‹ La Politique Ecclésiastique du Second Empire de 1852 à 1869Chapitre 62 sur 150 · III. — Le conflit de Moulins · texte numérisé non relu

III. — Le conflit de Moulins

Un conflit survenu en 1857 entre l’évêque de Moulins et le gouvernement impérial affecta gravement les relations de celui-ci avec la cour de Rome.

Falloux avait nommé évêque de Moulins en 1849 l’abbé de Dreux-Brézé. Très légitimiste et très ultramontain, Dreux- Brézé avait jusqu’alors vécu à Paris où il se consacrait à des œuvres charitables avec plusieurs prêtres d'opinions analogues aux siennes, jeunes et distingués comme lui : Ségur, Gay, Gibert, de Conny. Il trouva dans l’Allier une population peu religieuse et en partie révolutionnaire, un clergé médiocre sans zèle ni autorité, une administration diocésaine désorganisée par la faiblesse de son précédesseur. Ayant pris pour collabo- : rateurs Gibert et de Conny, il entreprit de réformer complètement son diocèse et de le ramener à l’unité romaine. Il ne tint pas le moindre compte de la législation civile ; il n’observa aucun ménagement envers les fidèles, ni envers son clergé auquel il faisait durement sentir sa triple supériorité de grand seigneur, d'homme éminent et de prêtre irréprochable. Il fut bientôt détesté.

Il confia son petit séminaire aux Jésuites, établit la liturgie romaine, exigea de ses prêtres des sacrifices pécuniaires, les fit surveiller par leurs collègues et par des laïques ; il déplaça un grand nombre de desservants. Les chanoines et les curés de cantons, étant inamovibles, pouvaient lui résister. Il créa avec l’assentiment du pape (rescrit du 19 septembre 1853), mais sans consulter l'autorité civile comme l’exigeaient les

(1) F1 6,176 ; minute de Ja main de Rouland, 19 avril 1859.

(2) F1 2.541 ; F1 6.092 ; F1° 5.830 (Brillaud) ; F2e III Allier 6 et 10.

Mémoires et” documents, volume 116; Correspondance diplomatique, marsaoût 1857.

Articles Organiques, de nouveaux canonicats, auxquels il nomma des prêtres dociles. Il exigea des prêtres qu’il nommait à des cures l’engagement de ne pas se prévaloir de leur inamovibilité s’il voulait les révoquer ou les déplacer (1). Il promulgua en 1854 des statuts diocésains portant que tout prêtre faisant appel auprès de l'autorité civile d’une décision épiscopale était excommumié 1pso facto. Il obtint en fait la démission de cinq curés inamovibles.

- D'autre part, appuyé sur les légitimistes qui étaient assez nombreux et très ardents dans l’Allier, il créa de graves difficultés aux préfets qui se succédèrent à Moulins. Ils durent ou se soumettre à son autorité (2), ou entrer en conflit avec lui (3). Il s’opposa à l'inspection des pensionnats de filles congréganistes et refusa d’assister au baptême du prince impérial.

Cependant le gouvernement tolérait les irrégularités de son administration dont il était informé (4). La résistance vint du clergé. Des prêtres se plaignirent au ministre des Cultes et au nonce. En octobre 1856, deux curés inamovibles de Moulins, Gomot et Martinet, prirent l’initiative d’une pétition au pape contre Dreux-Brézé. Elle réunit un certain nombre de signatures dans le clergé et fut envoyée au nonce le 2? novembre. Dreux- Brézé, informé, écrivit au pape pour se justifier et menaca les auteurs de la pétition. Le 8 février 1857, il publia une réponse bienveillante de Pie IX qui disait n’avoir reçu aucune plainte contre lui (5); par la même ordonnance, il frappa d’interdit ex informala conscientia le curé Martinet qui, le 11 février fit appel contre son évêque à « la justice de l’empereur ». Très populaire, Martinet fut l’objet de manifestations de sympathie qui faillirent se transformer en émeute contre l’évêque. Les notables de Moulins adressèrent au gouvernement une pétition contre Dreux-Brézé. Les légitimistes eux-mêmes ne prirent pas sa défense. Rouland et le nonce l’invitèrent vainement à la modération. Il suspendit Gomot le 15 février et annonça l’inten-

(1) I semble que ces prêtres, en renonçant à se pourvoir contre une décision épiscopale auprès de l'autorité civile, ne renonçaient pas formellement à en appeler au métropolitain ou au pape.

(2) Charnailles (1851), Delahaute, (1854-1856).

(3) Maupas (1851), Genteur (1857-1863).

(4) Dupanloup avait également créé en juin 1855 de nouveaux canonicals avec l'assentiment du Saint-Siège mais sans l'autorisation du gouvernement (I 1° 2,649).

(5) En fait, la pétition était arrivée à Rome, mais elle était restée dans les bureaux. Le papé, qui n’en était pas informé, regretta plus tard que Dreux-Brézé eût publié sa lettre.

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