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(2) Notamment les Dames du Sacré-Cœur, celles de la Visitation, et les sœurs de Sainte-Chrélienne., Dupont des Loges, supérieur de cette congrégation, envoya en 1850 cinq de ses sœurs à la comtesse de Chambord qui voulait ouvrir à Frohsdorf une école franco-allemande. Voir : La congrégation de Sainte-Chrétienne (collection : les Ordres religieux, publiée chez Letouzey et Ané; 1922, in-12).
(3) F'e JIT S Moselle 15, 27 novembre 1858.
(4) Dèsle 5 juillet 1844, il répondait en ce sens à une démarche du ministre de l’Instruction Publique. Il signalait que dans quelques paroisses où le français avait supplanté l'allemand, ce changement trop rapide avait nui à l'instruction religieuse. Il jugeail nécessaire que les enfants apprissent d’abord l’allemand, et reçussent instruction religieuse en cette langue. Ensuite seulement pourrait commencer l’enseignement du français. Dupont des Loges renvoya Fortoul à cette lettre quand celui-ci lui demanda son concours en 1853. (F 19 5.82b).
est favorable à la diffusion du français et se réjouit des progrès qu'il réalise, surtout dans l'arrondissement de Thionville. Il recommande aux curés « de suivre attentivement ces progrès et d'y proportionner leur mode d'instruction. » (1) En 1858, il accepte, ainsi que son collègue de Nancy, le nouveau plan d’études proposé par l'académie : les enfants feront d’abord uniquement du français pendant deux ans, puis du français et de l’allemand ; seule l'instruction religieuse sera toujours donnée en allemand (2). Mais, malgré leur évêque, les prêtres, surtout dans l’arrondissement de Sarreguemines, s'opposent autant qu'ils le peuvent aux progrès du français, et réussissent généralement à empêcher les sœurs de l’enseigner, même lorsqu'elles seraient en état de la faire.
Strasbourg (3). — La région de Belfort exceptée, l’Alsace parle un dialecte allemand. Le clergé catholique, ainsi d’ailleurs que le clergé luthérien, est de culture germanique. L’évêque, Raess, est un alsacien qui a fait sa carrière à Mayence jusqu’en 1850, puis à Strasbourg. Il écrit et parle habituellement en allemand ou en dialecte. Les protestants forment un dixième de la population du Haut-Rhin, et plus d’un tiers de celle du Bas-Rhin. Les juifs sont nombreux et impopulaires. La vie confessionnelle de l’Alsace est très active et très particulière.
Dans ce pays où le parti légitimiste n'existe pas et où les républicains sont nombreux, le clergé accueille favorablement le coup d'État et vote pour le gouvernement aux deux plébiscites (4). Par contre beaucoup de protestants sont orléanistes ou républicains. Le journal catholique de Strasbourg, l'Alsacien, reçoit le monopole des annonces légales. Le Courrier du Bas-Rhin, plus important, protestant et libéral, est au fond hostile au gouvernement, mais réservé,
L'administration tente cependant de se concilier les deux
(1) Dupont des Loges assurait Fortoul que les prêtres suivaient ces conseils (27 juin 1853, F1°5.825.) Rien ne confirme cette déclaration, même pour l’arrondisse” ment de Thionville d'où Dupont des Loges revenait lorsqu'il écrivit celte lettre
(2) Sur ce point le programme de 1858 marquait l’abandon de quelques tentative faites depuis 1852 pour que l'instruction religieuse fût donnée dans îes deux langues"
(3) Fic I 108; F:e1II 102; BB:o 376, 404 P 738; BB: 1.556, 1.557, 1.567 F1 2,584, 5.864, 6.288 ; F2? 9.986 : F1#297. Voir Et. Cornut : Vie de Mgr Freppel; Gautherot : E. Keller. P. Muller : La révolulion de 1848 en Alsace. Staehling : Histoire contemporaine de Strasbourg et de l'Alsace. Durkheim Montmartin : Erinnerungen alter und neuer Zeit, Stuttgar, 1877-78, 2 in-80.
(4) Le 16 décembre 1851, Raess avait envoyé à ses prêtres une circulaire où il leur recommandait de voter oui. Une circulaire analogue avait été adressée, le même jour aux pasteurs par le directoire de la confession d’Augsbourg.
MAURAIN. — POLITIQUE 18
cultes, en apaisant leur rivalité. Aus élections de 1852, elle désigne un protestant, de Bussierre, à Strasbourg, et des catholiques. Tous sont élus sans lutte, mais aux élections cantonales d'août, de Bussierre est battu par un catholique. Le protestant Durckheim, préfet du Haut-Rhin, accusé de favoriser ses coréligionnaires est dénoncé comme orléaniste et remplacé en novembre 1853 par Cambacérès, qui d’ailleurs ne tarde pas à se plaindre des empiètements du clergé catholique. Le maire catholique de Strasbourg, Couleaux, appuyé par le préfet West, tente de faire attribuer à la ville les biens du chapitre protestant de Saint-Thomas, mais il échoue devant la résistance de Bussierre (1852-55). West est remplacé par Migneret qui ménage les deux cultes.
Dans toute l'Alsace, cependant, leur rivalité tend à s’accentuer. Elle se manifeste à propos des processions (1), dans les élections municipales, en matière de bienfaisance et d'enseignement. Chaque culte tend à avoir ses écoles secondaires comme 1l a ses écoles primaires. Raess doit renoncer, devant l'opposition du gouvernement et les résistancés d’une partie de son clergé, à fonder un collège de Jésuites (1852-53) ; (2) mais, outre son petit séminaire, il dirige des institutions libres, où le clergé incite les catholiques à envoyer leurs enfants. « Il y réussit dans une certaine mesure à Haguenau où l’internat ne compte guère que des protestants, et à Strasbourg même où les pensionnaires protestants tendent à devenir plus nombreux que les catholiques. » (3) Comme il y a également des collèges libres protestants, les établissements mixtes de l’État pâtissent doublement des divisions religieuses. L'administration académique doit faire ériger en lycée le collège de Colmar pour lui permettre de résister, et dissuader la municipalité de Rouffach de céder son collège à l’évêque. Au début de 1857 les protestants obtiennent de l’administration la création de nouvelles paroisses dans la région de Haguenau et de Saverne. Le clergé catholique s’en plaint vivement. Migneret ordonne à l’Alsacien de cesser sa polémique contre les protestants et fait savoir par circulaire que l’administration, tout en lui donnant le privilège des annonces, n’en a pas fait son
(1) Elles furent en général autorisées, sauf à Strasbourg et à Colmar. (F1° 5.549 ; Fie TITI Haut-Rhin 14, juin 1860.)
(2) F19 2,584. Cornut : Vie de Mgr Freppel. Les Jésuites avaient un noviciat dans le Haut-Rhin et une résidence à Strasbourg. Leur influence était médiocre, ainsi que celle des autres congrégations établies dans le diocèse.
(3) F17 9.986, 8 novembre 1858.
organe officieux. L'Univers reprend alors la campagne arrêtée en Alsace et incite les catholiques à ne pas voter pour de Bussierre (1). Le curé de Haguenau lance la candidature du catholique Schauenburgh, mais celui-ci refuse de se présenter, Raess appuyant de Bussierre, qui est élu par 21.662 voix contre 4.539 (2).
À Belfort, l'administration combat pour des raisons non politiques le député sortant, Migeon, et sollicite pour son candidat, Nizole, le patronage de Raess. Mais Migeon a su se concilier les curés qui font campagne pour lui «avec une sorte de frénésie. » (3) Il est élu par 17.001 voix contre 10.506, mais invalidé. Raess, pour lui faire perdre l’appui du clergé, décidele gouvernement à prendre pour candidat un «catholique avant tout», Keller. Migeon bat cependant Keller en mai 1858 par 16.02% voix contre 14.591, mais il est de nouveau invalidé. Cette fois le clergé appuie énergiquement Keller qui est élu par 18.509 voix contre 10.978 (mars 1859).
Le clergé alsacien donne donc en général son appui au gouvernement, maisil suscite souvent des difficultés administratives. Il s'oppose notamment à la célébration des fêtes patronales, qu'il juge peu édifiantes. Des maires démissionnent ; d’autres font supprimer les suppléments de traitement que la plupart des communes assurent à leurs prêtres. Les préfets et les magistrats se plaignent à Raess des prêtres qui troublent ainsi leurs communes, mais il accepte rarement de les punir et se borne à leur donner des conseils. Or il a peu d’autorité, surtout dans le Haut- Rhin. Aussi, dès 1856, le procureur général, cependant bienveillant pour le clergé, Blanc, propose-t-il de faire un exemple en poursuivant un prêtre combatif. Mais le gouvernement se contente de le faire réprimander par Raess (4).
D'autre part, le clergé catholique, ainsi que le clergé protestant, contrecarre les efforts de l’autorité académique pour développer l’enseignement du français. À cette époque, la question des langues reste d’ordre technique et scolaire. C’est plus Lard qu’elle deviendra politique et passionnera l'opinion.
(1) Univers, 11, 24 maï, 16 juin, 1er juillet. Voir F?° 518.
(2) Sauf à Belfort, les autres candidats officiels furent réélus sans concurrents. Les protestants de Saverne cherchèrent à combattre Couleaux, contre qui l'affaire de Saint-Thomas les avait irrités, mais ils y renoncèrent, Raess adressa en février 1858 à Rouland un long mémoire où il accusait l'administration de favoriser les protestants et ceux-ci d’avoir des sympathies pour la Prusse. (F1? 2.584.) 2.10
(3) BB:0 376. Voir BB°° 1.567 et F1s 2.584. Migeon avait su se créer une clientèle personnelle ; en outre, des opposants de toutes nuances votèrent pour lui.
(4) BB:6 1.556 ; F1° 5.864, Boehler.
Dans l’ensemble, les questions religieuses, sans créer en Alsace de grosses difficultés au gouvernement, y rendent cependant l'administration très délicate. Le gouvernement ne veut pas prendre parti dans les dissensions religieuses qui dominent la vie publique. Il tente vainement de les apaiser, e£ réussit à peine, par son autorité généralement impartiale, à les contenir. Il obtient le concours des deux clergés, mais sans pouvoir les satisfaire complètement ni compter sur leur dévouement. De part et d’autre on suspecte son impartialité, et d’ailleurs on ne s’en contenterait pas. Bien que l'administration réussisse jusqu’en 1859 à empêcher l’antagonisme des deux cultes de susciter des conflits violents, il ne permet pas cette atonie de la vie publique, cette union dans la confiance et dans la docilité envers le pouvoir qui est l'idéal du Second Empire. Dans toutes les régions mixtes, l’administration rencontre des difficultés analogues.