultés par des ouvriers. Barrot eut 5.000 voix de plus que son frère en 1863. Il eut la majorité dans la ville de Mende, et dans l’arrondissement protestant de Florac, mais les régions montagneuses des arrondissements de Mende et de Marvejols, restées soumises au clergé, assurèrent l'élection de Chambrun (5).

Dans l'Aveyron, la lutte fut moins vive, mais les deux députés sortants, Calvet-Rogniat à Millau-Saint-Affrique, et Girou de Buzareingues à Rodez- Espalion, furent combattus par le clergé bien qu'ils fissent profession de dévouement à l Église.

(GARE Cat ME AMOMENET 10.264 15.608 Gite Et lens 10.512 12.190 De JON Te" ee 5.460

(2) Voir F’° III Lozère 6, F:° 6.177, F1° 5.824, BB°° 389, Versement de la Chambre A 221, et surtout BB'°1. 790.

(3) On fit courir le bruit que Barrot était protestant.

(4) AB XIX 173, et R. Halt : Papiers sauvés des Tuileries.

(5) Chambrun 17.887 ; Barrot 14.468.

L'administration, encore très puissante dans ces régions, les fit élire à de fortes majorités (1). L’évêque était resté neutre. A Villefranche, deux candidats cléricaux entre lesquels l’administration resta neutre obtinrent presque le mêmenombre de voix.

Dans le Tarn, où les légitimistes étaient moins puissants que dans l'Aveyron, l’administration s’entendit avec le clergé au prix de deux concessions : elle soutint à Albi le député sortant, Gorsse, élu contre elle en 1868 avec l’appui du clergé (2) ; elle abandonna Eugène Péreire, député sortant de Castres, où elle resta neutre (3). Le clergé combattit vivement Péreire et fit élire son concurrent, Reille. Dans le Lot, les deux députés sortants cléricaux furent facilement réélus avec l'appui du clergé et de l’administration.

Dans les Alpes, l'administration et le clergé s’allèrent dans la plupart des circonscriptions. Cependant le protestant Bartholoni, député sortant de Thonon, fut combattu par le clergé qui soutint un ami de Dupanloup, d’Yvoire. Jules Favre, sur le nom de qui les républicains se comptèrent au premier tour, les engagea à reporter leurs voix sur d’Yvoire dont ils assurèrent l'élection (4). Dans les trois autres circonscriptions savoisiennes, dans les Basses-Alpes et dans les Alpes-Maritimes, les députés cléricaux sortants furent facilement réélus avec l'appui de Padministration et du clergé. Dans les Hautes-Alpes, Guilbert assura l’appui du clergé au nouveau candidat officiel, le journaliste Clément Duvernois qui s’était engagé à défendre le pouvoir temporel du pape et la hberté de l’enseignement supérieur (5). Dans le Var, Emile Ollivier fut agréé par l'administration et soutenu par le clergé contre les radicaux.

Dans l'Isère, le clergé, d’ailleurs peu influent, soutint quatre Hbéraux patronnés par l’Impartial Dauphinois, et un candidat officiel qui fut battu par un républicain (6). Dans la Drôme, les élections montrèrent les grands progrès réalisés par les républicains, mais en raison du découpage des circonscriptions et de l'union des conservateurs, ils n’enlevèrent aucun siège.

(1) Fe TIT Aveyron 7 ; Corps législatif, 16 décembre 1869. (2) F1° 2.484, BB:° 431.

(3) Corps législatif, 3 décembre 1869.

Bartholoni....... 12.084 11.241 DISvoire Ce 9.089 TR AVTON ER ne 5.121: 12.149 À l’Académie française, J. Favre était en bons rapports avec les catholiques libéraux. (>) Corps législatif, 14 décembre.

(6) F'e III Isère 7.

C’est dans le Midi provençal et languedocien que l'union libérale avait été le plus en faveur. Elle n’y eut cependant que peu de succès. Le légitimiste de Gaillard espérait en bénéficier en Vaucluse, mais les républicains présentèrent des candidats dans les deux circonscriptions. À Avignon, de Gaillard dut bientôt retirer sa candidature, le clergé soutenant le député clérical sortant, Millet (1). Il resta candidat à Apt, où le clergé était peu favorable au député sortant, Pamard, bien qu’il fût patronné par Dubreuil, et eût pris l'engagement de voter pour le maintien du pouvoir temporel. Malgré l’appui du clergé, de Gaillard fut distancé par Pamard et par le républicain, T. Delord. Le clergé assura alors l’élection de Pamard. Millet fut également élu au second tour. L'élection montrait la force des républicains, la faiblesse des légitimistes, et le déclin de l'influence du clergé, réduit à servir d'appoint à la coalition conservatrice (2).

À Marseille, où l’union libérale avait triomphé en 1863, Marie se représentait, et Thiers posait sa candidature à la succession de Berryer. L'administration opposa F. de Lesseps à Thiers et présenta dans les trois autres circonscriptions des Bouchesdu-Rhône des candidats cléricaux. Elle croyait, comme l’ancien ministre Béhic le télégraphiait à l’empereur, que les « intérêts religieux » étaient « encore prépondérants à Marseille » (3). Les légitimistes, ardemment hostiles au gouvernement, partageaient cette opinion. [ls présentèrent des candidats dans trois circonscriptions, et ce fut pour eux que le clergé se prononça. Le scrutin montra le déclin de son influence, et l'effondrement de l’union libérale. Il y eut trois ballottages où les radicaux, Gambetta et Esquiros à Marseille, Pelletan à Arles, arrivèrent en tête des opposants. Jules Favre eut à Aix une forte minorité. Place, bien que favorable aux candidats officiels, n’avait pas jusqu'alors pris ouvertement parti. Après le premier tour, il se prononça par une lettre que publièrent les journaux, puis

(1) De Gaillard expliqua son désistement dans une lettre, que l'Univers publia (3 mai) en se félicitant de cet échec de l'union libérale : « Dans l'intérêt de l'opposition, il y avait, ici comme partout, deux fautes à ne pas commettre : la première était d'éviter de poser le débat électoral entre le parti de 1848 et ce qu'on appelait il y a 20 ans le parti de l’ordre ; la seconde était de ne pas faire de la question du pape la question unique et déterminante du vote des divers partis. » Ces « fautes » ayant été commises à Avignon, de Gaillard renonçait à s’y présenter. Voir F?° III Vaucluse 6, F9 1.497.

()rPamarde. 07, 15:206 17.179 NC A ELU 14.264 17.542 D ADelonde. 2 10,531 12,379 Gent (républicain) ... 13.595 15.443 De Gaillard... 4.802 Guérin (légilimiste). +. 1.493

3) 25 mai. AB XIX 173, et R. Halt : Papiers sauvés des Tuileries.

par une circulaire à son clergé : « Tant que la lutte est restée entre les partis et les opinions qui acceptaient les bases essentielles des sociétés humaines, nous avons pu garder le silence. Aujourd’hui, cette réserve n’est plus possible... Les noms de M. de Lesseps et de M. de Rougemont ne représentent plus seulement aujourd’hui les principes conservateurs et la stabilité, ils représentent, dans la lutte où nous sommes engagés, la religion, la famille, la propriété, la société. » Par contre la Gazette du Midi, légitimiste, recommanda de ne pas voter pour les candidats officiels, notamment pour de Lesseps, ami du prince Napoléon. À Arles, l’appoint des voix cléricales assura la défaite de Pelletan ; mais à Marseille, Esquiros et Gambetta triomphèrent. Le clergé avait, en majorité, obéi non à son évêque, mais à la Gazette du Midi, et s’était abstenu (1).

Dans le Gard comme dans les Bouches-du-Rhône, l'union libérale avait été souvent pratiquée. Le légitimiste Larcy, candidat de l’évêché, avait été soutenu en 1864 par les républicains. En 1868, dans une seconde élection partielle, les républicains avaient présenté un candidat contre de Larcy, mais en s’entendant avec lui pour combattre l’administration. De pareilles alliances avaient souvent été formées pour les élections municipales (2). Un nouveau préfet, Janvier de La Motte, nommé quelques mois avant les élections, chercha, pour etmnpêcher l’union libérale de se reformer, à se rapprocher du clergé. Il

(1) Marseille ville ù Marseille banlieue GAME CAS NET ARR 8.663 12.868 De Rougemont... 8.945 9.787 DEMÉESSEDS ET ER EE TR eee 4.535 5.066 BsSmUTOoS here 6.366 11.243 D'RIOTS Res eee ane 3.82 Marie ee 4.626 De Barthélémy (légilimiste) 3.075 BOT sen s ee 1.583

Arles Aix PENGIADAS Er. carre 9.814 11.969 Bournat (officiel) ..... 14.089 Laugier de Chartrouse …... 8.945 12.529 JULeSMEANTE ee een 9.864 Du Demaine {légilimiste).. 3.248 Poujoulat (légitimiste).. 3.495

D’après le procureur général (BB5° 389), des légitimistes avaient voté au second tour pour les radicaux. 11 semble que les agents du gouvernement, stupéfaits du succès des radicaux, aient exagéré l'importance de cel appoint. D’après les résultats comparés des deux tours de scrutin, il paraît avoir été très minime. Le préfet Levert écrivit même : « Le supérieur des Jésuites, le P. Tissier, a été signalé comme ayant voté pour M. Gambetla. » (Fie III Bouches-du-Rhône 7). Ce rapport paraît au moins invraisemblable.

Les candidatures de Gambetta et d'Esquiros trouvèrent un point d'appui dans les loges maçonniques où ils avaient élé reçus. {Encyclopédie départementale des Bouchesdu-Rhône. T. X. Estier et Buquet : La libre pensée.)

(2) Sur les luttes politiques dans le Gard de 1863 à 1869, voir BB°° 430, BB:8 1.692, 1712/1717 7246/0704;

pouvait compter sur le concours du journal catholique, l’'Opinion du Midi (1). Il mit fin à l'interdit dont Plantier était frappé depuis 1862, Mais une fraction des légitimistes, dirigée par l'abbé d’Alzon, resta violemment hostile au gouvernement. Les quatre candidats officiels prirent l'engagement de défendre le pouvoir temporel. À Alais, de Larey, qui était candidat à Montpellier, ne se représenta pas, et le républicain Cazot fut le seul candidat d'opposition. Au Vigan, le candidat indépendant, Chabaud Latour, était protestant comme le candidat officiel, André, et s’engagea comme lui à défendre le pouvoir temporel. À Nîmes et à Uzès, 1l y eut un candidat légitimiste et un candidat républicain. Plantier resta neutre, tout en blâmant l'alliance avec la gauche. Cepandant, Cazot paraît avoir eu à Alais la plupart des voix légitimistes (2). I fut d’ailleurs battu. André fut élu au Vigan. Mais à Nîmes et à Uzès, il y eut ballottage : c'étaient à Nîmes le républicain, à Uzès le légitimiste, qui arrivaient en tête des opposants. À Nîmes, le légitimiste, Béchard, se désista pour le républicain, Teulon. Les curés de Nîmes publièrent alors, d'accord avec Plantier, une déclaration collective dans l’Opinion du Midi du 4 juin : « 10 Ils désapprouvent comme principe, avec l’extension qu’on prétend lui donner, ce que, bien improprement d’ailleurs, on est convenu d’appeler l’union ou la coalition libérale. Qui ne sait que la hberté est entendue de manière absolument opposée par les partis qu'il s’agit d’unir, et qui profiteraient l'un pour le bien, Pautre pour le mal, de leur victoire. Une pareille alliance est donc une faute. Et, en fait, quand on l’a tentée dans le Gard, personne n’ignore qu'il y a toujours eu les plus amers mécomptes. Pourquoi s’obstiner dans une combinaison dont l’insuccès est aussi certain qu'il serait humiliant ? 20 Ils protestent en particulier contre l'application que certains esprits ont imaginé de faire de ce faux principe à l'élection qui va avoir lieu, et notamment à celle de la première circonscription. Ce serait au détriment des catholiques. » Teulon ébait protestant. Or les protestants avaient déjà un député élu sur quatre, ce qui correspondait à leur importance numérique. De plus Talabot s'était engagé à voter pour

(WÉBBENIT7ÈR |

(2) Août 1868 Mai 1869

FUMAS = ner 13.927 DUMAS TE A NE Cet 16.702 CAO 4.391 CALOLEMNIRS NE EN ct 0 10.515 HanEare ve. ve 4.443 Duclaux-Monteil...... 1.513

le pouvoir temporel. Il fallait done voter pour lui. Ce mot d'ordre fut suivi par la plupart des électeurs légitimistes, et Talabot fut élu. A Uzès, le républicain modéré se désista en faveur du légitimiste, mais le radical maintint sa candidature, et le candidat officiel fut également élu (1).

Dans l'Hérault, les légitimistes avaient fondé en 1868 un journal intitulé l'Union Libérale (2) et restaient partisans de cette tactique. Ils avaient l'appui de Lecourtier, devenu très hostile au gouvernement. Dans trois lettres publiques successives, il déclara que les candidats officiels ne pouvaient inspirer confiance aux catholiques : deux étaient protestants, et les deux autres n'étaient pas suffisamment dévoués à l'Église. Il recommanda de voter à Montpellier pour le légitimiste de Larcy contre le protestant Pagézy (3), et à Cette pour le légitimiste de Grasset, bien que le candidat officiel Coste-Floret fût catholique, et eût pris l'engagement de voter pour le pouvoir temporel. À Béziers et à Lodève, bien que le parti clérical fût peu favorable aux candidats officiels, Roulleaux-Dugage et le protestant Cazelles, il ne put leur opposer de candidats : ils ne furent combattus que par des républicains, qui obtinrent d’ailleurs de fortes minorités. À Cette et à Montpellier, les républicains eurent plus de voix que les légitimistes. Larcy se désista en faveut d’Ernest Picard, que Lecourtier soutint, en haine de Pagézy. Les Jésuites de Montpellier et FUnivers se prononcèrent contre Picard. Mais les électeurs légitimistes et cléricaux votèrent presque unanimement contre le protestant pour le républicain dont ils assurèrent l’élection. À Cette, par contre, les cléricaux paraissent avoir voté en majorité au second tour pour Coste- Floret, qui fut élu (4).

Dans deux circonscriptions de l'Aude, le clergé soutint les

(1) Talapot UT 605 14827 CÉDÉON ES EE ea 7.953 11,129 Teulon TU 61811919 De:Crussol (légit.) ..... 4.137 8961 Béchard. ... 3.606 BTUNArAULEUI ER ee 2.793: " 1:406

Voir Clastron : Vie de Mgr Plantier Bravay (indép.)....... 2.491 Bonnefoy Sibour {lib.). 2.047 Du Camp (républ.) ... 1.992

(BBA 770 BBA "7ES;

(3) Pagézy était très conciliant vis-à-vis du clergé catholique, mais il avait irrité Lecourtier en patronnant les cours de jeunes filles.

(4) Voir F1° 6.178, F2e III Hérault 9. L'Univers recommanda instamment aux catholiques de voter pour Coste-Floret contre Jules Simon. PATES Re 12.458 13.070 Coste-Floret ...,.... 12.746 14.383 ÉOHPICArl ne 8.098 15.775 Jules Simon ...... » 10.865 12.992 IDEMIRENENE oo crue 7971 De:Grasset . ,...., . 2.856

candidats officiels, mais dans la troisième, Limoux, il combattit avec acharnement le député sortant des Pyrénées-Orientales, Isaac Péreire, au profit du légitimiste de Guiraud (1). Bien que Péreire se fût engagé à voter pour le maintien du pouvoir temporel, le vicaire général Rigail adressa aux curés doyens une circulaire contre lui : « Quoique Monseigneur ne doute pas de la profonde répulsion de son clergé pour la candidature du juif dont l'élection serait une honte pour l'arrondissement de Limoux, il ne croit pas pouvoir se taire dans cette circonstance. » Le clergé devait soutenir Guiraud : «Il n’y a pas lieu de se gêner, car nos adversaires eux-mêmes, loin de nous blâmer de combattre une candidature aussi évidemment hostile que celle d’un juif à notre sainte religion, pourraient se scandaliser de notre réserve. » Péreire se plaignit à La Bouillerie. Celui-ci, sans approuver la forme de la circulaire, déclara qu’elle avait été écrite sur son ordre. Péreire fit alors afficher la circulaire de Rigail dans l’espoir qu’elle susciterait une réaction. Le clergé fit contre Péreire une campagne excessivement violente. Beaucoup de curés l’attaquèrent en chaire et menacèrent ses partisans de leur refuser l’absolution. Péreire fut cependant élu par 10298%oix contre 9,121 (2).

Dans les deux circonscriptions des Pyrénées-Orientales, les républicains présentaient Arago. Pour leur résister, l’administration jugea nécessaire de s’allier au clergé (3). Elle présenta à Perpignan Justin Durand, l’un des 91, qu’elle avait abandonné en 1863, et à Prades, un autre clérical. Tous deux furent élus, mais Arago eut de fortes minorités.

Dans les autres départements pyrénéens, l'administration s’entendit aussi avec le clergé, sauf à Bagnères, oùilsoutint un conservateur indépendant contre le candidat officiel (4). Le clergé n’appuya pas dans l'Ariège le républicain catholique, Arnaud,

(1) L'administration avait agréé la candidature de Péreire à Limoux. En fait, le ministère resta neutre, le préfet soutint Péreire, et le sous-préfet soutint Guiraud. Sur celui-ci, voir BB:# 1.754, Montpellier, élections municipales de Limoux.

(2) Versement de la Chambre, A 213. Le Corps Législatif invalida le 27 décembre, l'élection de Péreire pour pression officielle et corruption, par 129 voix contre 31, Le bureau s'était au contraire, prononcé pour la validation, et le rapporteur, Vendre, député de Grenoble, avait vivement blâmé la conduite du clergé. Le député d'Uzès, Genton fit des réserves sur certains excès, mais défendit le droit du clergé à intervenir dans les élections. Le 7 février 1870, Guiraud fut élu par 10,390 voix contre 8.813 à Péreire. le

(3) C’est sans doute pourquoi Isaac Péreire, député sortant des Pyrénées-Orientales, dut se présenter à Limoux.

dont, le libéralisme était d’ailleurs à peine orthodoxe. L'évêque de Bayonne fit une circulaire pour recommander à son clergé les candidats officiels (1). L'un d’eux fut cependant battu à Pau, malgré l'appui des chefs du parti clérical, par un fils de Fould, qui s'était d’ailleurs déclaré favorable au pouvoir temporel.

Les questions religieuses ne jouèrent pas un rôle électoral important dans le Sud-Ouest. La plupart des candidats conservateurs, officiels ou opposants, s’engagèrent à voter pour le pouvoir temporel (2). Les candidats officiels obtinrent généralement l'appui du clergé. Il soutint cependant quelques opposants. Les légitimistes cléricaux : Depeyre à Villefranche de Lauraguais (3), de Limairac à Montauban, n’eurent que très peu de voix. Mais le clergé apporta son appoint à quelques libéraux qui obtinrent de fortes minorités ; 1l soutint à Mirande Lacave-Laplagne, bien que son adversaire, Granier de Cassagnac fût clérical, (4) et à Mont-de-Marsan Victor Lefranc, bien que l’évêque eût recommandé le candidat officiel (5) ; à Agen, il se divisa entre Baze et Nouvel, le protecteur de Gérin (6).

Dans les Charentes, l’anticléricalisme des populations se manifesta une fois de plus : le seul candidat clérical, À. Lemercier, fut, comme en 1863, écrasé à Saintes, bien qu'il fût, cette fois, soutenu par le sous-préfet (7).

Dans la Vienne (8), le clergé, hostile aux candidats officiels qu’il jugeait trop peu favorables à l’Église, ne put les combattre efficacement. Un candidat clérical ne réunit à Châtellerault que quelques centaines de voix. À Civray, Thiers, recommandé par le Courrier de la Vienne, organe de l’évêché, n’obtint qu’une faible minorité. L’impuissance du clergé se manifesta également dans le sud des Deux-Sèvres. Mais dans la circonscription de Bressuire, il soutint avec ardeur la candidature du marquis de La Rochejaquelein contre le député sortant patronné par l'administration, Ch. Le Roux. La lutte, qui se préparait depuis deux ans. (9) fut très vive. Le Roux écrivit à Baroche le 14 mai:

1) Univers, 9 mai.

2) BB°° 389, Agen.

3) Fe TITI Haute-Garonne 9.

4) Fic III Gers 8.

») Versement de la Chambre À 220,

>) Fe IIT Lot-et-Garonne 9.

7) BB° 389 Poitiers.

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