‹ La Politique Ecclésiastique du Second Empire de 1852 à 1869Chapitre 64 sur 150 · I. — L'Instruclion Publique · texte numérisé non relu

I. — L'Instruclion Publique

Comme Fortoul, Rouland chercha à renforcer l’autorité de l'État en matière d'enseignement tout en veillant à ce que les établissements publics méritassent la confiance des familles catholiques ; mais il montra plus de bienveillance pour l’Université.

Dès son arrivée au pouvoir il eut à résister aux entreprises du clergé. Au début d’août 1856, l’évêque d'Arras, Parisis, se plaignit dans une circulaire confidentielle à son clergé des faciltés assurées dans les établissements d'enseignement secondaire à l’instruction religieuse des élèves protestants. Cette circulaire fut divulguée et attaquée par un journal démocrate, Le Progrès du Pas-de-Calais. Parisis en expliqua et en limita la portée dans une lettre pastorale du 14 septembre 1856. Mais dès le 13 septembre, Rouland rappela aux recteurs par une circulaire publique que les élèves protestants et israélites continueraient à trouver dans les établissements de l’État « le concours sincère de l’administration pour la libre pratique de leurs croyances religieuses (2) ».

Rouland se préoccupa beaucoup des congrégations enseigantes. Il défendit énergiquement les établissements secondaires publics contre leur concurrence. La municipalité de Vannes voulait supprimer son collège presque ruiné par la concurrence des Jésuites. Rouland en obtint le maintien en menaçant la

(1) Dutacq : Gustave Rouland, ministre de l’Instruction Publique (1856-1863). (2) F'e IIT Pas-de-Calais 9. Rapport du sous-préfet de Boulogne (20 septembre) ; BB: 1.498, Voir Guillemant: Parisis ; Bonet-Maury : Histoire de la liberté de conscience. Malgré la circulaire de Rouland, dans certains établissements publics, les élèves protestants continuèrent à être envoyés à la messe (F1* 9.986 Caen, 24 décembre 1859)

municipalité de reprendre les locaux (1). Les recteurs s’abstinrent d'assister à la pose de la première pierre des collèges de Jésuites de Poitiers et de Bordeaux, tandis que les autorités civiles et militaires, à peu d’exceplions près, prenaient part à ces cérémonies (2):

Le supérieur des Jésuites de Marseille, Tissier, ayant dans un sermon incité les familles catholiques à ne pas envoyer leurs enfants dans les lycées, Rouland, sur le rapport du recteur. ordonna au préfet de convoquer Tissier et de lui dire « que PÜniversité actuelle n’est coupable d’aucune attaque contre l’enseignement libre ou des congréganistes, que le ministre, interprète de la haute et impartiale pensée de l’empereur, protège cet enseignement tout en patronant celui de l'État ; qu’un religieux dont la société est tolérée et non autorisée en France manque gravement à ses devoirs et aux lois en abusant des droits de la chaire pour déprécier nos établissements dans l’esprit des familles. et qu’il ait désormais à se garder de pareilles fautes parce que je saurais trouver dans le pouvoir épiscopal et dans l’autorité publique le moyen de les réprimer énergiquement (3) ».

A partir de septembre 1856, aucune congrégation d'hommes vouée à l’enseignement primaire ne fut reconnue comme établissement d'utilité publique. Rouland chercha à faire respecter par les congrégations qui dirigeaient des écoles publiques les lois et les règlements, mais il se heurta à une résistance obstinée. Les frères des Écoles chrétiennes persistant à refuser de percevoir la rétribution scolaire, la subvention annuelle de 8.400 francs qui leur était versée depuis 1822 fut supprimée en 1857 (4). Le supérieur des frères de l’Instruction chrétienne de Ploërmel, J.-M. de Lamennais, rédigea le 2? avril 1857 une note qui montre bien Îles tendances opposées de l’administration et des congrégations «Tout l'embarras de la situation actuelle tient à une erreur fondamentale : c’est qu'après avoir reconnu la congrégation en principe, on la méconnaît complètement en pratique. Elle est admi-

(1) Dutacq, Gustave Rouland, ministre de l'Instruction Publique.

(2) F17 9.986 (Bordeaux, 0 novembre 1858, Poitiers, 21 juillet 185S et 14 avril 1859). BB:° 421, P 1.632. En décembre 1856, dans le collège de Mongré, près de Lyon, des élèves lacé rérent : salirent une image représentant l’empereur. Les Jésuites rendus prudents par l'incident de Saint- Étienne renvoyèrent cinq élèves et avisèrent aussitôt le recteur. Cette répression fut jugée suffisante et l'affaire n’eut pas de suite (BB'° 1.561).

(3) « J'avertis aussi Mgr l’évêque », ajoutait Rouland (6 avril 1858, F9 6.288).

nistrativement détruite. Sous le régime actuel, en effet, les instituteurs congréganistes sont traités absolument comme sileur congrégation n'existait pas. Un seul point paraissait établir encore quelque différence entre eux et les laïques : c'était le droit de mutation réservé aux supérieurs des congrégations. Eh bien ! ce droit est aujourd’hui purement illusoire. Aucun sujet ne peut être placé ni déplacé qu'après l'approbation de M. le préfet, laquelle en certains cas même pressants se fait malheureusement attendre jusqu’à des mois entiers... Ce n’est plus le frère, c’est l’homme indépendant, espèce de laïque en froc, que l’administration nomme ou destitue, qu’elle reconnaît et paie absolument comme s’il ne relevait d'aucun supérieur comme religieux. Et c'est ainsi que nos jeunes frères se seront bientôt habitués à ne dépendre plus de leur institut. Déjà de tristes défections en font foi (2). »

L'administration cherchait en effet, à restreindre le rôle des congrégations, mais elles gardaient en fait une largeindépendance, notamment en matière disciplinaire. L'autorité civile, très sévère envers les instituteurs laïques ne prenait presque jamais de sanctions contre les congréganistes et laissait à leurs supérieurs le soin de réprimer leurs fautes (1).

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