‹ La Politique Ecclésiastique du Second Empire de 1852 à 1869Chapitre 69 sur 150 · III. — La Normandie · texte numérisé non relu

III. — La Normandie

Sauf dans l’Euré, les populations normandes sont assez religieuses, surtout dans la Manche et dans l'Orne. Le clergé est une des forces qui concourent au maintien de l’ordre social auquel les Normands sont très attachés. C’est, en politique, son seul rôle, et son influence reste médiocre, bien que les classes riches qui dominent la province cherchent à la fortifier. Elles favorisent la création d'écoles congréganistes, auxquelles les conseils municipaux sont au contraire généralement peu sympathiques, du moins pour les garcons. Le recrutement sacerdotal commence à devenir insuffisant. Le clergé est favorable à l’Empire auquel d’ailleurs presque tous les légitimistes et beaucoup d’orléanistes sont ralliés. Dirigé par des évêques modérés, il crée peu de difficultés à l'administration. Il n’y a en Normandie ni journal clérical important, ni congrégation remuante ; les écoles secondaires ecclésiastiques sont dirigées par les évêques.

Coutances (2). — Le clergé de la Manche est « nombreux, surabondant même (3) » ; influent, il « a le tort de se mêler de tout (4) ». L’évêque gallican Robiou, après avoir administré

(1) A. Siegfried : Tableau politique de la France de l'Ouest...

(2) F1°2.494 (Delamarre), 2.518 (Daniel), 6.179 (Robiou), 5.806. F17 8.986. Le Cacheux : M. Bénésit et ses collaborateurs au séminaire de Coutances. Coutances, 1906, in-80.

(3) F1° 6.179 : Robiou à Fortoul, 2 avril 1852.

(4) F195.605, septembre et novembre 1856, janvier et juillet 1857.

dix-sept ans le diocèse, démissionne en novembre 1852 pour échapper aux « tracasseries » des ultramontains. Il a pour successeur Daniel, inspecteur général de l’enseignement secondaire, qui à fait toute sa carrière dans l'Université et l’a défendue en 1545 contre les adversaires du monopole. Gallican, mais avec plus de modération que Robiou, il garde ses collaborateurs. Il reste bienveillant pour l’Université tout en dirigeant trois écoles secondaires libres, dont le collège municipal de Valognes qui lui est cédé en 1857. Pour les soutenir, il prescrit des quêtes qui suscitent du mécontentement. L'influence du clergé semble d’ailleurs s’affaiblir. Le recrutement sacerdotal, naguère pléthorique, commence à devenir difficile (1). La Manche est le département d’origine de Havin, qui y garde de l'influence, et le Siècle y est assez répandu.

Séez (2). — Le clergé est puissant dans l'Orne, surtout dans la région de Domfrônt, Les blancs et les bleus s’y opposent, comme en Bretagne, mais les luttes politiques y sont moins vives. L’évêque Rousselet et son clergé font voter en 1851 et 1852 pour le gouvernement. Aux élections, l'administration présente un blanc à Domfront et deux bleus dans l’est du département. Bien que ceux-ci lui soient antipathiques, le clergé soutient les trois candidats officiels, qui sont facilement élus. De 1853 à 1859, le préfet Jeanin, peu disposé à faire des concessions au clergé, entretient cependant avec lui de très bonnes relations.

Bayeux (3). — Le clergé, dirigé par des évêques modérés, Robin, puis Didiot (1856-66), est comme eux favorable au gouvernement. Mais il exige des communes, pour les édifices paroissiaux, des sacrifices trop considérables et entre souvent en conflit, à ce sujet, avec les municipalités. En 1857, l’administration combat Leroy-Beaulieu qu'elle avait fait élire à Lisieux en 1852 mais qui a voté en 1854 contre la loi sur l'instruction publique. Bien qu'il ait par ce vote prouvé son dévouement aux intérêts de l’Église, le clergé l’abandonne, et il n'obtient que 2.802 voix contre 18.605 au candidat ofliciel. Cette élection, comme celles de l'Orne, montre que le gouvernement peut ici choisir ses candidats sans tenir compte des préférences du clergé. Il est assuré de sa docilité.

(1) F1° 2,518 (1855): Baroche 1.018 (1858). ,

(2) Fie II 101 ; F2° 2.589, 5.860, 6.253 ; F 17 9.986. Voir bibliographie : épiscopat, Rousselet. .

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