‹ La Politique Ecclésiastique du Second Empire de 1852 à 1869Chapitre 123 sur 150 · BB:° 389, F · texte numérisé non relu

BB:° 389, F

9) F1° III Deux-Sèvres 7 et 11, BB°° 389, F129/561.

« J’espérais que Mgr l’évêque de Poitiers ne se serait pas mêlé de cette affaire puisque, depuis quelque temps, il se rapproche du gouvernement. Mais personne dans mon pays ne croira à son abstention : on sait parfaitement qu’un mot de lui empêcherait MM. les curés de se livrer à des attaques déplorables contre la politique de l’empereur. » (1) Le scrutin montra le contraste entre la plaine et le bocage où le clergé, allié aux nobles, restait tout puissant. Dans les trois cantons du bocage (2), La Roche- Jaquelein eut 6.291 voix contre 3.183 à Ch. Le Roux. Mais dans les sept cantons situés en tout ou en partie dans la plaine (3), Le Roux eut une écrasante majorité de 12.073 voix contre 3.379, ce qui assura son élection. Ici, le gouvernement impérial représentait encore les bleus contre les blancs, la Révolution contre l’ancien régime.

En Vendée, la situation était plus complexe. Dans l’arrondissement de Fontenay-le Comte, formé surtout de la plaine et du marais, les cléricaux ne présentèrent pas de candidat, et se bornèrent à demander au député gouvernemental sortant, A. Le Roux, de s’engager à voter pour le pouvoir temporel, ce qu'il fit (4). Il fut élu à une très forte majorité. Aux Sablesd'Olonne, les légitimistes présentèrent Falloux contre le député sortant, de la Poëze. À Napoléon-Vendée, de Sainte-Hermine, qui avait été des 91 et des 84, fut combattu à la fois par les légitimistes, qui présentaient Keller, et par les bleus dont le candidat était Alquier. L'’évêque Colet, modéré, mais sans influence, laissa son vicaire général, de Lespinay, organiser l'opposition contre les candidats officiels. De Lespinay adressa aux curés une circulaire chaleureuse en faveur de Falloux (5).

(2) Bressuire, Cerizay, Châtillon. Voir Versement de la Chambre A 228, et le débat de validation (13 décembre 1869).

(3) Argenton-Château, Saint-Varent, Thouars, et quatre cantons de l’arrondissement de Parthenay.

(4) Univers 22 mai.

(5) «Sa candidature, je le sais, sera vivement combattue par un pouvoir qui redoute de trouver devant lui un adversaire aussi vigoureux de sa politique de hasard, dont les résultats ont été si tristes pour la religion et si humiliants pour Ia France ». L’hostilité du gouvernement devait redoubler l’ardeur des catholiques. Quant à de La Poëze, »… jamais par ses votes il n’a donné preuve d’attachement au Saint-Siège, et quand on lui en fait l'observation, il se contente de répondre : « Ma politique est celle de l’'empereur. » Quelques-uns diront que M. de La Poëze est très complaisant, qu'il est toujours disposé, quand il en est requis, à faire sa tournée dans les diverses administrations afin d'appuyer des demandes de secours pour les églises, les écoles, les presbytères.. Loin de ma pensée de nier son aptitude pour les opérations de ce genre, qui demandent uniquement de bonnes jambes, une obséquiosité soutenue, et toute la

Le clergé fit une campagne très vive, non seulement pour :Falloux contre de La Poëze, mais pour Keller contre Sainte- Hermine (1). Il n’entraîna pas, cependant, la majorité des électeurs. Aux Sables-d'Olonne, de La Poëze fut élu par 17.900 voix contre 13.397. À Napoléon-Vendée, Keller eut 10.571 voix, Sainte-Hermine 9.892, et Alquier 6.792. Keller, élu en Alsace, retira sa candidature. Falloux et d’autres légitimistes refusèrent de se présenter à sa place. Le préfet, de Fonbrune, et Sainte-Hermine cherchèrent alors à obtenir l'appui du clergé. Sainte-Hermine s’engagea formellement à défendre le pouvoir temporel. Le préfet télégraphia au ministre de l’Intérieur : « Il est indispensable que les journaux de Paris envoyés en Vendée par ordre de Votre Excellence s’abstiennent de parler du clergé, qui marchera désormais avec nous, il y a lieu de l’espérer. » (2) Cette manœuvre suscita une réaction libérale en faveur d’Alquier ; la plupart des légitimistes s’abstinrent, mais le concours du clergé assura l'élection de Sainte-Hermine par 11.487 voix contre 10.122 (3)...

Dans le Maine et l’Anjou, la reconstitution d’un parti républicain violemment anticlérical (4) facilita, dans la plupart des circonscriptions, un accord entre l’administration et le clergé. Dans la Sarthe, l’administration resta neutre vis-à-vis de Haentjens, le seul des députés sortants qui fût mal vu du clergé. Il fut facilement réélu. Les trois autres sortants furent réélus avec l’appui de l’administration, de l’évêque Fillion, et de la grande majorité du clergé. Il en fut de même dans la Mayenne, sauf à Château-Gonthier, où le clergé paraît avoir voté en majo-

souplesse du courtisan.. Nous sommes véritablement à un moment solennel où tous ceux qui sont fermement dévoués à l’Église catholique doivent réunir leur influence sur les populations pour faire élire des candidats de la trempe de M. de Falloux, dont la candidature possède, je puis vous le certifier, toutes les sympathies de notre vénérable évêque, qui connaît mes démarches, qui les approuve et qui a bien à cœur de les voir couronner d’un entier succès. »

Cette circulaire fut publiée par l'administration, dans l’espoir qu’elle produirait une réaction. Elle fut lue le 3 décembre au Corps Législatif, Eschassériaux, le vainqueur d'A. Lemercier, s’écria : « C’est la candidature officielle de la cour de Rome OPpposée à celle du gouv ernement de l’empereur. »

(1) F195.819 À (Roy, Boisseau) ; Fie III Vendée 5, BB°° 389.

(2) 29 mai AB XIX 173; voir p. 910.

(3) Les républicains et les cléricaux coalisés firent invalider cette élection (3 décembre). Les légitimistes et le clergé présentèrent alors la candidature de Falloux. Sainte-Hermine ne s'étant pas représenté, l'élection opposa nettement les bleus et les blancs. Alquier battit Falloux par 12.759 voix contre 12.259.

(4) I avait deux journaux, le Courrier de la Sarthe, et l'Ouest. Voir Fe III Sarthe 7; Mayenne 6, Maine-et-Loire 8 ; BB:° 389.

rité pour un opposant, Andral, bien que le candidat officiel, de Pierres, se fût engagé à défendre le pouvoir temporel. En Maineet-Loire, Berger, le vainqueur de Falloux en 1866, ne fut pas combattu. Segris et Louvet eurent l'appui du clergé contre les républicains. Seul, Las Cases, bien que très catholique, fut battu par son vieil adversaire, Durfort de Civrae, que la majorité du clergé paraît avoir soutenu.

En Bretagne, les élections marquèrent un rapprochement, entre l'administration et le clergé. Même en Loire-Inférieure, ot: 1} restait très hostile au gouvernement, l’union libérale ne survécut pas à Lanjuinais. Thiers, qui avait pensé se présenter à Châteaubriant, y renonça, quand il vit qu'il ne pourrait pas grouper sur son nom les bleus et les blancs (1). Bien que les trois députés sortants fussent cléricaux, le clergé soutint leurs concurrents légitimistes, qui furent battus, mais obtinrent de fortes minorités. À Nantes, Prévost-Paradol, qui se recommandait de l’umion hbérale, n’eut pas 2.000 voix. Le républicain Guépin, connu comme hbre penseur, arriva en tête des opposants. Le légitimiste de Lareinty, se désista en recommandant de voter contre le candidat officiel, Gaudin, bien qu'il se fût engagé 4 défendre le pouvoir temporel. Mais le clergé soutint énergiquement Gaudin, et fut obei de la plupart des électeurs légitimistes, qui assurèrent la défaite de Guépin (2).

En Ille-et-Vilaine, le préfet Lefebvre, nommé en 1864, avait peu à peu atténué la politique de combat contre les légitimistes et le clergé suivie depuis 1859 par son prédécesseur Féart. Jusqu'en 1867 cependant, de nombreux conflits continuèrent à mettre aux prises l’administration et le clergé (3). Mais, à la fin de 1868, Brossais Saint-Marc se montra disposé à seconder l’administration dans les élections, à une condition : le député de Vitré- Fougères, de Dalmas, dont l'élection, en 1859, avait marqué la rupture entre l'administration et larchevêché, avait soutenu Féart dans ses luttes contre le clergé eb combattait la politique d’apaisement de Lefebvre ; Brossais Saint-Mare exigea qu'il

(1) Revue illustrée de Bretagne et d'Anjou, 1889, t. IV. L. Séché : M. Thiers, candidat à Châteaubriant...

(2) Voir F2e III Loire-Inférieure 8.

Ca AM nec 12.001 16.832 GUÉDIEE Er eo ae se 11.679 14.497 DenLaAremte- ete, 5.208 Prévost-Paradol....... 1.959

(3) FbI, dossier Lefebvre ; 1° 5.851 (Ménard, Montauban, Mury, Renault, Gampel), Fe III Ille-et-Vilaine 8 et 13, BB'* 1.717.

Cu

MAURAIN. — POLITIQUE

fût sacrifié. Lefebvre y consentit avec empressement, eb se mit d'accord avec Brossais Saint-Marc sur le candidat qu’ils soutiendraient à Vitré-Fougères, Thil (1). L’archevèque abandonnait ainsi le légitimiste Audren de Kerdrel qu'il avait soutenu en 1863. Le gouvernement consentit à ne pas soutenir de Dalmas, qui avait souvent voté avec le Tiers Parti, mais resta neutre dans l'élection. Brossais Saint-Marc se contenta de cette demi-satisfaction. Il dit à Lefebvre : «J'aurais pu mettre le feu aux quatre coins de votre département ; j’ai au contraire partout repoussé les candidatures qui se présentaient contre les vôtres ; j'ai notamment, après une dicussion fort vive, fait échouer celle de M. de Kerdrel, à Vitré comme à Rennes, et cela parce que je ne veux pas faire des élections politiques. Si les candidats officiels me donnent une satisfaction religieuse, je ne vois pas pourquoi je les combattrais. Du reste, on m'a toujours représenté comme hostile au gouvernement : je ne le suis pas. » (2) A Rennes et à Redon-Montfort, les candidats officiels cléricaux, de Piré et de La Guistière, furent réélus avec l'appui du clergé : les légitimistes n’osèrent. pas engager la lutte. À Vitré-Fougères, de Dalmas, vivement combattu par le clergé et sourdement desservi par Lefebvre, eut l’appui de presque tous les maires, nommés alors que l’administration était en lutte avec le clergé, eb restés anticléricaux. Il fut élu par 21.860 voix contre 13.276. C'était une victoire des bleus sur les blancs. À Saint-Malo, un des chefs de l’armée pontificale en 1860, de Lorgeril, s’était présenté. Brossais Saint-Marc, n'ayant pu l’en dissuader et m’osant pas le combattre, resta neutre entre lui et le candidat officiel, Rouxin, qui s'était engagé à voter pour le pouvoir temporel. Le clergé soutint de Lorgeril. De plus, deux libéraux se présentèrent. IF y eut ballottage. Au second tour, Rouxin, devenu le candidat des bleus contre les blancs, eut la plupart des voix qui s'étaient portées au premier tour sur les opposants libéraux, et fut élu (3). Les élections entraïînèrent une nouvelle

(1) Thil, sous-préfet de Fougères en 1859, avait exercé en faveur de Dalmas une pression qui avait été jugée excessive. Il avait alors donné sa démission et avait été élu conseiller général. Plus tard, il s’était rapproché du clergé, et était devenu secrélaire du conseil général d’Ille-et-Vilaine.

(2) 26 avril, Lefebvre à Baroche, BB: 1.792.

(SMAOURID Er = rer 12.795 16.773 DerLormene 8.332 10.740 Le Pommelec.......,... 4. AG?

POIMTEL RE Res 1.527

Le Pommelec s'était désisté en faveur de Rouxin. Le juge de paix de Dol expliquait ainsi cette élection : « L'esprit public... dans le canton de Dol, est éminemment

rupture entre Brossais Saint-Marce et les légitimistes. Un de ses vicaires généraux, Nouvel, beau-frère d’Audren de Kerdrel, donna sa démission (1).

Dans le Morbihan, les trois candidats officiels étaient cléricaux et furent soutenus par l’évêque, Bécel. Les légitimistes n’engagèrent la lutte qu’à Vannes, où leur candidat, de La Monneraye, eut, malgré Bécel, l'appui du clergé et battit de peu le candidat officiel (2). Dans les Côtes-du-Nord, l'accord fut complet entre l'administration et le clergé. Les candidats officiels cléricaux ne furent combattus que par les bleus et en triomphèrent dès le premier tour. De Janzé, abandonné par le gouvernement pour avoir souvent voté avec la gauche, Glais Bizoin, et le libéral opposé à de La Tour, réunirent d’ailleurs de fortes minorités (3).

Dans le Finistère, tous les candidats officiels, bien que cléricaux, furent combattus par des légitimistes que la majorité du clergé soutint, l’évêque Sergent restant neutre. Comme en outre des candidatures libérales furent posées, il y eut ballottage partout, sauf à Châteaulhn, où le candidat officiel fut élu. Les opposants tentèrent, pour le second tour, de former l’union libérale, mais ils n’y parvinrent qu'imparfaitement, Sergent s'étant prononcé contre Thiers et contre le républicain de Kératry qui devaient en bénéficier (4). À Quimper, le légitimiste

libéral, et dévoué... comme on dit ici, au drapeau tricolore. MM. Rouxin, Pointel, Le Pommelec, représentaient cet esprit politique aux yeux de la population. On les considérait comme étant de la même couleur politique. M. de Lorgeril.. ne personnifiait pas cet esprit politique. on le considérait comme foncièrement légitimiste. » (BB: 1.792). Cette union des « libéraux », gouvernementaux ou opposants, contre les légitimistes, était l'opposé de ce que l’on appelait, dans le reste de la France, l’union libérale. L'élection fut invalidée, mais Rouxin fut réélu.

(1) Nouvel écrivit à Brossais Saint-Marc : « Ma conscience ne me permet pas, en présence de l'attitude que vous avez cru devoir tenir dans les dernières élections, de continuer à prendre part à votre administration. » (K1° 2,567, rapport de Lefebvre, 3 juillet.)

(2) De Ta Monneraye:....,3.4 15.540. Voir Fie III Morbihan 7. LhomaseKercAado 1... 13.059 LIRICRRÉ TOI moe ee meeire 1.105 (3) Saint-Brieuc Loudéac Lannion De La Motte Rouge. 18.725 Carré Kérisouet. 15.017 De La Tour. 12.474 Glais Bizoin .......… 12801 De Janzé ...... 6.386 Depasse..... 10.793 De Villeneuve .. 3.067 Sur l'élection de Lannion, voir F°° 5.855, et le débat de validation (3 décembre). (4) AB XIX 173et R. Halt, Papiers sauvés des Tuileries : 29 mai 1869 ; télégramme

du ministre de l'Intérieur au préfet : « Ne négligez rien pour empêcher l'élection de M. Thiers à Morlaix. » Réponse du préfet, 30 mai: «Comme je viens de décider l’évêque à donner son concours contre MM. Thiers et Kératry, je reste ici demain pour tout

arrêter avec lui. »

de Carné n'eut que la moitié des voix libérales et fut battu. A Brest, Kératry fut élu malgré l'opposition de Sergent grâce aux voix libérales de Gasté, et à l'appoint d’une partie des légitimistes. À Morlaix, le légitimiste, bien qu'ayant obtenu beaucoup plus de voix que Thiers se désista en sa faveur, mais le candidat officiel, soutenu par Sergent, fut réélu (1).

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