F7 3.481 ; BB°0 388 ; BB:: 157, A2 9.742 ; F
(4) Fe III Tarn 75 91avril 1855.
Gonzague, sont soupçonnés d’avoir voté contre le rétablissement de l'Empire. C'est un chanoine qui dirige le journal légitimiste d'Albi, le Conciliateur du Tarn, que l'administration rap pe de deux axe tscnents en octobre 1853, et qui disparait. Le clergé continue à subir l'influence des légitimistes, mais il donne son concours à l’administration.
Dans l’arrondissement mixte de Ces quelques élections municipales et cantonales mettent aux prises catholiques et protestants (1). En 1858, plusieurs prêtres et laïques détournent de leurs familles deux jeunes protestants et les convertissent au catholicisme. Cinq des coupables, dont un prêtre sont arrêtés. Mais les deux enfants étant rendus à leurs parents, le gouvernement, ne voulant pas donner de retentissement à l'affaire, la termine par un non-lieu, en laissant à l’archevêque le soin de punir les prêtres compromis. Le procureur général de Toulouse estime que l'intervention de la justice, même sans condamnation, produira un bon effet « dans un pays où des actes de même nature paraissent s'être souvent renouvelés (2) ».
Montauban (3). — L'influence du clergé dans les campagnes du Tarn-et-Garonne est assez grande ; il y est très nombreux et tente de diriger les communes, Mais le grand rôle que jouent les questions religieuses dans le département vient de la présence
Montauban de cinq mille protestants, ardents, influents, et groupés autour de leur faculté de théologie. L’évêque Doney, ultramontain, intransigeant, et de caractère difficile, les combat âprement. Les légitimistes, qui dirigent à Montauban un grand nombre d'associations charitables et de sociétés de secours mutuels se groupent autour de Doney. Il est d’ailleurs peu aimé de son clergé qui le trouve trop sévère. Il a confié son petit séminaire aux Jésuites, qui sont influents. |
Après le coup d'État, le préfet, Dufay de Lauraguet, s'appuie sur les légitimistes et le clergé. Le candidat officiel élu à Montauban est Janvier de La Motte, « homme du clergé par-dessus tout ». (4) Mais un nouveau pré fet, Chambaron, et surtout son successeur Levasseur dont la femme est protestante, ont de fréquents conflits avec Doney. Ses relations avec le gouverne-
(1) Fe III Tarn 7 ; rapport du sous- préfet de Castres, 7 juillet 1858 ; BB1° 1.543, rapport du procureur général de Toulouse, 25 sie 1855.
(2) BB1°1:578, 13 juin 1858 ; F2e III Tarn 7 ; 12 juillet 1858. TE A
HRRSNIAIUR eDRELS8E BB: 1543 A2 a 1.552 A2 6.810 F'° 2.538. 5.826, 5.827, 6.253, 6.288 ; F17 9.986, 11.665.
(4) Fe III Tarn-et-Garonne (10 juillet 1854).
MAURAIN. — POLITIQUE
ment deviennent difficiles (1), I se plaint du recteur de Montauban, et obtient qu’il soit remplacé par un inspecteur d'académie clérical, Marty. La proclamation du dogme de l’Immaculée Conception accentue l’antagonisme des deux cultes, Doney la fête par une procession que l'administration tolère ; mais elle interdit l'érection d’unestatue de la Vierge sur une place publique, Les légitimistes et le clergé font alors élire conseiller général de Montauban le président de la Société de Saint-Vincent de Paul contre le candidat officiel protestant.
Un nouveau préfet, Launay Le Provost, continue la lutte, el obtient la mise à la retraite de l'inspecteur d'académie, Marty, qui favorisait les instituteurs congréganistes, Doney se plaint vivement de l’hostilité de l'administration dans son mandement sur la naissance du prince impérial, qui fait scandale. Il tente vainement de s'appuyer sur le conseil général contre le préfet ; 1l multiplie, dans ses mandements, les attaques contre les protestants. L'administration de Montauban est rendue très difficile par les luttes confessionnelles, et plusieurs crises municipales se produisent. Le préfet se plaint de « la guerre ouvertement déclarée à l’enseignement de l'État, à l’enseignement laïque », et du « fanatisme clérical ». « Ou subir ses envahissements et sa domination en plaçant l'Église, comme l'écrit l’évêque, au-dessus de tous les autres intérêts, ou subir ses haines et ses rancunes, telle est. l'alternative où nous sommes (2).» Enfin, un nouveau préfet, Lorette, (1857-1860) réussit à rétablir des relations courtoises avec Doney, sans sacrifier les protestants (3).
NN /Le SudOmest
Le clergé, en général, ne joue pas de rôle politique dans le Sud- Ouest. Sauf à Toulouse, le parti légitimiste qui a ses sympathies n’est pas assez fort pour agir seul. Les conservateurs se groupent autour de l'administration qui est toute puissante. Le parti républicain étant écrasé, la vie politique est presque éteinte. Le clergé a de l'influence dans les Pyrénées et dans les Landes, mais il en use surtout pour améliorer sa situation matérielle e& pour
(1)Voir p. 98.
(2) Fe TITI Tarn-et-Garonne B, 9 avril 1856.
(3) Aux élections de 1857, Janvier de La Motte fut réélu, ayee l'appui de l’administration, mais, dans la ville de Montauban, il n’obtint que 1.625 voix contre 1.647 au républicain protestant.
diriger les communes. Les difficultés qu'il suscite à l’administration dans l'Ariège et dans les Hautes-Pyrénées n’ont trait qu’à des affaires locales (1).
Dans les plaines, le clergé a peu d'influence sur le peuple, mais l'administration et les classes riches l’appuient par crainte des rouges. « Je ne crois pas que le véritable esprit religieux. fasse beaucoup de progrès et pénêtre profondément dans les masses, écrit le recteur de Bordeaux (2). Mais à défaut de ce bien réel, 1l y a une tendance bien prononcée de la part de toutes les autorités locales et de la plupart des hauts fonctionnaires à favoriser tout ce que tente le clergé, quelle qu’en soit la forme, pour multiplier ses moyens d'action et étendre son pouvoir. L'éducation de l'enfance et de la jeunesse est dans ce sens un des principaux buts de ses efforts ». L'enseignement secondaire ecclésiastique est prospère, mais les instituteurs congréganistes restent assez peu nombreux. Les congrégations se développent beaucoup dans les villes grâce à la clientèle des classes riches Partout, le clergé se recrute assez facilement.
Carcassonne (3). — Le clergé et les légitimistes ont peu d'influence, sauf dans les montagnes de l’arrondissement de Limoux. Sous la direction d’un évêque intelligent et ambitieux, de Bonnechose, le clergé se rallie à l'Empire et donne son concours à l'administration, La Bouillerie, nommé en 1855, suit la même politique, malgré ses origines légitimistes.
Perpignan (4). — Le clergé « peu instruit, et de mœurs par trop espagnoles (5) » est très influent dans les montagnes ; il se recrute en grande partie en Cerdagne. « Les choses changent assez généralement dans la plaine. Les devoirs religieux sont presque complètement négligés par les hommes... Le curé n'est plus le conseiller naturel dans toutes les affaires, Le pasteur vénéré d’un troupeau respectueux et docile. La guerre éclate souvent entre la commune et lui ; il est l’objet d'attaques passionnées, bien heureux quand on se borne à le chansonner (6) .» Les habitants de la plaine avaient été gagnés par la propagande républi-
(1) Sur le diocèse de Pamiers, voir chap. V, $ 4; sur le diocèse de Tarbes. voir chap. XI, 8 3.
(2) F17 9.986, 10 août 1858. Re c
(3) BB':+ 1.542 A2 5.746 ; F'° 2.572, Bonnechose ; 2.506, La Bouillerie ; B.S00, Voir bibliographie : épiscopat, Bonnechose, La Bouillerie.
(4) BB:° 1.539 ; F1° 2.560, Gerbet ; 2.554, Galtier ; 5.845 ; F 11 9.986.
(5) Fie III Pyrénées-Orientales 5 ; 3 juillet 1854. v-
(6) F279.986, 13 juillet 1858, rapport de l'inspecteur d'académie.
caine, mais «en haine des légitimistes, ils se sont presque tous ralliés au gouvernement impérial (1) ».
Le vieil évêque de Perpignan, de Saunhac, est légitimiste comme la plupart de ses prêtres, mais il ne fait pas d'opposition. Après sa mort (1853), son successeur Gerbet, ultramontain impérialiste, aide l’administration à soustraire le clergé à l'influence légitimiste, Il introduit dans le diocèse l'Univers, qui n’y comptait aucun abonné et engage ses prêtres à le lire, au lieu de la Gazette de France, légitimiste et gallicane. Des condamnations, d’ailleurs très légères, qui frappent deux desservants en 1855 (2), l'hostilité du sous-préfet et du procureur impérial de Prades contre le vicaire général. Chéruel (3), suscitent quelques difficultés entre Gerbet et l’administration. Mais il obtient satisfaction avec l’appui du préfet (4).
Toulouse (5). — Le clergé est assez influent dans la Haute- Garonne. Toulouse. surtout, « véritable capitale du légitimisme dans le Midi (6) » est un centre d'action cléricale. « … Il y a ici plus qu'ailleurs des traditions invétérées de patronage entre les familles dites patriciennes et le clergé. C’est chez elles qu'il trouve argent, appui, accueil. Il ne se fait rien non plus dans ces familles sans que le directeur de conscience soit consulté ou employé. Les mariages, les testaments, les affaires, tout est soumis à un examen, à un contrôle religieux, et ensuite soutenu par l'influence religieuse. Il y a eu à Toulouse, (c’est un fait judiciairement constaté) un conseil d’ecclésiastiques casuites où l’on consultait sur la quotité des legs à faire, etc. Il n’est presque pas une affaire civile ou criminelle où nous n’apercevions la trace de l’action ecclésiastique, mise au service des familles aristocratiques, ou secondée par elles (7). » Les Jésuites ont à Toulouse un noviciat et un collège où l'aristocratie fait élever ses enfants.
(1) F2 TIT Pyrénées-Orientales 5 ; 15 juillet 1853.
(2) L'un pour détention d'armes destinées aux carlistes espagnols, l’autre pour des propos alarmistes tenus à des conserits. (F1° 5,845 Matillo, Respaut ; BB: 1.539 ; Fc III Pyrénées-Orientales D ; 14 avril 1855.)
(3) Chéruel était le principal collaborateur de Gerbet qui avait retiré les fonctions de vicaire général à Gallier, tout puissant sous son prédécesseur. Galtier fut nommé évêque de Pamiers en 1856.
(4) Le sous-préfet de Prades fut mis en non-activité. Le procureur impérial démentil les propos qu'on lui avait prêtés.
(5) F7 3.481 ; BB°° 388, 416 P 1.291 ; F2 2.554 Belaval ; 2.587 Mioland ; 5.867 ; 6.288 ; F17 9,986. Desgcorge : Vie de Mgr Mioland. Bézy : Les conférences de Lacordaire à Toulouse. (Quinzaine, 1906, t. LXXIL.)
(6) F19 6.288, 17 février 1853.
(7) BB*9 388 ; rapport du procureur général sur le premier semestre de 1856.
Depuis 1852, Toulouse est le chef lieu d’une province de leur ordre, détachée de celle de Lyon. Ils y sont très influents. Les légitimistes ont un journal important, la Gazette du Languedoc ; îs dirigent la Société de Saint-Vincent de Paul, et surtout la société de secours mutuels dite de Saint- François- Re qui groupe deux mille ouvriers dont le dévouement à la monar chie légitime est d’ailleurs.au moins douteux. Les légitimistes, qui ont peu d'influence sur le clergé des campagnes dominent celui de Toulouse. La plupart des on et l’un des vicaires généraux, de Pons, leur sont favorables. L’archevêque, Mioland, «excellent prêtre, cœur sans énergie, tout à fait impropre au commandement (1) » subit tantôt leur influence, tantôt celle de l’autre vicaire général, Belaval, qui est dévoué au gouvernement.
Le clergé, en général, accueille favorablement le coup d'État. L’aristocratie toulousaine applaudit en 1854 les allusions hostiles à l’Empire des sermons de Lacordaire. Le préfet se juge désarmé. «L’archevêque n'aurait pas, je crois, le courage d'arrêter son prédicateur (2) .» En 1857, le préfet constate que le Domine salvum est très mal chanté ; il obtient sur ce point le concours de Mioland ; mais aux élections, le clergé de Toulouse s’abstient, et Mioland, dont le préfet avait sollicité le concours contre les républicains, s’absente. Peu après, la Gazette du Languedoc est supprimée.
Bayonne (3). — Le clergé est très puissant dans les Basses- Pyrénées, surtout dans le pays basque. Après le coup d'Etat, il se rallie au gouvernement ainsi que les légitimistes, qui, avec son appui dominaient le département (4). Le gouvernement les en laisse maîtres. O’Quin, qui dirige leur journal, le Mémorial des Basses-Pyrénées, se rallie après quelques hésitations et est élu à Pau comme candidat officiel. Les deux autres députés élus avec Pappui de l'administration sont également cléricaux. Tous trois votent en 1854 contre la loi sur l'instruction publique. L’évêque Lacroix est effacé et modéré, mais le clergé est autoritaire et envahissant. Le collège d’Orthez lui a été cédé, La municipalité de Bayonne ne veut pas fonder le collège qui y serait nécessaire. Les
(1) F1° 2,554, lettre du premier président Piou à Rouland, 19 janvier 1857.
(2) BB’: 1,531 ; en 1855 un autre prédicateur, Laroque fit un sermon légitimiste.
CeRANTOLE . F2, 501, Lacroix, 5.784, 5.785, 6.253, 2.480 Hiraboure ; F1? 6.225, VISA Er voir bibliographie : catholiques, laïques, Chesnelong. Houtin : Évèques et diocèses, deuxième série.
(4) Un de leurs chefs, Rességuier, fut élu conseiller général sans être combattu par l'administration et prêta serment. Bien qu'il ne se fût pas rallié, il fut blämé par le comte de Chambord. (Falloux : Mémoires d'un royaliste).
curés font confier aux congrégations les écoles publiques (1), et tentent de diriger les communes. Le préfet Laity, ancien compagnon de Napoléon III dans la tentative de Strasbourg, se plant « de ce débordement de la puissance cléricale (2) ». Son successeur, Pron s’en inquiète moins, et a de bons rapports avec le clergé.
Aire (3). — Le clergé des Landes a de l'influence, non sur les propriétaires fonciers, qui sont irréligieux, mais sur les paysans, etil en use surtout pour améliorer sa situation temporelle, « Jamais je n’en ai rencontré d’aussi envahissant et d'aussi entreprenant, écrit le 5 juillet 1858 le préfet, d’Auribeau,.… Les curés, sauf de bien rares exceptions, ne se contentent pas d’avoir la plus belle maison du village avec des appartements pour leurs amis et connaissances, des écuries, des remises, des dépendances, des basses-cours, un vaste jardin, une prairie pour le foin du cheval, un champ pour les céréales et quelquefois un métayer pour faire valoir tout cela, il lui faut encore prélever sur les habitants. une dîme qui s’élève en moyenne à 1 fr. 25 par tête baptisée, payée soit en argent soit en nature (4), et malheur à la commune qui voudrait se soustraire à ces obligations. On la laisserait trois ans sans prêtre, comme celà a lieu pour trois ou quatre communes du département. Malheur à elle si l’église ne plaît pas au curé. Fût-elle convenable, suffisante, l’église, si on n’y fait des réparations, sera interdite et la commune privée du culte (5). » Les curés attaquent souvent les instituteurs et les institutrices laïques, Le grand séminaire est dirigé par les Jésuites qui sont influents.
Le clergé, bien que légitimiste, est rallié au gouvernement. L’évêque, Lanneluc, (1849-56) très âgé et légitimiste, puis son successeur Hiraboure (1856-59), dévoué, mais mauvais administrateur, tolèrent ou encouragent les empiètements de leur clergé. Le collège d’Aire, puis celui de Dax en 1855 sont cédés à des prêtres. En 1859, d’Auribeau empêche à grand peine la mumecipalité de Saint-Sever de céder le sien, qui végète, à l’évêque. Il obtient que celui de Mont-de-Marsan soit transformé en lycée. Il défend contre les curés les finances et l’indépendance des communes.
(1} F1° 5.784, Cazaux.
(2) Ft III Basses-Pyrénées 7 , 9 avril 1855.